Les plus anciennes relations entre la France et l'Iran attestées datent du haut Moyen Âge. Elles ont d'abord un objectif politique et religieux lors des croisades, puis avec l'envoi de missionnaires. Par la suite, les relations entre la France et l'Iran se développent dans un but plus commercial à partir des Séfévides. Entre la Révolution française et la Première Guerre mondiale, de nombreux contacts se nouent entre les deux pays, avec la mise en place d'une influence culturelle française grandissante en Perse. Ces relations sont périodiquement ternies par les manœuvres des grands empires occidentaux (russe et britannique principalement) visant à peser sur le destin de l'Iran, stratégiquement situé sur les routes entre le Proche-Orient et l'Inde.
Depuis la révolution iranienne et le soutien de la France à l'Irak lors de la guerre Iran-Irak, les relations se sont dégradées. De 2003 à 2015, les relations entre les deux pays ont été fortement influencées par le dossier nucléaire iranien et sous la présidence de Nicolas Sarkozy, la France a pris des mesures très sévères contre l'Iran (dont la proposition du Président français d'imposer un embargo pétrolier européen à l'Iran). Pendant cette période une multitude d'affaires ont envenimé les relations bilatérales déjà très tendues (prises de position de Bernard Kouchner, attaques successives contre l'Ambassade d'Iran à Paris, affaire Clotilde Reiss, l'affaire Kakavand...). À partir de la victoire de Hassan Rohani, à l'élection présidentielle iranienne, et le début d'une nouvelle phase dans les négociations nucléaires, les relations bilatérales sont entrées dans une nouvelle phase et la signature de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA ou le Plan Global d'Action conjointe) entre l'Iran et les pays du groupe dit 5+1 (les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine et l'Allemagne) le (soit après que le premier Ambassadeur de Perse a été reçu au Palais de Versailles par le roi de France, Louis XIV) a définitivement ouvert un nouveau chapitre dans les relations franco-iraniennes.
Avec la décision unilatérale () du Président américain, Donald Trump, de sortir de l'accord nucléaire et d'appliquer des sanctions contre l'Iran et toutes les entreprises européennes et françaises travaillant avec l'Iran (le principe d'extraterritorialité des lois US), un coup d'arrêt a été porté aux développement des grandes entreprises françaises en Iran ainsi qu'aux grands contrats qui avaient été signés entre les deux pays (Total, PSA, Renault, Airbus, ATR....). Le dans le cadre du sommet du G7 la France invite le ministre iranien des affaires étrangères pour discuter du programme nucléaire iranien alors que les relations entre Iran et États-Unis sont tendues à la suite du retrait des États-Unis de l'accord nucléaire signé en 2015. Cette rencontre franco-Iranienne marque un nouveau chapitre dans les relations anciennes entre les 2 pays.
Avant 1789 Période pré-safavide Pendant le haut Moyen Âge, la Perse est surtout connue en Europe à travers des récits bibliques, grecs ou latins. Pendant les croisades, lancées par les Francs, tous les pays musulmans, dont la Perse, sont considérés comme des ennemis de la chrétienté. Les invasions mongoles permettent d'établir des contacts entre l'Orient et l'Occident et la France joue un rôle important à ce sujet. En effet, le but de l'Europe est alors de convertir les Mongols, comme ils l'ont fait plus tôt avec les envahisseurs barbares. Des missionnaires franciscains et dominicains sont envoyés en Perse Il-khanide et des missions sont établies à Soltaniyeh, Maragha, Tabriz et Tiflis (aujourd'hui Tbilissi).
La majorité des lettres échangées entre les Mongols et les souverains occidentaux contiennent des demandes de soumission. C'est Eldjigidèi, un chef mongol en Arménie et en Perse qui initie l'ouverture diplomatique en 1248 en écrivant à Louis IX. Celui-ci en retour envoie le dominicain André de Longjumeau apporter une lettre à Güyük, mais le moine arrive après la mort du Khan (dirigeant, roi en mongol et en turc) et sa veuve et régente, Oghul Qaïmich renvoie l'ecclésiastique sans autre ouverture. Les contacts entre les Francs et les Mongols se perpétuent, sans déboucher sur une alliance. C'est Oldjaïtou qui relance les relations en écrivant à Philippe le Bel en 1305 pour proposer une alliance contre les MamelouksMostaert & Cleaves, .. Alors que les préparations d'une nouvelle croisade s'enlisent, Oldjaïtou lance une attaque infructueuse contre les Mamelouks (1312–1313). Cette politique est par la suite abandonnée par son successeur, Abou-Saïd Bahadour qui signe le Traité d'Alep avec les Mamelouks en 1322. Alors que la coopération diplomatique est abandonnée, les activités missionnaires, commerciales et les voyages continuent.
Période safavide thumb|Carte représentant l'État safavide entre 1512 et 1722. L'avènement de Shah Ismaïl (1501) correspond à l'extension de la puissance ottomane dans le golfe Persique et l'océan Indien. Le Shah souhaite alors une alliance avec certains souverains européens pour contrer les Ottomans, mais les Français restent absents. En effet, François avait signé en 1536 un traité d'alliance avec Soliman le Magnifique afin de restreindre le pouvoir de Charles Quint, ce qui l'empêche de répondre aux souhaits du Shah. À la suite des invasions des Ottomans dans le nord-ouest de la Perse, en 1547 puis en 1604, les Perses sont forcés de capituler et l'alliance de la France avec les Turcs empêche Henri IV de répondre aux demandes d'ouverture adressées par le Shah Abbas .
La première tentative pour établir des relations directes entre la France et la Perse est faite par Louis XIII, qui se sert du prétexte d'envoyer une mission de marchands marseillais pour convaincre Shah Abbas de la volonté du roi de France de servir de médiateur entre la Perse et les Ottomans. Cette mission est menée par Louis Deshayes et a pour but non avoué de réduire l'influence du Portugal (et de l'Espagne, qui est son suzerain entre 1580 et 1640) en Orient. Le Shah allait accorder des privilèges aux Français, comme les droits exclusifs de protéger les catholiques en Perse, des facilités pour établir des missions catholiques et le monopole du commerce sur la route du levant, mais cette mission est rendue impossible par le grand vizir des Ottomans.
Alors que les missionnaires présents en Iran sont surtout des augustins portugais ou des carmélites italiens et espagnols, Richelieu envoie deux moines capucins à la cour de Shah AbbasF. Richard, 1995, I, .. Les missionnaires français jouent par la suite un rôle important, en informant les marchands, les voyageurs et les diplomates grâce à leur connaissance poussée de l'Iran. Le plus représentatif de ces missionnaires est le capucin Raphaël du Mans, qui réside à Ispahan de 1647 à sa mort en 1696, qui joue un rôle de traducteur et de négociateur lors de l'établissement de la Compagnie française des Indes, ainsi qu'un rôle d'informateur auprès de Colbert.
La guerre de Succession d'Espagne et les projets pour diminuer la puissance navale de Mascate mettent en sommeil les relations franco-persanes, qui sont renouvelées par la mission de Jean Billon de Cancerille à la cour safavide en 1700. Celui-ci recommande que le commerce avec l'Orient se fasse par la route du Levant. La mission de Billon de Cancerille est suivie par celle de Jean-Baptiste Fabre (qui meurt en route à Erevan) puis celle de Pierre-Victor Michel. Ce dernier réussit à obtenir un traité de capitulation en 1708La Perse et la France, doc. "Lettre de Michel" et doc. "Mémoire de Chah Kouli Khan".. Ce premier traité officiel accorde la protection aux missions chrétiennes et facilite le commerce. Des clauses monétaires et une lettre additionnelle promettant le déploiement de navires de guerre français dans le golfe Persique afin de combattre les Omanis sont très avantageuses pour les Persans. Toutefois, la guerre en France et les difficultés rencontrées lors du voyage retardent la ratification du traité à 1712. Le clergé arménien, irrité par le prosélytisme des missionnaires, réussit à faire annuler leurs privilèges qui doivent être renégociés. De plus, malgré les privilèges accordés aux marchands de Saint-Malo, aucun bateau français n'apparaît dans le golfe Persique, ce qui fait douter le gouvernement persan de l'authenticité des lettres remises par les missionnaires au nom de Louis XIV. Mohammad Reza Beg, maire d'Erevan, est envoyé en France, et est reçu en grande pompe par Louis XIV à Versailles le , ce qui marque le début de nouvelles négociations pour déboucher sur un nouvel accord le , cette fois-ci plus favorable pour le commerce françaisHurewitz, I, .. Cependant, avec la chute de la dynastie safavide en 1722, l'accord ne sera pas appliqué et le commerce français en Perse n'augmentera pas. La création de la Compagnie française des Indes orientales (1719), privilégiant la route passant par l'océan limitera par la suite les relations franco-persanes.
Entre la Révolution française et la Première Guerre mondiale 1789–1849
Malgré l'hostilité de Catherine II de Russie vis-à-vis de la Perse et de la Révolution française, l'ascendance des Qajars en Perse ainsi que les changements induits par la révolution en France ne rapprochent pas les deux pays. En 1804, cependant, Fath Ali Chah Qadjar espère que Napoléon pourra l'aider à récupérer la Géorgie, alors que Napoléon pense que le souverain perse pourrait accélérer la défaite de la Russie et ouvrir la voie vers l'Inde. C'est à ces fins qu'est conclu le Traité de Finkenstein le . Mais la volte-face de Napoléon, qui signe le Traités de Tilsit le de la même année, les difficultés rencontrées sur la route de la Perse pour faire parvenir le traité au souverain Qajar et les manœuvres diplomatiques des Britanniques rendent le traité de Finkenstein inopérant. L'inaction des Français par la suite pousse Fath Ali Shah à se tourner vers les Britanniques à la placeHedayat, Rawzat al-safar, IX, .. En 1811, les relations entre la France et la Perse sont interrompues. Pendant la période qui suit, les relations sont menées par des intermédiaires sans statut diplomatique; par exemple l'Arménien Davoud Khan Malekshah Nazar, qui sert les cours française et perse entre 1802 et 1818AMAE, CP Perse, vol.15, et 247., les officiers français instruisant les troupes de Abbas Mirza à TabrizAMAE, M et P Perse, 3. et Madame de la Marinière, française servant de tuteur à certains enfants de la courAMAE, ADP Perse, 12; CP Perse, vol. 20, ..
Pendant les règnes de Mohammad Chah Qadjar (1834-1848) et Louis-Philippe (1830-1848), les négociations sont relancées par les Persans, dont les relations avec les Anglais se détériorent après la perte de Hérat (1837). Mirza Hosein Khan est envoyé à la cour française en août 1838 et est reçu par Louis-Philippe . La France accepte ensuite de fournir des armes et des instructeurs militaires à l'Iran afin de remplacer les Britanniques. En septembre de l'année suivante, Mirza Hossein Khan quitte Paris accompagné d'un souffleur de verre, d'un armurier et de neuf sous-officiers sous le commandement de Henry BoissierAMAE, CP Perse, vol.19 ..
À Téhéran, les Russes sont peu enclins à partager leur influence, et Mohammad Shah s'arrange pour que les officiers français ne reçoivent pas leur solde. La mission quitte la Perse en 1840 mais les liens culturels demeurent forts entre les deux pays. Eugène Bore, envoyé par l'Académie des inscriptions et belles-lettres obtient un firman le AMAE, CP Perse, vol.21, . l'autorisant, ainsi que les lazaristes, à ouvrir des écoles françaises.