La Legio V Alaudae (litt. : Cinquième légion « Alouettes »)Le nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la république, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de I à IV étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « I » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro XXX, car 29 légions étaient déjà en existence. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (3) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat ( Lesley Adkins, Roy Adkins, Handbook to Life in Ancient Rome, New York, Oxford University Press, 1994 , ). fut une légion de l’armée romaine levée en 52 av. J.-C. par Jules César en Gaule transalpine pour combattre les armées de Vercingétorix. Elle fut la première à inclure des non-citoyens. En 49 av. J.-C., elle fut envoyée en Espagne par César pour y affronter les forces de Pompée. Après la mort du premier, elle combattit aux côtés de Marc Antoine pendant la bataille de Forum Gallorum et la bataille de Philippes. Octave l’incorpora dans ses propres troupes après la bataille d'Actium.

Elle fut par la suite envoyée dans la péninsule ibérique prendre part aux guerres cantabres, avant d’être déplacée, entre 19 av. J.-C. et 9 apr. J.-C., vers la Gaule belgique (Gallia Belgica) où elle fut défaite par les peuples germaniques locaux et perdit son aigleEnseigne militaire, l’aigle était plus qu’un point de repère ou de ralliement durant les batailles ; c’était surtout le symbole et l'honneur de toute la légion, porteur d'une signification religieuse et considéré comme sacré. Les légionnaires lui vouaient un véritable culte. Vénérées à certains moments de l’année, les enseignes étaient conservées dans un sanctuaire au sein de chaque forteresse. Si une légion laissait son aigle tomber aux mains des ennemis, elle était susceptible d’être dissoute ( Lesley Adkins, Roy Adkins, Handbook to Life in Ancient Rome, New York, Oxford University Press, 1994 , )., déshonneur suprême pour une légion romaine. Transférée à Castra Vetera, elle participa aux guerres germaniques de Drusus. Après la défaite de la forêt de Teutberg, la Legio V Alaudae fut utilisée dans la répression de la révolte frisonne.

Après le suicide de Néron, une partie de la légion se joignit à Vitellius et fut défaite par les troupes rivales de Vespasien. Les légionnaires restés à Castra Vetera se trouvèrent assiégés par les Bataves révoltés. Ils durent se rendre en 70 et ce qui restait de la légion fut envoyé en Mésie supérieure combattre les Daces : ces forces durent s’incliner devant les armées du roi dace Diurpaneus qui vainquit les Romains en 86/87.

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Son emblème était l’éléphant, symbole inhabituel pour une légion levée par Jules César : il lui fut conféré en 46 av. J.-C. pour souligner la bravoure dont elle avait fait preuve à la bataille de Thapsus (aujourd’hui Ras Dimass, en Tunisie) où elle eut à combattre contre les éléphants des ennemis de CésarRitterling (1925) col. 1564-1571Lendering (2002) para 4..

Un débat entre spécialistes pour savoir si la Legio V Alaudae correspond à la même unité que la Legio V Gallica n’est pas encore tranchéVoir Brian W. Jones, The Emperor Domitian, Londres, New York, Routledge, 1992, ; comparer avec Victor Gardthausen, Augustus und seine Zeit, 2.3, Leipzig, Teubner, 1904, ; Alfred von Domaszewski, Abhandlungen zur römischen Religion, Leipzig, 1909, Réédité: Hildesheim, New York, Olms, 1977, ; Lendering (2002) para 2..

Histoire de la légion

La Legio V Alaudae fut recrutée en Gaule transalpine par Jules César en 52 av. J.-C. à ses propres frais Les légions recrutées par César pour sa campagne des Gaules étaient : V Alaudae (formée de Gaulois), VI Ferrata, VII (qui deviendra la VII Claudia), VIII (qui deviendra la VIII Augusta), IX, X Equestris (qui deviendra la X Gemina), XI, XII (possiblement devenue par la suite XII Fulminata, XIII et XIV.; elle fut la première légion composée de non-citoyens romainsSuétone, Vie des Césars, « Caesar », 24.. Le Sénat reconnut toutefois cette légion comme légitime et ses légionnaires reçurent la citoyenneté romaine. Ce geste constituait un précédent important dans la romanisation des provinces en permettant aux provinciaux de combattre au service de RomeLendering (2002) para 1..

Dès sa création, elle participa au siège d'Alésia contre VercingétorixLendering (2002) para 2.. Par la suite, toujours sous les ordres de Jules César, elle prit part à la guerre civile qui éclata en 49 av. J.-C. lorsque Lucius Domitius Ahenobarbus, membre important du parti aristocratique des Optimates, ami de Cicéron et ennemi de César, défendit avec trente cohortes la légion romaine comprenait dix cohortes de six cents légionnaires chacune, chaque cohorte comprenant trois manipules de deux cents hommes ( Lesley Adkins, Roy Adkins, Handbook to Life in Ancient Rome, New York, Oxford University Press, 1994 , .). l’importante forteresse de Corfinium (aujourd’hui Corfinio en Italie ) contre César lors de la marche de celui-ci sur RomeAppien, Guerres civiles, II, 38 ; Plutarque, Vie de César, XL ; Jules César, Commentaires sur la guerre civile, livre I, 23 ; Dion Cassius, Histoire romaine, livre 41, 10-11..

Plus tard au cours de la même année, César transféra la légion en Espagne pour lutter contre Pompée. Il est probable qu’elle prit part à la bataille de Pharsale en 48 av. J.-C. Lesley Adkins, Roy Adkins, Handbook to Life in Ancient Rome, New York, Oxford University Press, 1994 , .. En 47/46 av. J.-C., la Legio V Alaudae prit part à la campagne contre Scipion et Caton qui se termina par la bataille de Thapsus. Elle dut affronter à cette occasion les éléphants du roi Juba. C’est à partir de ce moment que l’éléphant devint son emblème alors que les légions de César avaient toutes le taureau comme emblème. Après la bataille de Munda en 45 av. J.-C. la légion retourna en Italie Lesley Adkins, Roy Adkins, Handbook to Life in Ancient Rome, New York, Oxford University Press, 1994 , .

Après l’assassinat de César, la légion prit le parti de Marc AntoineMarcus Tullius Cicero, Ad Atticum, 16,8. avec qui elle participa aux batailles de Forum Gallorum (43 av. J.-C.), Mutina [Modène] (43 av. J.-C.) et Philippes (42 av. J.-C.), ainsi probablement que contre les Parthes. Après la défaite d’Antoine à la bataille d'Actium (33 av. J.-C.), la Legio V Alaudae fut incorporée par Octave, vainqueur, dans sa propre armée Pour le rôle joué par la légion dans la guerre civile, voir Ulrich Gotter, Der Diktator ist tot! Politik in Rom zwischen den Iden des März und der Begründung des Zweiten Triumvirats, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 1996 , 316 . Lendering (2002) para 7 et 8..

Sous la dynastie des Julio-Claudiens thumb|left|Territoire où se déroulèrent les guerres cantabres. Entre 30 et 25 av. J.-C., la légion fut envoyée dans la péninsule ibérique prendre part avec la I Germanica, la II Augusta, la IIII Macedonica, VI Victrix, VIIII Hispana, X Gemina, XX Valeria Victrix et une autre légion (peut-être la VIII Augusta) aux guerres cantabres, l’une des plus importantes campagnes en termes du nombre de soldats mobilisés jamais menées par RomeLendering (2002) para 8.. On ignore où était localisé son quartier général, mais diverses inscriptions permettent de situer son activité dans les Asturies. Pendant le règne d’Auguste, des vétérans reçurent des terres à Ligures Baebiani (sud de l’Italie), Thuburnica (Sidi Ali Ben Kassem, Tunisie) et dans les villes espagnoles de Emerita Augusta (Mérida), Corduba (Cordoba) et Hispalis (Séville) Sabine Panzram, Stadtbild und Elite: Tarraco, Corduba und Augusta Emerita zwischen Republik und Spätantike, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2002, ..

La légion ne resta que peu de temps en Hispanie. Entre 19 av. J.-C. et 9 apr. J.-C., elle fut transférée en Gaule belgique sur la frontière rhénane, soit que sa présence n’était plus nécessaire en Espagne après la fin des guerres cantabres, soit qu’elle ait été appelée à se joindre à l’armée de Drusus, ou bien lors de sa campagne contre les Germains en 12 av. J.-C., ou bien après la défaite de Varus en 9 apr. J.-C..

thumb|right|Les provinces romaines en 120. En rouge la Gallia Belgica.

Il n’est pas certain si c’est bien la Legio V Alaudae ou une autre « cinquième » légion comme la Legio V Gallica (que certains auteurs croient être identiques) qui, sous le commandement de Marcus Lollius, perdit son aigle aux mains des Sicambres en 16 av. J.-C. lors de la Clades Lolliana (à proximité de Tongres ou de Maastricht) Rainer Wiegels, « Von der Niederlage des M. Lollius bis zur Niederlage des Varus », dans Helmuth Schneider (dir.), Feindliche Nachbarn: Rom und die Germanen, Cologne, Böhlau Verlag, 2008 , ; comparer à Velleius Paterculus 2, 97,1 : « accepta in Germania clades sub M. Lollio... amissaque legionis quintae aquila vocavit ab urbe in Gallias Caesarem. [litt : qui, sous la conduite de M. Lollio, furent défaites en Gaule… et la perte de l'aigle de la cinquième légion appela César (i.e. Auguste) de Rome en Gaule]»..

En 6 apr. J.-C., la Legio V Alaudae aurait dû participer à la gigantesque campagne conçue par Tibère contre le roi Marobodus et les Marcomans. Le beau-fils d’Auguste projetait d’envahir la Tchéquie avec au moins huit légions, pendant que les légions I Germanica, V Alaudae, XVII, XVIII et XIX, devaient en faire autant en suivant le cours de l’Elbe. Toutefois, une rébellion en Pannonie obligea à annuler l’opérationLendering (2002) para 11..

En 7 apr. J.-C., Lucius Nonius Asprenas prit charge des légions I et V Alaudae comme légat (legatus legionis = commandant d’une légion) sous les ordres de son oncle, Publius Quinctilius Varus. Pendant que Varus et son armée formée de trois légions (XVII, XVIII et XIX) s’engageaient dans une désastreuse campagne contre les Chérusques d’Arminius qui devait se terminer par la défaite humiliante de la forêt de Teutoburg, Asprenas à la tête de ses deux légions (I et V Alaudae) devait passer l’hiver à Castra Vetera (aujourd’hui Xanten en Allemagne) pour assurer la défense du limes rhénanLendering (2002) para 12. Velleius Paterculus 2, 120,3.. À la suite de cette défaite, tous les camps romains de la rive droite du Rhin furent pris par les Germains, à l'exception d'Aliso où quelques rescapés du désastre de Teutobourg avaient réussi à s’enfuir et qui ne sera pris que lorsque les survivants tenteront une sortie pour rejoindre Castra Vetera.

thumb|left|As de l’empereur Claude montrant, au verso, les insignes des légions V Alaudae et VIII Augusta.

Les unités défaites de Castra Vetera furent compensées par la V Alaudae et la XXI Rapax qui continuèrent à garder jonction du Rhin et de la Lippe contre le peuple voisin des Cugernes Lendering (2002) para 13. Le camp fut reconstruit et devint le principal quartier général de l’armée du Rhin inférieur (Exercitus Germanicus Inferior).