La toponymie occitane concerne les noms de lieux du Midi de la France issus des variantes régionales de la langue d'oc ou occitan.
Toponymes pré-occitans
Préceltiques Une couche très ancienne de toponymes remonte à des origines antérieures à la celtisation de la contrée : on considère les langues qui les expliquent comme pré-indo-européennes, cependant certaines langues mal identifiées comme le ligure (sud est) pourraient être d'origine indo-européenne. Il reste des traces de ces langues archaïques dans la description d'éléments du relief et de l'hydrographie essentiellement : en particulier les sommets, les cours d'eau et parfois l'habitat. Ainsi la racine kar-/gar- « pierre » se retrouve dans Garonne ou la Crau. Du côté de Chalabre, dans l'Aude, la contrée du Kercorb, est également formée de cette racine kar-/ ker-. La racine cl-app « pierre » donne Clapiers, le Clapas (nom traditionnel occitan de Montpellier). Le mot occitan cauna « grotte », d'origine prélatine, donne la Caunette. Selon les régions, on trouve des suffixes propres à des langues locales disparues. -os / -ossa (francisé en -osse) dans le sud ouest (Gascogne essentiellement) d'origine aquitanique, langue bascoïde et qui correspond au suffixe basque -oz (-otz). En Espagne, il s'est diphtongué en -ués / -uesa : par exemple Biscarosse est l'équivalent de Biscarrués (Biscaruesse1083). Ce suffixe s'est souvent combiné à un anthroponyme aquitain, celtique ou latin. osca (francisé en -osque) / -asca (-asque) : on le rencontre dans le sud est et en Corse principalement, avec quelques occurrences plus au nord en remontant le Rhône.
Celtiques (gaulois) Ils constituent une part importante de la toponymie occitane et ils sont notamment localisés au nord du domaine occitan. Ils sont généralement mieux identifiés que ceux de la période précédente.
Les grandes villes et les grandes régions du sud de la France, dans une moindre mesure qu'au nord cependant, portent souvent un nom d'origine gauloise : Limoges, Saintes, Riom, Nîmes, Périgueux, Carpentras
le radical lat- est généralement rapproché du substantif féminin latis, sans doute celtique, qui désigne « un marais », « un marécage ». On trouve également cette racine late dans des toponymes attribués à des bourgs situés dans des zones de marais, notamment en Provence ou en Languedoc-Roussillon : ArelateEncyclopædia Universalis (consultée le 4 mai 2008), et patrimoine.ville-arles.fr (consulté le 4 mai 2008). (ancien nom d'Arles), Lattes
Gallo-romains et latins La romanisation, accompagnée sur la partie sud est du territoire d'une certaine présence romaine, a pour conséquence la latinisation dans cette Gaule méridionale. Dans leur domaine terrien, les Gallo-romains établissent des villae. On comprend donc que beaucoup de toponymes actuels doivent leur nom à un propriétaire gallo-romain, celte latinisé ou encore vétéran récompensé (en Provence uniquement). les noms en -ac, -at (Auvergne, Limousin), -acq (Béarn…), -à (en Catalogne) et certains en -as sont issus du suffixe gallo-roman *-ACU, d'origine gauloise *-ācon (< celtique commun *-āko-) « lieu de, propriété de ». Ils continuent d'être utilisés, mais souvent avec le nom d'un propriétaire à consonance latine, voire un autre élément, exemple : Aurillac, Nérac, Florac, ou . les noms en -an, certains en -ans, tous deux issus du suffixe latin -anu(m)) se développent désormais à côté du suffixe indigène -acum, exemples : Cucugnan, Sérignan, , Mimizan, parfois le nom de personne est tout de même gaulois. les noms en -argues (du suffixe latin -anicum, pluriel -anicos) sont typiques du sud est, exemple: Marsillargues, Vendargues, Lansargues les noms dérivés de gentilices gallo-romains qui ne présentent pas ces suffixations, exemple : Lézignan-Corbières vient de Licinianus ou encore Albi vient de Albius.
Germaniques Rome, affaiblie par le chaos du Bas-Empire, ne peut s'opposer, au aux invasions germaniques. En 418, l'empereur Honorius doit céder l'Aquitaine aux Wisigoths qui établissent leur capitale à Toulouse puis s'étendent en Espagne et, en 462, occupent Narbonne et la Septimanie. Le souvenir d'Alaric se maintient dans la Montagne d'Alaric qui domine la vallée de l'Aude entre Carcassonne et Lézignan-Corbières. les noms terminés en -e(i)n(s) / -ans. Cette terminaison trouve parfois son origine dans le suffixe germanique -ing- qui indique la propriété. Il a été latinisé en -ing-os devenu -ens, -eins, -ein ou -ans (parfois, quand ce n'est pas le latin -anicos) en Occitanie. Il s'est souvent ajouté à des noms de personnes germaniques. Exemple : Tonneins (Toninge, 1253). Par contre, il semble que le suffixe -ein, concentré dans l'Ariège ait une origine plus ancienne en réalité. Ernest Nègre, qui s'appuie notamment sur les travaux de Pierre Bec, considère qu'il s'agit d'un suffixe préceltique -enn(u)Ernest Nègre Toponymie générale de la France (lire en ligne). Par exemple dans Uchentein, Aucazein, Audressein. les terminaisons en -ville. Cet appellatif est certes gallo-roman VILLA « domaine rural », issu lui-même du latin villa rustica « grand domaine rural », mais il ne semble pas avoir été employé en toponymie avant le Haut Moyen Âge. Il est généralement précédé d'un nom de personne germanique. Tout comme dans le nord de la France (mais de manière beaucoup plus limitée), les formations toponymiques en -ville existent en Occitanie (sauf dans le sud-est), elle réponde à la variante plus typiquement occitane rencontrée dans la partie ouest du Languedoc -viala et en Gascogne -vièla francisées par la suite en -vielle, -fielle. Elles se concentrent essentiellement dans la région toulousaine, l'ouest du Languedoc et l'ancienne partie occitanophone au nord de l'embouchure de la Garonne (Charente), et semblent correspondre à une occupation franque ou wisigothique (saxonne en Charente) de domaines gallo-romains plus anciens. Le mode de composition est influencé par la syntaxe germanique : nom de personne (généralement d'origine germanique) + appellatif. Exemples : Ramonville-Saint-Agne, avec Raginmundus (occitan Ramond, français ); (Ochamsvilla vers 1089), avec *Ogamarus; Ségoufielle (Seguenvilla 1196), qui correspond à Séguenville (Seguinvilla 1147), composé avec un nom d'homme similaire Siguwinus (cf. nom de famille Seguin, Séguy) ; Endoufielle (Andofielle 1569), avec Andulfus des noms germaniques pris absolument, c'est-à-dire utilisés seuls, comme on le constate au nord de la France, exemple : procède du nom de personne Rotheri. En revanche, il convient d'exclure de la liste Dieupentale dans lequel Albert Dauzat voyait un composé wisigothique Diup- « profond » et -dal « vallée » (comprendre dals) sur la foi d'une forme peu ancienne Dyopentala en 1268. Or, Ernest Nègre a démontré depuis, qu'il existe d'autres formes beaucoup plus anciennes incompatibles avec cette explication : in Deumpantala en 961, Sancti Martini de Diuspantros vers 1015, dans lequel il reconnaît le nom de personne gaulois Diopantus bien attesté, suivi d'un suffixe locatif -*ala de -ella. Par ailleurs, on peine à reconnaître dans la toponymie occitane, contrairement à celle du nord de la France, des composés toponymiques entièrement germaniques, c'est-à-dire : nom de personne germanique + appellatif germanique ou encore adjectif germanique + appellatif germanique.
Toponymes occitans
Constructions
Châteaux forts Du , autour d'un château en bois ou en pierre – ouvrage défensif construit sur un tertre naturel ou artificiel (occitan mòta, « motte ») ou bien sûr, un éperon rocheux – se développent des villages.
Castels, castelars, mottes et castelnaus Dérivé du latin castellum, « petite forteresse », apparenté lui-même à castra qui, à l'époque gallo-romaine puis dans les textes carolingiens, désignait une « ville fortifiée », d'où Castres et Castries, le mot castèl, « château », est bien connu en occitan (chastel, en nord-occitan, castèth en gascon). Exemple, Castelnaudary (Aude) ou Castelnau-le-Lez (Hérault). La forme gasconne Castèth(s) est à l'origine des toponymes , , Castétis ou Casteig. Entrecasteaux est la francisation de la forme provençale Entre-Castèus. La forme castellare est à l'origine des toponymes Le Cailar, Le Caylar, Le Cayla, Le Cheylard ou Castellar. On trouve également Castellane (latin petra castellana puis occitan Pèira castelana, signifiant « roche fortifiée ») dans les Alpes de Haute-Provence, qui voisine avec l'ancienne commune de Castillon (occitan castelhon, « petit château »), aujourd'hui noyée sous les eaux du lac artificiel créé par le barrage qui porte son nom. Ce dernier toponyme se retrouve dans toute l'Occitanie.
Le terme mòta (au sens de « motte », « butte artificielle ») a formé nombre de lieux-dits ou de toponymes tels que , , Lamothe (avec un -th hellénisant). Par métonymie, le terme a fini par désigner le château bâti sur une hauteur artificielle ou non, ainsi à La Motte-Chalancon, ou à La Motte-Vieille on aperçoit les vestiges d'un château et d'un vieux village sur une falaise.
Autres noms de châteaux forts Si castèl a beaucoup de représentants ou de dérivés, d'autres termes de la langue d'oc en sont synonymes.
Au masculin caire, siginifie « pierre anguleuse », « pierre de taille » ; au féminin caira, « roche ». Ce qui a permis de désigner telle ou telle construction forte. Exemples : Le Caire, Belcaire ou .
Le terme garda ou gardiava du sens de « gardien » à celui de « lieu de guet ». Exemple : .
Le mot miranda, « belvédère », « tour de guet », est à l'origine de Mirande, chef-lieu d'arrondissement du Gers. Le diminutif mirandòl se retrouve dans Mirandol-Bourgnounac (Tarn).
Le sens militaire que peut prendre ròca, « roche ». Exemples : Laroque-d'Olmes (Ariège), ou .
Sala, « salle », qui eut le sens de « demeure fortifiée ». Exemples : Salles, Sallèles.
Tor ou torre qui veut dire « tour ». Exemple : Lastours. Pour Tournefeuille (Haute-Garonne), Jacques Astor postule un ancien occitan torn, « enceinte fortifiée », qui serait un élargissement en -n- du latin turris, « tour », et qu'on retrouve par ailleurs dans les toponymes Le Tournel, Tournoël, Tournissan, Tournefort, liés à une tour, un donjon.
Villes et villages En Provence et dans le Bas-Languedoc, une bastida désigne une maison de campagne ou une ferme. Dans le Sud-Ouest, le mot prend le sens de « petite ville généralement fortifiée ».
Le toponyme Cazes renvoie à l'ancien occitan casa signifiant « maison » et remplacé ultérieurement par ostal. Répandu en Gascogne, on le retrouve également en Languedoc, notamment à Cazes-Mondenard. La forme Cazaux (occitan casau) est un dérivé pouvant désigner une maison mais également un jardin potager, notamment en Gascogne.
Fermes Le terme bòri (masc.) (maison isolée, ferme au ) a donné Les Borrys, hameau à Mérindol (Vaucluse). l'occitan bòrda et ses dérivés masculins bordèl, bordèlh, bordelhon, bordelhot, bordet, bordic, bordil, comme féminins, bordela, bordèlha, bordeta, ont donné une foule de toponymes : Borde, Bordes, Les Borde, Las Bordes, et Bourdel/ Bourdeu, Bourdeil, Bourdeix, Bourdillon, Bourdillot, Bourdet, Bourdic, Bourdil, et encore Bourdelles, Bordères, Bourdeilles, Bourdettes.
Puits et citernes Lo potz, « le puits », est à l'origine de noms de hameaux : Pouts, communes de Ponson-Debat et d'Arudy (Pyrénées-Atlantiques), Le Poux, commune de Vorey (Haute-Loire). Le diminutif en -òl se retrouve dans Pouzol (Puy-de-Dôme, Aude, Hérault); le diminutif en -èl dans Pouzet (Villeneuve (Aveyron)) . L'occitan posaranca / posaraca désignant le « puits à bascule » se retrouve dans Les Pouzeranques, lieux-dits des communes héraultaises de Nissan-lez-Enserune et de Sussargues et le nom d'une rue à Avignon (rue Pouzaraque).
Ports (maritime)