François Kraut (Franz Kraut), né le à Pinkafeld en Autriche-HongrieActe de naissance, source Ludovic Ferrière du département des sciences de la terre de l'université Western Ontario (Canada). et mort le à Boulogne-BillancourtArchives en ligne de Paris , année 1983, transcription de l'acte de décès , cote 16D 268, vue 26/31François Permingeat : Notice biographique François Kraut, Bulletin de liaison de la SFMC, supplément au Bulletin Minéralogique , 1984-1 (communication de G. Papp), est un géologue et minéralogiste austro-hongrois naturalisé français, docteur en géologie.
Biographie Après sa scolarité à Pinkafeld et Budapest, Franz Kraut rejoint l'Université des Mines de Leoben en Autriche entre 1923 et 1928. Fuyant la montée du nazisme, sa famille, d'origine ashkénazeSelon Ludovic Ferrière, François Kraut figure comme Franz Kraut sur son acte de naissance, né d'Izidor Kraut, 28 ans et de Malvina Stern, 20 ans. Le patronyme Kraut provient, en Autriche-Hongrie, du nom Chrowat signifiant « croate » mais François Kraut est considéré comme Magyar par les Hongrois (Kraut Ferenc) car la ville de Pinkafeld en Autriche (Pinkafõ en hongrois) se trouvait, à sa naissance, dans la partie hongroise de l'Autriche-Hongrie., se réfugie à Paris où François Kraut poursuit des études de mathématiques, physique, résistance des matériaux et minéralogie à Paris entre 1929 et 1931Communications de P.J. Chiappero et G. Papp, le 19/06/2006.
En 1933, il rejoint, à Paris, le département de minéralogie du Muséum national d'histoire naturelle, dont il sera nommé directeur adjoint en 1963, jusqu'à sa retraite en 1972. Avec l'appui de ses collègues et mentors Alfred Lacroix, Jean Orcel et Élisabeth Jérémine, il se spécialise dans la minéralogie et la pétrographie, plus particulièrement dans la microscopie des roches et des minéraux opaques.
Naturalisé français, il rejoint l'armée française en 1939. Fait prisonnier en 1940, il est détenu en Allemagne jusqu'en 1945 mais échappe à la Shoah car personne ne se doute de ses origines juives.
Après la captivité il travaille plusieurs dizaines d'années avec Simonne Caillère, avec laquelle il énonce des règles sur les paragenèses ferrifères dans les gisements de Lorraine, d'Anjou et de Normandie, règles ultérieurement confirmées par des expériences en laboratoire.
En 1969, sa carrière est couronnée par la découverte de la plus grande structure d'impact météoritique connue jusqu'à ce jour sur le territoire de France métropolitaine : l'Astroblème de Rochechouart-Chassenon entre la Charente et la Haute-Vienne (France). Il s'agit d'un cratère fossile de plus de 22 kilomètres de diamètre, âgé d'environ 214 millions d'années.
Cette découverte est l'aboutissement d'une trentaine d'années de travail méthodique et de remise en cause permanente des hypothèses qu'il ne jugeait pas abouties. Pendant un temps, un panneau à l'entrée des thermes de Chassenon rendait hommage à François Kraut.
Sa personnalité vignette|gauche|L'astroblème de Rochechouart-Chassenon dessiné par François Kraut. vignette|gauche|Découverte en 1979 des cônes de percussion de Rochechouart-Chassenon, caricature de François Kraut(à gauche Bevan M. French, à droite François Kraut). Polyglotte et érudit, il pouvait citer des passages entiers d'écrivains hongrois ou allemands, ou des poèmes en latin ou en grec appris lors de sa scolarité en Hongrie.
Discret et très peu communicatif, il ne parlait jamais de lui-même et rarement de ce qu'il faisait. Il savait toutefois s'entourer des spécialistes pour conforter ses hypothèses qu'il remettait sans cesse en question.
Il était considéré par ses collègues comme un expert dans la préparation des lames minces et un virtuose du microscope.
Carrière Professeur à l'université de Limoges, Chef de travaux pratiques de 1960 à 1963 de pétrographie à l'École nationale supérieure des mines de Paris, (ENSMP) puis conseiller scientifique de laboratoire et centre de recherche. Professeur à École pratique des Hautes Études à Paris (EPHE) Chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) Minéralogiste au département de minéralogie du Muséum national d'histoire naturelle à Paris (MNHN) de 1933 à 1972 Directeur adjoint du Muséum national d'histoire naturelle à Paris de 1963 à 1972 Membre de la Meteoritical Society, dont il est élu membre honoraire (fellow) le Communication du secrétaire de la Meteoritical Society, le 7 juin 2006. Membre de la Société Géologique de France (SGF) de 1947 à 1983.
Les météorites
Après s'être intéressé à la géologie des minerais de métaux (cuivre, fer, manganèse, arsenic...), il consacre les dernières années de sa carrière et son temps de jeune retraité aux météorites. En 1967, il parcourt la Charente sur la piste de la météorite de Saint-Séverin, tombée le , dont il découvre 2 fragmentsMeteoritical Bulletin, No. 36-48, Meteoritics, vol. 5, p 94. La même année, il suggère que les brèches découvertes à Chassenon en Charente sont soit d'origine volcanique, soit le résultat d'un impact météoritique. Il fait à ce moment le parallèle entre la teneur en quartz pseudo-clivé de ces brèches avec les suévites de Ries en Allemagne, dont l'origine impactite commence tout juste à être démontrée. En , il part sur le terrain à la recherche des traces qui pourraient démontrer l'une ou l'autre des hypothèses. En 1969, la découverte de cônes de percussion lui permet de démontrer l'existence de l'Astroblème de Rochechouart-Chassenon. Il est aidé en cela par deux géologues américains (Bevan M. FrenchBevan M. French : né en 1937 dans le New Jersey (États-Unis), géologue et minéralogiste, écrivain, spécialiste dans l'étude des impacts météoritiques et des effets induits dans les roches du sous-sol, chercheur retraité de la NASA (1964-1994). et N. Short). Il s'intéressait depuis longtemps à cette région puisqu'il avait communiqué dès 1935 sur les mystérieuses brèches de ChassenonSur l'origine des brèches de Chassenon (Charente), Kraut F., C.R. Hebd. Séances Acad. Sci., Paris, tome 201, juillet-décembre 1935, p 221-223. L'Astroblème de Rochechouart-Chassenon devient le plus grand cratère météoritique découvert en France, et l'un des plus grands découverts au monde à cette époqueIl reste encore aujourd'hui classé dans le top 50 de la Earth Impact Database.. La proximité de cet astroblème avec l'université de Limoges dans laquelle il enseignait a peut-être été le facteur déclenchant de sa découverte. On le retrouve lors d'un séminaire à Tours entre le et le , à l’Université François Rabelais où il dirigeait un atelier sur les brèches de Rochechouart. En 1978, il identifie une nouvelle météorite de découverte le par un officier de police à Bouvante-le-Haut dans la DrômeMeteoritical Bulletin No. 57, Graham, A. L., p 96-97. Sa dernière contribution à la science fut l'article relatif à la météorite d'Hedjaz (Arabie saoudite) publié à titre posthume le dans la revue Meteoritics (vol. 21, 159…), éditée par la Meteoritical Society, en collaboration avec les géologues Kurt et Becky FredrikssonKurt Fredriksson : 1926-2001, chimiste, géologue et minéralogiste suédois. Il a beaucoup travaillé avec son épouse, Becky, géologue elle aussi.
Corrélations Les cônes de percussions de l'astroblème de Rochechouart-Chassenon thumb|right|250px|Cônes de percussion dans un moëllon d'un mur d'une maison de Rochechouart En 1968, Kraut parcourait la région de Rochechouart avec le couple Raguin et les scientifiques américains Kurt et Becky Fredriksson, Bevan et Mary Hill French. Ce voyage était autant destiné à la recherche des cônes de percussion qu'à faire découvrir aux deux couples américains les délices gastronomiques des terroirs limousins.
Malgré tous leurs efforts dans les carrières et les talus des routes de la région, l'équipe n'avait rien trouvé de convaincant. Ce n'est qu'à la fin du voyage, alors qu'ils faisaient une pause le long d'une maison que la découverte fut faite sur le mur : un des moëllons contenait un cône de percussion.
Cette découverte était la preuve incontestable et tant recherchée de l'origine météoritique du cratère de Rochechouart-ChassenonCommunication de Becky Fredriksson, 27 juin 2006.
La Krautite La Krautite, un arséniate, a été baptisé en son honneur à la demande de François PermingeatFrançois Permingeat : 17/09/1917-14/06/1988, CNRS, professeur de minéralogie à l'université Paul-Sabatier de Toulouse, délégué et secrétaire à la Commission on New Minerals and Mineral Names (CNMMN) de l'Association Internationale de Minéralogie (IMA) de 1959 à 1974, originaire de Chabrillan dans la Drôme. Ce nouveau minéral de composition chimique Mn2+(AsO3OH).H2O, avait été découvert en 1975 par François FontanFrançois Fontan : CNRS, chercheur au Laboratoire des Mécanismes et Transferts en Géologie - professeur à l'université Paul-Sabatier de Toulouse, chercheur au CNRS, alors qu'il ré-étudiait les collections d'arseniates de l'École nationale supérieure des mines de Paris et du Muséum national d'histoire naturelle. Le minéral, anciennement étiqueté hoernesite provenait de la collection d'Émile Bertrand () de l'École des MinesCommunication de François Fontan, le 13 juin 2006.
Le quartz de Saint-Paul-la-Roche thumb|right|250px|Quartz clivé François Kraut a souhaité pouvoir transporter au Muséum un cristal de quartz géant (2,50 mètres de haut, pour 1,50 mètre à la base) trouvé dans la carrière de Saint-Paul-la-Roche en Dordogne. Jean Orcel et François Kraut prirent contact avec la société KPCL, qui exploitait le quartz pour la fabrication de la porcelaine et dans certains appareils astronautiques de la NASA. Le professeur de géologie du collège de Miaullet, et son directeur furent invités à cette visite. Après un an de tergiversations administratives, la société KPCL fut finalement autorisée à exploiter, donc à détruire le cristal géantLa photo de François Kraut qui illustre l'infobox cet article a été prise lors de cette interview : communication de M. Jandreau, maire de Saint-Paul-la-Roche, et de J.L. Maublanc, ancien directeur du collège de Miaullet. Cf.: François Permingeat : « Notice biographique François Kraut » in Bulletin de liaison de la SFMC, supplément au Bulletin Minéralogique , 1984-1 (communication de G. Papp)..
Ce quartz très pur était clivé, c’est-à-dire qu'il se délitait en plaques (un peu comme une ardoise) et François Kraut pensait alors que cette particularité pouvait être une conséquence directe de l'impact météoritique de Rochechouart qu'il venait de découvrir. Cette hypothèse a été invalidéeKarl Popper précise qu'« une théorie n'est scientifique que si elle est réfutable, c’est-à-dire qu'elle peut être soumise à des tests expérimentaux afin de vérifier la concordance de ses prédictions théoriques avec les observations. Une hypothèse qui ne peut être vérifiée ni prise en faute par aucune expérience ou observation, n'est pas scientifique ». : l'origine de ce filon est tectoniquePh. Lambert, thèse de doctorat, Orsay, 1974. On a notamment découvert un autre filon de quartz clivé à Cassongue en Angola, où aucun impact météoritique n'a été décelé. La proximité du filon de Saint-Paul-la-Roche avec l'astroblème de Rochechouart-Chassenon paraît donc fortuite.
Publications Liste non exhaustive 1935 Sur l'origine des brèches de Chassenon (Charente), Kraut F., C.R. Hebd. Séances Acad. Sci., Paris, tome 201, juillet-, 221-223 Gallica 1937 Sur les brèches et les conglomérats des environs de Rochechouart (Haute-Vienne), C.R. Hebd. Séances Acad. Sci., Paris, tome 204, 1433 1946 Sur un gîte de cuivre de Langlade (Miquelon). Les analogies avec les régions cuprifères du Yunan, Caillère S. et Kraut F., Bulletin du Muséum national d'histoire naturelle, t. XVIII 377-379. 1947 . . 1948