En musique, une messe est un ensemble cohérent de pièces liturgiques, susceptibles d'être chantées avec ou sans accompagnement instrumental au cours d'un office religieux spécifique, catholique, anglican ou luthérien. L'effectif nécessaire, à l'origine purement choral, correspond à celui des ensembles vocaux permanents présents dans les églises : une vingtaine de chantres, dont une douzaine d'adultes et six ou huit sopranos (des garçons). On se met assez tardivement à faire accompagner par un orchestre les pièces qui constituent ces messes. Elles sont généralement chantées en latin.
Les 12 Messes de Charpentier H 1 à H 11, sa Messe à l’usage des instruments au lieu des orgues H 513, la Messe à deux chœurs et deux orchestres de Desmarest, la Messe en si mineur (BWV 232) de Bach, la Missa in Angustiis (Hob. XXII:11) de Haydn, la Grande messe en ut mineur (KV 427) de Mozart, la Missa solemnis (op. 123) de Beethoven, la Messe no 6 (D 950) de Schubert, la Messe hongroise du couronnement (S 11) de Liszt et la Messe no 3 (WAB 28) de Bruckner illustrent le genre avec orchestre.
Vers la fin du , sont composées des messes pour orgue seul, par exemple par François Couperin (Messe pour les paroisses, Messe pour les Couvents). D'autres organistes français des et en composent également: (Nicolas Lebègue, Guillaume-Gabriel Nivers, André Raison, Nicolas de Grigny, Gaspard Corrette, Michel Corrette).
La musique liturgique polyphonique n'avait pas donné lieu d'emblée à la composition de messes complètes. Dès la période qui a suivi l'apparition d'un contrepoint écrit et élaboré (à la fin du ), des musiciens avaient mis en musique des sections isolées de l'office. Il est évident que la tradition de composer des pièces séparées perdura. On peut citer quelques partitions célèbres, beaucoup plus tardives, écrites par exemple sur le texte du Gloria (Antonio Vivaldi, Francis Poulenc, au et au ), mais aussi sur l’Agnus Dei (Samuel Barber, ), ou dans certains courants contemporains sur le Kyrie ou le Sanctus. vignette|upright|Simone Martini, religieux chantant la messe, Assise.
Structure Composition d'une messe Composer une messe a un sens assez différent suivant que l'on est intéressé par la liturgie ou par la musique. Dans le domaine liturgique, composer une messe consiste à préciser les éléments du Propre (Introït, Graduel, Alleluia ou Trait, Offertoire et Communion) : ceci conduit à la messe qui peut être dite dans une circonstance particulière (Propre d'un saint, d'une fête particulière ou d'une circonstance spécifique).
Les compositeurs ont eu tendance à se restreindre aux éléments de l'Ordinaire qui sont communs à toutes les célébrations liturgiques : de cette manière, les messes correspondantes sont génériques et peuvent être interprétées en n'importe quelle circonstance. Quand ils composent une messe spécifique avec des éléments du Propre, le cas le plus fréquent dans le genre musical est la messe votive : Requiem (messe votive pour les morts), messe du Couronnement, messe d'action de grâce, messe pour la paix. La circonstance particulière pour laquelle est composée la messe impose alors ses propres textes. Le Requiem (Missa pro defunctis ou Missa defunctorum) est une messe funèbre qui doit son nom aux premiers mots de l’Introït : « Requiem æternam dona eis, Domine » (Donne leur, Seigneur, le repos éternel). Il ne comporte ni Gloria, ni Credo, mais comporte la Séquence.
Messe brève ou solennelle
Dans le rite catholique on distingue la Missa brevis, messe ordinaire (qui est de courte durée et omet le Gloria et le Credo), de la Missa solemnis réservée aux plus grandes occasions.
Dans la tradition protestante, la Missa brevis est une composition qui comporte un Kyrie et un Gloria, par opposition à la Missa tota, assez rare, dont l’exemple le plus remarquable est la Messe en si mineur de Jean-Sébastien Bach.
Ces titres sont souvent utilisés par les compositeurs (Missa brevis, KV 194 de Mozart, et Missa solemnis, opus 123 de Beethoven).
Ordre des pièces La liturgie veut que certaines pièces soient entonnées par le célébrant (Gloria, Credo). Quand la messe musicale est destinée à un usage liturgique, les pièces musicales ignorent généralement cette intonation (dont on ne peut attendre aucune valeur musicale) et reprennent la pièce depuis le début. Cependant, l'intervention du célébrant impose que la pièce fasse l'objet d'une section musicale indépendante.
Le déroulement des pièces liturgiques impose des ruptures dans les sections correspondantes de la messe musicale. En outre, l'appartenance de la pièce au Propre ou à l'Ordinaire conduit à deux types de messes musicales différentes, suivant qu'elles sont destinées à être utilisées de manière générique (pièces de l'Ordinaire) ou pour des circonstances particulières (pièces du Propre, pouvant inclure des pièces de l'Ordinaire).
La messe liturgique comporte également d'autres pièces susceptibles d'être chantées, comme l'Épitre, l'Évangile ou la Préface. Cependant, ces pièces ne sont pas "libres", mais doivent être interprétées par un acteur particulier : le diacre pour l'Évangile, le prêtre pour la Préface. De ce fait, elles ne sont jamais intégrées dans la composition musicale d'une messe, parce que le clerc chargé par son rôle pastoral d'une liturgie particulière peut n'avoir par ailleurs aucun talent musical. C'est pour les mêmes raisons que dans le missel officiel, les pièces chantées par le célébrant (et en particulier la Préface) sont toujours très simples musicalement parlant.
Le tableau ci-dessous concerne la messe traditionnelle (avant 1965) pour laquelle la plupart des messes ont été composées.
Propre Ordinaire Action liturgique Antienne d'entrée ou Introït Prières au bas de l'autel Du verbe latin entrare, entrer, c'est le moment de la procession du célébrant et des acolytes vers l'autel qui inaugure le début de la messe ; le chant qui accompagne cette entrée suit la nature de la circonstance célébrée, ainsi les Introïts joyeux de Noël (« Puer natus est nobis, et filius datus est nobis » - Livre d'Isaïe IX, V) et de Pâques (Resurrexi) seront-ils très différents de l'Introït d'un Requiem pour la messe des défunts. Les premiers mots de l'Introït donnent normalement leur nom à la messe, c'est par exemple le cas pour les messes de Requiem. Kyrie Prières au bas de l'Autel La structure du Kyrie (texte fixe de l'Ordinaire) reflète souvent la symétrie et la concision du texte. De nombreux Kyrie ont une structure ternaire (ABA) les deux "Kyrie eleison", construits de façon analogue, encadrent un "Christe eleison" qui s'en distingue nettement. La structure 'AAABBBCCC' correspond à des œuvres plus tardives. Mozart est célèbre pour avoir utilisé, dans sa Messe de Requiem en ré mineur KV 626, les mélodies de plain-chant du "Kyrie" et du "Christe" comme motifs d'une double fugue. Les deux pièces de l'Introït et du Kyrie s'enchaînent dans la cérémonie, les compositeurs de Messe propre en ont souvent fait une pièce unique « Introït et Kyrie » (W.A. Mozart, J.S. Bach, Giuseppe Verdi, Gabriel Fauré...). Gloria Entonné par le célébrant C'est une pièce de l'Ordinaire dont le texte est fixe. Le Gloria est un passage qui glorifie Dieu et le Christ. Chant de fête et de joie, il se dit aux messes qui présentent un caractère de fête, et est toujours omis aux messes de deuil (dont les Requiem) ou de pénitence. Oraison de Collecte Chantée ou dite par le célébrant. Épître (lecture) chantée ou lue par le sous-diacre (ou le prêtre), n'a jamais fait partie d'une composition Graduel Ce chant tire son nom des degrés (marches) que montait le chantre. C'est un psaume antiphoné chanté après la première Lecture ; il disparaît de la messe célébrée le Samedi saint et la veille de la Pentecôte Encyclopédie catholique.. Alleluia ou Trait (liturgie), parfois suivi d'une Séquence L'Alleluia (en hébreu : Louez le seigneur), est chanté avant l'Évangile, sauf pendant les messes de Carême où il est remplacé par le Trait. Dans les deux cas, le texte est variable. Évangile chanté ou lu par le diacre (ou le prêtre), n'a jamais fait l'objet d'une composition Sermon Credo Entonné par le célébrant C'est le plus long des textes chantés, il fait partie de l'Ordinaire de la messe, suit normalement le texte du Symbole de Nicée. Une de ses incises, le Et incarnatus est, peut faire l'objet d'une pièce musicale séparée (par exemple : dans la Messe en ut mineur de Mozart).Antienne d’Offertoire Procession des offrandes Secrète, puis Préface Chantée ou dite par le célébrant Sanctus Consécration Il s'agit d'une doxologie à la gloire de la Trinité. Il peut éventuellement être coupé en deux morceaux, la partie commençant par le Benedictus étant alors normalement chantée après l'Élévation, au milieu de la Consécration. Pater Noster Chanté par le prêtre, ne fait pas partie des compositions anciennes Agnus Dei Communion du prêtre Il s'agit d'une mise en musique de la litanie adressée à lagneau de Dieu. C'est le seul chant de l'Ordinaire qui varie (très peu) dans les messes de RequiemJean-Baptiste Lebigue, « Les livres des chants de la messe », dans Initiation aux manuscrits liturgiques, Paris, IRHT, 2007 (Ædilis, Publications pédagogiques, 6) ., où ses paroles sont légèrement différentes (dona eis requiem au lieu de dona nobis pacem). Antienne de Communion Communion des fidèles Elle varie suivant le Propre. Dans les messes traditionnelles, la communion des fidèles était exceptionnelle. Dans la messe traditionnelle, la Communion s'enchaîne directement à l'Agnus, les compositeurs en ont souvent fait une pièce unique « Agnus Dei et Communio » (Requiem de Michael Haydn, de Cherubini, de Mozart, de Fauré, etc.). Oraison de Postcommunion Chantée ou dite par le célébrant. Ite C'est la formule finale de la messe, Ite missa est, à laquelle l'assistance répond Deo gratias. Il est rare que cette pièce, qui est normalement un dialogue entre le prêtre et l'assistance, soit incluse dans une messe.
On trouve également des pièces liées à des fonctions liturgiques spéciales, par exemple, dans la Messe de Requiem (Messe des morts), la très fameuse séquence du Dies iræ, qui se place après le Trait.
Exemples + Exemples de messes Liturgie chantée Machaut Josquin des Prés Jean Richafort Byrd J.S. Bach Mozart Beethoven Messe de Nostre Dame L'Homme armé 6. toni Requiem à 3 voix en si mineur Requiem Solemnis début fin début fin début Introït Introït Introït Kyrie Kyrie Kyrie Kyrie Kyrie Kyrie Kyrie Gloria Gloria Gloria Gloria Gloria Gloria Graduel ou séquence Graduel Dies irae Credo Credo Credo Credo Credo CredoOffertoire OffertoireOffertoire SanctusSanctusSanctusSanctusSanctusSanctusSanctusSanctusBenedictus BenedictusBenedictus Benedictus Agnus DeiAgnus DeiAgnus DeiAgnus DeiAgnus DeiAgnus DeiAgnus DeiAgnus DeiCommunion Communion Ite missa est
Histoire Moyen Âge vignette|180px|Missa de Barcelona, . vignette|180px|Luca della Robbia : le chœur des chantres (bas-relief sur la cantoria de la cathédrale Santa Maria del Fiore, Florence, ). Les débuts du chant liturgique
Dans les premiers temps, la forme musicale de la messe est indissociable de la liturgie, et entièrement subordonnée à celle-ci ; une messe ne se conçoit pas comme une œuvre musicale, mais comme une manière d'orner une cérémonie liturgique.
Les premières célébrations de la messe font appel à une forme de récitation ou de cantillation dont sont chargés les chantres, qui devient le plain-chant. Différents répertoires musicaux se développent dans la chrétienté à partir du Chant vieux-romain et du chant des Gaules (ou chant gallican)Metz, études grégoriennes., répertoires qui seront unifiés progressivement entre le et le quand le chant chrétien donne naissance au chant grégorien. Les voix chantent a cappella, et à l’unisson mais le caractère officiel du chant grégorien n'exclut pas l'emploi d'autres formes.