Alain Poher, né le à Ablon-sur-Seine (Seine-et-Oise) et mort le dans le de Paris, est un homme d'État français. Président du Sénat de 1968 à 1992, il exerce à ce titre les fonctions de président de la République par intérim en 1969 et 1974.

Après avoir été engagé dans la Résistance, il adhère au MRP et devient sénateur en 1946. Il est ensuite secrétaire d'État chargé des Finances dans le deuxième gouvernement Schuman puis du Budget au sein du gouvernement Queuille. Il préside le Parlement européen de 1966 à 1969.

Élu président du Sénat en 1968, il assure en cette qualité la fonction de président de la République par intérim une première fois en 1969, à la suite de la démission de Charles de Gaulle. Candidat du Centre démocrate à l'élection présidentielle anticipée, il est battu au second tour par l'ancien Premier ministre gaulliste Georges Pompidou. Il exerce à nouveau l'intérim en 1974, après la mort de Pompidou.

Il demeure le titulaire du plus grand nombre de mandats de président du Sénat (huit, soit ) et le seul président du Sénat à avoir assumé l'intérim de la présidence de la République.

Biographie Origines et formation Alain Poher, fils unique d'Ernest Poher, ingénieur des chemins de fer (1875-1936), et de Louise Souriau (1872-1960), est issu d'une famille originaire du Morbihan (Bretagne).

Il suit ses études secondaires au lycée Louis-le-Grand. Intéressé par les sciences, il est transféré au lycée Saint-Louis, à l'époque spécialisé dans ce domaine. Il passe le concours de l'École nationale supérieure des mines de Paris, dont il sort ingénieur civil.

Des ennuis de santé l'empêchent de poursuivre sa profession d'ingénieur civil. Il entreprend des études de droit et obtient une licence de droit à l'âge de 28 ans, et complète sa formation par un passage à l'École libre des sciences politiques. Il suit une conférence de méthode de Maurice Couve de Murville. Lors de ses études, il est membre de la Conférence Olivaint.

Vie familiale Alain Poher se marie à La Baule-Escoublac en 1938Mention en marge de l'acte de naissance d'Alain Poher. à Jeanne Marie Rose Henriette Tugler (née le à Cahors et décédée le à Ablon-sur-Seine)Informations tirées du fichier des décès de l'INSEE., fille d'un inspecteur principal de l'exploitation des chemins de fer, chevalier de la Légion d'honneur. Le couple a une fille : Marie-Agnès Poher (1940-2025) veuve de Jean-Pierre Joussain. Ils ont trois petits-enfants.

Alain Poher est un cousin éloigné de la chanteuse Berthe Sylva.

Parcours politique Débuts et Résistance En 1938, Alain Poher entre au ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie et est rédacteur de troisième classe.

Durant la guerre, il est mobilisé, participant aux combats de la bataille de France du printemps 1940. Blessé et ayant échappé à l'opération Dynamo à Dunkerque, il rejoint dès 1941 le groupe Libération-Nord, qu'il anime au sein du ministère des Finances.

Le , il est nommé président du comité de Libération du ministère et commandant des FFI. En 1945, il dirige les services sociaux du ministère des finances. Il reçoit à ces titres la croix de guerre 1939-1945 et la médaille de la Résistance française.

Chef des services sociaux du ministère de l'Économie à la Libération, il rejoint Robert Schuman, dont il devient le directeur du cabinet. Il travaille dès lors sur les questions européennes. De 1948 à 1952, il est commissaire général aux affaires allemandes et autrichiennes. De 1950 à 1952, il préside également l'Autorité internationale de la Ruhr. À partir de 1952, il siège à l'Assemblée commune de la Communauté européenne du charbon et de l'acier. Il devient également responsable de la commission préparatoire du Marché commun.

Premiers mandats locaux vignette|redresse|gauche|Alain Poher en 1949. En 1945, Alain Poher est élu maire de sa ville natale, Ablon-sur-Seine, située dans le département de Seine-et-Oise puis dans le Val-de-Marne après la réforme de 1964. Dans ce nouveau département contrasté, il incarne le Val-de-Marne d'essence provinciale, « versaillaise », comme il ditFilm documentaire en ligne, sur le Val-de-Marne, réalisé à l'occasion de la parution du livre Val-de-Marne : Anthologie 1964 - 2014 paru aux éditions de l'Atelier en 2014 et dirigé par Emmanuel Bellanger (chercheur CNRS) et Julia Moro (Archives départementales du Val-de-Marne). La personnalité d'Alain Poher, qui incarne le Val-de-Marne d'essence provinciale y est cité à plusieurs reprises., par opposition à l'« autre Val-de-Marne », le Val-de-Marne « parisien », qui se situe dans une dynamique d'intégration métropolitaine.

Président du groupe sénatorial centriste En 1946, Alain Poher est élu au Conseil de la République. Hormis un intermède entre 1948 – lorsqu'il entre au gouvernement – et 1952, il siège sans discontinuer à la haute assemblée jusqu'en 1995.

Il est président du groupe Mouvement républicain populaire (MRP), puis rejoint le groupe Union centriste des démocrates de progrès (UCDP), qui devient ensuite le groupe Union centriste (UC).

Secrétaire d'État et engagements européens Entre et , Alain Poher est secrétaire d'État au Budget dans le deuxième gouvernement Schuman puis le premier gouvernement Queuille. De à , il est également secrétaire d'État aux Forces armées (Marine) dans le gouvernement Gaillard, qui tombe avec la crise de mai 1958 allant conduire au retour au pouvoir de Charles de Gaulle et à l’instauration de la Cinquième République.

Première élection à la présidence du Sénat vignette|gauche|Alain Poher échangeant avec son prédécesseur à la présidence du Sénat, Gaston Monnerville. Le , bien qu'il ne se soit pas initialement porté candidat, Alain Poher est élu président du Sénat à l'issue du troisième tour de scrutin, par 135 voix contre 107 à Pierre Garet et 22 à Georges Cogniot. Il devient ainsi le troisième personnage de l'État dans l'ordre constitutionnel. De 1972 à 1989, son directeur de cabinet est Bernard Guyomard..

Président de la République à titre intérimaire En 1969, il fait activement campagne pour le « non » au référendum constitutionnel proposant notamment d’attribuer au Sénat un simple rôle consultatif. Le « non » l’ayant emporté, le président de Gaulle démissionne de l’Élysée au lendemain du scrutin, le . En vertu de l’article 7 de la Constitution, Alain Poher est ainsi chargé d'exercer la fonction de président de la République à titre intérimaire. Il décide alors de se porter candidat à la succession du fondateur de la Cinquième République avec le soutien de la droite non gaulliste et de nombreux centristes, 311..

Au premier tour de l'élection présidentielle anticipée, il arrive en deuxième position avec 23,3 % des suffrages exprimés, derrière l'ancien Premier ministre du général de Gaulle Georges Pompidou. Dans l'entre-deux-tours, il reçoit le soutien de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO).. Le candidat du Parti communiste français, Jacques Duclos, arrivé seulement deux points derrière le président du Sénat, refuse de choisir entre . Le , dans un contexte d’abstention inhabituelle en France, Alain Poher est nettement battu par Pompidou, recueillant 41,8 % des voix. Le suivant, il transmet le pouvoir au nouveau président de la République.

Le , il est de nouveau appelé à assumer l'intérim présidentiel, après la mort du président Pompidou. Il ne se présente pas à l’élection présidentielle anticipée et assure l’intérim jusqu'à l'élection du centriste Valéry Giscard d'Estaing à l'Élysée. Au total, Alain Poher a assuré la fonction de chef de l’État intérimaire pendant ( en 1969 et 55 en 1974).

Record de longévité au « plateau » et influence sur le Conseil constitutionnel Entre 1971 et 1992, à l'issue des renouvellements sénatoriaux par tiers , Alain Poher est réélu président de la haute assemblée.

gauche|thumb|Alain Poher entre le Britannique James Scott-Hopkins et l'Italien Emilio Colombo (1978). Il saisit en 1971 le Conseil constitutionnel, qui annule la loi sur la liberté d'association de Raymond Marcellin et René Pleven. Si cet événement marque de l’institution, selon les termes du professeur Pierre Avril, il est également à comprendre dans la propension d'Alain Poher d'intégrer le Conseil constitutionnel aux rouages du calcul politique. Cette propension se manifeste également lors de sa nomination de Gaston Monnerville au Conseil constitutionnel, en : pour François Goguel, autre membre du Conseil constitutionnel, la décision d'Alain Poher de nommer son prédécesseur ne pouvait être interprétée que « comme liée à son désir d’obtenir en octobre prochain, pour le renouvellement de son mandat, le soutien des radicaux de gauches et des socialistes ».

thumb|285px|Alain Poher s’entretenant avec l'homme politique vénézuélien Rafael Caldera (1981).

Sous les présidences Pompidou et Giscard d’Estaing, il loue la modération du Sénat. Mais à partir de 1981, avec l’arrivée au pouvoir des socialistes conduits par François Mitterrand, les échanges à la chambre haute sont plus conflictuels, principalement en raison de l’accroissement du groupe gaulliste du RPR, alors présidé par Charles Pasqua. C’est notamment le cas lors des débats autour du projet de loi Savary et du projet d'extension du champ du référendum. D’une façon générale, la majorité sénatoriale s’oppose de façon quasi-systématique aux propositions émanant de la gauche..

En vue de l’élection à la présidence du Sénat de 1989, une majorité de sénateurs UDF se prononcent contre une nouvelle candidature d’Alain Poher, âgé de et physiquement affaibli. Le groupe du RDE refuse également de lui apporter son soutien. Cependant, Charles Pasqua, qui souhaite maintenir son influence sur le « plateau » mais se pense trop clivant pour y être élu avant 1992, fait pression pour que le président sortant se représente ; celui-ci se défend alors des accusations selon lesquelles il serait .. Pour la première fois, Alain Poher est ainsi mis en difficulté : s’il reçoit l’appui de quelques sénateurs centristes, il n’est officiellement soutenu que par le groupe RPR. Au premier tour de scrutin, il recueille , loin des 159 requis pour la majorité absolue. Au deuxième tour, alors que les centristes ont décidé de soutenir René Monory (UDF-CDS, comme lui), il perd sept voix. À l'issue du troisième vote, il parvient finalement à être réélu, avec une majorité relative de , contre 111 à Pierre-Christian Taittinger (UDF-Parti républicain)..

Le huitième et dernier mandat d’Alain Poher, lors duquel il apparaît ostensiblement malade, est considéré comme étant celui « de trop ». Le journaliste Renaud Dély estime ainsi qu’il . À la suite du renouvellement de 1992, René Monory est élu à la présidence du Sénat après être parvenu à devancer Charles Pasqua lors du premier tour. Alain Poher lui cède alors son siège, qu’il détenait depuis vingt-quatre années. Il quitte le Sénat , ne briguant pas un nouveau mandat parlementaire. Alain Poher a ainsi été sénateur durant , un record pour la chambre haute du Parlement français.

thumb|285px|La tombe d'Alain Poher au cimetière d'Ablon-sur-Seine (Val-de-Marne).

Il meurt à l'âge de l'année suivante, le , dans le seizième arrondissement de Paris, des suites d'un cancer. Il est inhumé dans le caveau familial au cimetière de sa ville natale.

Personnalité Malgré son long parcours politique et les hautes responsabilités qu’il a exercées, Alain Poher est considéré comme une figure discrète.

Prises de position thumb|285px|Alain Poher en 1966. Durant toute sa carrière, Alain Poher défend vigoureusement le Sénat, dont l’intérêt est souvent discuté dans le débat public. Il présente cette assemblée comme une par opposition à l'Assemblée nationale.

Alain Poher est notamment influencé par le personnalisme d'Emmanuel Mounier.

Dès le début de son parcours, Alain Poher manifeste de très fortes convictions européennes. Il tente de convaincre de Gaulle de renoncer au référendum sur la réforme du Sénat en 1969.