vignette|Un graphique du facteur d'impact de la revue Acta Veterinaria Scandinavica au fil du temps. Un facteur d'impact ou FI (en anglais, impact factor ou IF, journal impact factor ou JIF) est un indicateur qui estime indirectement la visibilité d'une revue scientifique. Pour une année donnée, le FI d'une revue est égal à la moyenne des nombres de citations des articles de cette revue publiés durant les deux années précédentes. Ce facteur d'impact, qui mesure une certaine visibilité, est considéré par certains gestionnaires de la recherche et certains chercheurs comme un critère pertinent : une revue avec un FI élevé serait ainsi considérée comme plus importante (parce que plus visible : plus lue et plus citée) qu'une revue avec un FI faible. Ces facteurs d'impact ont une influence certaine dans le domaine de la publication scientifique. Ils sont utilisés par ailleurs comme critère pertinent d'évaluation par les tenants d'une évaluation quantitative de la recherche (sujet à controverse).
Les FI sont indexés par Clarivate dans le Journal Citation Reports et publiés tous les ans.
Le top 2 % des revues scientifiques a un FI supérieur à 10 et le top 10 % des revues a un FI supérieur à 4. Près de trois-quarts des revues scientifiques ont un FI supérieur à 1. Les revues scientifiques avec un FI faible (inférieur à 1) sont peu citées, généralement pour trois types de raison : soit elles sont de bonne qualité mais davantage spécialisées que la moyenne, soit elles sont récentes et encore peu développées, ou encore elles peuvent être reconnues comme des revues dites « prédatrices ».
Il est plus prudent de comparer des revues scientifiques par le biais du facteur d'impact lorsque celles-ci traitent du même sujet, car les différentes thématiques scientifiques de recherche ont des niveaux très distincts de facteur d'impact. Les revues de médecine ont généralement des facteurs d'impacts bien plus grand que la moyenne, à titre d'exemple.
Calcul Pour une année donnée, le FI d'une revue scientifique est égal à la moyenne des nombres de citations des articles de cette revue publiés durant les deux années précédentes (citations faites dans les autres revues et dans celle-ci).. Les nouvelles revues, indexées depuis leur premier numéro, recevront un facteur d'impact après une période de deux ans. Certaines publications annuelles ou irrégulières ne publient rien pendant un an, ce qui a une incidence sur ce calcul. Le FI concerne une période de temps définie. Il est possible de le calculer pour n'importe quelle période désirée. Les (JCR) incluent aussi un FI de cinq ans. Le JCR montre aussi les rangs de journaux par FI, et si nécessaire par discipline, comme la chimie organique ou la psychiatrie.
Histoire Le facteur d'impact (FI) a été conçu par Eugène Garfield, le fondateur de l' (ISI). ISI a été racheté par Thomson Reuters en 1992 et revendu plus tard aux fonds d'investissement Onex Corporation et . Ces fonds ont créé Clarivate, entreprise qui gère depuis 2016 le FI, publié dans le Journal Citation Reports.
Utilisation Par exemple, les deux revues scientifiques considérées comme les plus prestigieuses sont Nature et Science. Toutes les deux ont des facteurs d'impact autour de 40. Certaines revues biomédicales ont des valeurs plus importantes, par exemple les plus prestigieuses The New England Journal of Medicine (facteur d'impact : 79,3) et The Lancet (facteur d'impact : 53,3). Nombre de revues de domaines spécialisés de haut niveau ont des facteurs d'impact inférieurs à 5.
Le FI est utilisé pour comparer différentes revues dans un même domaine. L'index de l' (ISI) recense près de scientifiques. Il est parfois commode de pouvoir faire des comparaisons entre différentes revues ou différents groupes de recherche. Par exemple, le financeur d'une recherche scientifique désire un critère pour juger la productivité de son investissement. Une mesure quantitative apparemment objective de l'importance des publications peut lui sembler alors nécessaire, laquelle peut utiliser le facteur d'impact.
Utilisation détournée Les facteurs d'impact ne sont cependant pas sans biais, surtout quand on utilise le FI dans des situations dans lesquelles il n'est pas adapté. Comme d'autres outils de bibliométrie, leur usage est critiqué .
Bien que le facteur d'impact ait été créé à l'origine comme mesure de la réputation d'une revue, il est de plus en plus employé comme mesure de la productivité des chercheurs Laurence Coutrot, « Sur l’usage récent des indicateurs bibliométriques comme outil d’évaluation de la recherche scientifique », Bulletin de méthodologie sociologique, octobre 2008, 100, 45-50.. C'est une mesure trop grossière de la fiabilité de l'information donnée. Un postulat voudrait que, par exemple, un essai qui démontre l'efficacité d'un traitement dans un article d'une grande revue médicale à FI élevé pourrait changer la pratique médicale quotidienne et que ce serait rarement le cas dans une revue avec un FI faible (avec le postulat secondaire que si l'essai possédait des résultats intéressants, il serait publié dans une plus grande revue). Ce postulat n'est pas démontré : en effet, seul un petit nombre d'articles de ces revues à FI élevé sont très cités (ce que cache la moyenne). Par exemple, environ 90 % du FI de Nature en 2004 était basé sur seulement le quart des publications. Ainsi, l'importance des publications sera très variable dans une même revue. Le FI sous-estime l'importance des articles d'une même revue les plus cités, et sur-estime l'importance des articles les moins cités qui sont la grande majorité d'une revue.
Discussion Avantage L'avantage du facteur d'impact est lié à sa facilité d'usage, au fait qu'il est très facilement calculable, et couvre de plus différents. Cela en fait un des outils bibliométriques les plus simples et les plus connus.
Inconvénients et critiques Inconvénients, difficultés Le nombre de citations n'est pas une mesure correcte de la qualité ni même de la quantité d'informations nouvelles des publications. Il y a d'autres critères que la qualité scientifique brute du travail qui font qu'un article est lu et cité : la clarté de l'article, le fait qu'il soit dans une thématique « à la mode » ou non, voire que l'article soit cité comme exemple de mauvaise recherche scientifique. La fenêtre temporelle est trop courte. Dans la recherche de pointe, l'importance de l'article peut ne devenir apparente qu'après plusieurs années, et ne sera donc pas prise en compte par le facteur d'impact de l'ISI « Que disent les indicateurs ? », entretien avec Jean-Pierre Merlet, animateur du groupe de réflexion sur les indicateurs de la commission d’évaluation de l’INRIA, Lettre d'information de l'INRIA, 59, mai 2007.. De plus, les articles classiques sont cités fréquemment, même après plusieurs décennies. Pour les revues ayant des processus de publication assez longs, les auteurs n'auront cité que des articles qu'ils ont lus au moment de la rédaction de leur travail. En effet, pour certaines revues, le temps entre la soumission de l'article et sa publication peut prendre plus de deux ans. Seules les citations d'articles de moins de avant la publication et de moins de 1 an avant la rédaction seraient alors pris en compte. Un FI d'au moins et plus serait alors plus pertinent. La nature d'un domaine scientifique implique des rythmes et des quantités différentes de publication, ce qui affecte le facteur d'impact. Par exemple, les revues médicales ont des facteurs d'impact supérieurs à ceux de revues de mathématiques ; il est illogique de comparer sur le même plan une revue médicale avec une revue mathématique tant le travail d'un chercheur en biomédecine diffère de celui d'un chercheur en mathématiques. Dans le même ordre d'idées, le facteur d'impact médian dans les domaines de l’économie de la santé (2,06), des systèmes d’information (1,97), de l'innovation (1,73) de la stratégie et du management (1,73) sont nettement plus élevés que, entre autres exemples, dans le domaine de la théorie économique (0,83), du travail (0,77), voire de l'économie publique (0,59) ou de l'histoire économique et de l'histoire de la pensée économique (0,41)Jean-Bernard Châtelain, Kirsten Ralf. « Les revues d'excellence en économie et en gestion : discordances entre la classification de l'AERES et les facteurs d'impact par les citations ». 2009, <hal-00430528>, lire en ligne.. Le nombre de publications et le FI des revues qui les ont publiées ne reflètent pas les mêmes types d'effets. Le facteur d'impact augmente avec le prestige de la revue, qui peut être artificiellement augmenté par une politique éditoriale adéquate et ses moyens en matière de publicité. Comptant la fréquence de citation par article et négligeant le prestige de la revue, le facteur d'impact confond des mesures de popularité, de prestige et d'impacts réels. Le facteur d'impact étant fortement lié à la revue plus qu'à l'article ; un article publié dans une revue à fort impact peut avoir un nombre de citations très bas, voire nul, et inversement. Le facteur d'impact ne prend pas en compte l'impact d'une information scientifique nouvelle diffusée par le biais des cours et d'autres formations. Il « représente » mieux les chercheurs qui publient le plus, que ceux qui enseignent, assurent un mentorat, ou sont plus collaboratifs. (ou qui par exemple améliorent ou enrichissent le contenu de Wikipédia)WEUSC (2013), Wikipédia, objet scientifique non identifié, CNRS-ISCC, 5 juin 2013, Paris.. Il existe un biais linguistique : les revues non-anglophones étant moins bien répertoriées, elles ne bénéficient pas ou peu d'un facteur d'impact, même quand elles sont internationalement reconnues (en sciences sociales particulièrement). Elles souffrent également de bugs dus aux diacritiques propres aux langues autres que l'anglais. Le facteur d'impact pourrait tendre à uniformiser la recherche. Il encourage aussi la « multiplication des publications avec tronçonnement des résultats » (afin de gonfler artificiellement les chiffres). Le FI ne pourrait pas être reproduit à partir d'un audit indépendant, les données brutes n'étant pas accessibles.. À court terme, surtout dans le cas de journaux à FI faible, de nombreuses citations sont faites dans les articles sur les travaux précédents du chercheur (auto-citation) . ; Garfield maintient cependant que ce phénomène influence peu le FI d'une revue .. Une étude d'auto-citations d'auteur dans la littérature sur le diabète montre que la fréquence des auto-citations n'est pas associée à la qualité des publications.. Par ailleurs, une auto-citation de la revue est fréquente dans les revues qui traitent de sujets spécialisés et qui ont de forts regroupements entre leur lectorat et leurs auteurs. Ce n'est pas nécessairement un signe de mauvaise qualité ou de manipulation.. Les listes de classement des revues basés sur le FI ou sur les résultats d'une enquête d'expert ont une corrélation modérée .. La politique éditoriale d'une revue peut affecter le FI. : Une revue peut choisir de publier un pourcentage important d'articles de synthèse (review article en anglais) qui sont généralement plus souvent cités que les articles de recherche proprement dit .. Ces articles de synthèse peuvent augmenter le FI d'une revue et les revues qui se consacrent à ces états de l'art ont souvent le FI le plus élevé dans leur domaine respectif. A contrario, des revues peuvent décider de ne pas publier des articles sur des études de cas qui ont moins de chance d'être cités et qui diminueraient le nombre moyen de citation par article.