Le château de Champs-sur-Marne est situé en France dans la commune de Champs-sur-Marne, dans le département de Seine-et-Marne en région Île-de-France.
Présentation Construit près d'une boucle de la Marne entre 1703 et 1707 par les architectes Pierre Bullet et son fils Jean-Baptiste Bullet de Chamblain pour deux financiers de Louis XIV : Charles Renouard de La Touanne puis Paul Poisson de Bourvallais.
Type accompli de la maison de plaisance à la française du début du , avec son plan en « U » à deux courtes ailes sur la cour d'honneur au sud et sa rotonde sur le jardin au nord, il témoigne de l'évolution de la société vers la recherche de davantage de confort. Il dispose d'un parc de qui allie jardin à la française et à l'anglaise, et labellisé Jardin remarquable. Fait rare, le domaine possède à la fois un jardinVisite virtuelle du parc du château de Champs (Mécénat). et un châteauSi le château de Champs-sur-Marne m’était conté – Un bref rappel historique. Association des bords de Marne (Champs-sur-Marne). Claude Hourdel. Bulletin – avril 2011 en très bon état de conservation.
Le domaine de Champs connaît de nombreux propriétaires au cours de son histoire, notamment le financier Louis Cahen d'Anvers qui en fait un lieu de réception couru de la Belle Époque.
Champs est aujourd'hui un domaine national géré par le Centre des monuments nationaux qui abrite dans ses communs sud-ouest le Laboratoire de recherche des monuments historiques. Après d'importants travaux de restauration, le château a rouvert ses portes au public en 2013. C'est également un lieu de tournage cinématographique.
Histoire La seigneurie de Champs avant le château actuel Champs est mentionné entre 1079 et 1096 dans une charte de franchise signée par Adam de Champs. La seigneurie reste dans sa famille jusqu'en 1399, date à laquelle Jeanne II de Champs la vend à la famille d'Orgemont, originaire de Lagny-sur-Marne.
Au , le château appartient à Claude de Montmorency, maître d'hôtel de François . La seigneurie passe ensuite à la famille de la marquise de Rambouillet, les Angennes, marquis de Pisani.
Au début du , la seigneurie passe à Jean Faure, un petit officier du roi puis gouverneur de Mirebeau en Poitou dont le fils, François Faure a été évêque de Glandèves, puis d'Amiens. Louis XIII enfant est venu se promener à plusieurs reprises à Champs. Jean Héroard fait le récit dans son journal des visites du , du et du . Les héritiers de Jean Faure ont embelli le jardin en faisant creuser des bassins et des canaux.
Premiers plans du château actuel La seigneurie est acquise vers 1698 par Charles Renouard de La Touanne, trésorier général de l'Extraordinaire des guerres et de la Cavalerie légère. En 1699, il fait appel aux architectes Pierre Bullet et à son fils Jean-Baptiste Bullet de Chamblain pour lui construire une nouvelle demeure, mais il fait banqueroute en et meurt le , alors qu'il allait être conduit à la prison de la Bastille« Trois à quatre cents ouvriers travaillaient alors au château et à la terre de Champs-en-Brie » note Saint-Simon dans ses Mémoires.
Château actuel et ses occupants jusqu'en 1895 Les travaux sont alors arrêtés au tout début du . Il n'y a toutefois aucune information sur le degré d'avancement des travaux au moment de leur arrêtLes projets dessinés des deux architectes Bullet père et fils sont conservés dans la collection Tessin-Hårleman du Nationalmuseum de Stockholm (Suède), Carl Hårleman ayant été l'élève de Jean-Baptiste Bullet de Chamblain.
Le domaine est confisqué en 1701 et revendu en 1703 à un autre financier Paul Poisson de BourvallaisL’épouse de Paul Poisson de Bourvallais était la fille de Guyon de Bruslon, acquéreur en 1706 de l'hôtel de Bourvallais place Vendôme actuel siège du ministère français de la Justice., secrétaire du Conseil royal des finances qui est le modèle de la comédie : Turcaret ou le Financier d'Alain-René Lesage. Les documents d'archives mentionnent de nombreux ouvriers entre 1703 et 1707 travaillant sous les ordres d'un entrepreneur nommé Jean Charpentier et d'un second architecte appelé Buiret, « contrôleur des bâtiments de M. de Bouvalais ». Il fait achever les travaux, toujours sous la direction de Bullet de Chamblain. La construction se termine en 1707. Les jardins à la française sont créés vers 1710, sans doute par Claude Desgots, petit-neveu et élève de Le Nôtre ..
Deux ans après l'opération du visa, Poisson de Bourvallais est accusé de malversations et, en 1716, est condamné à des restitutions par la chambre de justiceDaniel Dessert, Argent, pouvoir et société au Grand Siècle, Éditions Fayard, Paris, 1984 , p. 671. Il doit abandonner le château de Champs-sur-Marne ; selon les Mémoires du duc de Saint-Simon, à l'avènement du régent Philippe d'Orléans, « Bourvallais, un des plus riches traitants et des plus maltraités par la chambre de justice, fut dépouillé d'une superbe maison de campagne à Champs qu'il avait rendue charmante et que d'une maison de bouteilleMaison de bouteille ou "vide-bouteilles" : «petite maison de campagne qui n'est qu'un pied-à-terre» (Littré)... plutôt modeste et où l'on vide bouteille(s) entre amis., il avait fait chef-lieu d'une grande et belle terre à force d'acquisitions. »Saint-Simon, Mémoires, Paris, 1842, 40 vol., chap. 471, p. 243.
Le château confisqué par la Couronne est vendu en 1718 à la princesse de Conti, fille légitimée de Louis XIV et de Louise de La Vallière. Celle-ci en cède, le , la nue-propriété à son cousin, Charles François de La Baume Le Blanc, marquis puis duc de La Vallière. Il a fait réaliser un plan d'ensemble du château publié par Mariette dans le tome 2 de son Architecture française, en 1727. Les jardins représentés sont de Claude Desgots, neveu d'André Le Nôtre.
Le fils de celui-ci, Louis-César de La Baume Le Blanc de La Vallière (1708-1780) en hérite en 1739. Il y reçoit des hommes de lettres dont Voltaire, Diderot, d'Alembert, Moncrif. Il fait reprendre la décoration du « grand cabinet » ou « salon d'assemblée » du rez-de-chaussée sur le jardin, probablement par Christophe Huet qui a aussi réalisé un petit cabinet décoré de petits sujets en camaïeu bleu.
Mais, après la construction, vers 1750, de son château de Montrouge (à l'emplacement de l'actuel hôtel de ville de MontrougeL'histoire de Montrouge sur le site de la ville de Montrouge ville-montrouge.fr (consulté le .), il délaisse le château de Champs et cherche à vendre le domaine. Faute de trouver un acquéreur, il le loue entre et à la marquise de Pompadour, dont il est l'ami, pour par an. En , celle-ci y reçoit le prince de Soubise au retour de la défaite de Rossbach.
En , elle signifie ainsi son congé - en cassant unilatéralement le bail - à cet ami qu'elle surnommait "Broche" : "L'état de mes affaires ne me permet pas d'achepter a vie votre maison, j'en ay achepté une autre moins chère des deux tiers, je n'y trouve ni un château ni un parc comme le votre mais la position est beaucoup plus commode pour le peu de temps que j'ay à (y) passer (...). Si sans trop vous déranger, vous pouviés me rembourcer les meubles, j'en serois fort aise, car jen aurois beaucoup trop...etc." (lettre autographe citée par B. Galimard-Flavigny dans La Gazette Drouot n° 29 - 23/07/2021, p. 25).Le , le duc de La Vallière parvient à vendre le domaine à l'armateur nantais Gabriel Michel (1702-1765), directeur de la Compagnie des Indes, pour . À sa mort l'année suivante, le château passe à sa femme, puis, en 1768, à sa fille, Henriette Françoise, épouse depuis 1757 de Jacques Auger, marquis de Marbeuf (†1789)Jacques Auger est le neveu du général et gouverneur de Corse Charles Louis de Marbeuf..
Dès 1763, cependant, les époux sont séparés « d'habitation et de biens ». Riche de de livres, la marquise a aussi un hôtel particulier à Paris rue du Faubourg-Saint-Honoré à l'emplacement de l'actuel 31 et possède également la Folie Marbeuf sur les Champs-Élysées, au niveau des actuelles rues Lincoln et Marbeuf. Durant la Révolution, elle est condamnée à mort par le Tribunal révolutionnaire et exécutée le , « comme convaincue d'avoir désiré l'arrivée des Prussiens ». vignette|Borne du Nord géographique du château de Champs. En 1783 Un plan d'Intendance est levé qui porte à connaissance de la réalité du Domaine. Le Chevalier François de Levis fait marquer dans le paysage une Borne indiquant le Nord géographique. Cette borne est aujourd'hui positionnée dans la parc de Noisiel dont François de Levis était propriétaire par son mariage avec Gabrielle- Augustine Michelhttp://www.follet.org/overblog/conference.uia.pdf.
Le domaine est saisi comme bien national et vendu par adjudication en 1801 au neveu de la marquise de Marbeuf, Pierre-Marc-Gaston de Lévis (1764-1830), fils de Gabrielle Augustine Michel (1744-1794), qui y reçoit notamment Chateaubriand. Il a achevé la transformation du jardin à la mode anglaise.
En 1831, son fils revend le château à Jacques Maurice Grosjean. En 1858, il devient la propriété de l'agent de change parisien Ernest Santerre, puis de son fils Sébastien.
Les Cahen d'Anvers En 1895, Sébastien Santerre revend le domaine au comte Louis Cahen d'Anvers, puissant représentant de la haute-finance parisienne. Avec son épouse Louise de Morpurgo, il fait restaurer à grands frais le domaine et le château par l'architecte Walter-André Destailleur, qui avait déjà édifié pour eux, en 1880, l'hôtel au 2 rue de Bassano à Paris, orné de lambris anciens, de tableaux et d'objets d'art des - transformé en camp Bassano durant la Seconde Guerre mondialeAssouline, op. cit. p.155.
Ils font également recréer les jardins par les paysagistes Henri et Achille Duchêne aidés par les nombreux jardiniers (63 en 1934) recrutés par Cahen d'Anvers.
Ils y reçoivent, entre 1895 et 1922, Marcel Proust, Isadora Duncan, Alphonse XIII d'Espagne, et Paul Bourget.
Une photographie les montre dans le jardin en compagnie de leur fille Irène, comtesse Moise de Camondo (divorcée) puis comtesse Charles Sampieri (idem.), et de ses deux enfants, Béatrice (Mme Léon Reinach, assassinée à Auschwitz en 1945) et Nissim (mort pour la France en 1917)..
Louis Cahen d'Anvers meurt en 1922.
En 1934, son fils Charles, époux de Suzanne Lévy, donne à l'État français et la demeure restaurée et son mobilier (ou lui vendit ?) à condition qu'il reste en place, et que l'emploi et le logement des 63 jardiniers, des 18 domestiques, des 11 garde-chasse et de la cinquantaine d'employés des fermes du domaine soit garanti, et émet le souhait que le domaine devienne une résidence présidentielle ou serve de « résidence de week-end » au président du Conseil (actuel Premier ministre).« Dans la période qui a suivi la donation, si le comte Charles désirait revenir à Champs, il téléphonait (...). Mes parents étaient heureux de lui préparer et de lui servir un repas et un café ultra fort - arrivant d'Argentine, où la famille possédait de vastes domaines » (, née Biscaye, fille du maître d'hôtel de Champs, citée par Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Châteaux et châtelains, 2005, p.97).Le château est classé parmi les monuments historiques le et un conservateur du domaine est nommé, le château étant ouvert à la visite. Le domaine du château est, quant à lui, classé par arrêté du .
Toutefois, sitôt après la donation, des hôtes d'honneur de la présidence de la République y sont reçus, comme le sultan du Maroc, Mohamed V, et sa famille en , séjours qui obligent à chaque fois à fermer le château au public.
Le , un grand bal réunissant 1 400 personnes y fut donné pour le de Monica Cahen d'Anvers, à la suite d'un décret ayant remis le domaine à la disposition (pour un mois) de son père, qui dut assurer le château pour deux millions de dollars et son contenu pour deux millions et demi (même réf. p. 98).
De Gaulle et ses hôtes à Champs-sur-Marne