Les Aventures de Tintin est une série télévisée d'animation franco-canadienne de 1992, comptant trois saisons de chacun de , adaptée de des Aventures de Tintin de Hergé. Trois albums ont droit à un seul épisode (Tintin en Amérique, L'Étoile mystérieuse et Le Trésor de Rackham le Rouge), les autres à une paire d'épisodes chacun.
En Belgique et au Luxembourg, elle est diffusée dès la fin de l'année 1991 sur la RTBF, Canal+ Belgique et RTL TVI ou encore RTL Télévision puis RTL TV en version québécoise puis en version française. En France, elle a été diffusée à partir du sur FR3 tous les mardis à puis régulièrement rediffusée sur France 3 puis sur M6, France 5, 6ter et Gulli principalement en première partie de soirée. Elle est également diffusée sur Netflix, Prime Video et Anime Digital Network.
La série a bien été accueillie par les fans, mais aussi les critiques qui la félicitent de par son fidèle « rapprochement » avec l'univers de Tintin et aux albums. En 1993, la série remporte le prix de la meilleure émission pour la jeunesse aux 7 d'or.
Synopsis Les Aventures de Tintin conte les aventures de Tintin, jeune journaliste belge, et de son chien Milou. La série reprend assez fidèlement, avec quelques tentatives de modernisation, les albums des Aventures de Tintin, de Tintin en Amérique à Tintin et les Picaros. En sont exclus les deux premiers albums Tintin au pays des Soviets (jugé trop daté et politique) et Tintin au Congo (trop colonialiste et violent avec ses massacres d'animaux) ainsi que le dernier Tintin et l'Alph-Art (inachevé). Le scénario de Tintin en Amérique a également été profondément remanié.
Production Au début des années 1990, Philippe Gildas, à l'époque animateur de Nulle part ailleurs mais aussi directeur général de la société parisienne Ellipse, eut l'idée d'adapter l'ensemble des albums de Tintin pour la télévision, ce qui n'avait que partiellement été tenté par le passé (par Belvision, 1959-1964), offrant à des millions d'enfants une occasion de découvrir l'œuvre d'Hergé. Cependant, l'adaptation en série d'animation comprend un risque financier, car, pour faire naître le projet, il fallait débourser près de pour chaque épisode de vingt-six minutes. Autre défi, il était impossible d'adapter les albums en série d'animation sans l'imprimatur de la fondation Hergé et de Fanny Rémi, veuve et légataire universelle de l'œuvre. Chose alors impensable, car l'équipe devait lui expliquer que , et qu'. Robert Réa, producteur de la série d'animation, lui montrera une animation de trois minutes et lui promettra une place sur le marché américain.
Après avoir finalement obtenu les droits de licence, Ellipse se met au travail. Sous la direction de Stéphane Bernasconi, réalisateur de 35 ans à l'époque, plus de français se penchent sur le projet d'adaptation pendant deux ans, avec (soit près de par album) s'effectuent à la minute. Le générique, quant à lui, a été composé par Ray Parker, Jim Morgan et Tom Szczesniak.
En ce qui concerne sa diffusion, Agnès Vincent, à cette période responsable des programmes jeunesse sur la chaine France 3, impose la diffusion de la série aux heures de plus grande écoute. « On s'est moqué de moi », explique-t-elle. « Le jour de la première diffusion, le dernier, tout le monde y allait de son amicale mise en garde : tu commets la plus belle connerie de ta carrière ! » Cependant, les chiffres de l'audimat indiquent clairement le contraire et font plus de 25 % de part de marché. « Chez les concurrents, c'était la panique totale », explique Agnès Vincent. La diffusion de la série fera bondir les ventes d'albums.
Par la suite, la série d'animation se fait une place en outre-mer. En coproduisant la série avec les studios canadiens Nelvana, basés à Toronto, Ellipse entre sur le marché nord-américain avec la sortie d'un jeu interactif produit par la chaîne américaine HBO. La série est désormais diffusée aux États-Unis, mais elle est sujette à plusieurs censures « politiques ». Ainsi, l'épisode L'Oreille cassée sera purement supprimé.
Différences notables avec les albums
vignette|Costumes d'astronautes dans On a marché sur la Lune.
Les différences tiennent essentiellement à la volonté de ne pas heurter la sensibilité des (très) jeunes spectateurs et de se plier aux actuelles règles culturelles et sociales. La violence est donc largement édulcorée, comme sont bannis les comportements désormais socialement répréhensibles (alcoolisme, tabagisme, voire toxicomanie, comme c'est le cas dans la fumerie d'opium du Lotus bleu). Cela aboutit à la quasi-disparition des scènes dramatiques ou violentes (ou supposées telles). Ainsi pour L’Oreille cassée, Alonso Perez et Ramon Bada sont repêchés et arrêtés au lieu de se noyer comme dans l'album ; pour Objectif Lune, alors que dans l’album l’un des trois parachutistes sautant de l’avion suspect se tue, ils ne sont plus que deux et s'en sortent indemnes. Dans Vol 714 pour Sydney, Allan reste en pleine forme au lieu de se faire éclater la mâchoire par les sondonésiens, effrayés par le séisme, tout comme dans l'album.
Cette réduction aboutit aussi au gommage de la plupart des excès de caractère des personnages. On relève cependant une exception : pour On a marché sur la Lune, le colonel Jorgen meurt abattu d'un coup de feu comme dans l'album mais, dans l'animation, l'acte n'est que suggéré par la détonation entendue lors d'un plan extérieur de la fusée lunaire.
Ainsi, le capitaine Haddock est beaucoup moins porté sur la boisson alcoolisée, son addiction n'étant dépeinte que lorsque celle-ci a une incidence sur l'histoire (comme dans Le Crabe aux pinces d'or, lors de la toute première rencontre à bord du cargo Karaboudjan) mais elle est souvent édulcorée (il n'est pas clairement établi que son coup de folie soit dû à l'alcool dans On a marché sur la Lune) lorsqu'elle n'est pas purement laissée de côté. De même, on voit beaucoup moins le capitaine Haddock fumer sa pipe. Aussi, pour Le Sceptre d'Ottokar, le professeur Nestor Alambique, dans l'album, est un grand fumeur contrairement à son frère jumeau usurpateur Alfred qui ne l'est pas. Dans la série, ces deux caractéristiques ont été inversées (Alfred fume mais pas Nestor), une meilleure logique vis-à-vis des soupçons de Tintin envers l'identité du professeur mais aussi une meilleure façon de démontrer que les méchants accumulent les défauts et les vices.
La série réduit également, de façon très considérable, de nombreux gags dus à diverses maladresses de la part des personnages. Par exemple, dans Le Trésor de Rackham le Rouge, le capitaine Haddock, en voulant examiner la machine à brosser les costumes fabriquée par le Tournesol, n'est plus aspiré par la machine pour en ressortir avec les vêtements en lambeaux ; ou encore dans Les Sept Boules de cristal, Tintin ne se prend plus le pied dans la ficelle d'une bordure en voulant suivre la piste de Milou qui mène finalement à un chat.
Les épisodes comportent moins de personnages secondaires comme dans L'Île noire, le gang (dirigé par le Muller et non par Wronzoff comme dans l'album) qui ne compte que trois membres au lieu de cinq. Aussi certains prénoms de personnages sont intervertis, notamment dans Le Temple du Soleil dans lequel, parmi les deux hommes embêtant Zorrino, le nommé Pedro désigne l'homme fort et non plus son camarade au chapeau comme dans l'album.
Par ailleurs, l'assureur Séraphin Lampion, qui devient un personnage récurrent dès sa première apparition dans l'album L'Affaire Tournesol, est beaucoup moins présent dans la série. De plus, il apparaît une première fois dans Les Sept Boules de cristal (sans pour autant rencontrer Tintin et Haddock), lors du numéro de voyance extralucide animé par le fakir Raghdalam et la voyante Mme Yamila (qui devine alors son prénom), contrairement à l'album où ledit prénommé est un homme mince et chauve avec des lunettes et une moustache. À l'inverse, les prestations de Lampion dans les épisodes Coke en stock, Les Bijoux de la Castafiore puis Vol 714 pour Sydney ont été supprimées.
La durée des actions, quant à elle, est fortement raccourcie (pour éviter trop de longueur dans l'histoire). Par exemple, dans Le Sceptre d'Ottokar, Tintin parvient à récupérer le sceptre puis à regagner Klow en à peine une journée au lieu de trois jours comme dans l'album. Aussi, dans Le Temple du soleil, Tintin ne demande plus un délai de dix-huit jours pour son exécution (ainsi que celle du capitaine Haddock) mais l'après-midi même du jour présent.
Les personnages noirs présents dans certains albums (qui avaient déjà été largement supprimés lors des rééditions des albums, par exemple le bébé braillant dans Tintin en Amérique) n'apparaissent pas dans la série animée : c'est notamment le cas dans l'épisode Coke en stock où les esclaves noirs ont été remplacés par des Arabes. Plusieurs personnages étrangers comme Alcazar, Tapioca, Sponsz, Ramon ou même le Colonel Alvarez ont la peau mate, de même pour Tintin (dans les albums, ces derniers sont blancs). De plus, Milou « parle » un peu dans les albums (sans être compris : il s’agit visiblement plus de pensées) alors que dans la série, ce dernier ne prononce pas un mot. De même, l'album Les Cigares du pharaon met en scène la première rencontre entre Tintin et les Dupondt, alors qu'ils semblent déjà se connaître dans son adaptation télévisée.
La série omet également les sujets d'ordre politique ou conflictuel comme les discussions entre gouvernements. Ainsi, la guerre déclarée entre le San Theodoros et le Nuevo Rico dans L'Oreille cassée est totalement absente. Par ailleurs, dans L'Affaire Tournesol, seule la Bordurie convoite l'invention du Tournesol contrairement à l'album où elle est en concurrence avec la Syldavie.
Beaucoup de scènes sont coupées par rapport à l'œuvre originale, et des histoires comme Tintin en Amérique, L'Étoile mystérieuse ou Le Trésor de Rackham le Rouge sont écourtées pour arriver à un format d'épisode de série télévisée. Leur durée correspond en effet à un demi-épisode standard (environ vingt minutes au lieu de quarante pour la plupart des autres). Cela a pour effet de rendre l’intrigue moins complexe que dans les albums originaux notamment en réduisant le nombre de protagonistes.
En outre, l'album Tintin au Congo (encore à l'époque le premier album édité), qui montre une vision simpliste et datée de l'Afrique coloniale, n'a pas été adapté dans cette série. Cela est dû notamment au fait que bon nombre d'animaux sont tués (quinze antilopes ; un singe ; un serpent ; quatre crocodiles ; un éléphant ; un rhinocéros et un buffle) lorsqu'ils ne sont pas maltraités ou même mutilés (Milou mord la queue d'un lion au point d'en lui arracher le bout). Pourtant, une certaine censure est bien appliquée dans tous les autres épisodes. Ainsi, dans Le Temple du Soleil, Tintin, en voulant délivrer Milou dans le nid du condor, n'est attaqué que par un seul spécimen qui prend peur à un coup de fusil, puis revient à la charge. À l'inverse, dans l'album, Tintin abat un premier condor puis, peu après, un autre arrive pour se précipiter sur Tintin. Puis dans Tintin et les Picaros, la scène du crocodile se faisant agresser par un anaconda dans le marais (au moment où le capitaine Haddock, alors amnésique à la suite du coup de bouteille dans la nuque, tombe dans la mare) a été supprimée.
En ce qui concerne les trois épisodes plus courts, bon nombre de différences apparaissent : Pour Tintin en Amérique la voiture rouge des gangsters (au début du récit) ne percute plus le "taxi" (monté par la police et Tintin, et pourchassant le lanceur de boomerang à moto), mais se fait percuter en lui coupant la route ; les agents de Police ne sont plus dépeints d'une attitude réticente (dans l'album, Tintin se fait assommer par un policier, ce dernier ne croyant pas à la capture d'Al Capone) ;