Le Chien de minuit est un roman policier et un roman social de Serge Brussolo, paru en 1994 dans la collection Le Masque. Il remporte la même année le prix du roman d'aventures.

Il se présente comme un thriller additionné d'une pointe de romance, doublé d'une étude psychologique sur la déchéance humaine, ses facteurs, ses manifestations, ses remèdes aussi, et à ce propos, d'un roman d'apprentissage : celui de David.

Titre Le gardien Dogstone est surnommé « Chien de Minuit » en raison de son patronyme (« Dogstone » = « Chien de pierre ») mais aussi sa physionomie. En effet il évoque un pitbull tant par la force et la méchanceté (les gangs savent qu'il tue les grimpeurs), que pour son physique puissant et pour ses habitudes. Il arrive invariablement sur la terrasse à minuit pour y faire le ménage.

Sujet du roman Paru en 1994, le roman de Serge Brussolo suit de près l'épisode sanglant des émeutes raciales de Los Angeles qui ont éclaté en . Celles-ci attiraient l'attention sur les conditions sociales extrêmes du South Los Angeles et de la plupart des très grandes métropoles américaines.

Critique acerbe de la société américaine, le roman dénonce le violent contraste social"La pauvreté n’épargne pas non plus les pays riches, dont les modèles sociaux sont ébranlés par une crise qui touche d’abord les plus démunis et atteint de nouvelles catégories sociales (travailleurs pauvres, familles monoparentales, jeunes, etc.). Les États-Unis sont l’un des pays développés où la pauvreté est la plus étendue et progresse depuis le début des années 2000.L’évolution la plus notable en matière d’inégalités concerne l’enrichissement massif d’une part égale à 1 % de la population. D’après Oxfam, les huit premières fortunes mondiales, toutes masculines, détiennent en 2017 autant de richesses que les 3,6 milliards d’individus les plus pauvres. Selon le Credit Suisse Research Institute, 1 % des personnes les plus riches détiennent plus de la moitié de la fortune mondiale des ménages. Atlas de Sciences-Po. Espace mondial. Pauvreté relative et ultra-concentration des richesses. qui oppose les sans abri des grandes villes américaines et les "yuppies", dans leurs résidences bunkérisées, ces derniers bénéficiant, pour leur protection, de l'alliance d'un personnel impitoyable et d'une police complaisante.

Le cœur de l'action se situe dans la nuit de Los Angeles, dont la représentation n'est pas sans évoquer le climat de La nuit du dessinateur de B.D. Philippe Druillet. Citation, p 21 : « (…) la rue c'était la barbarie qui recommençait à chaque coucher de soleil. Un saut en arrière dans le temps, le retour à l'âge des cavernes. (…) les fauves commençaient à sortir des tanières. Des fauves sur deux pattes ou circulant dans de grosses voitures roulant tous feux éteints. »

À travers la fin tragique d'un jeune chef de gang noir, puis la misérable odyssée d'un romancier déchu et réduit à ce statut, l'auteur décrit l'existence des SDF américains, d'abord dans la rue (limbes où survit ou meurt la masse des épaves de la société américaine, exposée à toutes les humiliations et à toutes les menaces urbaines, dont la pollution n'est pas la moindre) puis dans l'espace compartimenté des toits d'immeubles, où l'air est plus sain, les menaces plus réduites, mais le péril d'un autre genre : il faut parvenir à se ravitailler, surmonter le vertige, exceller en escalade et en équilibrisme, et être capable de se faire respecter et de protéger son territoire. Seuls les plus vigoureux peuvent espérer y parvenir… un temps.

Brussolo évoque aussi, brièvement, le monde des serviteurs latinos soumis à un quasi-esclavage et à toutes les pressions. On apercevra enfin un exemple des exclus de la périphérie hispanique de Californie, à travers le motel écarté et délabré - mais propre - tenu par Mama Rosita.

Personnages Par ordre d'apparition dans le roman :

Bambata N'koula Bassaï (le Guerrier de la Nuit), nom de guerre de Jedediah Wayne Paulson, 23 ans, Noir, enfant de la rue et des slumsLes slums sont des quartiers d'habitat collectif à très forte densité, dans des bâtiments de faible qualité, et habités par des populations pauvres ou en cours de paupérisation., chef de gang grâce à sa remarquable condition physique, est acculé par le défi de ses vassaux à l'exploit surhumain d'escalader à mains nues, de nuit, les quarante étages de la façade du luxueux immeuble du 1224 Horton Street, afin de d'inscrire son empreinte au sommet de ce bunker de « WASP ». Il y parvient, mais peu après son arrivée sur le toit, il en est précipité par son meurtrier.

David, sans abri apathique et faible qui erre dans les rues et doit une certaine renommée à ses qualités de conteur exceptionnel, très appréciées des misérables exclus, voit, au hasard de ses errances, le cadavre du jeune Noir, et croise, ce qui l'impressionne désagréablement, le regard du gardien. C'est un ancien écrivain timide et lunaire, handicapé depuis l'enfance par une allergie au soleil, incapable de s'intégrer, qui a été placardisé et spolié de son oeuvre romanesque - un best-seller prétendument trop "féminin" pour un auteur masculin - par son éditrice, l'orgueilleuse Eather Spengley (qu'on ne verra qu'à travers ses souvenirs) puis jeté à la rue lorsqu'il a prétendu un peu trop tard faire valoir ses droits. Trop rêveur pour la société américaine et marginalisé depuis toujours, il manque dramatiquement d'assurance, mais cette aventure va l'amener à se reprendre : au terme de son épopée, il en publiera le récit et se fera connaître.

Ziggy, son compagnon, guide et protecteur est un ancien surfeur chassé du rivage par les gangs qui s'y sont imposés, et par ses crises de perte d'équilibre (tumeur cérébrale ?), mais qui a su conserver ses qualités physiques. Il est animé par une passion exclusive : faire un acte de "décréation" artistique en tuant une femme parfaite et en prenant soin d'en détruire le visage. Il la recherche méthodiquement et conserve soigneusement dans ce but une arme à feu (dans un long étui de cuir dont David doute longtemps qu'il contienne vraiment une arme) et une unique balle de gros calibre (dans un écrin de bijoutier).

Mokes, ancien trapéziste et directeur de cirque, est contraint de se cacher de la police car il a incendié son propre cirque acculé à la faillite après qu'il a été blessé. C'est, lui aussi, un grand sportif, maître de roller sur toit et de saut (à la perche) d'un immeuble à l'autre. C'est un meneur d'homme également. Son but, qui ne se révèlera que graduellement, est d'escalader le 1224 Horton Street, afin de le conquérir comme territoire et de s'imposer aux autres gangs, mais surtout, c'est de tuer le gardien de cet immeuble, le "Chien de Minuit", qui se fait un devoir et un plaisir de précipiter dans le vide tous ceux qui tentent de mettre un pied sur SA terrasse. Ce sont des meurtres caractérisés mais la police conclut invariablement à des tentatives de cambriolage qui ont mal tourné, et la population de la rue clame son accord avec toute rétorsion efficace contre la menace représentée par les "frontclimbers""Frontclimber" : Littéralement "escaladeur de façade". Russo se place dans la tradition des auteurs américains, connus pour leur créativité linguistique et leur utilisation de néologismes. Par exemple, le terme “infobesity” a été inventé par le journaliste américain David Shenk en 1993 pour décrire la surcharge d’informations . (p18)

Ses deux jeunes acolytes sont Bushey, et le déplorable Pinto, qui commence par plaider en faveur de David, pour intégrer dans la bande "un histro ... un histrio ..." un historiographe de qualité, mais dont la jalousie causera la mort de Ziggy et manquera de peu de causer celle de David. Mokes le précipitera dans le vide pour cette double trahison.

La jeune et belle Lorrie, résidente d'un appartement avec balcon (et matelas d'eau sur le balcon) qui est devenue à son insu l'objet de la passion amoureuse étrange, platonique et meurtrière de Ziggy. Tous la croient d'abord riche puisqu'elle habite au 1224 Horton Street. Mais en réalité, elle n'est là que pour garder l’appartement d'Eather Spengley durant un séjour de trois mois de celle-ci en Europe. Lorrie porte aussi une blessure secrète : son frère est mort à l’âge de 17 ans après avoir été paralysé pendant plusieurs années, les reins brisés par un propriétaire de chevaux psychopathe ; mais terrifiée par l'homme, elle n'a pas eu, plus que son père, le courage de le venger. Illustratrice dans la maison d'édition d'Eather Spengley, elle avait éprouvé de la sympathie pour David, mais n'ait pas su attirer l'attention de ce grand rêveur.

Dogstone (le "Chien de Minuit"), de son vrai nom Frank Morton DogstoneDogstone : Littéralement, en Anglais, "Chien de pierre" est le gardien de l’immeuble du 1224 Horton Street. C'est un ancien du Vietnam à la puissance physique, à la carrure et au faciès impressionnants. Il continue sa guerre au bénéfice des riches Yuppies qui résident dans l'immeuble et dont il règle absolument tous les petits problèmes domestiques. Il mène la lutte contre tous nuisibles, animaux ou humains, à la satisfaction de tous les résidents. Comme ses maîtres, il écrase de son mépris les pauvres, parmi lesquels il range Lorrie, à ses yeux simple domestique d'Eather Spengley.

Esteban Curador : Hispanique, chef d'équipe de nettoyage au service du 1224 Horton Street, qui jouera, par sa vulnérabilité face aux menaces concernant sa famille et par sa peur de la MafiaLa Mafia sicilienne aux États-Unis présente pour les petites gens une menace extrême, notamment à Los Angeles, en raison de ses méthodes terroristes et de la passivité de la police à son égard. un rôle crucial dans l'aventure finale de David ... et la résolution de ses problèmes.

Mama Rosita : Mexicaine, fidèle amie de Lorrie, les accueille généreusement, elle et David, dans son motel écarté, alors qu'ils fuient Los Angeles après le désastre du 1224 Horton Street et la mort de Mokes et de Dogstone. C'est une ancienne domestique du père de Laura, qui en a fait sa maîtresse. Les deux femmes ont gardé des liens de grande affection.

Résumé Le roman est composé de 15 chapitres.

Cette chronologie rend compte de l'enchaînement des faits mais aucun des protagonistes n'est très capable d'en mesurer avec précision les durées, excepté tout à la fin, David, dont on suit les aventures, ayant enfin acquis la conscience du temps et la maîtrise de son destin.

Flash-back en début de roman

David, professeur de lettres maltraité par ses élèves (il est en secteur difficile), se réfugie dans l'écriture d'une romance historique sous la Guerre de Sécession. Son livre plaît à Eather Spengley, directrice de la maison d'édition Sweet Arrow qui le publie et en fait un best-seller mais impose à David un contrat léonin Un contrat léonin, est un contrat qui place les deux parties en situation d'inégalité sévère. Dans les contrats non réglementés par la loi, l'engagement des parties n'est pas contestable et les clauses d'un contrat, aussi injustes soient-elles, l'emportent. La passivité de David l'a amené à signer le contrat que lui proposait Eather Spengley sans rien examiner. Elle en a bien profité, la suite des événements l'a démontré. dont il se satisfait, trop heureux d'échapper à son métier ingrat. Ce contrat le placardise, l'obligeant à renoncer au statut d'auteur au profit d'une jeune femme jugée en quelque sorte plus "bankable " et dont il a l'imprudence de tomber amoureux. Pris d'une crise de jalousie à la suite d'un article de presse people, le timide auteur fait un scandale, dénonce la supercherie et se retrouve licencié par Eather Spengley et poursuivi pour violation de contrat. Il perd tout : son argent, son logement, ses biens, son statut social relativement privilégié, et se retrouve à la rue.