thumb|upright=1.3|alt=carte ancienne du sud de l'Italie|La Grande Grèce aux environs de 280 av. J.-C.. C'est peut-être du contact avec des colons d'origine dorienne que provient le mot « Grec » en Occident.

De nos jours, les Grecs se désignent eux-mêmes comme « Hellènes » ( / ). Cependant, ils ont porté de nombreux noms tout au long de l'histoire. Les soldats qui tombèrent aux Thermopyles le firent en tant qu'Hellènes, mais à l'époque de Jésus, le terme « Hellènes », dans l'Empire romain, changea de sens et servit à désigner toutes les personnes n'étant pas de confession juive, c'est-à-dire les polythéistes.

À la fin de l'Antiquité, les Grecs se considéraient comme « Romaioi », c'est-à-dire « Romains », tandis qu'« Hellènes » continuait à désigner les polythéistes, en tant que « païens, non-chrétiens ». Au Moyen Âge, les Occidentaux appelaient « Grecs » tous les chrétiens non-catholiques romains, tandis que les Arabes, les Perses et les Turcs désignaient ces chrétiens non-latins comme « Rum » (« Romains » ou « Roumis »), dont ceux de langue grecque appelés « Yunan » (« Ioniens ») ; pour désigner les chrétiens catholiques de rite latin, le terme était « Franghi » (« Francs »). En Géorgie, les Grecs sont appelés « » / « berdzènes », venant du mot géorgien « » signifiant « sage » ; un nom en lien avec la philosophie grecque.

L'avènement d'une nouvelle période historique était ainsi accompagné d'un nouveau nom : soit entièrement nouveau, ou repris d'un ancien nom oublié, soit puisé dans la tradition ou emprunté de l'étranger. Chaque nom fut significatif en son temps ; il est parfois utilisé de façon interchangeable.

Noms de la Grèce

Dans la plupart des langues européennes et dans les langues qui ont emprunté un des mots suivants, le nom de la Grèce possède la racine gr. La racine de ces mots est le latin Graecus qui désignait les Grecs chez les Romains.

Anglais : Greece / Hellas Islandais : Grikkland Cornique : Pow Grek Français : Grèce Finnois : Kreikka Gallois : Groeg Italien : Grecia Albanais : Greqia Breton : Gres Allemand : Griechenland Roumain : Grecia Irlandais : An Ghréig Espagnol : Grecia Catalan : Grècia Russe : Греция (Grecija) Portugais : Grécia Hongrois : Görögország Serbe : Грчка (Grčka) Néerlandais : Griekenland Slovaque : Grécko Tchèque : Řecko Polonais : Grecja Slovène : Grčija Bulgare : Гърция (Gǎrcija) Danois : Grækenland Letton : Grieķija Japonais : ギリシャ (Girisha) Suédois : Grekland Lituanien : Graikija Ukrainien : Греція (Gretsia) Frison occidental : Grikelân Afrikaans : Griekeland Estonien: Kreeka Maltais : Greċja Féroïen : Grikkaland Lapon : Greika

En Asie Mineure, la racine commune est Iun. Cette racine vient probablement du terme Ionien, désignant les habitants de la côte ouest de l'Anatolie.

Arabe : يونان (Yūnān) Arménien : Հունաստան (Hounastan) Azéri : Yunanıstan Syriaque : (Yunan) Hébreu biblique : יָוָן (Yāwān) Hindi : युनान (Yunan) Turc : Yunanistan Hébreu moderne : יוון (Yavan) Indonésien : Yunani

La troisième racine est hil, utilisée par quelques langues dont le grec :

Grec ancien/Katharévousa : (Hellás) Norvégien : Hellas Chinois : 希腊 (Xila) Grec moderne : (Elláda) Vietnamien : Hy Lạp Coréen : 希臘 ou 희랍 (Huirap)

Achéens

Dans l’Iliade d'Homère, les forces alliées grecques sont décrites sous différents noms : « Argiens » (en grec ancien / , utilisé 29 fois dans l’Iliade), « Danaens » ou « Danaéens » ( / , utilisé 138 fois) et « Achéens » ( / , utilisé 598 fois)À l'exception de son Catalogue des vaisseaux..

« Argiens » vient du nom de la première capitale des Achéens, Argos. Ce mot utilise la racine arg- signifiant « ce qui brille » et ayant donné árgyros (, « argent »), argós (, « brillant » D'après le projet Perseus.) ou encore le latin . « Danaens » est le nom de la première tribu à avoir dominé le Péloponnèse et la région d'Argos, et signifie « descendants de Danaos ». Quant à « Achéens », c'est le nom de la tribu qui, avec les Éoliens, dominèrent en premier le territoire grec et lui donnèrent pour capitale Mycènes.

Hellènes et barbares

Hellènes À l'époque (supposée) de la guerre de Troie, les Hellènes n'étaient qu'une tribu relativement modeste installée en Phthie (Thessalie), autour d'Alos, Alope, Trehine et de l'Argos pélasgique, II, 681-685.. Diverses étymologies ont été proposées concernant le mot Hellène, mais aucune ne fait l'unanimité. Parmi elles, on trouve, Sal (prier), ell (montagneux) et sel (illuminer). Une étude plus récente fait remonter ce nom à celui de la ville Hellas près de la rivière Spercheus et toujours nommée ainsi de nos joursAntonis Hatzis, Helle, Hellas, Hellene, Athènes, 1935, .. Cependant, il est certain que la race hellénique est liée aux Selles ( / ), les grands prêtres de Dodone en Épire. Homère décrit Achille priant Zeus Dodonien : « Zeus ! Roi Dôdônaien, Pélasgique, qui, habitant au loin, commandes sur Dôdônè enveloppée par l'hiver, au milieu de tes divinateurs, les Selles, qui ne se lavent point les pieds et dorment sur la terreHomère, op. cit., XVI, 233-235 (traduction de Leconte de Lisle).. »

Ptolémée nomme l'Épire la « première HellasPtolémée, Géographie, III, 15. » et Aristote rapporte qu'un cataclysme fit des ravages en « ancienne Hellas, entre Dodone et l'Achéloos […], le pays occupé par les Selles et les Graeci, connus plus tard comme les Hellènes, I, 352b. ». L'éventualité que les Hellènes aient été une tribu venue d'Épire et qui aurait ensuite migré vers le sud en Phthie (Thessalie) est possible.

Le mot Hellènes dans son sens large est apparu écrit pour la première fois dans une inscription d'Échembrote, remerciant Héraclès pour sa victoire aux Jeux pythiques, X, 7, 3.. Le texte fait référence à la olympiade, ce qui permet de le dater vers 584 Le mot semble avoir été introduit au avec les Jeux olympiques et était au établi de façon permanente. Après les guerres médiques, une inscription célèbre à Delphes la victoire des Hellènes sur les Perses et le général Pausanias qui les dirigeait, I, 132.. La conscience d'une unité panhellénique était encouragée par les festivals religieux, tout spécialement aux mystères d'Éleusis dans lesquels les initiés devaient parler grec et peut-être encore plus lors des divers Jeux panhelléniques au cours desquels les participants étaient reconnus par affiliation tribale. Seuls les Grecs mâles étaient autorisés à participer. L'exception faite pour l'empereur Néron fut le signe certain de l'hégémonie culturelle romaine.

Bien après la migration vers le sud des quatre groupes tribaux reconnus par les Grecs, le développement de généalogies mythologiques affecta la manière dont les tribus du nord furent perçues. Selon la légende la plus répandue, Hellen, fils de Deucalion et Pyrrha eut trois fils de la nymphe Orséis : Éole (qui ne doit pas être confondu avec Éole, maître des Vents), Doros, et Xouthos et chacun d'entre eux est à l'origine des tribus primaires d'Hellas Éoliens, Doriens, Achéens et Ioniens. À l'époque de la guerre de Troie lorsque Hellènes désigne la petite tribu de Thessalie à laquelle appartient Achille, Épirotes, Molosses et Macédoniens n'étaient pas, eux, considérés comme Hellènes. Ils ne le sont pas plus considérés par la suite lorsque par Hellènes étaient désignés tous les peuples au sud du mont Olympe. Un facteur contribuant à cette exclusion fut leur refus de participer aux guerres médiques, considérées comme une affaire vitale pour tous les Hellènes. Avant les guerres médiques, ces tribus avaient été autorisées à participer aux Jeux Olympiques aux côtés des HellènesPar exemple le roi Alcon et le roi Tharypas des Molosses, Alexandre et Archélaos de Macédoine.. Thucydide appelle barbares les Acarnaniens, ÉtoliensThucydide, II, 68, 5 ; III, 97, 5., ÉpirotesThucydide, II, 68, 9 ; II, 80, 5 ; I, 47, 3. et MacédoniensThucydide, II, 80, 5. mais le fait dans un strict sens linguistique. Lorsque l'orateur athénien Démosthène juge les Macédoniens pires que des barbares dans sa troisième Philippique dirigée contre Philippe II de Macédoine, il le fait en respectant leur spécificité culturelle en tant qu'étrangers n'entrant pas dans les standards helléniques, mais l'origine différente ne lui pose aucun problème : En revanche, Polybe considère les tribus de l'Hellas occidentale, d'Épire et de Macédoine comme helléniques en tous points J. Juthner, Hellenen und Barbaren, Leipzig, 1928, p. 4..

Barbares

Au cours des siècles suivants, Hellène eut un sens plus large, signifiant peuple civilisé en général, contrastant ainsi avec Barbare, représentant les non-civilisés.

Les tribus grecques étaient conscientes que leur langue était différente de celles de leurs voisins et utilisaient le terme (« barbare ») pour désigner ceux qui « parlaient une langue étrangère ». On pense que le terme est d'origine onomatopéique : « bar-bar » signifiant balbutiant ou bégayant pourrait avoir été l'impression que ces langues donnaient aux locuteurs grecs « Barbarous », dans Oxford English Dictionary, éd., 1989.. D'après Hérodote, les Égyptiens également appelèrent barbares ceux qui parlaient une autre langue, I, 56.. Plus tard, les Slaves donnèrent aux Germains le nom de nemec signifiant « muet » tandis qu'ils se faisaient appeler slověnski ou « peuple du mot »Hérodote, op. cit, livre II, 58.. Dans sa pièce les Oiseaux, Aristophane appelle barbare le superviseur illettré qui enseigne aux oiseaux comment parler, 199.. Le sens du terme finit par s'élargir pour désigner le style de vie entier des étrangers et finalement signifier illettré ou non civilisé en général. C'est pourquoi un homme illettré est aussi un barbareAristophane, les Nuées, 492.. Selon Denys d'Halicarnasse un Hellène diffère d'un barbare de quatre façons : un langage raffiné, l'éducation, la religion, et le respect de lois, I, 89, 4.. L'éducation grecque était considérée comme noble. Paul de Tarse déclara qu'il était de son devoir de prêcher l'Évangile à tous les hommes, « Grecs et Barbares, aux savants et aux ignorants »Saint Paul, Épître aux Romains, 1, 14. La discrimination entre Hellènes et Barbares dura jusqu'au avant notre ère. Euripide estimait que les Hellènes devaient contrôler les Barbares, car les Hellènes étaient destinés à être libres et les Barbares à être esclaves, 1400.. Aristote arrivait quant à lui à la conclusion suivante : « la Nature a voulu que Barbare et esclave ce fût tout un »Aristote, Politique, I, 5.. La différenciation prétendue raciale diminua sous l'influence des stoïciens qui faisaient la différence entre nature et convention et enseignèrent que tous les hommes étaient égaux devant Dieu et cela par nature et ne pouvaient donc pas être inégaux entre eux. Hellène devint alors, selon Isocrate, un trait d'intellect et non pas de « race »Isocrate, Panégyrique, 50..

Les conquêtes d'Alexandre le Grand consolidèrent l'influence des Grecs à l'Est en exportant la culture grecque en Asie et en transformant l'éducation et la société dans la région. Isocrate déclara dans son discours Panégyrique : La civilisation hellénistique est l'évolution de la civilisation classique grecque, ouverte cette fois à tout le monde. De la même manière, Hellène évolua d'un nom national désignant une ethnie grecque vers un terme culturel désignant toute personne vivant selon les mœurs grecques.

Grecs, Yunani et Yavan thumb|upright=1.3|alt=photographie aérienne d'une ville ; une église au premier plan|Soleto est une des neuf villes de la région des Pouilles en Italie à parler le grec. Les habitants sont les descendants de la première vague de colons grecs du Le dialecte qu'ils employaient est un dérivé du dorien des premiers colons qui évolua différemment du grec (Koinê). Les habitants de ces villes se faisaient appeler Grekoi et se considéraient comme Hellènes.