vignette|Machine de tannage en 1873. Le tannage ou tanage est un procédé chimique consistant à établir des liaisons entre les fibres de collagène de peaux pour les transformer en cuir, ce qui confère à ce dernier une résistance à l'eau, à la chaleur et à l', ainsi qu'une plus ou moins grande souplesse ou fermeté selon le type de cuir recherché. Cette opération se fait dans des tanneries. L'artisan qui pratique le tannage s'appelle un tanneur.
Le tannage désigne aussi la sclérotinisation, un processus naturel d'induration qui rigidifie le tégument des Arthropodes (appelé cuticule) grâce à la formation de liaisons entre des tanins (polyphénols) et des protéines cuticulaires (matrice protéique d' associée aux de chitine), rendant hydrophobe l'enveloppe externe des insectes, ce qui limite leurs pertes en eau et contribue à faire d'eux les premiers animaux à être sortis des eaux, alors que la fine cuticule branchiale des crustacés joue un rôle dans l'osmorégulation.. Le tannage grâce à des tannins exogènes et endogènes (autotannage ou autotanage) fait notamment intervenir des polyphénol-oxydases (oxydation des phénols en quinones qui relient la matrice de chitine à une protéine tannée, la sclérotine), enzymes responsables du brunissement de la cuticule par la présence de cette sclérotine dont la couleur brune provient notamment de la polymérisation oxydative en mélanine des quinones en excès.
Histoire du tannage vignette|Des tanneurs au travail à travers les âges vignette|Transmission de la pratique au Mali : un rite d'initiation intergénérationnel. Les humains ont très rapidement dû se rendre compte de l'utilité qu’offraient les animaux qu'ils tuaient ; en effet, ils ne chassaient pas seulement pour se nourrir mais également pour se vêtir afin de pouvoir se protéger des diverses intempéries.
Les premières traces du traitement des peaux animales se retrouvent chez l'homme de Néandertal, au Paléolithique inférieur, il y a entre environ et . Ces premiers témoignages, qui se présentent sous la forme d'outils consacrés au travail des peaux sont notamment attestés sur les sites d'Hoxne, en Angleterre., de la grotte de Qesem, en Israël et Schöningen, en Basse-Saxe... L'analyse taphonomique du site du pont de La Combette, à Bonnieux, dans le Vaucluse, daté du Paléolithique moyen, montre que ses occupants Néandertaliens réalisaient des opérations de tannage, pratique liée aux résultats de leur activité de chasse.. Les Néandertaliens utilisèrent la peau des animaux pour se couvrir mais également construire des habitats ou de quoi se chausser par exemple. Les outils et méthodes utilisés étaient encore assez archaïques et seul le fumage permettait de conserver la matière au maximum. Malgré les nombreuses contraintes, le tannage est de plus en plus utilisé. Pour la préhistorienne Marylène Patou-Mathis, les hommes de Néandertal préparaient les peaux à l'aide de racloirs et de grattoirs et les tannaient possiblement au moyen d'écorce de bouleau réduite en poudre et d'ocre.. L'analyse de substances organiques prélevées sur un grattoir débité sur éclat, daté de plus de AP (période glaciaire du Saalien), découvert à 1 , a permis de mettre en évidence que les occupants Néandertaliens du site employaient des tannins fait d'un badigeon d'écorce de chêne macéré dans l'eau afin de tanner les peaux et d'en confectionner du cuir...... Pour la paléontologue britannique , les hommes de Néandertal, sous des latitudes plus septentrionales, auraient potentiellement tanné les peaux en faisant usage de baies ou d'écorce de saule..
C’est lors de l'apparition du tannage à huile que les procédés vont s'améliorer, il y a environ . Le fait d'utiliser des matières dites « grasses » donnait un cuir plus souple et davantage résistant à l'eau. On retrouve déjà à cette époque des objets comme des chaussures ou des ceintures mais également des jarretières. Il est à préciser qu'aujourd'hui encore, on utilise cette technique (avec certes d'autres types de matière grasse, mais cela démontre l'importance de cette technique qui a su perdurer à travers les âges).
Par la suite, l'apport de différentes civilisations va contribuer à l'essor du tannage. En premier lieu, les Égyptiens qui utilisèrent le tannage dans la construction de tombeaux, par exemple pour le tombeau de Toutânkhamon, mais également un ensemble d'objets que l'on glissait à l'intérieur de la tombe (carquois ou siège par exemple). Par la suite, c'est en Mésopotamie que l'on va assister à l'apparition des premières armures de cuir, soit vers 3 000 av. J.-C. A cette même période, les Mehrgarh au Pakistan utilisent le travail du cuir pour « l'appliquer » à leurs bateaux. Les Sumériens trouvent une autre utilisation militaire du cuir en l'appliquant sur les roues des chars. Enfin les Grecs et les Romains contribuent au développement du tannage et cette fois-ci de manière plus industrielle avec notamment l'utilisation de grandes cuves pour travailler le cuir, ce qui accroît le développement du tannage.
C’est en 1160 que l'on va voir arriver les corporations du cuir, c’est-à-dire des corps de métiers définis autour du tannage. On retrouvera même des quartiers délimités dans certaines villes, où ils pourront travailler le cuir. Ces corporations vont permettre ainsi le développement du cuir à plus grande échelle et aujourd'hui encore, on retrouve cet héritage dans de nombreuses villes où des rues portent le nom de « rue des tanneurs » (par exemple : quai des Tanneurs à Dole). Ces quartiers délimités étaient souvent à l’écart de la ville car les anciennes méthodes étaient considérées comme trop nocives et toxiques pour l’homme, entre les utilisations d'excréments et de graisse qui, par les différents canaux, étaient considérés comme « odorants » ou « nauséabonds ». Le tannage était ainsi relégué dans les faubourgs ou aux alentours de la ville.., en aval des cours d'eau qui traversaient celle-ci afin que les rejets de tanneries ne soient pas charriés par l'eau dans la ville.
Le marque un tournant pour le tannage : la découverte par des scientifiques de la solution de chrome (Cr III) en 1840 va permettre le tannage au chrome qui est plus rapide, plus efficace et moins coûteux. La première application du tannage au chrome arrivera au début mais 1840 marque le début d'une nouvelle ère avec le premier brevet lié à une technique de tannage ; il faut aussi l'apparition de . Avec cet apport, le développement de l’industrie va permettre l’expansion de ces usines dans lesquelles des milliers d'ouvriers français vont travailler dans la deuxième partie du .
Au début du dans les tanneries, le développement de l'utilisation du chrome appliqué au tannage et la démocratisation de l'industrie vont créer une nouvelle dynamique. On va assister à l'essor des grandes industries de tannage et indirectement, à la disparition de la quasi-totalité des petites entreprises de tannage (« ateliers-familiaux »)...
Les diverses méthodes de tannage Les différentes méthodes de tannage sont :
Le tannage au chrome Le tannage au chrome a été appliqué industriellement à partir du . Ce type de tannage a dépassé les autres méthodes de transformation de peau principalement celle du tannage végétal. L’avantage de ce procédé consiste essentiellement dans la rapidité de son exécution. En effet, en utilisant cette méthode, la transformation de la peau dure au maximum 24 heures.
Tout d’abord, la peau en tripe est acidifiée dans un volume de 8 à 10 % de sel marin ; il faut rajouter ensuite de l’acide sulfurique. L’étape de l’acidification permet aux sels de chrome de pénétrer dans toute la peau. À la suite de cette étape, le sulfate de chrome basique est ajouté sous forme liquide ou bien sous forme de poudre. Après une à deux heures d’agitation, on ajoute du carbonate de sodium afin de neutraliser l’acidité. La neutralisation se fait progressivement car une addition brutale de carbonate peut causer une altération du produit final.
La durée du tannage dépend du type de la peau. En effet, elle est de 7 à 8 heures pour les peaux de moutons, chèvres et veaux et est de 14 à 18 heures pour les bovidés.
Le tannage au chrome est parmi les plus répandus actuellement car plus rapide. Cependant, il convient de préciser que cet élément métallique est toxique et source de pollution si les déchets de production ne sont pas retraités convenablement. En outre, il peut provoquer des réactions allergiques de plus en plus dénoncées par les associations de consommateurs. Cette production au Bangladesh, polluante, est décriée..
Le tannage végétal vignette|Cuir pleine fleur au tannage végétal de la tannerie Radermecker en Belgique. Le tannage végétal fut le premier moyen utilisé par l’Homme dans le but de rendre la peau imputrescible, résistante à l’eau chaude et souple. Ce type de tannage utilise des tanins végétaux issus des plantes. Ces tanins végétaux, grâce à leur richesse en groupements ions hydroxyde (OH), se lient facilement à la peau animale et la rendent ainsi moins soluble dans l’eau, plus résistante et plus flexible. Les tanins végétaux sont séparés en deux familles : tanins pyrogalliques et tanins condensés. Ces tanins végétaux incorporés au cuir se présentent sous la forme d'une poudre d'extraits végétaux (châtaignier, mimosa)..
Procédés alternatifs À cause du fort impact de l'usage du chrome sur l'environnement, de nouveaux procédés de tannage sont recherchés. Une première solution pourrait être de réduire la quantité de chrome employé soit en augmentant son absorption à partir d'agents tannants spécifiques, soit en le récupérant et le recyclant Commission Européenne, Tannage des cuirs et peaux : Document de référence sur les meilleures techniques disponibles, février 2003, (consulté le 14 septembre 2019). Le traitement des eaux effluentes issues du procédé de tannage au chrome est une autre piste. D'un autre côté, on pourrait remplacer le chrome par un autre sel métallique comme le titane, le zirconium, le cuivre ou la silice. Des systèmes mixtes de tannage peuvent être aussi employés avec l'aluminium, notamment le tannage végétal-aluminium, aluminium-zinc, et aluminium-silice.
Les étapes du tannage
Stockage des peaux et atelier de rivière Tri Une première étape à la réception des peaux consiste à trier en fonction de plusieurs critères qui peuvent être le sexe des animaux, la taille, le poids ou la qualité..
Rognage Souvent réalisé pendant le tri, le rognage consiste à éliminer certaines parties des peaux brutes comme les pattes et les mamelles. Cette étape est réalisée en abattoir ou en tannerie.
Conservation des peaux et stockage Afin d’éviter la dégradation des peaux entre leur dépouillage et l’atelier de rivière, un traitement de conservation est appliqué.
Le traitement pour une conservation de long terme (six mois) consiste en divers procédés : salage, saumurage, séchage et séchage au sel. Pour une conservation de court terme (deux à cinq jours), les procédés de traitement sont principalement la réfrigération par entreposage frigorifique ou avec de la glace pilée. Ces traitements peuvent être réalisés dans une entreprise de collecte des peaux ou dans une tannerie..
Reverdissage ou travail de rivière Cette étape communément appelée la trempe consiste à nettoyer les peaux, les dessaler et les réhydrater. Les peaux vont tremper dans un volume d’eau d’environ 5 fois leur poids, auquel s’ajoute un antiseptique. Ces bains permettent d’éviter la putréfaction et la dégradation de la fleur et des fibres de la peau dans la cuve. Traditionnellement, les peaux sont laissées à tremper dans l’eau, directement dans le lit de la rivière ou bien dans de grandes cuves où l’eau est renouvelée régulièrement.
Épilage et pelanage