Le goémonier ou pigoulier, bezinear en breton léonard, est un pêcheur spécialisé dans la récolte des algues marines, plus précisément du goémon. Terme attesté en 1922, goémonier désigne aussi depuis 1930, par métonymie, un type de bateau utilisé pour cette récolte.
Localisation vignette|Sénanes au goémon. Ce métier a été pratiqué en Bretagne partout où la ressource est disponible, particulièrement dans le Pays des Abers (Plouguerneau, Landéda, etc.), le Pays pagan, le Pays d'Iroise (Le Conquet, Lampaul-Plouarzel et les communes voisines) et les îles comme celles de l'archipel de Molène, Ouessant, les Glénan, l'île Tristan, etc.
La récolte du goémon à pied La récolte du varech est ainsi décrite en 1864 sur les côtes du nord du Finistère : Le ramassage artisanal à pied du varech de la laisse de mer (dit "goémon de rive" ou "goémon d'épave") sur les plages reste pratiqué de nos jours, notamment pour la fertilisation de jardins potagers ou la récolte d'algues alimentaires.
Bateau goémonier vignette|Retour d'un goémonier dans le port de Lanildut, alors que deux autres bateaux sont déchargés. Leurs « scoubidous » sont déportés sur leur tribord pour ne pas gêner la manœuvre. Le goémonier est un bateau de petite taille, à fond plat et non ponté, équipé d'un bras mécanique articulé plongeant dans l'eau et se terminant par un « scoubidou » (outil en forme de crochet sur lequel les algues sont entraînées par un mouvement de rotation puis arrachées) ou un « peigne » (râteau constitué de « skis » entre lesquels s’intercalent des doigts, destiné à la récolte de la laminaire nordique).. Les algues remontées à la surface sont ensuite stockées dans la cale du bateau, une pompe tournant en permanence pour évacuer l'eau embarquée avec les algues.
La pêche du goémon, qui connut son plein essor pendant la seconde moitié du , provoqua la création de véritables flottilles goémonières, principalement dans le Léon, en particulier à Plouguerneau, Landéda, Portsall, Saint-Pabu, etc. À partir de la décennie 1870, les pigouliers, surnom donné aux goémoniers locaux, allaient cueillir le goémon de fond, le tali, principalement dans l’archipel de Molène autour des îles de Béniguet, Quéménès, Trielen et Bannec, plus secondairement autour d’autres îles (archipel des Glénan, Sein, Ouessant, etc.)Yves Bramoullé, Goémoniers des îles. Histoires et naufrages, éditions Le Télégramme, 2000, [].
Vers 1920, plus de cent vingt bateaux « font le goémon » autour des îles de l’archipel de Molène et près de cent cinquante bateaux entre 1925 et 1930, années qui marquent l’apogée de cette activité. Le Conquet était, en raison de sa proximité des îles, le port où les pigouliers effectuaient leurs ravitaillements et embarquaient matériels et cheval, venus du Pays pagan sur des charrettes goémonières le plus souvent menées par l’épouse ou par un homme âgé.vignette|Le brûlage, dessin d'après photographie, ca. 1898J. Lavée, « les brûleurs de goémon », in P. Gruyer, Ouessant, Enez Heussa, l'île de l'Epouvante., , Hachette, Paris, 1899.. La vie quotidienne des pigouliers dans l'archipel de Molène « Il y a là, au centre de chaque îlot, deux, trois groupes de cahutes très sordides, tandis que quelques autres se dispersent sur le pourtour de la dune, presque à l’aplomb de la grève. (…) À côté, le plus souvent, se trouve le refuge du cheval. Construites de rien, de pierres sèches et de glaise, certaines enfoncées un peu en terre, ces bicoques s’appuient le plus souvent contre un épaulement de terre. Les toits, faits de plaques métalliques rouillées, de planches et de papier goudronné, se défendent contre le vent par des mottes de terre appuyées par une bordure de galets (…). L’intérieur, un réduit sombre, plutôt carré, peut faire quatre mètres de long et presque autant de large. Dans une encoignure placée près de la porte à cause de la fumée, un trou minuscule percé dans le mur fait office de foyer. (…) Les pigouillers dormaient dans des hamacs ». « Ce qui indéniablement caractérise la vie de ces gens, c’est la dureté du métier, la lutte continuelle, dans un dénuement presque total, contre une nature inhospitalière. Dans une débauche d’efforts continuels, ils font de sacrées journées sous le soleil de l’été qui cuit leur visage, comme sous les averses cinglantes et froides des débuts de saison, où les oreilles sont enflammées et douloureuses, les mains et les doigts gourds ».
À bord des bateaux, chaque goémonier dispose généralement d’une paire de guillotines (une guillotine ou pigouille est une forte faucille en acier, se terminant en pointe, qui sert à trancher la stipe, c’est-à-dire la tige prolongée par un crampon qui fixe l’algue aux cailloux), l’une avec un manche de 13 pieds (4,15 mètres), l’autre munie d’un manche de 15 pieds (4,80 mètres), utilisée dans les zones les plus profondes. C’est le lendemain de la Saint-Jean, dans la dernière semaine du mois de juin, telle est la règle, que commencent les brûlages, les premiers de la saison.
Un article du journal L'Ouest-Éclair décrit ainsi la vie des pigouliers en 1933 :
vignette|Tract syndical en faveur des goémoniers en 1936 (Écomusée de Plouguerneau).
Le déclin du métier dans la seconde moitié du Le métier de goémonier est en nette régression, bien que la demande en algues ne recule pas, essentiellement en raison des dangers présentés par la récolte des algues. Celles-ci colonisent en effet les zones rocheuses et affectionnent en même temps les forts courants marins, ce qui fait peser des dangers sur les occupants de bateaux de faibles dimensions. Au moins un accident survient chaque année durant la récolte du goémon. Les pêcheurs, qui auraient encore été plusieurs milliers à se consacrer à cette activité en mer durant les années 1950 au large de la Bretagne, ne seraient guère plus de 70 une cinquantaine d'années plus tard. vignette|centré|Utilisation du scoubidou sur un goémonier. La modernisation des bateaux à partir de la décennie 1950, l'invention du scoubidou (un crochet en forme de tire-bouchon au bout d'un long manche, terminé par une manivelle) en 1960, puis la mise au point d'un bras hydraulique équipé d'une vis sans fin, ont transformé la vie des goémoniers. Le goémon n'est plus séché sur la dune et le débarquement est désormais mécanisé. Vers 2 000, 60 000 tonnes de laminaires étaient pêchés chaque année, principalement sur la côte nord du Finistère, Lanildut étant le premier port goémonier d'Europe.
Yann Queffélec décrit en ces termes l'évolution des techniques de ramassage du goémon :
Dans les arts
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Yves-Marie Rudel, Goulven le goémonier, Éditions Colbert, Paris, 1943, 219 p. Philippe Jacquin, Le Goémonier, Berger-Levrault, coll. « Métiers d'hier et d'aujourd'hui », Paris, 1980, 115 p. . Pierre Arzel, Les Goémoniers, Le Chasse Marée, Douarnenez, 1987, 305 p. . Pierre Arzel est biologiste des pêches à l'IFREMER où il assure le suivi de l'exploitation des champs d'algues et leur cartographie. Jean Simier, Mon « bagne » volontaire à Béniguet : les mémoires d'un paysan-goémonier aux îles, Beau fixe, Plouguerneau, 1994, 207 p . Gérard Borvon, Les algues hier et aujourd'hui, une industrie chimique en Bretagne.
Documentaires Yannick Bellon, Goémons, 1947, 20 min.
Articles connexes Lanildut : goémonier d'Europe. Récolte du goémon Histoire de la chimie des algues en Bretagne. De la soude à l'iode jusqu'aux alginates.
Catégorie:Type de bateaux Catégorie:Type de bateaux de pêche Catégorie:Vocabulaire maritime Catégorie:Ancien métier Catégorie:Métier de la mer en Bretagne