Alexandre Dechet, mieux connu sous son nom de scène, Jenneval, est un dramaturge et poète français né le à Lyon et mort au combat le à Boechout, en Belgique, lors de la bataille de Lierre, un épisode de la guerre belgo-néerlandaise.
Après quelques années passées sur les planches du théâtre francophone et avoir participé à la révolution de Juillet à Paris, Jenneval se trouve en effet à Bruxelles lorsque se déclenche la révolution belge le et, à l'instar d’autres Français, il s'engage comme volontaire, dans le corps franc des chasseurs Chasteler qui luttent contre les forces armées du Royaume uni des Pays-Bas.
Il est notamment célèbre pour être l'auteur des premières paroles de La Brabançonne, l'hymne national de la Belgique.
Biographie Origines Hippolyte Louis Alexandre Dechet, parfois orthographié « Dechez » ou « Déchez », nait le à Lyon dans la rue Peyrat sous le régime de la Première République française. Il est le fils de Guillaume Dechez et de Jeanne Marie Eustache, qui s'unissent le à Lyon. Cette dernière a déjà un fils, Hippolyte Dumas de Lamarche, né le d'un premier mariage avec Jean-François Dumas de Lamarche, dont elle divorce le et qui est donc le demi-frère ainé d'Alexandre ainsi que son parrain, d'où son premier prénom.
Il grandit à Lyon, où son père, ancien militaire, est négociant dans la rue du Peyrat (actuelle rue Antoine-de-Saint-Exupéry). À l'âge d'onze ans, il entre au lycée Henri-IV de Paris afin de se conformer au souhait de ses parents qui le destinent à des études de droit. En 1814, les défaites de Napoléon Ier conduisent la sixième coalition à envahir la France et son père décide de reprendre les armes pour défendre sa patrie. Il revient à Lyon l'année suivante après la défaite finale de l'Empereur lors de la bataille de Waterloo. Alexandre, quant à lui, est repéré par la famille de l'un de ses camarades de classe, de riches banquiers parisiens, qui lui proposent de l'engager comme employé de maison. Il accepte et travaille deux années, jusqu'au décès du chef de famille qui le fait revenir à sa passion pour les arts.
Carrière artistique vignette|gauche|Johan van Oldenbarnevelt a inspiré le personnage de Jenneval dans la pièce de Louis-Sébastien Mercier de laquelle Alexandre Dechet s'inpire pour son nom de scène. vignette|gauche|Le théâtre royal de La Monnaie, à Bruxelles. Alexandre choisit le nom de scène de « Jenneval », vraisemblablement inspiré par l'un des personnages principaux de la pièce de Louis-Sébastien Mercier intitulée Jenneval, ou le Barnevelt françois, datant de 1769. Le « Barnevelt français » (« françois » dans le titre original) se réfère au Grand-pensionnaire néerlandais, Johan van Oldenbarnevelt dit « Barnevelt », exécuté en 1619 à La Haye pour raisons politiques. Mercier suggère ainsi que son personnage en est l'équivalent français et le présente comme un martyr de la liberté et de la justice, injustement soupçonné et entraîné dans des intrigues politiques. Le personnage de Jenneval est conforme au modèle du « drame bourgeois » qui décrit un homme ordinaire, honnête, sensible et fidèle à ses principes, confronté à des épreuves sociales et familiales déchirantes.
En 1824, Alexandre part pour la Corse et s'engage au théâtre d'Ajaccio où il ne rencontre pas de succès. Il se rend alors à Marseille la même année, où le public est plus réceptif mais il connait rapidement des problèmes de santé qui lui imposent de stopper momentanément sa carrière à la fin de l'année 1825. En 1826, il est engagé au Théâtre de l'Odéon à Paris où il débute le en jouant le rôle de Charles dans Le Tyran domestique puis celui de Dorsay dans Les Deux Ménages. Sa santé s'améliorant, il part à Lille à la fin de l'année 1827 où il trouve un certain succès. Il s'engage ensuite au théâtre royal de la Monnaie de Bruxelles, alors située dans le Royaume uni des Pays-Bas, où il apparait pour la première fois le en tenant le rôle de Victor dans Les Comédiens de Casimir Delavigne. La Gazette des Pays-Bas du fait les éloges de cette représentation : Le Journal de la Belgique, quant à lui, évoque les débuts de Jenneval comme suit, dans son édition du :
Il apparait ensuite avec le rôle de Saint-Alme de l' Abbé de l'Épée de Jean-Nicolas Bouilly le , puis le en jouant le duc d'Elmar de lEcole des vieillards, toujours de Delavigne. Jenneval est définitivement adopté à La Monnaie le , avec son rôle d'Ernest dans Valérie, d'Eugène Scribe et Mélesville et trouve également un certain succès en jouant le fils du ministre dans Cabale et Amour de Friedrich von Schiller. Il connait ensuite un véritable triomphe en interprétant Néron dans la tragédie Une fête de Néron d'Alexandre Soumet et Louis Belmontet, jouée pour la première fois le . Cela lui ouvre les portes de la Comédie-Française, et il retourne à Paris où, le , il interprète Derval dans Rivaux d'eux-mêmes de Pigault-Lebrun, puis Egisthe dans Mérope (tragédie de Voltaire) et Folleville dans L'Étourdi (comédie de Molière). La Gazette générale des Pays-Bas du mercredi indique que :
A posteriori, la presse belge écrira de l'arrivée de Jenneval à Bruxelles :
Vie privée C'est à Bruxelles que Jenneval rencontre Élisa Verneuil, française elle aussi, jeune-première au même théâtre royal de La Monnaie depuis 1825, suivant les conseils de François-Joseph Talma. Ils se fiancent en 1830, le biographe de l'actrice relatant leur idylle comme suit :
Révolution de Juillet et révolution belge vignette|Une barricade érigée lors de la Deuxième Révolution française à Paris, en juillet 1830, comme celle où Jenneval combattit. vignette|L'affiche de La Muette de Portici au soir du .
Cependant, la Deuxième Révolution française vient interrompre brusquement cette nouvelle carrière à Paris. En effet, dès le déclenchement des émeutes, le , Jenneval se joint aux combattants qui lui tendent un fusil derrière l'une des nombreuses barricades érigées dans la capitale, puis participe à la prise du château de Saint-Cloud.
La nouvelle de la chute de Charles X atteint rapidement le Royaume uni des Pays-Bas, où un mouvement français prend forme peu à peu dans le terreau fertile que présentent les causes de la révolution belge. Ainsi, le peintre Eugène Verboeckhoven, ami proche de Jenneval, lui écrit afin de le convaincre de le rejoindre à Bruxelles. Il arrive le et, lorsque Verboeckhoven lui apprend que le roi Guillaume a fait interdire La Muette de Portici, Jenneval réplique : Le peintre lui répond :
Sous la pression populaire, La Muette de Portici est finalement remise à l'affiche du théâtre royal de la Monnaie, où Jenneval continue de jouer en tant que « jeune premier ». La représentation a lieu au soir du , malgré les avertissements et les signes de révolte qui se profilent. Jenneval n'est pas à l'affiche ce soir-là mais est présent dans le théâtre, parvenant à se frayer un chemin à travers la foule pour gagner l'entrée des artistes. La salle est pleine à craquer et l'agitation croit parmi l'assistance. Dès la fin du premier acte, les acclamations retentissent jusque sur la place de la Monnaie où la foule crie déjà L'étincelle arrive lorsque Jean-François Lafeuillade, qui joue le rôle de Masaniello, commence l'air de « l'amour sacré de la Patrie ». Harangué et survolté, le public se lève en criant : et se rue hors du théâtre pour retrouver la foule. Une nuit de violentes émeutes s'ensuit alors, faisant plusieurs morts.
Dès le lendemain, elles s'étendent au reste des Pays-Bas méridionaux et reprennent de plus belle dans la capitale brabançonne. Les autorités étant dépassées, les bourgeois de Bruxelles décident de se rassembler en une garde urbaine dès le afin de maintenir l'ordre public et de prévenir pillages et autres incendies. Républicain convaincu et ami de Louis de Potter, Jenneval décide de s'y engager le jour-même, à l'instar d'autres artistes du théâtre, qui est depuis fermé.
La Brabançonne vignette|Jenneval lisant ses premières paroles de La Brabançonne. vignette|Perception des bénéfices de la vente de La Brabançonne le . vignette|« Les héros de La Brabançonne » : Jenneval, François Van Campenhout et Jean-François Lafeuillade.
Lors de sa première garde le , Jenneval écrit un poème au sujet des évènements et de ce que les locaux appellent les « griefs de la nation ». Lorsqu'il se rend à la maison Jorez pour le faire publier, il indique qu'il souhaite l'intituler La Bruxelloise, mais l'éditeur, Jean-Joseph Jorez, l'informe que ce titre existe déjà. Jenneval choisit alors de nommer son poème La Brabançonne, en hommage à la région historique du duché de Brabant. Celui-ci ayant donné son nom à la province du Brabant-Septentrional ainsi qu'à la province du Brabant-méridional, dont Bruxelles est le chef-lieu, mais aussi à la révolution brabançonne qui a lieu à l'époque des Pays-Bas autrichiens et conduit à la première émancipation des Belges à partir de 1787, sous la forme des États belgiques unis. Le premier texte est publié par L’Écho des Pays-Bas le sur la musique Les Lanciers polonais d'Eugène de Pradel. Après une correction de vers, il reçoit également ses propres partitions composées par son collègue, François Van Campenhout, et La Brabançonne est ainsi chantée pour la première fois le à l'occasion de la réouverture du théâtre de la Monnaie, par le ténor Jean-François Lafeuillade, celui-là même qui était sur scène et chantait L'amour sacré de la Patrie lors du début des émeutes du . Le poème est ensuite vendu .
Les Chasseurs Chasteler Jenneval s'engage également dans l'un des corps francs de combattants volontaires : les Chasseurs Chasteler. Avec eux, ils participe aux premières escarmouches en attaquant les avant-postes des forces armées du Royaume uni des Pays-Bas à Vilvorde, Diegem ou Evere dès le . Lorsque l'armée tente de reprendre le contrôle de l'insurrection en attaquant Bruxelles dès le , il fait partie des défenseurs de la ville et s'illustre dès le premier jour à la barricade de la rue de Louvain, où son groupe piège deux compagnies de grenadiers et font prisonniers. Le lendemain, on le retrouve lors de la prise de l'athénée royal de Bruxelles, le . Marqué par cette expérience de guérilla urbaine, Jenneval écrit une nouvelle version de sa Brabançonne après la retraite des troupes du prince Frédéric le . Il l'intitule Nouvelle Brabançonne et la dote de paroles conséquentes à ce qu'il vient de vivre : patriotiques pro-belges et ouvertement anti-orangistes. C'est cette version qui sera tacitement adoptée comme hymne national du nouveau royaume de Belgique après l'indépendance de ce-dernier du Royaume uni des Pays-Bas, proclamée le par le gouvernement provisoire.
Après les Journées de Septembre, le frère de Jenneval, Hippolyte Lamarche, le rejoint et retrouve sa mère, qui habite à Bruxelles, au de la rue de la Vierge Noire. Jenneval reprend ses prestations au théâtre royal de la Monnaie tout en poursuivant son engagement comme volontaire au sein des chasseurs Chasteler. À ce titre, il prend part aux premières sorties des patriotes belges hors de Bruxelles afin d'attaquer l'armée autour de Vilvorde. Il décidé également de rendre hommage aux combattants tombés lors des Quatre Jours de Bruxelles et enterrés sur la place des Martyrs en inscrivant, le , l'épitaphe suivant sur la croix centrale de la place :
Sa dernière montée sur les planches du théâtre royal de la Monnaie a lieu le lors d'une soirée musicale organisée par François Van Campenhout, aux bénéfices des patriotes belges blessés. La partie dramatique de la soirée se compose de L'Honnête Criminel, ou l'Amour filial, un drame en cinq actes de Fenouillot de Falbaire, où Jenneval joue le rôle d'André, dans une pièce de circonstance où les passages offrant des allusions à la situation de la guerre belgo-néerlandaise qui débute sont vivement applaudis.
Mort vignette|La Nèthe, traversant Lierre.