200px|vignette|Cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême. 200px|vignette|Cathédrale Notre-Dame d'Amiens (). 200px|vignette|Cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Vaast d'Arras ().

Cet article retrace l'histoire des cathédrales en France.

Des abbayes aux cathédrales 200px|vignette|Cathédrale Saint-Étienne de Toul.

Ce que les abbayes font durant le , les évêques n'en ont ni les ressources, ni le pouvoir.

Jusqu'à la fin du , les cathédrales n'ont pas les dimensions que nous leur connaissons aujourd'hui : nombre d'églises abbatiales sont des constructions beaucoup plus grandes (cf. Cluny dont la longueur est supérieure à celle de la basilique actuelle de Saint-Pierre de Rome). Jusque-là, le morcellement féodal constitue un obstacle à la constitution civile des populations ; l'influence des évêques est limitée par ces grands établissements religieux du . Les abbayes menées par des abbés à forte personnalité, constituent par contre des centres d'attraction où se combinent richesse et pouvoir, intelligence et activité. Les abbayes sont des propriétaires puissants, protégés par les papes et jouissent de privilèges étendus qui les assimilent quasiment à des seigneurs féodaux. Leur influence est considérable du fait de leur participation très active à l'éducation de la jeunesse et à toutes les décisions politiques.

Lorsque les populations urbaines, instruites, enrichies, laissent paraître les premiers symptômes d'émancipation et s'érigent en communes, se produit une réaction contre la féodalité monastique et séculière. Les évêques, appuyés par la monarchie, vont profiter de ce mouvement : l'instant est propice pour reconquérir le pouvoir et l'influence qui leur revient normalement au sein de l'Église, alors qu'ils s'étaient concentrés dans les établissements religieux.

Parfois, les collégiales sont titrées cathédrales sans reconstruction notable. C'est le cas de la cathédrale Saint-Dié de Saint-Dié-des-Vosges, vaste édifice roman dont seule la façade fut reconstruite au , avant que de devenir siège d'un évêché en 1777.

Le Moyen Âge, âge d'or des cathédrales La majorité des cathédrales a été érigée entre 800 et 1600. Ainsi la construction de la cathédrale Notre-Dame de Paris a débuté en 1163 par les mains du Pape Alexandre III pour enfin se terminer en 1345 (ou 1351, tout dépend des sites historiques), celle de la cathédrale Notre-Dame de Reims en 1211.

En dehors de cette période, quelques cathédrales furent construites ou reconstruites, par exemple : , cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Vaast d'Arras, cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation de Nancy, cathédrale Saint-Pierre de Rennes, cathédrale Saint-Louis de La Rochelle. , cathédrale Saint-Jean de Belley, cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Arnoux de Gap, cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille, à Lille, cathédrale Sainte-Marie-Majeure de Marseille (La Major). , cathédrale Notre-Dame de Créteil, cathédrale de la Résurrection d'Évry, cathédrale Sainte-Geneviève-et-Saint-Maurice de Nanterre.

Le temps des premières cathédrales Seule l'archéologie nous permet de connaître l’existence de cathédrales antérieures au . Une exception notable cependant, une partie de la nef de l'ancienne cathédrale carolingienne de Beauvais subsiste aujourd'hui

Les cathédrales romanes 200px|vignette|Cathédrale Notre-Dame d'Embrun.

En France, beaucoup des cathédrales romanes ont disparu, remplacées par les cathédrales gothiques. Mais subsistent tout de même encore aujourd'hui : la cathédrale Saint-Étienne d'Agde, la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême, la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Véran de Cavaillon, la cathédrale Notre-Dame-du-Bourg de Digne, la cathédrale Sainte-Eulalie-et-Sainte-Julie d'Elne, la cathédrale Notre-Dame d'Embrun, la cathédrale Notre-Dame-du-Puy de Grasse, la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Lescar, la cathédrale Notre-Dame-de-Nazareth d'Orange, l'ancienne cathédrale Saint-Étienne de Périgueux, la cathédrale Saint-Front de Périgueux, la cathédrale Saint-Pons de Saint-Pons-de-Thomières, la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Senez, la cathédrale Notre-Dame-des-Pommiers de Sisteron, la cathédrale de Vaison-la-Romaine, la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Villeneuve-lès-Maguelone, auxquelles on peut ajouter l'ancienne cathédrale Saint-Trophime d'Arles…

La cathédrale Saint-Étienne d'Agde présente la particularité d'être fortifiée : c'est en 1173 que l’évêque Guillaume II entreprend la fortification du bâtiment sur les fondations d'une ancienne église carolingienne du . La cathédrale présente l'un des plus beaux exemples d'église romane fortifiée de la région.

L'essor au et première moitié du Dans la seconde moitié du et au , l'épiscopat se renforce et entreprend de reconstruire ses cathédrales. La relative prospérité de l'économie et des finances royales, et l'appui fort de souverains — comme Philippe-Auguste, Louis VIII et Saint Louis — forment un contexte favorable à ce projet (ce qui explique, pour l'essentiel, que les cathédrales sont construites sur le domaine royal). Le concours énergique des populations et l'activité développée par les établissements religieux allait lui venir en aide.

La première des grandes cathédrales gothiques de France est la cathédrale Saint-Étienne de Sens, dont la construction a été décidée vers 1135 par l'archevêque Henri Sanglier, et mise en œuvre par l'architecte Guillaume de Sens.

Il est difficile aujourd'hui de donner une idée de l'empressement avec lequel les populations urbaines se mirent à élever des cathédrales. La foi avait certes son importance, mais il s'y joignait un instinct très juste d'unité et de constitution civile. Plus que de la cité, la cathédrale était pour André Vauchez la puisqu'elle était financée pour l'essentiel par le prélèvement agricole de l'évêque et du chapitre..

Selon le médiéviste Florian Mazel, la réforme grégorienne (de la seconde moitié du au début du ) a entraîné l'autonomie des évêques vis-à-vis des seigneurs laïcs et leur enrichissement ainsi que celui des chapitres cathédraux, grâce à la dîme ou d'autres taxes. Cela a permis la relance des grands chantiers de rénovation ou de reconstruction des cathédralesFlorian Mazel, « L'Église et le nouvel ordre du monde », L'Histoire, n° 507, mai 2023.

L'essoufflement du mouvement L'autorité royale limite les ambitions du clergé 250px|vignette|Cathédrale Sainte-Cécile d'Albi.

L'alliance du clergé avec la monarchie ne tarde pas à inquiéter les barons ; saint Louis reconnait bientôt que le pouvoir royal ne fait que changer de maître. En 1235, la noblesse de France et le roi s'assemblent à Saint-Denis pour limiter la puissance que les tribunaux ecclésiastiques s'étaient arrogée.

En 1246, les barons rédigent un pacte d'union et nomment une commission des quatre plus puissants d'entre eux, pour décider dans quels cas le baronnage doit prendre fait et cause pour tout seigneur vexé par le clergé. De plus, chaque seigneur s'engage à mettre en commun la centième partie de son revenu, afin de poursuivre activement le but de l'union.

Au milieu de ces dangers, par sa conduite à la fois ferme et prudente, le roi parvient à contenir les prétentions du clergé dans des limites favorables à son pouvoir, et faire prévaloir l'autorité monarchique sur la féodalité. Dès lors, le rythme des constructions se ralentit : les édifices commencés sont achevés à la hâte, et ceux qui sont lancés le sont à moins vaste échelle. Les quelques études des comptes montrent que les réserves dont disposent les évêques se sont épuisées, souvent en rachat d'immeubles autour des anciennes cathédrales, et/ou dans le début de la construction de l'église. Les projets s'essoufflent ou ralentissent dans la mesure où ils ne sont plus alimentés que par des dons annuels ou les excédents dégagés par les ressources du domaine de l'évêque.

Ralentissement des campagnes de construction dans la seconde moitié du Les chantiers de ces vastes constructions tardivement sorties de terre n'arrivent pas à leur développement final ; ils s'arrêtent tout à coup ; si les cathédrales sont achevées, c'est au prix d'efforts personnels d'évêques ou de chapitres qui emploient leurs propres biens pour terminer ce que la Foi et la fougue de toute une population avaient entrepris. Rares sont les cathédrales qui ont été achevées telles qu'elles avaient été projetées.

Cela se comprend : la période pendant laquelle leur existence est pour ainsi dire un besoin impérieux, l'expression d'un désir irrésistible, correspond à une durée d'environ soixante ans, comprise entre les années 1180 et 1240. Ce qui surprend aujourd'hui, c'est qu'en un temps aussi court on ait pu obtenir, sur un territoire aussi vaste, des résultats aussi surprenants ; car ce n'était pas seulement des manœuvres qu'il fallait trouver, mais des milliers d'artistes qui, la plupart, étaient des hommes dont le talent dans l'exécution des œuvres est pour nous aujourd'hui un sujet d'admiration.

200px|vignette|Cathédrale Notre-Dame de Strasbourg.

À la mort de Philippe-Auguste, en 1223, les diocèses bâtisseurs sont compris dans le domaine royal : Beaucoup ont rebâti leurs cathédrales initiales. Les constructions sont fort avancées même si beaucoup restent inachevées. Si certains diocèses sont politiquement unis au domaine royal, et s'en reconnaissent vassaux, leurs cathédrales s'élèvent rapidement sur des plans nouveaux, comme celles de la France ; les diocèses de Reims, de Châlons, de Troyes en Champagne, sont les premiers à suivre le mouvement. En Bourgogne, ceux d'Auxerre et de Nevers, les plus rapprochés du domaine royal, reconstruisent leurs cathédrales ; ceux d'Autun et de Langres, plus éloignés, conservent leurs anciennes églises élevées vers le milieu du . Dans la Guyenne, restée anglaise, excepté Bordeaux qui tente un effort vers 1225, Périgueux, Angoulême, Limoges, Tulle, Cahors, Agen, gardent leurs vieux monuments. En dehors du domaine royal, le mouvement n'existe pas, et ce n'est que plus tard, vers la fin du , lorsque la monarchie eut à peu près réuni toutes les provinces des Gaules à la Couronne, que l'on entreprend la reconstruction des cathédrales. C'est alors que quelques diocèses remplacent leurs vieux monuments par des constructions neuves élevées sur des plans sortis du domaine royal. Mais ce mouvement est restreint, timide, et il s'arrête bientôt par suite des difficultés politiques du . À la mort de Philippe le Bel, en 1314 - soit près d'un siècle plus tard- le domaine royal s'est étendu : il englobe la Champagne, le Languedoc, le marquisat de Provence, l'Auvergne et la Bourgogne. Les provinces anglaises, la Bretagne et la Provence, seules, résistent. À la mort de Charles V, en 1380, les Anglais ne possèdent plus que Bordeaux, le Cotentin et Calais. Montpellier (cathédrale Saint-Pierre de Montpellier en 1364), Carcassonne, Narbonne, Lyon, exécutent dans leurs cathédrales des travaux considérables et tentent de les renouveler. Clermont en Auvergne, cherche à suivre l'exemple. Mais l'élan formidable du XII/XIII s. semble épuisé : les cathédrales dont la reconstruction n'a pas été commencée pendant le demeurent ce qu'elles sont ; celles restées inachevées se terminent avec peineSource : Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture française du , 10 vol., Paris, B. Bance, A. Morel, 1854 à 1868, Paris, Ernest Gründ Editeur 9, rue Mazarine Paris, Imprimerie (ass. ouvr.), 11 rue Cadet, J. Amilcar, directeur, 1061-24 *Tome premier ABA-ARO : 507 pages; Tome deuxième ART-CHA : 546 pages; Tome troisième CHA-CON : 515 pages; Tome quatrième CON-CYB : 509 pages; Tome cinquième DAI-FUT : 566 pages; *Tome sixième GAB-OUV : 458 pages; Tome septième PAL-PUIT : 571 pages; Tome huitième QUAI-SYN : 524 pages; Tome neuvième TAB-ZOD : 554 pages; Tome dixième Table analytique des mots contenus dans les 9 volumes. Le mouvement continue, de manière plus lente, alors que les styles utilisés se diversifient : cathédrale Saint-Pierre de Rennes (1490), cathédrale Sainte-Marie d'Auch (1489)