La société japonaise est l'ensemble des personnes et des groupes sociaux vivant au Japon. Il est parfois difficile de distinguer la réalité de la sociologie du Japon des nombreux stéréotypes sur la culture japonaise véhiculés en Occident.
Influences
Au Japon, les relations humaines sont le fruit de l'héritage cumulé des croyances shintoïste et bouddhiste, de sept siècles d'un régime militaire (shogunat) très strict et du système éducatif mis en place après la restauration Meiji de 1868. Après 1868 et surtout après la Seconde Guerre mondiale, le Japon a aussi subi de nombreuses influences occidentales.
Organisation sociale
Uchi/Soto
Traditionnellement, qu'on soit chez soi (uchi), à l'école ou avec son entourage, ou avec des personnes extérieures (soto), le niveau d'interaction entre les individus est lié à leur niveau de proximité hiérarchique (minimal, moyen ou maximal). Ce système de groupe et de famille très hiérarchisé fonctionne sur le modèle uchi-soto. La notion de giri est également à prendre en compte.
Associations et manifestations
Association volontaire d'habitants d'un même quartier ou d'un même village, le chōnaikai constitue un acteur essentiel, voire incontournable, de la vie quotidienne dans la société japonaise.
Depuis les années 1990, il y a peu de manifestations et de grèves au Japon : en 2010, avec , contre en 1974, suivies par de personnesJacques Lhuillery, « Le Japon, pays du "zéro grève", "zéro manif"... ou presque », AFP sur Google News, le 3 février 2014. En 2013, on ne comptait que 18 % de salariés syndiqués (notamment au Rengō), contre 50 % en 1946.
Cependant, le passage de la loi sur les secrets d'État en 2013, puis de celle sur les Forces japonaises d'autodéfense en 2015 ont été l'occasion de manifestations de plusieurs dizaines de milliers de personnes devant la Diète, menées par le mouvement étudiant SEALDs. Les Flower Demo à partir de 2019 ont mis en avant les revendications féministes et la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. Des luttes écologiques locales, comme l'opposition à la construction de la ligne Shinkansen Chūō dans la préfecture de Shizuoka, ont également lieu.
La famille japonaise
Le culte des ancêtres lié au bouddhisme, le respect du père inspiré de la morale confucianiste et la dépendance affective (amae) sont les bases du modèle familial. Le système patriarcal (remplacé légalement en 1945 par une famille égalitaire) reste encore souvent appliqué dans la pratique. Dans ce modèle, les relations parents-enfants priment sur les relations conjugales puisque c'est l'enfant qui perpétue l'honneur du ie. Ainsi, au début du , plus de 10 % des jeunes couples occupent encore une chambre de la maison des parents au lieu de s'installer dans leur propre foyer. L'individu perd ainsi de son importance au profit du clan familial et la société tend vers une sorte de collectivisme.
En 2009, 15,5 % des couples de quinquagénaires seraient issus de , contre seulement 1,35 chez les trentenaires, qui rencontrent plus souvent leur futur conjoint dans leur entreprise (24 à 29 % selon les sexes et âges), par des amis et relations (15 à 25 %), à l'école/université (11 à 15 %) ou sur Internet (7,2 %). Dans les années 1980, on a vu apparaitre le phénomène dit du célibataire parasite, terme employé pour la première fois par Masahiro Yamada en 1997 : phénomène où les jeunes gens restent jusqu'à un âge avancé chez leurs parents, principalement pour des questions matérielles.
Le recensement de fait apparaitre que le nombre de personnes par foyer est en moyenne de , le plus bas jamais enregistré.
Traditionnellement, ce sont les femmes qui gèrent les revenus du foyer295 euros : le deuxième salaire des hommes japonais, La Tribune, le 2 juillet 2013. Ainsi en 2012, les pères de famille ont reçu en moyenne (près de ) de leur compagne pour effectuer leurs achats personnels, en baisse de 3,2 % en un an, et deux fois moins que le record de 1990.
Système éducatif
Si la société japonaise est aujourd'hui une des plus sûres du monde, elle le doit d'une part à son système familial et d'autre part à son système éducatif. Malgré un système d'écriture très complexe, le Japon a le plus haut taux d'alphabétisation du monde.
La morale individuelle et collective est importante au Japon. Elle est enseignée dans les écoles une heure par semaine, puis dans la formation imposée par toute société ou administration ; elle fonde la vie de la famille comme celle de la société moderne.
, notamment ceux pris comme boucs émissaires par certains de leurs camarades (ijime). En 2009, de violence et de harcèlement ont été recensés par le Ministère japonais de l'éducationLe Japon confronté au suicide d'écoliers, victimes de harcèlement à l'école, Aujourd'hui le Japon, le 24 novembre 2010. .
Sécurité
Criminalité En 1992, 49,4 % des Japonais interrogés classaient la sécurité en tête des « motifs de fierté nationale » : en 1991, 96 % des affaires de meurtre ont été élucidées. Il y avait 30 % de vols de moins qu’en France et près de deux fois moins de policiers : 1 pour au Japon, contre 1 pour 268 en France. En 1993, pour , il y eut , à main armée et , alors qu’aux États-Unis, les chiffres étaient respectivement de 8,7, 233 et 38,1.
En 2002, le nombre annuel de délits criminels atteint un point culminant de . En 2012, l'Agence nationale de la police a enregistré de délits (- 6,7 % en un an), violents (+ 8,9 %) et ou tentatives de meurtres, le plus bas enregistré depuis 1945 Crime stats down across Japan in 2012, says NPA, Japan Today, 11 janvier 2013. Le nombre de délits continue de diminuer les années suivantes, et en 2017, seuls sont recensés..
En 2009, la police a dénombré de violence domestique, soit une augmentation annuelle de 11,7 %. La moitié de ces cas concerne des harcèlements.
Catastrophes naturelles
La sécurité concerne également la préparation aux catastrophes naturelles et aux accidents ; ainsi les , associations volontaires d'habitants, jouent un rôle important dans la prévention de ces risques (aussi bien les catastrophes naturelles que la lutte contre le crime et la délinquance). Dans ces domaines, les mesures prises sont très nombreuses. En dehors des normes antisismiques de constructions des immeubles, on peut par exemple mentionner l'existence de trappes munies d'escaliers rétractables pour sortir d'un immeuble par le balcon pour le cas où l'escalier serait détruit ou inaccessible, des vitres souvent grillagées pour éviter leur explosion, ou encore un éclairage permanent des cages d'escaliers, au cas où il faudrait évacuer. Ces mesures, et bien d'autres, permettent au Japon de compter très peu de victimes de catastrophes, malgré de nombreux séismes et cyclones.
Les Japonais devraient savoir que, compte tenu de leur position géographique, ils auront à faire face dans leur vie aux conséquences de tremblements de terre importants. Pourtant, en , un sondage gouvernemental révélait que 40 % des Japonais n’avaient pris aucune disposition en prévision d’un grand tremblement de terre et que 22,9 % d’entre eux seulement croyaient à sa possibilité contre 33,7 % en 1987. Quelques années plus tard, le séisme catastrophique de Kōbe a rappelé à tous les Japonais que la menace était sérieuse. La majorité d'entre eux gardent cependant une attitude nonchalante lors d'un séisme, alors que les consignes de sécurité sont de se protéger (lors du séisme du , une télévision d'information japonaise a ainsi diffusé les images d'une caméra de surveillance montrant une cliente continuant à payer pendant que des marchandises tombaient des rayons).
Emploi
Jusqu'au milieu des années 1990, durant le miracle économique japonais, la plupart des salariés se vouaient corps et âme à leur entreprise, parfois jusqu'au karōshi. Si leur entreprise était de grande taille, elle leur garantissait en échange un emploi à vie ; les salariés des entreprises de taille moyenne connaissaient une certaine sécurité de l'emploi, ce qui n'était pas le cas de la majorité des salariés, employés dans de petites entreprises. Après l'éclatement de la bulle japonaise en 1989, la crise de l'économie japonaise a fortement perturbé ce système et a vu émerger le phénomène des freeter et des NEET.
En 2009, les directeurs généraux des entreprises japonaises avaient en moyenne , contre 52 en 1980, selon une étude de Teikoku Databank. Ces directeurs sont des hommes dans 94 % des cas.
En 2016, une étude d'Indeed sur la population active de 35 pays présente le Japon comme le pays où les salariés sont les moins satisfaits au travail. Cela serait dû au fait que 22,3 % des salariés japonais travaillent plus de par semaine (contre 8,2 % pour les salariés français), et qu'ils ne prennent en moyenne que 9 jours de congés par anAnaelle Grondin, « Où les salariés sont-ils les plus heureux ? Pas en France... », Les Echos, le 25 mars 2016. En 2016, un rapport gouvernemental indique que 21,3 % des employés japonais travaillent 49 heures ou plus par semaine en moyenne, contre 16,4 % aux États-Unis, 12,5 % en Grande-Bretagne et 10,4 % en FranceJapon: 1/5e des actifs risquent la mort par surmenage, AFP sur LeFigaro.fr, le 8 octobre 2016.
En 2017, un sondage du indique que 48,7 % des personnes nouvellement employées déclarent qu'elles quitteraient le bureau lorsque leur travail serait effectué, même si leurs supérieurs ou leurs collègues travaillaient des heures supplémentaires, un chiffre en hausse de 9,9 % par rapport à l'année précédente. Un chiffre record de 42,6 % des sondés déclare travailler pour mener une vie heureuse, contre seulement 9,2 % pour contribuer à la société, semblant montrer une tendance croissante parmi les nouveaux travailleurs à mettre davantage l'accent sur leur vie privéeEdouard Pflimlin, « Le rapport au travail change-t-il radicalement au Japon ? », Le Monde, le 29 juin 2017.
Habitat
Le nombre de sans domicile fixe a fortement augmenté au Japon depuis les années 1990 et la décennie perdue ayant suivi l'éclatement de la bulle spéculative japonaise.
En 2003, lors de la première étude le Japon avait officiellement , le nombre est en diminution depuis. En , le Japon n'avait officiellement plus que . La préfecture d'Osaka a le plus de sans-abris : , suivi par Tokyo avec , Kanagawa avec et Fukuoka avec « Homeless population totals 15,759 », Kyodo News, 10 mars 2009, .
Démographie du Japon
Évolution de la population Après avoir atteint 127 millions d'habitants en 2005, la population du Japon s'est stabilisée, et le Japon cherche actuellement à trouver des solutions pour enrayer un effondrement démographique qui s'annonce aussi brutal que celui de la Russie. Pour cela, le gouvernement japonais étudie comment d'autres pays développés parviennent à maintenir un taux de fécondité suffisant ou presque pour maintenir la population. Le niveau requis est de par femme, il est exactement de 2,07 en France (en 2006, chiffre de l'INSEE) mais inférieur à 1,3 au Japon. Si rien n'est fait pour y remédier, le Japon n'aura plus que d'habitants à la fin du .
Statut des femmes