Jean Troglita (en , en ) est un général byzantin du . Il participe à la guerre des Vandales lors de laquelle les Byzantins reprennent le contrôle de la province d'Afrique et sert dans cette région comme gouverneur militaire local entre 533 et 538 avant d’être envoyé en Orient, pour combattre les Sassanides. En tant que dux Mesopotamiae, Troglita se distingue dans plusieurs batailles, ce qui attire l'attention de l'empereur Justinien . À l'été 546, Justinien choisit Jean Troglita comme commandant des forces byzantines en Afrique. Il doit faire face à une série de révoltes parmi les tribus berbères ainsi qu’à l’intérieur de l’armée impériale. Troglita remporte rapidement une première victoire contre les Berbères de Byzacène lors de l’été 546-547. Toutefois, il est défait à l’été 547 par les tribus de Tripolitaine et l’Afrique est alors sujette à des raids destructeurs. Troglita réorganise son armée et s’assure le soutien de plusieurs chefs berbères. Peu après, il affronte et défait une coalition aux champs de Caton à l’été 548. Cette victoire met fin à la révolte berbère et ouvre une ère de paix en Afrique byzantine. Troglita est aussi impliqué dans la guerre gothique en envoyant à deux reprises des troupes pour renforcer les Byzantins combattant les Ostrogoths. Moins connu que les grands généraux de Justinien comme Bélisaire et Narsès, son action permet néanmoins de consolider de manière décisive le contrôle byzantin sur l'Afrique du Nord récemment conquise, qui devient rapidement une province prospère.

Les exploits de Jean Troglita, notamment contre les Berbères révoltés, sont le sujet du dernier poème épique en latin de l’Antiquité, le Iohannis seu de Bellis Libycis (La Johannide ou Sur les Guerres de Libye) de Corippe, qui constitue la principale source de l’époque sur la vie de Jean Troglita.

Biographie

Origine et début de carrière vignette|Les conquêtes de Justinien en Italie et en Afrique, principal théâtre de l'action de Jean Troglita. L’origine exacte de Jean Troglita n’est pas connue avec précision. Il pourrait être né en Thrace mais son patronyme indiquerait qu’il viendrait de Trogilos (en ) en Macédoine. Selon les informations fournies par l’historien Procope de Césarée et le panégyriste Corippe, il serait le fils d’une certaine Évanthes et aurait au moins un frère du nom de Pappus. Troglita se marie avec la fille d’un roi, probablement un chef barbare, et a un fils du nom de Pierre. vignette|alt=Photographie d'une mosaïque représentant un homme barbu, probablement Bélisaire|Mosaïque de la basilique Saint-Vital de Ravenne, représentant probablement Bélisaire, qui rétablit la souveraineté romaine en Afrique. Jean Troglita est mentionné pour la première fois comme participant à la guerre des Vandales sous le commandement de Bélisaire. Il pourrait alors être identifié à un autre Jean qui commande une unité de fédérés () lors des batailles de l’Ad Decimum et de Tricaméron. Troglita reste en Afrique après le départ de Bélisaire en 534 et participe aux expéditions du gouverneur Solomon contre les Maures en 534-535. À cette époque, il est probablement le gouverneur militaire local () de la Byzacène ou plus probablement de la Tripolitaine. C’est sous cette fonction qu’il conduit plusieurs campagnes fructueuses contre la tribu Laguatan. Il combat aussi une armée de mutins conduite par Stotzas, puis participe à la première victoire de Bélisaire à Membresa en 536 avant de combattre sous les ordres de Germanus, le successeur de Solomon, lors de la bataille décisive de Scalas Veteres au printemps 537. Durant cette bataille, il est l’un des commandants de la cavalerie située à l’aile droite de l’armée byzantine qui est mise en déroute par les hommes de Stotzas selon Procope de Césarée. Toutefois, cela n’empêche pas les Byzantins de remporter la victoire. En 538, Troglita se distingue lors de la bataille d’Autenti, probablement en Byzacène.

Après 538, Troglita est envoyé sur la frontière orientale de l’empire où il est nommé duc de Mésopotamie (dux Mesopotamiae), l’un des commandements militaires les plus importants de la région. C’est là qu’il arrête un membre de l’ambassade envoyé par le roi ostrogoth Vitigès aux Perses pour les inciter à attaquer les Byzantins. Lorsque la guerre éclate, Jean remporte de nombreux succès contre l’armée perse selon Corippe. Il défait notamment le général Nabédès près de Nisibe et conduit son armée dans une offensive nocturne victorieuse contre les forces perses assiégeant Theodosiopolis. Enfin, il vainc une autre armée perse assiégeant Dara et capture le général Mihr-Mihroe. Toutefois, Procope donne une autre version de la première bataille. Selon lui, Troglita est sauvé d’une soudaine attaque perse par Bélisaire tandis que les deux autres engagements ne sont pas mentionnés par l'historien. Malgré tout, Corippe affirme que Jean est félicité pour ses victoires par Urbicius, l’un des conseillers de l’empereur Justinien envoyé pour superviser les combats.

Haut commandement en Afrique Durant son absence en Afrique, la situation s’est dégradée. Germanus reste le gouverneur de la province jusqu’en 539 et parvient à restaurer la discipline dans l’armée ainsi qu’à pacifier le cœur de la province d'Afrique et de la Byzacène. Solomon lui succède lors d’un deuxième mandat. Il parvient à défaire les Maures des Aurès et à affermir le contrôle byzantin sur la Numidie et la Maurétanie Sitifienne. Toutefois, la révolte mauresque, avec à sa tête Antalas, reprend en 543 et Solomon est tué lors de la bataille de Cillium en 544. Son successeur est son neveu Serge, un incompétent, qui est tué à l’été 546 lors d’une nouvelle révolte militaire menée par le général Guntharic. Ce dernier se déclare indépendant de Constantinople mais est bientôt assassiné par Artabanès. Les difficultés byzantines proviennent de deux causes. D'abord, un commandement souvent divisé, comme l'atteste l'envoi d'Aréobindus pour suppléer à l'incompétence de Serge sans pour autant démettre celui-ci. Ensuite, un manque de moyens humains liés à la guerre menée en Italie contre les Ostrogoths. À Constantinople, le besoin d’avoir un nouveau meneur compétent en Afrique se fait fortement ressentir. À la suite d’une trêve signée avec les Perses en 546, l’empereur Justinien rappelle Troglita d’Orient, peut-être sur le conseil d’Urbicius (c’est ce qui figure dans le texte de Corippe). L'expérience de Jean Troglita en Afrique et sa connaissance des tribus maures pourraient expliquer le choix de Justinien de lui faire confiance. Dans sa biographie consacrée à Justinien, l'historien Georges Tate qualifie ainsi les qualités de Jean Troglita : . À Constantinople, l’empereur fait part à Jean Troglita de la situation africaine et le place à la tête d’une nouvelle armée avant de l’envoyer en tant que nouveau maître des milices (magister militum) pour l’Afrique à la fin de l’été 546.

Écrasement de la révolte mauresque

Au début de l’année 546, alors que Jean Troglita atteint Carthage, la situation est critique. Les troupes impériales dirigées par Marcentius, le duc de Byzacène, et Grégoire, cousin d'Artabanès, à Carthage sont en sous-effectif et démoralisées. Elles tiennent les cités côtières qui subissent une forme de blocus par les Maures de Byzacène dirigés par Antalas, tandis que les tribus Laguatans et Austuriennes de Tripolitaine lancent des raids sur la Byzacène en toute impunité. Néanmoins, les efforts diplomatiques ont permis d’assurer aux Byzantins le soutien de Cusina et Ifisdaïas, deux chefs maures qui peuvent mobiliser jusqu'à . Cela permet de renforcer l’armée impériale de plusieurs milliers d’hommes. De surcroît, les tribus des Aurès quittent la Numidie à l’annonce de l’arrivée de Troglita et maintiennent une neutralité armée.

Dès son arrivée à Carthage, Troglita réorganise ses troupes, renforce les forces locales avec l’arrivée de vétérans venus avec lui (principalement des archers à cheval et des cataphractaires) et marche à la rencontre des rebelles. À Antonia Castra, des émissaires d’Antalas se présentent aux Byzantins mais Troglita rejette leurs propositions et les emprisonne. L’armée byzantine se dirige alors vers la Byzacène et libère les cités assiégées, ce qui permet aux troupes de Marcentius de se rallier à Jean Troglita. Les Maures sont pris par surprise par la rapidité de la progression byzantine et se replient vers les régions montagneuses et boisées de l’intérieur des terres. Là, ils rassemblent leurs forces sous la direction de Ierna issu de la tribu des Laguatans et d’Antalas. Leur objectif est de conduire une guérilla pour épuiser l'armée adverse, au travers d'embuscades très efficaces dans les vallées encaissées qu'ils occupent. Corippe suggère que les deux chefs espèrent que Troglita ne poursuivra pas son avance en plein milieu de l’hiver. En outre, ils pensent avoir l’avantage sur ce type de terrain. Troglita établit son camp près des positions mauresques et envoie Amantius, un messager, pour proposer ses conditions à Antalas. Troglita lui offre l’amnistie en échange de sa soumission à l’autorité impériale. Cette offre, inacceptable pour les rebelles, semble témoigner de la certitude qu'a Jean Troglita de sa supériorité.

Antalas refuse l’accord et les deux camps se préparent donc au combat. Corippe décrit la bataille qui s’ensuit dans un style homérique mais son récit offre peu de détails concrets sur son déroulement. Celle-ci semble précédée de démonstrations de force et de provocations diverses, les Maures allant jusqu'à faire charger un taureau sacré, facilement tué par un cavalier byzantin. Il apparaît de toute évidence que l’affrontement est long, sanglant et indécis et qu’il a lieu au sud ou à l’est de Sufétula (l'actuelle Sbeïtla), à la fin de l’an 546 ou au début de l’an 547. Finalement, les Byzantins l’emportent et repoussent les Maures, avant de percer leurs défenses et de dévaster leur camp. Selon Corippe, Ierna, Grand Prêtre du dieu Gurzil, est tué alors qu’il essaie de protéger une image de son dieu. Bon nombre d’autres chefs tribaux tombent durant la bataille et les autres s’enfuient. Les rescapés des tribus tripolitaines abandonnent la Byzacène et Antalas est contraint de déposer les armes. En outre, de nombreux prisonniers byzantins sont libérés et, parmi le butin, l’équipement militaire perdu par Solomon à Cillium est récupéré. Il est envoyé à Constantinople tandis que Jean Troglita fait une entrée triomphale à Carthage.

Bataille de Marta