La libération de Paris pendant la Seconde Guerre mondiale eut lieu du au , marquant ainsi la fin de la bataille de Paris. Cet épisode a lieu dans le cadre de la Libération et met un terme à quatre années d'occupation de la capitale française.

La section du lieutenant Amado Granell, de La Nueve, est la première à atteindre le centre de Paris.

Contexte Contexte militaire Après le débarquement de Normandie, les forces alliées progressent vers l'est de la France.

Les généraux américains Dwight D. Eisenhower et Bradley, engagés dans les combats de la poche de Falaise, prévoient de contourner Paris pour ne pas être ralentis dans leur progression, notamment sur le plan logistique, car la libération des d'habitants parisiens nécessiterait de vivres par jour.

Le général Bradley écrit dans ses mémoires à propos de la capitale françaiseOmar Nelson Bradley, Histoire d'un soldat (A soldier's history), Paris : Gallimard, 1952. :

Dans les plans alliés, les Overlord forecasts (prévisions Overlord) ont pour cible principale le bassin de la Ruhr où se concentre l'industrie lourde allemande, la libération de Paris étant prévue pour fin octobre.

De son côté, Pierre Kœnig, commandant en chef des Forces françaises de l'intérieur (FFI), prépare une insurrection afin de limiter l’effet de l'installation de l'AMGOT, un gouvernement militaire allié chargé d'administrer et de contrôler les structures économiques du pays, ., ce que redoute le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF).

L'exemple de Varsovie

vignette|upright=1.0|gauche|Un obus allemand de deux tonnes tombe sur un immeuble lors du soulèvement de Varsovie. Tandis que les armées alliées libèrent progressivement la France, les armées soviétiques avancent également sur le front de l'Est. En , la blindée soviétique s’approche des faubourgs de la capitale polonaise : Varsovie.

Le , l'Armia Krajowa, l'aile armée de la résistance polonaise, donne l'ordre à ses partisans de s'insurger. Plus de et femmes, souvent sous-équipés, se jettent alors dans la bataille. L'objectif de l'insurrection est de tenir au moins une semaine, le temps que les Soviétiques arrivent.

Durant les premiers jours, les insurgés réussissent à prendre le contrôle de certains quartiers comme la vieille ville mais ils échouent à déloger les Allemands des principaux points stratégiques comme les ponts et les aéroports. Dès le , les Allemands prennent le dessus sur les insurgés grâce à leur artillerie et leur aviation.

Dans le même temps, Staline a ordonné à ses chars de stopper leur avance, laissant les Allemands libres de réprimer violemment la révolte. L'insurrection tourne alors au désastre.

La situation à Varsovie divise le camp français. Réuni le , le Comité parisien de la Libération se demande s'il faut déclencher l'insurrection afin de provoquer l'arrivée des alliés ou s'il vaut mieux les attendre, de peur que Paris connaisse le même sort que Varsovie. Au sein du Gouvernement provisoire, les avis divergent également. Le délégué militaire Jacques Chaban-Delmas se refuse à l'idée d'une insurrection, ayant en tête la tragédie qui se déroule à Varsovie. De son côté, le délégué général Alexandre Parodi rétorque qu'on ne peut ignorer le vœu de la majorité des résistants parisiens.

Finalement les évènements se précipitent. Lorsque l'insurrection éclate à Paris le , l'écrivain polonais Andrzej Bobkowski, qui vit dans le douzième arrondissement de Paris, déclare : .

Contexte à Paris vignette|upright=1.0|gauche|Chars Hotchkiss H39 récupérés par l'armée allemande en 1940, en mouvement dans Paris le . Plans allemands

Du côté allemand, les ordres d'Hitler au gouverneur militaire du « Grand Paris », von Choltitz, sont clairs.

Ils prévoient la destruction des et de sa banlieue, ainsi que des monuments de Paris.

Il lui ordonne également de réprimer impitoyablement toute résistance de la part de la population.

Enfin il ordonne aux forces allemandes de combattre dans Paris jusqu'au dernier homme. Il veut faire de Paris un nouveau « Stalingrad » sur le front de l'Ouest et immobiliser ainsi plusieurs divisions alliées 'Führerbefehl' daté 23 août 1944 - La dernière phrase de cet ordre du Führer dit : ..

Cependant ces consignes sont en décalage avec la réalité militaire sur le terrain. En effet le général von CholtitzNommé Kommandierender General und Wehrmachtbefehlshaber von Groß-Paris ; il avait cantonné dans l'hôtel Meurice le (). n'a pas les moyens de résister réellement. La garnison allemande est forte de , mal équipés, aux unités disparates et de faible valeur combative.

Von Choltitz se montre également réticent à suivre les ordres d'Hitler, en particulier la destruction des ponts. Il écrit plus tard dans ses mémoires : . Même si des recherches historiques récentes montrent qu'il est resté fidèle à Hitler et qu'il souhaitait suivre ses ordres, il ne disposait pas des moyens nécessaire pour les exécuter.

En terme de matériel, il dispose de - et autant d’automitrailleuses, de canons de 105, 150, 75 ainsi que de canons de de la anti-aérienne qui peuvent être employés pour le combat urbain. En revanche, il ne dispose d'aucune aviation, n'ayant pas l'autorité sur les quelques avions allemands de la Luftwaffe stationnés au Bourget.

Faute de moyens, les Allemands savent qu'ils ne peuvent occuper toute la ville. Le plan allemand, conçu par le colonel Friedrich von Unger, prévoit donc de se concentrer sur la défense d'une douzaine de points d’appui solidement fortifiés : la Kommandantur, les hôtels de la rue de Rivoli (dont Le Meurice, de von Choltitz), le jardin des Tuileries, l’École militaire ou encore la place de la Concorde.

L'objectif pour les Allemands est de conserver le contrôle de leurs lignes de communication entre les différents points d'appuis ainsi que des passages entre les deux rives de la Seine.

Situation de la résistance Du côté français, la résistance parisienne est commandée par Rol-Tanguy, responsable régional des Forces françaises de l'intérieur (FFI) pour l'Île-de-France depuis son poste de commandement de la rue de Meaux (il s'installe le sous la place Denfert-Rochereau) et par le colonel LizéOutre son opuscule intitulé La Libération de Paris, publié dans le second tome de La France et son Empire dans la Guerre ( Littéraires de France, 1947), on peut lire de Brigitte et Gilles Delluc, « Et Paris ne fut pas détruit… Le général de Marguerittes », in Petites énigmes et grands mystères - , Pilote 24, 2010, ., chef des de la Seine . Jacques Chaban-Delmas est le délégué militaire national du gouvernement provisoire ; il accueillera le général LeclercPascal Nivelle, « Chaban-Delmas. L'autre général du gaullisme », liberation.fr, 13 novembre 2000.. Le « colonel Fabien », commandant le premier régiment des de Paris, siège au rue Gandon () et au rue de l'Abbé-de-L'Épée ().

La Résistance est pauvrement équipée (elle n'a même pas de liaison radio avec l'extérieur) mais enthousiaste.

Insurrection populaire gauche|vignette|redresse=1.0|Résistants français tirant sur les Allemands au cours de la bataille pour Paris. vignette|redresse=1.0|Combat au croisement de la rue de Rome et du Boulevard des Batignolles (le lycée Chaptal est visible en arrière-plan). Un char SOMUA S-35 capturé par les Allemands et repris par les résistants tire sur une position de tireur embusqué. vignette|redresse=1.0|Scène montrant deux Parisiens (peut-être des FFI) récupérant l'arme d’un soldat allemand qui vient d’être tué près de Notre-Dame.

Avec l'annonce de l'avance rapide des Alliés sur Paris depuis la victoire de la Poche de Falaise, les cheminots se mettent en grève le , suivis par le métro de Paris, la gendarmerie le .

La police suit le mouvement et se met en grève le ., suivie des postiers le jour suivant. Ils sont ensuite rejoints par d'autres ouvriers de la ville quand la grève générale éclate le .

Le jour même dans l'après-midi, Rol-Tanguy fait apposer les affiches d'appel à la mobilisation des Parisiens et au déclenchement de l'insurrection.. En représailles, les forces d'occupation tuent de la Résistance au bois de Boulogne.

Devant la rapidité des événements, Jacques Chaban-Delmas, délégué militaire national du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), s'efforce avec le délégué général Alexandre Parodi, de retarder le plus possible le déclenchement de l'insurrection parisienne mais en vain. Le 19 août, la décision finit par échapper aux deux hommes.

19 août : début des combats Le au matin, deux mille policiers résistants s'emparent de la Préfecture de Police, hissent le drapeau tricolore sur la Préfecture et sur Notre-Dame, et engagent le combat avec les Allemands. Dans le même temps, Rol-Tanguy intervient à la préfecture de police pour faire confirmer la grève de la police et Alexandre Parodi place l'ensemble des forces gouvernementales d'Ile-de-France sous son autorité de chef régional Forces françaises de l'intérieur (FFI).

Dans la matinée, les policiers sont enrôlés dans les . Le lendemain, sous l'impulsion de Léo Hamon, ils prennent l'Hôtel de Ville. Des barricades sont dressées, entravant les mouvements des véhicules allemands, et des escarmouches ont lieu contre les forces allemandes d'occupation, épaulées par des membres de la Milice restés à Paris malgré le repli général des miliciens quelques jours plus tôtRFI : .Jacques Delperrié de Bayac, Histoire de la Milice 1918-1945, éd. Fayard, 1969.19-25 août 1944… La libération de Paris - Chronologie..

Les combats, violents et dispersés dès le 19 août, atteignent leur paroxysme le . De sérieux combats ont lieu, en particulier à la préfecture de police, au Sénat, au Grand Palais, ainsi qu'autour de l'Hôtel de VilleChristian Chevandier, Policiers dans la ville. Une histoire des gardiens de la paix, Paris, Gallimard, 2012.. Les encerclent les îlots de défense allemands.

Une trêve rapidement rompue Une brève trêve est conclue dès le , afin de permettre à chaque camp, soit d'évacuer la capitale de l'ouest vers l'est, pour les Allemands, soit de conforter ses positions, pour la Résistance.

Dès le au matin, Rol-Tanguy rejette la trêve : . Son refus entraîne celui du chef de la Seine, le colonel de Marguerittes (« colonel Lizé ») ainsi que celui de nombreux autres résistants.

Les et , la confusion règne en raison d'ordres contradictoires. Bien qu'une trêve ait été négociée, les combats se poursuivent : environ des Forces françaises de l'intérieur (FFI) attaquent les positions des Allemands qui répliquent en envoyant des chars et des automitrailleuses.

Le , les insurgés prennent le contrôle de l'Hôtel de Ville, où le buste du maréchal Pétain est retiré. Dans le même temps, des barricades sont érigées au carrefour des boulevards Saint-Germain et Saint-Michel, ainsi que dans d'autres lieux de la capitale.

En marge des évènements de la capitale, des accrochages et embuscades sont organisés par des partisans et résistants en banlieue parisienne.

En réaction, des unités allemandes qui font retraite depuis de la Normandie et qui ne sont pas sous les ordres du gouverneur de Paris von Choltitz, commettent des massacres. À Vincennes, sont assassinées par des membres de la SS .

La crainte d'un « nouveau Varsovie » La situation des insurgés reste précaire. Même si les Allemands n'ont pas lancé d'attaque massive contre les nombreuses barricades et ont économisé leurs forces, la Résistance semble incapable de s'emparer des différents points d'appui solidement tenus par les Allemands. Dès lors, il apparaît que seule une intervention militaire extérieure des Alliés permettra de sauver l'insurrection et de libérer la capitale.

Chaban-Delmas demande au général Kœnig d'insister auprès des Alliés afin qu'ils ordonnent une . Il craint que Paris ne se transforme en un , où une insurrection similaire est en train d'être écrasée par les Allemands.