Le Chaos Computer Club, aussi simplement désigné par le sigle CCC, est l'une des organisations de hackers les plus influentes en Europe. Le Club se décrit plus poétiquement en tant que .
Le Chaos Computer Club est principalement actif dans les pays germanophones mais les différents congrès qu'il organise depuis 1984 attirent des milliers de personnes à travers l'Europe et ailleurs dans le monde.
Un Chaos Computer Club France a vu le jour dans les années mais il ne s'agissait en réalité que d'un faux groupe de pirates informatiques monté par Jean-Bernard Condat pour le compte de la Direction de la Surveillance du territoire.
Activités Objectifs et communication Le Chaos Computer Club est une communauté mondiale, qui fait campagne pour la liberté de l'information et de la communication sans aucune censure – par n'importe quel gouvernement ou compagnie – et qui étudie autant les possibilités de la technologie que ses impacts sur la société et l'individu...
Le CCC se considère comme étant une plate-forme de communication pour les pirates informatiques dits chapeaux blancs () et ceux qui veulent le devenir..
Le Chaos Computer Club est un organisme influent non seulement dans le milieu du « hacking » mais aussi auprès du gouvernement allemand, en agissant comme un contre-pouvoir sur les questions liées à la protection de la vie privée, la sécurité informatique ou la démocratie. Le député européen Jan Philipp Albrecht estime que .
Ainsi, si les points de vue du CCC sont souvent sollicités par diverses structures, il n'est pas uniquement le sujet des couvertures des médias mais il a également accès à ceux-ci : à travers leurs actions, le haut niveau de connaissances technologiques de ses membres est souvent l'occasion de communiquer vers différents publics, ce qui lui permet de politiser des thèmes précis. Le club diffuse les résultats de ses investigations ou ses réflexions par l'intermédiaire d'une variété de canaux : congrès, événements publics et participations aux réunions et discussions politiques. Il possède sa propre radio, Chaosradio..
Philosophie Le nom du club fait référence à la théorie du chaos, car pour son cofondateur Wau Holland, c'est ce qui explique le mieux la façon dont le monde fonctionne..
Les activités et la philosophie du Chaos Computer Club reposent sur les principes énoncés en par Steven Levy dans son livre L'Éthique des hackers, auxquels le club ajoute les deux dernières lignes. : L'accès aux ordinateurs — ainsi que tout ce qui peut vous apprendre quelque chose sur le fonctionnement du monde — doit être illimité et total. Toute information devrait être libre. Se méfier de l'autorité — encourager la décentralisation. Les hackers devraient être jugés par leurs actes, et non selon de faux critères comme l'apparence, l'âge, la race, le genre ou le rang social. On peut créer l'art et le beau à l'aide d'un ordinateur. Les ordinateurs peuvent changer votre vie pour le meilleur. Ne fouillez pas dans les données d'autres personnes. Utilisez les données publiques, protégez les données privées.
Sans représenter des règles strictes, ces principes offrent des lignes directrices aux membres du CCC. Ainsi, lorsque Hans Hübner (Pengo), un des protagonistes de l'affaire du « KGB Hack » (voir le chapitre Piratage du KGB) déclare après coup : Wau Holland répond alors :
Histoire Le dans une tribune du Die Tageszeitung, Wau Holland fait part de sa crainte de voir les entreprises et les autorités abuser de leurs pouvoirs grâce à l'émergence de l'informatique. Il note cependant la nécessité de permettre à un grand nombre de personnes d'accéder plus facilement à ce medium naissant. Selon lui, les ordinateurs peuvent donner du pouvoir au peuple et être utilisés en faveur des droits de l'homme en rendant les choses plus transparentes. Dans cette tribune, cosignée par quatre autres personnes et intitulé « TUWAT,TXT Version » (« Faites quelque chose, version texte »), Waw Holland appelle les passionnés d'informatique (« ») à une réunion le à Berlin.Les quatre autres cosignataires sont : Klaus Schleisiek sous le pseudonyme Tom Twiddlebit, Wolf Gevert, et les deux non nommés sont Wulf Müller et Jochen Büttner.. Il propose des thèmes nombreux et variés : réseaux, « droit des données », matériel, chiffrement ou encore jeux informatiques et langages de programmation.. Deux douzaines de personnes participent à cet évènement qui peut être considéré comme la première réunion du Chaos Computer Club. Deux ans plus tard, Holland rencontre Steffen Wernéry lors d'une autre réunion tenue dans une librairie de Hambourg qui attire une poignée de personnes..
Le Chaos Computer Club est établi de façon formelle en alors qu'il publie le premier numéro de son magazine Die Datenschleuder et organise le premier Chaos Communication Congress attirant environ une centaine de personnes.
vignette|alt=Un journaliste interview Steffen Wernéry et Wau Holland| interview Steffen Wernéry (chemise bariolée) et Wau Holland (chemise rouge), fin . Cette même année, le CCC devient mondialement célèbre lorsque Wau Holland et Steffen Wernéry attaquent le Bildschirmtext, un système Vidéotex similaire au Minitel, réussissant à pénétrer une banque locale et à détourner plus de ( de l'époque) sur son compte bancaire. L'argent sera retourné le lendemain..
En , Andy Müller-Maguhn étend la base du club, traditionnellement située à Hambourg, en ouvrant une section locale à Berlin qui attire de nombreux « hackers » de l'ex-RDA. Ces derniers apportent au CCC une nouvelle dynamique ainsi que leur expérience sur les techniques utilisées par un régime autoritaire pour déstabiliser des groupes.
En , Rena Tangens et Barbara Thoens créent Haecksen (un jeu de mots relatif à « », qui signifie Sorcières), une association de femmes issues du Chaos Computer Club...
Au milieu des années , le Chaos Computer Club joue un rôle important dans l'émergence des fab lab aux États-Unis, les hackers américains n'ayant jusqu'alors pas de lieux adaptés ni pour se rencontrer, hormis dans leur résidence, à l'école ou à l'université, ni pour se rassembler et se rendre visibles vis-à-vis de leur communauté. Une association est alors créée, la . Deux ans plus tard, en , une délégation de 40 américains, les « » (dont font partie Mitch Altman et ) installe sa tente au Chaos Communication Camp. Ils font ensuite une tournée des hackerspaces d'Allemagne et d'Autriche afin de comprendre leur fonctionnement et de ramener l'idée aux États-Unis. Le voyage se termine au Chaos Communication Congress en où les fondateurs du CCC de Cologne et Düsseldorf leur apprennent tout ce qu'ils savent sur la gestion d'un hackerspace. L'année suivante, les hackerspaces comme Noisebridge, ou ouvrent leurs portes et huit ans plus tard, la en fédère plus de 400 aux États-Unis et plus de 1200 sur la planète...
Constitué au milieu des années par environ 150 personnes, le Chaos Computer Club rassemble aujourd'hui plusieurs milliers de membres, une trentaine de sections locales en Allemagne et d'autres dans le monde.
Événements réguliers vignette|alt=Une tente au Chaos Communication Camp|Tente au Chaos Communication Camp avec le drapeau dit Pesthörnchen, détournement du Posthorn, ancien logo de la poste fédérale Depuis , le Chaos Computer Club organise un congrès annuel, le Chaos Communication Congress qui a lieu habituellement entre Noël et le jour de l'an à Berlin, Hambourg ou Leipzig. Un slogan différent est donné à chaque congrès, à l'exception de celui tenu en , l'année des révélations d'Edward Snowden.. Le projet WikiLeaks est présenté par Julian Assange durant le Chaos Communication Congress de ..
Tous les quatre ans depuis , le club organise également le Chaos Communication Camp. Pendant du congrès annuel, le camp de en plein air a pour objectif de ..
Entre et (sauf en ), le Chaos Computer Club organise une conférence annuelle à Cologne, centrée sur les aspects techniques et sociaux du numérique, notamment la surveillance. Nommée SIGINT (de l'anglais « Signals Intelligence »), l'évènement est créé afin d'alléger la charge du Chaos Communication Congress, mais il est finalement abandonné en ...
Actions notables Piratage du BTX vignette|alt=un Bildschirmtext, terminal videotex allemand.|Un Bildschirmtext (BTX). En , le Chaos Computer Club prévient la Deutsche Bundespost que son système Bildschirmtext (BTX) comporte une faille de sécurité mais la mise en garde est ignorée par la poste allemande. Wau Holland et Steffen Wernéry découvrent en effet qu'un défaut dans le système d'édition des pages révèle en clair les codes d'accès du réseau télématique de la .
Afin de sensibiliser l'opinion publique de la piètre sécurité du BTX (à ce titre, une cible privilégiée des hackers de l'époque), les deux hommes organisent le . La facturation reposant sur le principe de paiement à la demande (9,97 deutsche mark), ils font en sorte que le BTX de l'institution appelle celui du CCC de façon récurrente durant toute la nuit du 16 au . Afin de marquer les esprits, l'idée est que la somme dérobée atteigne 100 000 DM, soit un montant dix fois supérieur à ce que peut rapporter un braquage de banque. Ils récolteront deutsche mark.
Le lundi, une conférence de presse est convoquée et l'argent restitué en direct devant les caméras. Le Chaos Computer Club force ainsi la Deutsche Bundespost à colmater les failles de sécurité du BTX tout en se faisant connaitre auprès du grand public grâce à ce piratage aujourd'hui devenu légendaire.
R2D2 En , lorsque l'avocat Patrick Schladt consulte les preuves présentées contre un de ses clients, il suspecte que l'ordinateur de celui-ci soit la cible d'un cheval de Troie placé par les autorités allemandes, et demande au Chaos Computer Club d'analyser le disque dur de la machine..
vignette|alt=Statuette représentant un cheval de Troie aux couleurs du drapeau allemand.|Représentation plastique du Bundestrojaner par le Chaos Computer Club. Le CCC découvre effectivement le logiciel espion qui aurait été installé dans l'ordinateur lors d'un contrôle aux douanes à l'aéroport de Munich. En plus d'enregistrer les communications VoIP et les frappes au clavier, le cheval de Troie est capable de prendre des captures d'écran, d'activer le microphone, la caméra et d'installer d'autres logiciels. Piloté via un serveur situé aux États-Unis, les données envoyées par le logiciel sont insuffisamment chiffrées et celles qu'il reçoit ne le sont pas du tout, permettant ainsi à un tiers d'en prendre le contrôle, ce que le CCC parvient à faire en fabriquant son propre terminal de contrôle. Baptisé 0zapftis ou , mais plus souvent R2D2 car figurant dans une chaîne de caractères trouvée dans son code source, le Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung publie une partie de celui-ci dans cinq des pages du journal...
Selon le Chaos Computer Club, ce cheval de Troie, de par ces caractéristiques, enfreint les lois du pays. Si le recours à un logiciel espion par les autorités n'est pas prohibé en soi, son utilisation est strictement encadrée par le jugement de la cour constitutionnelle allemande du : un tel dispositif ne devant être mis en place que dans le cas de circonstances exceptionnelles constatées par un juge et en aucun cas prendre le contrôle du système informatique visé, afin de ne pas porter atteinte à l'intégrité de la preuve. Le jugement de la cour oblige également que soit préservé le « noyau dur » de la vie privée (les sentiments ou les relations intimes).
Alors que l'affaire provoque une vague d'indignation de tout le spectre politique et des médias, le ministre de l'Intérieur Hans-Peter Friedrich appelle les Länder à suspendre l'utilisation de logiciels espions, le temps de vérifier leur conformité à la constitution.
Élections