Thomas Mann, né le à Lübeck et mort le à Zurich, est un écrivain allemand, lauréat du prix Nobel de littérature en 1929. Il est l'une des figures les plus éminentes de la littérature européenne de la première moitié du et il est considéré comme un grand conteur moderne de la décadence bourgeoise et de la défense de la démocratie.

Après son premier roman, Les Buddenbrook, paru en 1901, Thomas Mann publie des nouvelles et récits tels que Tonio Kröger, ou La Mort à Venise. Le roman La Montagne magique, publié en 1924 , par lequel il perpétue la tradition du Bildungsroman européen, est exemplaire de son art créatif : le narrateur y maintient une distance sceptique et ironique vis-à-vis des autres personnages., les thèmes typiques de cette veine reviennent en tant que leitmotivs, et la syntaxe y est riche et complexe. Ces caractéristiques sont également présentes dans ses œuvres ultérieures, parmi lesquelles la nouvelle Mario et le Magicien, la tétralogie Joseph et ses frères et l'ouvrage tardif Le Docteur Faustus, qui méritent une mention particulière.

Les essais et déclarations de Thomas Mann sur les questions politiques, sociales et culturelles de son époque ont reçu une large attention. Bien qu'initialement sceptique vis-à-vis de la démocratie occidentale, Mann devient au début des années 1920 un défenseur convaincu de la république de Weimar. Après l'arrivée au pouvoir des nazis, il émigre en 1933 en Suisse puis en 1938 aux États-Unis, pays dont il acquiert la citoyenneté en 1944. De 1952 à sa mort, il vit de nouveau en Suisse.

Thomas Mann est issu de la respectable famille patricienne et marchande Mann, de Lübeck. Son frère aîné, Heinrich Mann, et quatre de ses six enfants, Erika, Klaus, Golo et Monika, furent également écrivains.

Biographie Thomas Mann naît le à Lübeck dans une riche famille patricienne de négociants en grains. Son père, Thomas Johann Heinrich Mann, consul des Pays-Bas dès 1864, est élu au Sénat de la ville de Lübeck en 1877 ; sa mère, née Julia da Silva-Bruhns, originaire du Brésil, est issue d'une famille de commerçants germano-brésilienne. En mai 1890, la maison de commerce fête son centenaire, mais le le sénateur Mann décède à l'âge de , laissant un testament qui prévoit la dissolution de la maison de commerce. Les études de Thomas Mann, d'abord dans une école privée puis au Katharineum, ne sont guère brillantes. En 1892, la mère de Thomas Mann s'installe à Munich, où il la rejoint en 1894.

Formation Dès 1892, il écrit quelques textes en prose et des articles pour le magazine Der Frühlingssturm (« la Tempête du printemps ») qu'il coédite. En 1894, retrouvant sa mère, ses frères et ses sœurs à Munich, il travaille pour une société d'assurances. Il abandonne cette profession en 1895 pour parachever sa formation intellectuelle et devenir écrivain libre. Il fait paraître l'un de ses premiers récits dans la revue Die Gesellschaft, et quelques articles dans la revue Das zwanzigste Jahrhundert dirigée par son frère Heinrich Mann. Il se familiarise avec les pensées de Schopenhauer et Nietzsche, découvre les théories freudiennes naissantes, puis étudie les œuvres littéraires de Goethe, Schiller, Lessing, Dostoïevski, Tchekhov, Fontane, ainsi que la musique de Richard Wagner. Tous sont pour lui des modèles et il leur consacre plus tard de nombreux articles ou essais. Thomas Mann a une passion pour la musique qui transparait dans plusieurs de ses œuvres (dont La Montagne Magique ou Buddenbrooks) : il joue du violon, et il révèle à sa famille que s'il n'avait pas été écrivain, il aurait voulu être chef d'orchestre.. Il découvre l'Italie avec son frère Heinrich de juillet à octobre 1895, puis durant l'automne 1896.

Premières œuvres L'éditeur S. Fischer lui commande en mai 1897 une œuvre d'ampleur en prose : Thomas Mann commence la rédaction de son premier roman, largement inspiré de l'histoire familiale, sur la grandeur et la décadence d'une famille dans l'Allemagne au tournant du : Buddenbrooks (Les Buddenbrook), qui paraît en 1901. Il fréquente à cette époque le salon de l'autrice et mécène Ida Boy-Ed. En 1903, il publie Tonio Kröger qui conte l'amour tourmenté d'un jeune homme pour deux de ses camarades de classe, Hans Hansen et Inge Holm, dont une large part est autobiographique comme en témoigne la correspondance de l'auteur.

Le , il épouse Katia Pringsheim1883, Feldafing - 1980, Kilchberg., petite-fille de la féministe Hedwig Dohm.

En 1912, il publie Der Tod in Venedig (La Mort à Venise). La ville de Venise et le Grand Hôtel des Bains sur l'île du Lido, où séjourne Mann en mai-juin 1911, sont au cœur de cette nouvelle inspirée par la mort du compositeur Gustav Mahler que Mann apprend précisément le . Mais c'est aussi à Venise que meurt en 1883, Richard Wagner à qui Mann dédie un essai durant la même période. Enfin, c'est sur la plage du Lido que Mann voit se réveiller son homosexualité latente devant la beauté d'un jeune noble polonais de quatorze ans. Cette œuvre que Mann désigne comme « une tragédie » est une réflexion sur la mort, l'amour, le mal, l'art et la culture. Œuvre profondément personnelle en rupture avec le naturalisme des débuts, La Mort à Venise exprime les angoisses d'un homme aux prises avec ses démons, marqué par la maladie, la mort de ses proches (sa femme souffre d'une maladie pulmonaire et sa sœur Carla s'est suicidée l'année précédente) et par la menace de guerre qu'il perçoit dans la crise franco-allemande de 1911.

La conversion aux idées libérales vignette|Thomas Mann en 1932. Un séjour en sanatorium (le Schatzalp) à Davos à partir de l'année 1912, et la catastrophe de la Grande guerre dans laquelle il est impliqué (prenant un temps parti pour l'Allemagne impériale) lui fournissent le sujet de son roman le plus célèbre, (La Montagne magique), débuté en 1913 et paru en 1924. Cette œuvre, conçue comme une relecture ironique du Bildungsroman (« roman d'apprentissage »), constitue une étape importante dans son évolution intellectuelle en ce qu'elle marque symboliquement son ralliement aux idées libérales, après une proximité avec le courant de la Révolution conservatrice symbolisée par ses Considérations d'un apolitique, ouvrage important publié en 1918Voir sur ce point, Charles Alunni, « Une analogique du politique. La Constellation Thomas Mann », in Le passage des frontières. Autour du travail de Jacques Derrida, Colloque de Cerisy, Galilée, 1994, 403-414.. Outre les considérations politiques, sociales et économiques, la structure narrative de l'ouvrage incorpore des réflexions artistiques, esthétiques, philosophiques, historiques et spirituelles et plusieurs théories littéraires. Cette vaste parabole sur la déchéance spirituelle, l'amour et la mort, avec l'Europe d'avant la Première Guerre mondiale pour toile de fond, lui vaut la renommée internationale. Mais lorsque l'Académie suédoise lui attribue le prix Nobel de littérature en 1929, c'est principalement pour Les BuddenbrookFiche en anglais de Thomas Mann sur le site des Prix Nobel. publié en 1901.

Face à la montée du totalitarisme en Europe, Mann publie, l'année suivante, la nouvelle Mario et le Magicien qui évoque le danger des régimes fascistes et de la lâcheté intellectuelle.

L'exil vignette|gauche|redresse|Thomas Mann en 1949. Dès 1933, il émigre en Suisse puis dans le Sud de la France où il demeure quelques semaines avec sa famille dans une villa à Sanary-sur-MerParis-soir, 21 juillet 1933, « Sur la côte d'Azur. Avec les intellectuels allemands en exil », Ibid., 20 juillet 1933, photographie de Thomas Mann à Sanary-sur-Mer sur kuenste-im-exil.de.. Il rejoint ensuite à nouveau la Suisse et s'installe à Küsnacht, près de Zurich, afin de se tenir éloigné de la tourmente politique que connaît alors son pays. Les premiers mois du régime nazi le convainquent, après un moment d'hésitation, de ne pas retourner en Allemagne. En 1936, il est déchu de la nationalité allemande. Connaissant les œuvres de Sigmund Freud, il dira d'Hitler :

Plus généralement, il est passionné par la médecine, et ses ouvrages regorgent de descriptions symptomatiques précises (il dira du dernier des Buddenbrook , par exemple, et La Montagne magique comporte des passages sur les maladies dont ses personnages sont atteints). Renonçant à un isolement artistique déconnecté des réalités économiques et sociales, Thomas Mann multiplie les manifestations publiques en faveur de la démocratie.

À partir de 1938, il vit aux États-Unis, d'abord à Princeton, puis l'année suivante à Pacific Palisades en Californie. C'est là qu'il compose le complexe et fort sombre Doktor Faustus (Le Docteur Faustus), paru en 1947, qui revisite le mythe de Faust et évoque métaphoriquement l'âme de l'Allemagne à travers le portrait d'un compositeur, inspiré d'Arnold Schoenberg. Durant ces années d'exil, il retrouve certains autres exilés allemands, tels que le dramaturge et poète Bertolt Brecht (évoquant Thomas Mann à plusieurs reprises dans son journal et sa correspondance), le réalisateur Fritz Lang, ou encore le compositeur Kurt Weill. Ses nombreux "lecture tours" et ses émissions radiophoniques font partie des "exigences du jour" ("Forderungen des Tages") auxquelles il s'astreint en plein accord avec son épouse Katia. L'influence de ses deux ainés, Erika et Klaus, est également significative pour comprendre son évolution à l'égard de son ancienne patrie, dont il a perdu la nationalité. Comme Katia, il ne sera naturalisé américain qu'en 1944.

Le retour en Europe vignette|Tombe de Thomas Mann. Après la guerre, il retourne régulièrement dans son pays natal, notamment en 1949 pour recevoir le Goethe-Preis à l'occasion du de la naissance du célèbre écrivain. À cette occasion, il visite les villes de Francfort-sur-le-Main et de Weimar. En , il dédicace la traduction française de son Doktor Faustus chez son ami, le libraire et éditeur, Martin Flinker, quai des Orfèvres. Il prononce à la Sorbonne son célèbre discours "Mon Temps", brillante synthèse de sa pensée dans les domaines économiques et sociaux. Gérard Valin a décrit ce séjour à Paris dans une publication de .

Il est profondément déçu par l'évolution politique des États-Unis, sous l'influence du Maccarthysme. En 1952, il retourne s'installer en Suisse et non en Allemagne, bien qu'on cite alors son nom comme possible Président de la République fédérale d'Allemagne.

En 1954, il est fait citoyen d'honneur de sa ville natale. En , il est nommé membre d'honneur de l'Académie des arts de la RDA.. Il meurt trois mois plus tard à Zurich et est enterré à Kilchberg.

Ce n'est que dans ses Notes quotidiennes du soir à n'ouvrir que vingt ans après ma mort ., publiées - malgré son titre - dès 1955, qu'il parle ouvertement de ses attirances homosexuelles bien qu'elles soient évoquées, de manière indirecte, dans Tonio Kröger et La Mort à Venise.

Famille Il est le frère cadet de l'auteur allemand Heinrich Mann et le père des écrivains Erika et Klaus Mann, de l'historien Golo Mann, ainsi que du musicien Michael Thomas Mann.

Prénom Naissance Décès Erika Klaus Golo Monika Elisabeth Michael

Thomas Mann, l'Allemagne et les Juifs

Thomas Mann a tenu très tôt une position critique à l'égard du régime nazi. Dans son roman Le Magicien, Colm Toibin raconte comment Thomas Mann a fréquenté la communauté juive de Munich, dont les parents de son épouse Katia, étaient d’éminents représentants.