Le Trotteur français (TF) est une race de chevaux sélectionnée en Normandie pour les courses de vitesse au trot attelé ou monté. Ses origines remontent au début du et sont fortement liées à l'élevage des chevaux Anglo-normands. Issu dans un premier temps du trotteur Norfolk croisé au Pur-sang et au Trotteur d'Orlov, le Trotteur français ne prend son nom actuel qu'à partir de 1922. Plus récemment, il reçoit l'influence positive du Standardbred américain, avec lequel il a été croisé à partir des années 1940.

Sans standard fixe, le Trotteur français est un cheval qui, néanmoins, se caractérise par un modèle compact, avec une arrière-main très développée, un sternum proéminent et une tête au profil rectiligne ou légèrement busquée. L'élevage est concentré en Basse-Normandie, mais il est répandu dans toute la France, car il s'agit de la ace de chevaux française la plus présente dans ce pays. Il est plutôt représenté par de petits éleveurs ne possédant qu'une à troisx juments. Bien qu'élevé et sélectionné pour les courses au trot, le Trotteur français peut également devenir un excellent cheval de loisir, d'instruction et de compétitions s'il est amené à être réformé.

Dans le monde des courses, des trotteurs comme Gélinotte, Jamin, Roquépine, Une de Mai, Bellino II, Idéal du Gazeau, Ourasi, Jag de Bellouet, Ready Cash ou encore Bold Eagle, sont entrés dans la légende et devenus des ambassadeurs de cette race française à travers le monde.

Dénomination et sources L'origine du nom « Trotteur français » résulte logiquement de la sélection d'une race de chevaux en France pour la pratique de courses au trot. Il est aussi appelé et , l'origine de cette race étant située en Basse-Normandie. Le sigle est « TF ».

L'autrice tchèque Helena Kholová considère le Trotteur normand comme une race distincte du Trotteur français, car spécifique au département de la Manche. À l'inverse, le journaliste autrichien Martin Haller considère que le TF n'est pas une race distincte, mais qu'il s'agit de la branche française du Trotteur européen, qui compte d'autres types en Allemagne, en Suède et en Italie.. Pour la journaliste équestre français Emmanuelle Brengard, le TF est l'une des quatre grandes races internationales de trotteurs, avec le Standardbred ou Trotteur américain, le Trotteur d'Orlov russe et le Trotteur scandinave.

Le premier auteur important dans le domaine du Trotteur français est l'hippologue Louis Cauchois, né en 1875 à Méru, qui a compilé la généalogie de plus de nés entre 1837 et 1907. Cependant, certains de ses ouvrages comportent des erreurs ou des lacunes que des historiens devront corriger. L'ouvrage du journaliste, écrivain et historien Jean-Pierre Reynaldo (1949-2014), Le Trotteur français, résultat de plusieurs années de travail, est présenté comme la dans sa spécialité et .

Histoire vignette|gauche|alt=Gravure d'un trotteur Norfolk en 1861|Gravure d'un Trotteur Norfolk en 1861, race dont descend le Trotteur français. Le Trotteur français est une race plutôt récente, créée et sélectionnée pour les courses de trot attelé et monté. Tout au long de son histoire, son élevage et sa sélection ont été planifiés sous le contrôle et le soutien des Haras nationaux français, dont le rôle s'avère déterminant dans la création du TF. Les débuts de son élevage coïncident avec la recherche d'un cheval militaire après le Premier Empire.

Implantation et développement de courses au trot D'après Jean-Pierre Reynaldo, un officier de cavalerie du nom d'Esprit-Paul de Lafont-Pouloti publie en 1791 un Mémoire sur les courses de chevaux et de chars en France envisagées sous un point d'utilité publique, qui préconise la création de courses attelées en France. Durant la Révolution française, le Champ de Mars accueille des courses de char, jusqu'à ce que Napoléon Ier y mette fin.

Il faut attendre des initiatives privées pour que les courses au trot se re-développent en France, à l'occasion de paris particuliers, dans un premier temps à Paris au début du . Les premières courses de trot officielles de France ont lieu en 1836, sur la grève de Cherbourg, à l’instigation d’Éphrem Houël, un officier des Haras nationaux qui estime que ces courses sont le meilleur moyen de sélectionner les meilleurs reproducteurs de selle. En 1837, les premières courses de trot sont courues à l'hippodrome de Caen, suivant un règlement qui n'autorise que les chevaux nés en Normandie à concourir. L'année suivante, ces courses essaiment à Saint-Lô et Dieppe. Le succès populaire des courses à Caen entraîne la construction d'autres hippodromes, en Normandie et en Bretagne. Les courses au trot chutent drastiquement en nombre dans les années 1850, puis sont réorganisées à partir des années 1860. La tenue régulière de courses au trot entretient l'intérêt pour une race de chevaux trotteurs.

Un autre évènement important est la défaite de Napoléon Ier à Waterloo en 1815, qui permet à des éleveurs normands d'importer le Pur-sang en France. L'élevage normand a en effet beaucoup souffert des guerres napoléoniennes, alors que l'élevage anglais est relativement épargné. Ces courses au trot, codifiées en 1866, restent néanmoins peu répandues. Ephrem Houël favorise leur implantation dans toute la Normandie. Parallèlement au développement d'une race de chevaux trotteurs en France, les courses au trot restent longuement un divertissement provincial. Les premières courses de trot à Paris ont lieu en 1873 dans le bois de Boulogne, mais il faut attendre 1879 pour que soit inauguré à Vincennes le premier champ de courses spécifiquement destiné aux trotteurs en région parisienne, proposant alors des programmes mixtes afin de pallier le manque d'intérêt du public pour le trotting. Cela accélère la popularité de ces courses. Cependant, les régions d'élevage restent normandes et vendéennes, et envoyer un cheval courir à Paris coûte cher. Aussi, les épreuves les plus prestigieuses sont normandes.

Formation de la race trotteuse Le Trotteur français résulte surtout de croisements pratiqués au entre le Trotteur Norfolk anglais (ancêtre du Hackney), le Pur-sang, le Trotteur d'Orlov, et des juments locales normandes présentes dans la région depuis le . Ses origines sont donc liées à cette jumenterie normande et à l'élevage du cheval Anglo-normand, dont l'un des types, dit carrossier, est spécifiquement destiné à l'attelage. Le TF est à l'origine un rameau de l'Anglo-normand, qui a beaucoup évolué grâce à l'élevage sélectif pour les courses au trot. Cependant, les croisements constitutifs sont communs aux autres races de trotteurs. On retrouve notamment le Pur-sang Sampson comme ancêtre commun à plusieurs races de trotteurs, tandis que l'influence du Pur-sang Orville (1799) est spécifique au TF. Entre 1815 et 1850, de nombreux étalons Pur-sang et demi-sang sont importés d'Angleterre pour entrer en croisement avec le cheval normand, critiqué pour sa mollesse. Très vite, les organisateurs de courses comprennent qu'il existe des écarts de performances importants entre les concurrents, et qu'il faut modifier la distance de départ ou le poids porté en fonction des performances passées pour maintenir une égalité de chances de victoires.

L'un des premiers succès de cet élevage est l'étalon trotteur Young Rattler (1811-1836), un croisement de Pur-sang et de Trotteur Norfolk importé en 1820, dont l'influence sera ensuite majeure sur le futur Trotteur français, notamment à travers ses descendants Conquérant (1858) et Normand (1869). Young Rattler est importé grâce aux Haras nationaux. Ephrem Houël est partisan du croisement du cheptel français avec le cheval oriental. Des juments indigènes sont croisées avec des étalons Pur-sang et Arabe. Les premiers résultats se révèlent décevants. Dans les années 1850, les éleveurs normands commencent à utiliser le Trotteur Norfolk en croisement, race de trotteurs désormais disparue, ainsi que le Pur-sang anglais et le Trotteur d'Orlov, importé de Russie. The Norfolk Phœnomenon, né en 1845 puis importé en 1851, marque ainsi le TF de son influence, sa fille Bayadère devenant la trotteuse la plus fameuse du .

En 1864 à Caen est fondée la Société du cheval français de demi-sang, qui deviendra plus tard la Société d'encouragement à l'élevage du Trotteur français ; elle pérennise et soutient l'élevage du demi-sang (croisement entre un Pur-sang et une autre race), et chapeaute aussi toutes les sociétés de course au trot de France.

C'est sur cette période que naissent les principaux chefs de race : Conquérant (1858), Lavater (1867), Normand (1869), Niger (1869) et Phaéton (1871). La quasi-totalité des trotteurs français descend de ces cinq étalons, eux-mêmes issus des étalons Pur-sang The Heir of Linne, Sir Quid Pigtail et Young Rattler. The Heir of Linne, né en 1853 est le dernier étalon Pur-sang importé en France. Les lignées mâles de Niger et de Lavater se sont cependant éteintes quelques décennies plus tard. Lavater, fils de The Norfolk Phœnomenon, connaît un succès particulier à son époque, lorsqu'il est croisé avec des juments marquées par le Pur-sang. Normand domine longuement les courses de l'époque, puis son influence se poursuit à travers son fils, Cherbourg (1880). Phaéton, descendant de The Heir of Linne, fonde la plus jeune lignée du TF. Durant les années 1880, l'ouverture internationale des compétitions montre les limites du TF en termes de vitesse face au Trotteur américain et au Trotteur d'Orlov.

Selon Reynaldo, c'st à partir d 1900 qu'il est possible de véritablement désigner le TF comme une race fixée.

Reconnaissance officielle du Trotteur français L'importation de sulkies légers et dotés de pneumatiques depuis les États-Unis améliore significativement la vitesse de course du Trotteur français attelé. Cependant, des années 1900 à 1910, la popularité croissante des automobiles met son avenir comme cheval d'attelage en péril. La Société du demi-sang réagit à cette menace en concentrant ses efforts sur le cheval de guerre, soutenant que le trotteur serait l'animal idéal pour la remonte de l'armée française. Elle organise aussi différentes manifestations sportives, notamment en 1909, visant à démontrer que le trotteur possède de multiples qualités. Le premier véritable champion trotteur du est Fred Leyburn, né en 1905 d'une mère américaine, devenu la coqueluche du public qui se rend en nombre sur les hippodromes où il se produit. En 1917, la Révolution russe permet à quelques éleveurs français d'acquérir des trotteurs d'Orlov de grande qualité. Après le désastre de la Première Guerre mondiale, c'est durant l'entre-deux-guerres que les courses au trot deviennent réellement un sport populaire, en particulier grâce à la création du Prix d'Amérique en 1920. S’y illustrent notamment Pro Patria, premier vainqueur de cette compétition, ainsi que d'autres trotteurs restés dans la légende comme Uranie et Amazone B. D'origine 100 % française, Uranie devient la première . Parallèlement, le trot attelé devient la discipline reine au détriment du trot monté.

Un premier registre généalogique privé du Trotteur français ouvre en 1907 sous l'impulsion de Louis Cauchois, un passionné des courses au trot ; il est géré par la revue La France chevaline. La race n'est reconnue officiellement sous le nom de « Trotteur français » qu'en 1922., lorsque ce registre passe sous gestion du Ministère de l'agriculture français. Le registre est alors ouvert, tous les chevaux Anglo-normands capables de trotter un kilomètre en 1 minute 42 secondes ou moins y sont inscriptibles. Ce registre est ensuite fermé en 1937 ou 1941, et ne reste ouvert qu'aux croisements entre TF et Pur-sang, empêchant ainsi tout apport théorique d'origines étrangères aux trotteurs de France. En réalité, des trotteurs américains illégaux sont parfois employés à la reproduction à cette époque.