La trame verte est la composante terrestre des continuités écologiques. Elle désigne un réseau de milieux naturels et semi-naturels, de réservoirs de biodiversité et de corridors écologiques permettant aux espèces de circuler, de s’alimenter, de se reproduire et d’accomplir leur cycle de vie. La notion s’inscrit dans les approches de l’écologie du paysage et dans les politiques de préservation et de restauration de la biodiversité. En France, la trame verte est articulée à la trame bleue au sein de la trame verte et bleue, qui constitue une politique publique de continuités écologiques. Pour la déclinaison française de cette politique, voir l’article détaillé trame verte et bleue française.
Définition en forme de métaphore
Pour faciliter les échanges entre acteurs concernés, le conseil régional du Nord-Pas-de-Calais et la Direction régionale de l'Environnement (DIREN) de cette région ont, en , enrichi leur définition de trame verte par deux métaphores : Nous comprenons intuitivement que la trame verte est une notion biogéographique qui, par analogie à la trame d'une étoffe, évoque à la fois un état et des fonctions.
À titre d'image, les fils de maille et fils de trame confèrent sa qualité à une étoffe : plus les fils sont fragilisés, ou manquants, plus le tissu menace de se déchirer. De manière métaphorique, dans l'image ci-contre, on peut imaginer que chaque brin représente une espèce, que chaque fil est un groupe d'espèces ou un écosystème, et considérer qu'au-delà d'un certain seuil de dégradation, c'est toute l’étoffe (la biodiversité ou la biosphère à plus grande échelle) qui est menacée. Une métaphore aussi simple, mais plus conforme à la complexité de la réalité, serait de comparer la trame verte au maillage des réseaux sanguins, nerveux, lymphatiques qui doivent être non seulement en bon état, mais correctement connectés entre eux, ainsi qu’avec nos cellules et nos organes, pour assurer notre survie.
Cadre : le développement durable
vignette|Infrastructures vertes Dans les domaines théoriques et pratiques de la biogéographie, de l'écologie du paysage, et en application des principes du développement soutenable tels que définis à Rio au Sommet de la Terre, la notion de trame verte renvoie aux notions plus précises de maillage écologique, d'infrastructure naturelle (ou réseaux de corridors biologiques).
Lorsque certains acteurs de l'Aménagement du territoire ont commencé à intégrer ces notions, l'expression trame verte a alors pu désigner la déclinaison régionale ou locale du Réseau écologique paneuropéen proposé par le Conseil de l'Europe.
Concept qui a évolué avec le temps En Europe, la notion de trame verte périurbaine est née en Allemagne dans les années 1920, portée par l’Office du Logement RuhrkohlenbezirkArticle de M. RENARD, IBA Emscher park, in Le Canard déchaîné du Kauwberg, n°33, automne 1999..
En France, elle a été évoquée dans les années 1940 à Paris, avec l'idée de relier entre eux les espaces verts par des voies piétonnes et cyclables, dans une perspective hygiéniste. Puis dans les années 1990 l'approche est devenue davantage écopaysagère, par exemple dans le Nord-Pas-de-Calais, alors que le Conseil régional en 1993 dans le cadre d'un projet dit Projet Ecotone lançait, avec la Direction régionale de l'Environnement une dynamique d'étude et de restauration d'un maillage écologique (trame écologique régionale), s'appuyant sur un outil expérimental dit Contrat de corridor, le conseil général du Nord, avec le CAUE du Nord publiait un classeur intitulé Trame verte, qui mettait à disposition des élus et habitants du Département une première classification des entités paysagères, mais sans la notion de connectivité biologique ou écopaysagère. Dans ce cadre, la communauté urbaine de Dunkerque produisait un « cadastre vert » (réseau cartographié des espaces verts publics et privés)Cadastre vert, actualisé en mars 2000 puis en 2009, intégré dans un nouveau SIG en 2010 pour notamment recenser et renseigner tous les espaces verts publics du Dunkerquois, dans le cadre d'un plan vert communautaire (AFIE, 2010)., et un groupe de travail associait dans l'Eurorégion le Kent, la Région wallonne, Bruxelles-capitale et le Nord-Pas-de-Calais dans une réflexion commune sur la biodiversité. La réalisation d'un « Cadastre vert » selon les méthodes de l'écologie urbaine, est depuis reprise au niveau de villes ou de département..
On parle maintenant aussi de trame verte urbaineClergeau P & Blanc N (2013) Trames vertes urbaines : De la recherche scientifique au projet urbain, Paris, Éditions du Moniteur. 339 p.. Ainsi, Bruxelles-Capitale a mis en place un Plan régional de développement visant à « améliorer le cadre de vie » qui recommande un « maillage vert et bleu », qui, étant donné un contexte très urbain, ne donne pas priorité à la Biodiversité, consistant aussi à « relier les espaces verts entre eux afin de créer des continuités vertes et d’offrir ainsi au citoyen, où qu’il se trouve en ville, des espaces de vie et de déplacement qui allient à la fois convivialité et sécurité ».
En France, en application de la loi Voynet, le pays commençait à décliner dans son Droit national la stratégie paneuropéenne pour la protection de la diversité biologique et paysagère. Les DIRENs de France ont alors dressé chacune un profil environnemental régional, dans le cadre du Schéma de services collectifs Espaces Naturels et Ruraux. Le Conseil régional Nord-Pas-de-Calais a ensuite mis en place avec l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie un outil permettant aux agglomérations d'également dresser un profil environnemental local. Puis une Trame verte et bleue (ou TVB) a été préparée, définie et mise en place par le conseil régional avec de nombreux acteurs (scientifiques, associations, collectivités, …). Dans cette même région Nord-Pas-de-Calais, un Atlas et un Schéma régional Trame verte et bleue (SRTVB) ont été élaborés en 2004 et validés en 2007, réalisés avec l'aide de l'Europe dans le cadre d'un programme Interreg avec le intitulé Conservation de l'infrastructure naturelle transfrontalière (/).. Les notions de maillage écologique et de pollution lumineuse ont également, et pour la première fois, été reprises dans un Atlas régional du paysage (celui du Nord-Pas-de-Calais, publié en 2008DIREN Nord-Pas-de-Calais, Atlas des paysages de la région Nord - Pas-de-Calais, juin 2008, PDF, .. Ainsi au cours du temps, est-on passé d'un projet orienté sur le paysage à un projet visant la restauration, protection et gestion des milieux et une défragmentation écologique du territoire. La région Alsace, le conseil général de l'Isère ont aussi expérimenté des dispositifs de ce type. Le Grenelle de l'environnement, via les lois Grenelle I puis Grenelle II (loi portant engagement national pour l'environnement), ont territorialisé la trame verte et bleue française via les schémas régionaux de cohérence écologique, la trame bleue s'appuyant notamment sur les schémas d'aménagement et de gestion des eaux et les schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux.
Les orientations nationales ont été mises à la disposition du public du au , en vue de recueillir ses observations, et ont été adoptées par décret en Conseil d’État (décret n° 2014-45 du portant adoption des orientations nationales pour la préservation et la remise en bon état des continuités écologiques).
Apports de l’écologie du paysage
Après la notion innovante d'infrastructure naturelle utilisée officiellement pour la première fois en France en 1994 par le préfet Paul Bernard pour son rapport sur les zones humides (), et avec le concept de réseau de corridors biologiques, de noyaux et de zones tampons, la notion de trame verte a été préfigurée puis introduite dans le domaine de l’aménagement du territoire via le Profil environnemental régional que les DIREN ont dû produire. Parallèlement, un certain nombre d'universités ou grandes écoles développaient certains aspects de l'Écologie du paysage (à Rennes, Montpellier, Marseille, Besançon, Nantes en France, par exemple).
Mais les écologues nouvellement formés à ces concepts ne sont pas arrivés tout de suite dans les administrations et collectivités locales. Ce n'est que dans les années 2000 que les communes et agglomérations ont véritablement saisi ces questions pour les décliner concrètement dans leur gestion des territoires. Ainsi en France, la communauté urbaine de Dunkerque avait-elle dès la fin des années 1990 mis en place un cadastre vert, ainsi - avec le Centre national de la fonction publique territoriale - qu'une formation sur la gestion différenciée. Dans la même région, la Mission Bassin minier a produit une Trame verte du Bassin minier, la communauté urbaine de Lille a acheté des espaces pour les réhabiliter avec le parc de la Deûle notamment, visant une reconnexion écologique avec la Belgique et les trames vertes périphériques (dont celle du bassin minier), alors que de nombreuses autres villes intégraient peu à peu tout ou partie de la notion de trame écologique, parfois en y associant les habitants dans le cadre d'un Agenda 21 ou de jardins communautaires par exemple.
Aspects scientifiques
En termes d’écologie du paysage une trame verte est la somme des zones de connexion biologique et des habitats naturels connectés. Autrement dit : le réseau des éléments de territoire et de milieux qui constituent ou connectent entre eux : les habitats naturels de la flore et de la faune sauvages et spontanées, les sites de reproduction, les sites de nourrissage, les sites de repos et d’abri, les « couloirs » (corridors) de déplacement (dont migrations) de la faune sauvage, les « couloirs » (corridors) de dispersion de la flore.
L’état et la qualité de la Trame se mesurent dans la qualité et la quantité des habitats naturels et des connexions biologiques entre ces habitats. Les habitats sont en quelque sorte les nœuds du maillage, et ils jouent le rôle de réservoir de gènes, d’espèces, de communautés pour la biodiversité.
Les constituants de la trame verte sont souvent de fait des continuums biologiques ou physiques. Ils peuvent être continus ou en « pointillé » (on parle alors parfois de structures en gué). Ils peuvent être permanents ou non (Cf. migration des oiseaux, poissons, amphibiens, insectes), différents selon les espèces ou groupes d’espèces. Ils peuvent être « immatériels » (axes migratoires des oiseaux, des poissons marins).
À titre d’exemple, sont considérés comme éléments de trame verte : certaines forêts, les zones humides, les coteaux calcaires, les zones dunaires, les falaises, les haies, dans la mesure où ils constituent des milieux plus épargnés par les impacts des activités humaines ou infrastructures (perturbations, pollutions, bruit, pollution lumineuse, engrais et pesticides ou destruction directe).
Des corridors biologiques, fonctionnels pour un grand nombre d'espèces, peuvent aussi résulter d’aménagements humains qui n’avaient pas vocation à les créer. Exemples : Réseaux bocagers, coteaux calcaires et ripisylves, landes, délaissés… Certains talus routiers ou autoroutiers, Bords de canaux, de watringues, réseaux de fossés, voies ferrées (abandonnées ou non), réseaux de jardins, Réseaux de carrières, ou de milieux apparus dans d'anciennes clairières ou gravières, Friches industrielles (souvent connectées à des espaces sources par des berges de canaux ou d'anciennes voies ferrées…
Multi-échelle La trame verte est dite multi-scalaire, car s’appréciant et fonctionnant à toutes les échelles spatiales ; par exemple : à l’échelle des grands couloirs de migration pour les oiseaux (échelle du paléarctique nord-occidental notamment pour l'Europe de l'ouest), à échelle paysagère (pour les mammifères terrestres), ou à échelle plus locale (berge de rivière, fossé), à différentes échelles administratives (pays, région, pays (au sens de la loi Voynet), département, parc naturel régional, agglomération, ville, etc.