Artà, en catalan et officiellement (Artá en castillan), est une commune d'Espagne de l'île de Majorque dans la communauté autonome des Îles Baléares. . La commune comprend six localités : Artà, localité principale et siège de mairie, , , Montferrutx, S'Estanyol et Sant Pere.
Géographie Situation
Située à l'extrême nord-oriental de l'île de Majorque, à de la ville de Palma de Majorque, la commune d'Artà a une superficie de , dont plus de la moitié est occupée par la Serra Artana ou Massís d’Artà, le massif le plus haut et compact du massif de Llevant ( ou Serra de Llevant en catalan, Sierra de Levante en castillan). Les altitudes maximales correspondent à la () et au également appelé Puig Ferrutx ou Bec de Ferrutx (), le Puig d'en Xoroi (), le Puig des Porrassar (), le Puig de Sa Tudossa () et la également appelée Puig de Talaia Morella, Talaia Moreia, Sa Talaia Moreia, Puig de Son Morei, ou Son Morei ().
La municipalité d'Artá, située dans la partie ouest de la péninsule d'Artà, est bordée à l'ouest par la baie d'Alcudia (Badia d'Alcudia) et au nord par le canal de Minorque, la mer de qui sépare Majorque de l'île voisine de Minorque.
La côte vignette|droite|Le Cap Ferrutx au deuxième plan, coiffé de la Torre de Talaia Moreia. vignette|La Cala Mitjana (côte nord d'Artà) avec la Torre d'Aubarca au loin et le Faralló d'Aubarca (îlot) à droite. La côte d'Artà, qui s'étend sur plus de , a été épargnée jusqu'à présent du développement touristique et immobilier, raison pour laquelle elle reste, à de nombreux endroits, de nature sauvage et presque intacte. On y trouve la plage et la formation dunaire de la Canova, la plaine côtière de la et les hautes falaises du , refuge de quelques-unes des espèces les plus rares de la flore et la faune insulaire, comme le balbuzard pêcheur ou le faucon pèlerin. Cette côte comprend également tout un ensemble de petites criques avec des plages de sable, qui vont de l' jusqu'à , au milieu desquelles on trouve la (nom catalan d'une tour fortifiée) et le (nom catalan d'un îlot).
La vallée Le paysage de la vallée, où l'on peut encore voir des extensions isolées de chênes, est caractérisé par de petites parcelles limitées par des murs en pierres sèches (marges en catalan) typiques de l'île de Majorque, dans lesquelles on pratique la culture des amandiers, des figuiers et des caroubiers.
La montagne La Serra Artana ou Massís d'Artà, située sur la commune d'Artà, est le massif le plus élevé des Serres de Llevant (Sierra de Levante en castillan). Les altitudes les plus élevées correspondent à la ou Puig de la Talaia Freda () et au (), également appelé Puig de Farrutx ou Bec de Ferrutx.
Dans la montagne prédomine la culture des oliviers, aujourd'hui presque abandonnée, installée sous forme de parcelles en terrasses ( en catalan) en terrain pentu grâce à la construction des murs de soutènement en pierres sèches (marges). La végétation naturelle comprend de grandes étendues d'ampelodesme de Mauritanie, de palmiers nains (margalló, bargalló ou garballó en catalan), de pins, de broussailles et de buissons. Ce paysage de montagne est jalonné de nobles bâtiments des anciennes possessions (riches domaines agricoles), symbole de l'importance qu'ont depuis longtemps les activités agricoles.
Flore et plantes La comprend environ dont environ 150 sont endémiques. Elle est concentrée dans les falaises rocheuses côtières et dans les broussailles, et les forêts endémiques sont rares. Parmi les plantes endémiques, on trouve : la sabline à grandes fleurs (), la globulaire commune (), le millepertuis des Baléares. (Hypericum balearicum), la (variété de pivoine), la digitale minor (), le Dianthus rupicola ssp. bocchoriana (variété d'œillet), la Ginesta dorycnifolia (variété de genêt), le lotier tétraphylle (Lotus tetraphyllus), l'Erodium reichardii (variété de bec de cigogne), l'Ophrys × heraultii (variété d'orchidée), l'asperge blanche (Asparagus albus) et le panicaut maritime ou chardon des dunes (Eryngium maritimum).
Les communes limitrophes La commune d'Artà est bordée à l'est et au sud-est par les communes de Capdepera et de Son Servera, au sud par la commune de Sant Llorenç des Cardassar, ces communes appartenant à la comarque de Llevant, et à l'ouest par les communes de Santa Margalida et Petra, ces deux dernières appartenant à la comarque de Pla de Mallorca.
Au , Capdepera et Son Servera formaient, avec la commune d'Artà, la péninsule d'Arta, raison pour laquelle les sont aujourd'hui situées sur la commune de Capdepera.
Le , rivière de la plus longue de l'île de Majorque, forme la frontière occidentale d'Artà dans la localité de Son Serra de Marina, sur la commune de Santa Margarita.
Localités vignette|droite|La localité d'Artà et la colline de Sant Salvador à droite. vignette|droite|Colònia de San Pere depuis la chaîne de montagnes Les Serres de Llevant. vignette|droite|Vue de Urbanització s’Estanyol depuis la chaîne de montagnes Les Serres de Llevant. vignette|droite|Vue de Betlem depuis la chaîne de montagnes Les Serres de Llevant.
Artà Au centre d'une vaste vallée et au pied d'une colline, dans les terres à de la mer, se trouve la ville d'Artà, dominée par la forteresse de Sant Salvador enveloppant l'église de style gothique, ce qui confère au village, vu de loin, une silhouette de colline fortifiée dominant la campagne environnante. La vieille ville est dominée par des maisons d'habitation et les demeures des anciens maîtres des possessions (grands domaines de la municipalité).
Artà est la seule des six localités de la commune qui ne se trouve pas au bord de la mer, ce qui lui a permis d'échapper au tourisme de masse (absence de constructions modernes, absence d'extension immobilière massive en périphérie) et de conserver ses constructions traditionnelles. Par conséquent, les traditions restent presque intactes — comme les fêtes de Saint-Antoine accompagnées des démons et des feux de joie, comme l'artisanat et le travail de broderie ou de la palme, comme les produits locaux tels que la panada, la soubressade ou le — et contribuent à la conservation de l'atmosphère caractéristique des villages méditerranéens.
Colònia de Sant Pere Cette colonie de repeuplement de la fin du s'est agrandie de façon modérée. Aujourd'hui, c'est une zone résidentielle paisible située entre les montagnes et la mer et entourée de vignes et d'amandiers. L'essentiel de la population de la commune, hormis Artà, habite cette localité.
Toponymie Une théorie explique que le nom d'Artà correspondrait à un groupe du Maghreb berbère, les Ayt Iraten, qui aurait donné son nom à Artà, mais il s'agit d'une théorie peu convaincante.
Jusqu'au , la ville actuelle d'Artà s'appelait Almudaina (mot arabe signifiant « forteresse ») et le nom de Artà désignait tout le district.
Histoire Préhistoire Les sites archéologiques de la région d'Artà indiquent que l'occupation humaine du territoire a débuté dès l'Âge du bronze (S'Aigua Dolça) bien que la plupart des sites aujourd'hui encore visibles correspondent à l'époque talayotique (Puig Figuer, Ses Païsses, Sa Canova).
Influence de Rome La domination romaine a également laissé sa marque, en témoignent les vestiges du Musée régional d'Artà.
Époque musulmane Puis sous la domination musulmane, la péninsule artane est appelée Yartân (voir le chapitre Toponymie). À l'époque de la prédominance arabe est érigée la forteresse (Almudaina) sur la colline de la localité d'Artà, dans laquelle est édifiée une petite mosquée. Le district d'Artà comprend alors également les municipalités actuelles de Capdepera et Son Servera. La península d'Artà (Yartân), est un des treize districts de l'île de Majorque.
Reconquête et ère chrétienne Le , le dimanche des Rameaux, les derniers musulmans d'Artà se rendent aux catalans.
La naissance de la ville d'Artà est liée à l'arrivée des moines prémontrés qui, à la suite de la conquête catalane du , fondent le prieuré de Santa Maria de Bellpuig. Après la défaite des arabes, la mosquée de la colline d'Artà est remplacée par l'église chrétienne de Sant Salvador, mais les fortifications arabes sont conservées.
Les connaissent une augmentation significative de la population. Les activités agricoles sont prédominantes mais l'activité textile se développe de manière considérable.
En 1820, le peuple d'Artà subit les ravages de la peste bubonique qui fait .
Économie Organisation agricole : latifundia et possessiós À partir du , la région d'Artà s'organise sous une structure agraire de type latifundium dans laquelle de grands propriétaires terriens issus des familles nobles de l'île possédaient une bonne partie des terres de la commune sous forme de larges domaines agricoles appelés (possessions), dans lesquels trônent de belles et riches demeures rurales et leurs dépendances (encore existantes aujourd'hui), symboles de fortune terrienne. Mais peu à peu a lieu la ségrégation des possessiós, c'est-à-dire un processus de morcellement partiel des grands domaines originaux en parcelles plus petites qui forment alors d'autres petits domaines indépendants. Mais contrairement à la divisiò des parcelles rustiques, la segregaciò a pour but affiché de maintenir, malgré le morcellement, la possesiò originale. À cette époque, on assiste à la ségrégation de Capdepera et de Son Servera.
En 1880, le morcellement des terres de la zone nord-occidentale de la possessió de « Ferrutx » donne lieu à la construction d'un petit noyau urbain appelé « Colònia de Sant Pere ». Il s'agit d'une colonie agricole qui, tout au long du a acquis une fonctionnalité touristique, sans pour autant perdre ses caractéristiques traditionnelles.
À la fin du , l'exploitation et la manufacturation du palmier, qui employait surtout de la main d'œuvre féminine, rapportait un complément indispensable à la survie de nombreuses familles paysannes (familias payesas).
Agriculture L'île possède de nombreuses cultures d'arbres fruitiers (amandes, oranges, citrons, nèfles, etc.), de vigne et d'oliviers.
Artisanat vignette|230 px|Paniers de Majorque en feuilles de palmier nain tressées Artà conserve un certain nombre d'artisans traditionnels, comme des potiers, des boulangers et des tisserands, ainsi que des bijoutiers et des fabricants de vêtements.
Cependant, la tradition artisanale ancestrale la plus caractéristique de la région est le travail du palmier, constituant un art de vannerie appelé llatra en catalan. Traditionnellement assuré par les femmes par transmission familiale générationnelle, il consiste à confectionner des paniers à base de feuilles de palmiers nains indigènes de Majorque appelés garballós en catalan, en tressant de fines lames obtenues des feuilles séchées. Les sacs et paniers ainsi confectionnés, d'une grande résistance permettant de supporter de lourds poids, sont des produits très durables.
Les feuilles de garballó sont récoltées pendant les quinze premiers jours de juillet, à la suite de quoi elles sont séchées au soleil. Ce type de palmier, disparu dans de nombreuses parties de l'île de Majorque, reste très abondant sur la côte est, en particulier dans les municipalités de Capdepera et Artà, ce qui permet de perpétuer la tradition. Mais le nombre de plus en plus restreint de spécialistes qui pratiquent cet art met en danger sa pérennité. Le petit musée de la forteresse de Capdepera expose cet art ancestral et une belle collection de paniers confectionnés localement.
Tourisme vignette|Immobilier de masse à Can Picafor