Théophile Obenga, aussi connu comme Mwene Ndzalé, né le à Mbaya (département des Plateaux) en république du Congo, est un historien, linguiste et égyptologue congolais. Avec l'historien controversé Cheikh Anta Diop, il défend une vision de l'histoire noire africaine recentrée sur les préoccupations des chercheurs et intellectuels noirs africains, soucieux de revisiter leur patrimoine (afrocentricité). Il est depuis , président du comité de direction de l’université Denis Sassou-Nguesso.
La plupart de ses travaux sur l'Égypte antique font l'objet de contestations dans le milieu scientifique.
Biographie
Docteur d'État ès lettres en sciences humaines (Sorbonne), il a étudié diverses disciplines : philosophie, linguistique historique comparative, archéologie préhistorique, science de l'éducation, égyptologie. Théophile Obenga a étudié la philosophie à l'université de Bordeaux. Il a fait des études d'histoire au Collège de France, à Paris, et a étudié l'égyptologie à Genève. Il a également suivi une formation en science de l'éducation à Pittsburgh. Parmi ses professeurs, il y eut Émile Benveniste en linguistique historique, Jean Leclant et Charles Maystre en égyptologie, Rodolphe Kasser en copte, Lionel Balout en paléontologie humaineCf. Doué Gnonsoa, Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga : combat pour la Re-naissance africaine, éd. L'Harmattan, 2003. Il a été directeur général du Centre international des civilisations bantu (CICIBA) à Libreville, et professeur à la faculté des civilisations africaines à l'université d'État de San Francisco, qui est un campus de l’université d'État de Californie.
Il dirige Ankh, « revue d’égyptologie et des civilisations africaines » éditée à Paris. Entre autres préoccupations scientifiques, cette revue explore les différentes voies de recherche initiées ou renouvelées par Cheikh Anta Diop, dans une perspective épistémologique replaçant l'Égypte ancienne dans ce qu'il considère comme son « cadre naturel africain » et comme l'une des « civilisations négro-africaines anciennes ».
Origine commune des langues négro-africaines Théophile Obenga est l'auteur d'une théorie de linguistique historique qu'il a baptisée « négro-égyptien ». Celle-ci identifierait des propriétés communes aux langues « négro-africaines », établissant une parenté génétique entre lesdites langues ; y compris l'égyptien ancien et le copte. Le négro-égyptien serait, selon Théophile Obenga, « l'ancêtre commun prédialectal » des langues « négro-africaines » anciennes ou contemporainesThéophile Obenga, Origine commune de l'égyptien ancien, du copte et des langues négro-africaines modernes. Introduction à la linguistique historique africaine, éd. L'Harmattan, Paris, 1993.. thumb|alt=Le professeur Obenga|Le professeur Obenga. Il estime ainsi avoir reconstitué théoriquement la matrice linguistique de cette parenté génétique des langues négro-africainesThéophile Obenga, op. cit., p.373 : [...] nous avons pu reconstruire le négro-égyptien, soit la langue primitive commune aux langues historiquement attestées que sont les langues égyptienne, couchitique, tchadique, nilo-saharienne, nigéro-kordofanienne, toutes langues anciennes et modernes, parlées par les peuples noirs d'Afrique, depuis la vieille Égypte pharaonique, et toutes unies génétiquement lorsqu'on les compare de façon serrée et adéquate sous tous les angles, phonétique, phonologique, morphologique, grammatical, lexicologique. ».
Obenga distingue trois grandes familles de langues en Afrique ; à savoir le khoisan, le berbère, et le négro-égyptien. Il subdivise cette dernière famille en cinq sous-groupes : les langues égyptiennes (égyptien ancien et copte), les langues tchadiques, les langues couchitiques, les langues nilo-sahariennes et les langues nigéro-kordofaniennesThéophile Obenga, Origine commune de l'égyptien ancien, du copte et des langues négro-africaines modernes. Introduction à la linguistique historique africaine, éd. L'Harmattan, Paris, 1993, pp. 396-397..
Méthodologie Règles de la linguistique historique La « linguistique historique » ou encore « linguistique génétique historique » consiste en une perspective diachronique de l'étude des langues visant à rendre compte du caractère dynamique des phénomènes linguistiques. Pour ce faire, cette discipline scientifique mobilise les données descriptives mises à disposition par les études linguistiques synchroniques (lexicologie, phonologie, morphologie, grammaire, etc.), en les comparant d'une langue à d'autres (ou de langue à langue) à l'intérieur d'un corpus préalablement déterminé grâce à l'observation empirique de quelques similitudes. Cette démarche comparative vise, selon lui, à tester lesdites similitudes, afin de savoir si elles sont « fortuites », « empruntées », « convergentes », ou encore « héritées ».
Dans le groupe de langues considéré, seul le caractère régulier des propriétés linguistiques héritées serait constitutif de la « parenté génétique » commune à ces langues. En d'autres termes, selon Obenga, on ne devrait parler de « parenté génétique » commune à des langues que, d'une part si elles présentent entre elles des similitudes héritées ; d'autre part si l'évolution régulière dans le temps et dans l'espace desdites similitudes peut être mise en évidence par la méthode de la linguistique historique.
Quoiqu'initialement élaborée dans le cadre de l'étude des langues dites indo-européennes ou sémitiques, selon Emile Benveniste la linguistique historique peut également s'appliquer à d'autres langues du monde ; fussent-elles dites « exotiques », « primitives » ou « sans histoire »Emile Benveniste, Problèmes de linguistique générale, Paris, Gallimard, 1966, page 102 : Cette méthode [de linguistique historique] est bien connue et elle a été éprouvée dans l'établissement de plus d'une famille. La preuve est faite qu'elle peut aussi bien s'appliquer à des langues sans histoire dont la parenté est constatée aujourd'hui, de quelque structure qu'elle relève [...] Il n'y a donc pas de raison d'imaginer que des langues « exotiques » ou « primitives » exigent d'autres critères de comparaison que les langues indo-européennes ou sémitiques.. Théophile Obenga, estimant que le « but ultime de cette linguistique est de pouvoir opérer une classification générale de toutes les langues humaines connues », a entrepris - à la suite de Cheikh Anta DiopCheikh Anta Diop, Parenté génétique de l'égyptien pharaonique et des langues négro-africaines, éd. IFAN/NEA, Dakar/Abidjan, 1977 - d'appliquer la méthode de la linguistique historique aux phénomènes linguistiques « négro-africains ».
Critères de validité du négro-égyptien Selon Théophile Obenga, « la langue a une tradition orale indépendante de l'écritureThéophile Obenga, Origine commune de l'égyptien ancien, du copte et des langues négro-africaines modernes, éd. L'Harmattan, Paris, 1993, p. 14. » ; c'est-à-dire qu'elle consiste en un système autonome, ayant ses propres propriétés, indépendamment de ce qu'elle soit écrite ou non. Ces propriétés pourraient donc être étudiées pour elles-mêmes, mais également comparées à celles d'autres langues d'un même espace-tempsThéophile Obenga, Origine commune de l'égyptien ancien, du copte et des langues négro-africaines modernes, éd. L'Harmattan, Paris, 1993, p.14 : [...] le latin du IIIe siècle avant notre ère et le lituanien du XVIe siècle offrent l'un et l'autre, si éloignés soient-ils dans l'espace et dans le temps, une même image fidèle de l'indo-européen ; nous pouvons donc comparer les formes égyptiennes avec les formes négro-africaines correspondantes, même si nous n'avons pas, sous les yeux, tous les états successifs des langues négro-africaines..
Toutefois, selon cet auteur, la connaissance de ces propriétés, a fortiori la connaissance de leur évolution, suppose que soient disponibles des documents scripturaux, de la plus haute ancienneté possible, permettant d'en attester scientifiquementThéophile Obenga,op. cit., p.15. Théophile Obenga invoque Emile Benveniste, Problèmes de linguistique générale, Paris, Gallimard, 1966, p. 105, pour qui : « La classification ne s'assure de ses critères que si elle dispose, pour certaines au moins de ces langues, d'états plus anciens. ». En ce qui concerne l'évolution des phénomènes linguistiques africains, les textes hiéroglyphiques égyptiens tiendraient ce rôle de « témoin »Théophile Obenga, op. cit., p.15 : Les critères de la comparaison sont garantis par l'égyptien pharaonique qui est le plus ancien témoin des langues comparées [...] ; car selon Théophile Obenga, l'heuristicité de l'étude de l'égyptien ancien dans le cadre des langues africaines aurait été reconnue au Colloque International du Caire 1974 sur Le peuplement de l'Égypte ancienne par « tous les participants »Théophile Obenga, Origine commune de l'égyptien ancien, du copte et des langues négro-africaines modernes, éd. L'Harmattan, Paris, 1993, p.17 : Une nouvelle page de l'historiographie africaine a donc été écrite au Caire, en 1974. L'égyptologie et les autres études africaines ou « africanistes » doivent le savoir clairement. Parmi les nombreuses recommandations faites par le colloque international du Caire, donc par tous les participants, nous relevons celle-ci : « La coopération des spécialistes de linguistique comparée devrait être mise à contribution sur le plan international pour établir toutes les corrélations possibles entre les langues africaines et l'égyptien ancien. ».
Pour la connaissance des propriétés phonologiques de l'égyptien ancien, Obenga considère que le système phonétique du copte peut être mobilisé. Il se fonde en cela sur l'avis de Jean-François Champollion, dit Champollion le Jeune, qui, dans sa Grammaire égyptienne, voyait le copte, pour l'« essentiel », comme un état tardif de l'égyptien ancienChampollion le Jeune, Grammaire égyptienne, éd. Firmin Didot, 1836, p. XVIII : [...]la langue égyptienne antique ne différait en rien d'essentiel de la langue vulgairement appelée copte ou cophthe ; que les mots égyptiens écrits en caractères hiéroglyphes sur les monuments les plus antiques de Thèbes, et en caractère grec dans les livres coptes, ont une valeur identique et ne diffèrent en général que par l'absence de certaines voyelles médiales, omises dans l'orthographe primitive..
En outre, Obenga pose que l'important hiatus, dans le temps et dans l'espace, entre la langue « témoin » - l'égyptien ancien - et les autres langues africaines conforte l'hypothèse du caractère hérité des similitudes mises en évidence par leur comparaison, au détriment de phénomènes d'emprunt, de convergence, ou de hasardThéophile Obenga, op. cit., p.15 : [...] l'énorme discontinuité géographique milite en faveur de l'exclusion de l'emprunt dans ces temps anciens, sur l'ensemble des concordances établies, morphologiques, phonétiques et lexicologiques. C'est-à-dire que la séparation très ancienne de la souche commune prédialectale élimine les effets de convergence, de hasard ou d'emprunt. En d'autres mots, si des connexions de caractère sériel sont établies entre l'égyptien pharaonique, le copte et les langues négro-africaines modernes, on est autorisé de reconnaître un « air de famille », une « parenté par enchaînement » selon l'expression de la systématique des plantes, même si l'on s'éloigne beaucoup du type initial, des prototypes reconstruits..
Correspondances morphologiques Les travaux de Théophile Obenga ont un double objectif : mettre en avant les rapprochements entre l'égyptien ancien et les langues d'Afrique Noire pour accréditer sa théorie d'une origine commune, et de mettre en avant les divergences entre l'égyptien ancien et les langues berbères et sémites pour essayer de l'extraire de la famille des langues afro-asiatiques dans laquelle les linguistiques placent habituellement l'égyptien ancien.
Formation du pluriel