vignette|350px|Un grand chien employé à la chasse au lion figuré sur une mosaïque romaine — époque de la République romaine (jusqu’à ) ou de l’Empire romain (jusqu’à 395 ).
La domestication du chien est le processus ayant conduit à la création du chien domestique, commencé probablement au début du Paléolithique supérieur.., soit environ avant le présent, les dates plus précises faisant l’objet de nombreux débats. Le chien est la première espèce domestiquée par l’humain et la seule domestiquée au cours du Paléolithique... Ce cas particulier parmi les espèces domestiques lui permet d'occuper une place à part auprès de l'Humain.
L'ancêtre du chien vignette|redresse=1.4|Canis lupus
L'identité exacte de l'ancêtre du chien a longtemps été un mystère. Charles Darwin, dans The Variation of Animals and Plants under Domestication (1868), supposait ainsi qu'ils provenaient d'un croisement entre des loups et des chacals. La génétique a finalement permis d'établir que le chien est plus proche génétiquement de sous-espèces actuelles de Canis lupus (ou loup gris), avec lequel il partage 99,9 % de son ADN, que de tout autre espèce de canidéPour la Science, , janvier 2013, Pierre Jouventin, « La domestication du loup ». David Grimm, "Dawn of the dog", Science, 17 avril 2015, Vol. 348 n° 6232 ..
Une étude suédoise de 2015 a pu préciser la date de divergence entre le loup et le chien grâce à la découverte d'un spécimen représentatif d'une lignée de loup éteinte, le loup Taïmyr. Cet individu, vieux de , appartient à une population dont l'existence est antérieure à la divergence entre le loup et le chien. Il a permis aux scientifiques d'étalonner l'horloge moléculaire à laquelle sont soumis le loup et le chien. Ils ont ainsi pu déterminer que les ancêtres des chiens ont divergé des ancêtres des loups il y a au moins , ce qui est cohérent avec les estimations d'autres études génétiques récentes.
La domestication Contexte La relation entre humains et canidés sauvages est très ancienne. Des restes de loup auraient été trouvés en association avec ceux d'humains datant de . Les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique et les loups avaient plusieurs points communs : ils appartenaient à des espèces sociales, ils partageaient le même habitat et ils se nourrissaient des mêmes proies. Des études ont montré que les louveteaux capturés tout jeunes et élevés par des hommes s'apprivoisent et se socialisent facilement, d'autant plus qu'ils dépendent de leurs maîtres pour leur alimentation. Cela n'explique toutefois pas leur domestication, puisque ces louveteaux demeuraient des loups.
Historique La domestication du chien a longtemps été considérée comme une innovation marquant le Mésolithique (entre le Paléolithique et le Néolithique, c'est-à-dire, en Europe de l'Ouest, entre et av. J.-C.) et accompagnant le réchauffement climatique post-glaciaire. En 1977, on découvrit cependant des restes d'un chiot dans une tombe humaine en Israël, datant de avant le présent (AP), suggérant que les chiens en tant que tels avaient été domestiqués au Moyen-Orient, peu avant que les peuples y résidant ne devinssent agriculteurs. Des découvertes ultérieures de crânes, en Russie et en Allemagne, repoussèrent la date de , montrant que les chiens avaient été apprivoisés par des populations de chasseurs-cueilleurs. Jusqu'à la découverte du « chien de l'Altaï », plusieurs restes morphologiquement semblables au chien suggéraient une domestication précoce, dans un contexte d'économie de chasseurs-cueilleurs, au cours du Paléolithique supérieur. L'absence d'ADN exploitable ne permettait alors pas de rattacher formellement ces chiens à la lignée du chien moderne, la domestication du chien pouvant en effet être issue d'une redomestication de loups ou de chiens ensauvagésJean-Denis Vigne, archéozoologue et biologiste au MNHN, « La domestication du chien », émission La Tête au carré sur France Inter, 6 février 2013.. La découverte par des chasseurs d'ivoire en 2018 de la dépouille d’un canidé congelé dans le pergélisol sibérien, relance la question de l'ancienneté de cette domestication au sein de la communauté des paléozoologistes. Baptisé Dogor. , ce canidé préhistorique intrigue les scientifiques. Les analyses ADN lui donnent un âge de mais ne permettent pas aux scientifiques de déterminer s'il s'agit d'un chien ou d'un loup.
En analysant des génomes de chiens anciens et modernes, les chercheurs ont découvert que les chiens étaient probablement issus d'une population de loups aujourd'hui disparue.
Chronologie Les restes de chien domestique les plus anciens ont été trouvés à Předmostí, près de Přerov, en République tchèque ( AP)., dans les grottes de Goyet, en Belgique ( APGermonpré, M., Sablin, M.V., Stevens, R.E., Hedges, R.E.M., Hofreiter, M., Stiller, M. et Després, V.R. (2009) - « Fossil dogs and wolves from Palaeolithic sites in Belgium, the Ukraine and Russia: osteometry, ancient DNA and stable isotopes », Journal of Archaeological Science, vol. 36, , . ), et en Sibérie ( AP)Ovodov ND, Crockford SJ, Kuzmin YV, Higham TFG, Hodgins GWL, van der Plicht J (2011), A 33,000-Year-Old Incipient Dog from the Altai Mountains of Siberia : Evidence of the Earliest Domestication Disrupted by the Last Glacial Maximum, PLoS ONE, 6(7): e22821. doi:10.1371/journal.pone.0022821 , où a été trouvé le « chien de l'Altaï ». La découverte d'ADN exploitable dans une dent de ce dernier a permis en 2013 de montrer qu'il était plus proche, génétiquement, du chien moderne que des loups modernes ; les auteurs soulignent toutefois qu'il est possible, voire probable, qu'il ne s'agisse pas de l'ancêtre actuel du chien, mais plutôt d'une lignée collatéraleDruzhkova AS, Thalmann O, Trifonov VA, Leonard JA, Vorobieva NV, et al. (2013) « Ancient DNA Analysis Affirms the Canid from Altai as a Primitive Dog. » PLoS ONE 8(3): e57754..
Une étude suédoise de 2015 précise la date de divergence entre l'ancêtre du loup et celui du chien, lui donnant au moins. Les ancêtres des chiens et des loups gris se seraient ainsi séparés avant le dernier maximum glaciaire. La même étude avance que la domestication du chien s'est faite en plusieurs étapes. Les auteurs ont en effet trouvé une forte parenté entre une ancienne race de loup, le loup de Taïmyr, avec le Husky de Sibérie, le chien du Groenland, le Shar Pei et le Spitz finlandais. Les auteurs expliquent ce lien soit par la colonisation plus tardive du nord de l'Eurasie par les premiers humains, soit par un contact prolongé des ancêtres de ces races de chien avec le loup de Taïmyr. Ces différents degrés de parenté entre loup et chien suggèrent que plusieurs évènements de domestication auraient pu avoir lieu à travers le monde, ce qui aurait donné les races de chien d'aujourd'hui.
Par ailleurs, l'ancienneté de la divergence entre loup et chien soutient l'estimation de l'âge du chien de l'Altaï datant de , de même que ceux d'anciens restes de chiens découverts en Belgique, Ukraine et Russie remontant à .
En 2017, une étude parue dans Nature Communications indique que la domestication se serait faite en une seule fois, entre et avant notre ère., remettant en question une étude controversée de 2016 publiée dans Science selon laquelle les chiens auraient été domestiqués en deux épisodes distincts.. D'après les chercheurs, la domestication a eu lieu entre deux évènements : d'une part, le moment où chiens et loups ont divergé génétiquement (entre et AP) ; d'autre part, le moment où les chiens de l’Est et de l’Ouest se sont séparés (entre et AP)..
Débats Toutes ces découvertes demeurent cependant débattues. Druzkhova et al., les auteurs de l'étude sur le « chien de l'Altaï », affirment ainsi que les restes de Předmostí sont ceux de loups, et soutiennent en revanche que le « chien de l'Altaï » et celui des grottes de Goyet sont bien des chiens, mais appartenant à une lignée éteinte avant l'Holocène ( av. J.-C.). Peter Savolainen, un généticien du Royal Institute of Technology de Stockholm, s'est fondé sur une comparaison de l'ADN de actuels pour soutenir, en 2009, que le chien en tant que tel était apparu dans le delta du Yangzi Jiang, il y a moins de , contestant ainsi le fait que les restes découverts par les archéologues appartiennent vraiment à l'espèce canine. Un autre spécialiste, Robert Wayne, biologiste et rival de Savolainen, s'est fondé quant à lui sur une comparaison des échantillons d'ADN prélevés sur des restes anciens de chiens, pour affirmer en 2012 que l'espèce canine provenait en fait d'une race éteinte de loups, présente en Europe, de laquelle elle aurait évolué il y a entre et . Ces chercheurs travaillent maintenant ensemble, aux côtés également de la paléontologue , sur un programme mêlant génétique et morphométrie géométrique, permettant de comparer par ordinateur les crânes découverts et ainsi retracer la lente évolution du loup au chien.
Rythme de la domestication Les dates fournies par l'archéologie, la morphométrie géométrique (comparaison assistée par ordinateur des formes des crânes) et la génétique laissent supposer une domestication qui s'étale sur plusieurs millénaires, liée à la fois à l'évolution du comportement des chiens et à une évolution culturelle des humains, et donc à une évolution des relations entre les deux espèces.
Néolithique Lors de l'apparition de l’agriculture, le chien s'adapte à l'alimentation humaine plus riche et acquiert la capacité de digérer l'amidon. L'augmentation du nombre de copies du gène AMY2B, qui est impliqué dans la digestion de l'amidon, a ainsi été liée à des adaptations alimentaires des chiens pendant la transition agricole Anders Bergström et al., Origins and genetic legacy of prehistoric dogs, Science, 30 Octobre 2020, Vol. 370, Issue 6516, pp. 557-564, DOI: 10.1126/science.aba9572.
Une étude génétique en 2013 a mis en évidence que le chien domestiqué a de nombreux gènes impliqués dans le développement du cerveau (favorable à la recherche des restes des repas humains) et la formation d'amylases (favorable à la digestion de l'amidon qui est rare dans le régime carné du loup), lui permettant d'ouvrir une nouvelle niche écologique au sein des premières communautés humaines sédentaires...
Une étude de 2015 comparant le rôle du regard et de l'ocytocine (une hormone liée à l'affectivité) chez les chiens et les loups vis-à-vis de leurs maîtres ou maîtresses montre la plus grande importance accordées à ceux-ci chez les chiens MacLean et Briar, "Dogs hijack the human bonding pathway", et Nagasawa et al., "Oxytocin-gaze positive loop and the coevolution of human-dog bonds", in Science, 17 April 2015: Vol. 348 no. 6232 ..
L'expansion néolithique des agriculteurs en Europe est également associée à une transformation de l'ascendance des chiens présents dans cette région du monde. L'étude paléogénétique des chiens du Néolithique a montré que la vaste gamme de diversité d'ascendance parmi les premiers chiens européens n'a pas été préservée aujourd'hui, ce qui suggère peu ou pas de contribution de la plupart des populations locales mésolithiques et néolithiques à la diversité canine actuelle en Europe.
Évolutions ultérieures Depuis le Paléolithique, plusieurs centaines de races présentant des variations et des différences très importantes ont été développées : entre un chihuahua et un lévrier irlandais les rapports de taille sont de près de 1 à 10 et ceux de masse de 1 à 50. Les couleurs varient du blanc au noir, avec des roux, des gris et des bruns, parmi une très grande gamme de coloris.
Par ailleurs, des groupes de chiens errants ont constitué des populations canines plus ou moins indépendantes de l'homme et distinctes des chiens domestiques. Certains d'entre eux sont redevenus semi-sauvages et vivent en commensaux de l'homme, comme éboueurs des villes. Ce sont les chiens parias qui abondent notamment en Inde. D'autres sont retournés à la vie sauvage par marronnage : c'est le cas du Dingo et du Chien chanteur..