La démographie de la Russie est l'étude statistique de la population de la fédération de Russie afin de permettre d’appréhender sa taille, sa composition, sa distribution géographique et son évolution dans le temps (naissances, décès, migrations).
En 2024, la population de la Russie s'établissait à environ d'habitants, sans inclure la population de la Crimée et des autres zones ukrainiennes occupées, dont le statut est largement contesté. Ceci fait de la Russie le neuvième pays le plus peuplé de la planète. Depuis 2023 le taux d’urbanisation s'établit à environ 75 %. En 2023, le taux de fécondité était d’1,41 enfant par femme en âge de procréer, selon des estimations de l’agence russe des statistiques (Rosstat), citées par le quotidien économique RBC..
En 1989, l'URSS recensait d'habitants, soit plus qu'aux États-Unis (). Après l'explosion du bloc communiste en 1991, la population de la fédération de Russie est d'environ . Il s'ensuit un déclin démographique prononcé avec une diminution de sa population d'environ 0,5 % par an, due à une baisse de la natalité et à une augmentation de la mortalité. Une légère augmentation de 142,7 à 145,5 millions a lieu entre 2008 et 2019, avant que la population ne reparte à la baisse. En 2020, la population russe était d'environ , contre environ aux États-Unis. À ce rythme, la population du pays pourrait tomber à d’ici à 2046, voire , d’après un scénario plus pessimiste, soit l’équivalent de la population de l’Empire russe en 1897.
D’après les estimations de l'ONU, le pays pourrait ainsi perdre 15 % de sa population avant 2100, soit un peu moins de d’habitants. Ce déclin démographique est jugé « catastrophique » en 2023, avec une perte régulière d'habitants permanents, de l'ordre de par an depuis 2020, et un taux de fécondité dans la norme de ceux de l'Europe, à 1,4 enfant par femme, insuffisant pour assurer le renouvellement de la population.
L'invasion de l'Ukraine accroît largement la mauvaise dynamique démographique de la Russie. D’une part, une frange de la population, d'au moins plusieurs centaines de milliers de personnes, fuit le pays après l’invasion de l'Ukraine par les troupes du Kremlin. D'autre part, de nombreux hommes meurent au combat.
La Russie a une forte diversité ethnique, avec environ différentes sur son sol. Selon le recensement de 2021, les Russes constituent 72 % de la population totale, tandis que cinq autres nationalités ont une population supérieure à 1 million : les Tatars (3,2 %), les Tchétchènes (1,1 %), les Bachkirs (1,1 %), les Tchouvaches (0,7 %) et les Avars (0,7 %).
La densité de population de la Russie est de par kilomètre carré. Le peuplement est plus dense dans la partie européenne du pays. En , quinze villes comptent plus d'un million d'habitants ; ce sont, d'ouest en est : Saint-Pétersbourg, Moscou, Rostov-sur-le-Don, Voronej, Nijni Novgorod, Volgograd, Samara, Oufa, Kazan, Perm, Iekaterinbourg, Tcheliabinsk, Omsk, Novossibirsk et Krasnoïarsk.
Démographie historique thumb|345x345px|Carte des populations ethniques dans l'atlas général de Vidal de La Blache (1898).|alt= Estimations sous l'Empire russe Au début du règne de en 1762, on estime à le nombre de ses sujets. À sa mort en 1796, ce nombre est de ..
Dans un essai de 1825, Robert Lyall estime à d'habitants la population de l'Empire russe en 1823..
Recensement de 1897 La Russie impériale était, au , l'État le plus peuplé du monde occidental, devant les États-Unis et l'Allemagne. D'après les statistiques du recensement de 1897 concernant les nationalités de l'Empire, la population se montait à dont 44,32 % de Russes, 17,81 % d'Ukrainiens, 6,71 % de Polonais, 10,82 % de turcophones, 4,03 % de Juifs, 2,78 % de Finnois, 2,46 % de Lituaniens et de Lettons, 1,46 % d'AllemandsIl existait plusieurs populations d'origine allemande en Russie : les Germano-Baltes, les Allemands de la Volga, les Allemands de Bessarabie, etc., 1,34 % de populations caucasiennes, 1,07 % de Géorgiens, 0,93 % d'Arméniens, 0,62 % d'Iraniens, 0,28 % de Mongols et 0,73 % de diverses autres populations.
Avant la Seconde Guerre mondiale Du début du jusqu'en 1940, le pays fut caractérisé par une mortalité élevée et par une mortalité infantile élevée, de par la prévalence des maladies infectieuses. L'espérance de vie fut faible notamment pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918), la guerre civile russe (1917-1922), la famine de 1932-1933 et la collectivisation (1930-1953).
Pendant la Première Guerre mondiale et la guerre civile, la fécondité diminua fortement, mais au milieu des années 1920, la vie des populations civiles fut alors redevenue normale ce qui a pu permettre une période de forte fécondité (couplée aux premiers programmes de santé publique soviétiques). Mais dans les années 1930, une baisse brutale de la fécondité s'amorça, tandis que la mortalité restait élevée. Selon Anatoli Gregorievitch Vichnevski, les pertes démographiques durant la période 1926-1940 s'élèveraient à de personnes.
Après la Seconde Guerre mondiale thumb|280x280px|Évolution des principaux indicateurs démographiques (natalité, mortalité et accroissement naturel entre 1950 et 2008.|alt= Après 1945, l'Union soviétique grâce à la diffusion des antibiotiques, connut une chute de la mortalité infantile et par conséquent, une forte augmentation de l'espérance de vie et une croissance naturelle d'environ 1 % par an, et dès 1955, la population atteint son niveau d'avant-guerre. Cependant, le déclin de la fécondité était rapide et réduisit progressivement la croissance naturelle. D'autant que la mortalité des populations actives augmenta, surtout chez les hommes, ce qui tend à diminuer petit à petit l'espérance de vie malgré la baisse de la mortalité infantile. De plus, la plus grande partie de cette croissance démographique était située en Asie centrale, en Transcaucasie, en Biélorussie, en Moldavie, en Lituanie et en Estonie, mais pas en Russie où le taux de fécondité passa en dessous du niveau de la reproduction simple des générations dès 1967. Une augmentation de la fécondité se produisit en 1982, mais elle s’écroula dès 1990.
Crise démographique des années 1990 et du début du L'augmentation de la mortalité dans les années 1990 est en grande partie attribuable au vieillissement de la population puisque les précédentes générations du troisième âge ont été peu nombreuses à cause des pertes massives dans les années 1930 et 1940.
Ce pic s'explique par divers facteurs : l'alcoolisme, des équipements de santé déficients, une production de médicaments insuffisante, une dégradation du niveau de vieJean Radvanyi, La nouvelle Russie, Paris, Collection U, Armand Colin, 2004, mise à jour, , .. La Russie a connu, pendant la période de transition économique, marquée par la « thérapie de choc », un bouleversement social qui s'est traduit par quatre fois plus de morts violentes que les États-Unis à la même période : en effet, elle se classait alors au deuxième rang mondial pour les homicides (15,06 pour en 2009 Les morts violentes dans le monde, dans le numéro 395 de novembre 2003 de la publication Population et Société de l'Ined .) et troisième pour les suicides (26,47 pour en 2009).. L'arrivée, plus tardive qu'à l'ouest, de certaines épidémies comme le SIDA explique aussi la situation : à la fin de 2005, la Russie enregistrait près de infections au VIH"L’épidémie de SIDA dans le monde", dans le Rapport sur l’épidémie mondiale de SIDA 2006, page 9 et page 37, , consulté le=23-12-2008.
Une étude du Lancet (2009) établit une corrélation entre la brutalité de la transition (privatisations rapides et massives, augmentation corrélative du chômage) et l'augmentation de la mortalité. En effet, à partir de 1992, la Russie privatisa massivement, la thérapie de choc étant mise en œuvre de façon complète à partir de 1994 : à cette époque, plus de 50 % du secteur public ( d'État) avait été privatiséDavid Stuckler, Lawrence King, Martin McKee, « Mass privatisation and the post-communist mortality crisis: a cross-national analysis », The Lancet, 2009; 373: 399–407 (Published Online); January 15, 2009; DOI:10.1016/S0140-6736(09)60005-2. Compte-rendu dans Financial Times: Andrew Jack, Soviet sell-offs led to deaths, says study, 15 janvier 2009..
Dans un contexte de privatisations hâtives et d'inflation persistante, la transition s'est d'abord traduite par une quasi-division par deux du produit intérieur brut, ce qui a fait naître des controverses sur le rôle joué par le Fonds monétaire international (FMI)Joseph E. Stiglitz, La Grande Désillusion, 2002. Le chômage, qui s'élevait à moins de 0,1 % de la population active au début des années 1990, avait grimpé à 0,8 % en 1992 et jusqu'à 7,5 % en 1994, quatre fois plus vite qu'en Biélorussie (0,5 % en 1992 et 2,1 % en 1994), qui a adopté une méthode plus graduelle de libéralisation. Dans le même temps, souligne cette étude comparative entre pays post-communistes du Lancet (2009), le taux de mortalité augmenta quatre fois plus vite en Russie qu'en Biélorussie. L'étude constate une corrélation entre les privatisations massives et rapides et l'augmentation du chômage, et entre celle-ci et l'augmentation des taux de mortalité. Elle attribue ainsi une augmentation de plus de 18 % de la mortalité en Russie attribuable aux privatisations massives et au chômage, donnant un accès difficile aux soins, induisant une augmentation de l'alcoolisme et des comportements alcooliques dangereux avec des ingestions de substances toxiques, etc. En Biélorussie, l'augmentation du taux de mortalité attribuable aux privatisations, plus progressives, aurait été de 7,7 %.
En 2019, le déclin de la population est qualifié de « catastrophique » par les autorités russes.. La Russie pourrait passer sous la barre des d’habitants d’ici la fin du siècle.
Démographie générale contemporaine vignette|Densité de population en Russie La population russe atteint son apogée après l'éclatement de l'Union soviétique avec d'habitants. À la suite de cela, la Russie voit sa population baisser continuellement pendant une quinzaine d'années. Cette baisse est d'environ par an au cours de la fin des et au début des . La population russe atteint son minimum en 2008 avec d'habitants. La population augmente ensuite légèrement chaque année. À partir de 2015, elle inclut celle de la Crimée ( d'habitants), période à partir de laquelle elle se stabilise à un peu plus de d’habitants.
Principales séries longues +Évolution de la population totale.(avec la Crimée depuis 2015) Année Population Évolution 2006 2007 - 0,17 %2008 - 0,04 %2009 + 0,03 %2010 + 0,04 %2011 + 0,08 %2012 + 0,07 %2013 + 0,20 %2014 + 0,22 %2015 + 1,81 % 2016 + 0,19 % 2017 + 0,18 % 2018 + 0,05 % 2019 - 0,07 % 2020 - 0,02 % 2021 - 0,39 %
+Évolution de la natalité et de la mortalité Année Naissances Taux de natalité(pour ) Taux de mortalité(pour )2014 13,3 13,12015 13,3 13,12016 12,9 12,92017 11,5 12,42018 10,9 12,52019 10,1 12,32020 9,8 14,62021 9,6 16,82022 8,9 13,02023 8,6 12,12024 8,4 12,5
+Évolution de la structure par âge Structure par âge Année + 1960 30,4 % 63,5 % 6,1 % 1970 26,2 % 66,1 % 7,7 % 1980 21,6 % 68,1 % 10,3 % 1990 22,9 % 66,8 % 10,3 % 2000 18,2 % 69,6 % 12,4 % 2010 14,9 % 72,0 % 13,1 % 2015 16,7 % 69,8 % 13,5 % 2016 17,0 % 69,1 % 13,9 % 2017 17,4 % 68,2 % 14,4 %
Répartition de la population par âge et par sexe alt=|vignette|280x280px|La pyramide des âges de la Russie
Natalité thumb|L'accroissement naturel de la population par sujet fédéral en 2009 : en vert une augmentation, en rouge une diminution.|alt=