L'universalisme républicain représente l'idée d'une République qui assure un état de droit égal pour tous les citoyens.

Selon le réseau Canopé, cet universalisme serait un héritage de la philosophie des Lumières. En s'opposant à l'Ancien Régime, il veut tendre vers . La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du fait référence à ce principe d'universalisme, en déclarant la République comme .

Selon la même source, l'universalisme , toutes formes de particularismes (culturel, religieux ou philosophique). Le , applique cette doctrine lorsqu'il promulgue le Code civil.

Définition Le réseau Canopé en donne une définition générale. :

Histoire L'universalisme républicain est utilisé par la Troisième République pour mettre en place un régime égalitaire en France métropolitaine. Il vise à . Dans ce régime, l'instruction devient obligatoire, un enseignement public, gratuit et laïc est mis en place, avec les lois Jules Ferry ; la loi de séparation des Églises et de l'État met fin en 1905 au régime concordataire ; la laïcité et la neutralité de l'État sont fixées en 1905. Au-delà de l'école et du caractère séculier de l'État, l’idéologie républicaine et le principe d’égalité citoyenne sont stimulés par la modernisation de la France, le développement de la vie démocratique et le sentiment patriotique.

La colonisation conforte le discours universaliste de la Troisième République ; elle est faite au nom de la mission civilisatrice de la France : les élites françaises jugent les peuples colonisés comme des barbares ou des peuples arriérés, en raison de leurs pratiques culturelles ; ils ont justifié leurs conquêtes par l'apport à ces populations, sous couvert de générosité, le savoir et la culture français, et en les faisant bénéficier du progrès technique et scientifique ; ces populations peuvent devenir des individus émancipés, aux yeux des élites françaises favorables à la colonisation.

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Applications pratiques et historiques Finalité de l'universalisme Pour le réseau Canopé, l'universalisme n’est pas synonyme d’uniformité, de conformisme et de non-reconnaissance des différences. L’universalisme républicain français veut éviter les distinctions par l’État, pour mieux les respecter, et ne considérer que des citoyens individuels, pour mieux laisser les communautés évoluer. Ne pas opérer de différences au sein de la population n’implique pas que la diversité culturelle ne soit pas acceptée. Les individus sont perçus avant tout comme des citoyens, dans le but de les laisser exprimer leur personnalité, leurs identités individuelles et collectives, sans prédétermination. Il estime que l’universalisme est consubstantiel à l’égalité des droits : chacun, quelles que soient ses différences par rapport aux caractéristiques dominantes de la population « majoritaire », peut jouir effectivement de ces droits ; c’est le sens de l’interdiction de toute forme de discrimination..

Laïcité

La laïcité est le principe d'inclure chaque citoyen dans la vie politique indépendamment de son obédience religieuse ou philosophique.. Le corollaire est l'égalité des droits des individus de la société ; la laïcité permet à l'universalisme de s'inscrire dans un projet de société favorisant à la fois les libertés individuelles et la cohésion nationale.

Question de la reconnaissance des minorités L'universalisme républicain, particulièrement attaché au principe d'indivisibilité de la République, s'oppose frontalement à toute reconnaissance d'une quelconque minorité ou groupe ethnique, régional, racial, religieux, ou autre. La sociologue française Nathalie Heinich explique que l’universalisme ne nie pas qu’il existe, factuellement, des différences de statut, ni des sentiments d’appartenance à un groupe ; mais il vise leur dépassement, ou leur suspension dans le contexte d’exercice de la citoyenneté. Il permet d'associer les différences de statut et les appartenances à un groupe à la possibilité d’opter pour une affiliation plus générale (en l'occurrence, la citoyenneté française ou l'humanité).

C'est sous le prisme de l'universalisme républicain, que l'article 1 de la constitution de la Ve République est interprété. Cette interprétation de l'article 1 interdit à la France de reconnaitre les peuples autochtones de Guyane...

Le Conseil constitutionnel a ainsi censuré, en 1991, l'article 1 de la loi portant statut de la collectivité territoriale de Corse, au motif que:

De même, le Conseil Constitutionnel constate l'incompatibilité des objectifs et des principes généraux énoncés par le préambule de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires et de la partie II de la dite Charte avec la Constitution : les clauses en question méconnaissent les principes constitutionnels d’indivisibilité de la République, d’égalité devant la loi, d’unicité du peuple français et d’usage officiel de la langue française. Cela a conduit la France à ne pas ratifier la Charte en question (Une adhésion à la Charte, exclusivement appuyée sur les clauses jugées compatibles avec la Constitution, aurait été possible).

Le statut de la Nouvelle-Calédonie et la mise en place de la parité ont nécessité des révisions de la Constitution pour être valables.

Plus largement, l'historien et politologue Patrick Weil, voit 4 piliers (Principe d'égalité, Langue française, mémoire de la Révolution et Laïcité ) au cœur de l'identité nationale française. Il note que ces piliers permettent tant et ajoute :

Rejet des discriminations Au nom de l'universalisme républicain, toutes les discriminations sont rejetées : racisme., religion, sexe ou orientation sexuelle..

L'universalisme républicain fut utilisé comme argument pour supprimer le mot race dans l'article premier de la Constitution de la Cinquième République française.

Pour Emmanuel Macron, le racisme est ..

Pour Sarah El Haïry, la police ..

Limites dans l'application La condition féminine

La République n’apporte aucune réponse à cette question. La Révolution a accordé aux femmes certains droits civils et aux femmes mariées le droit de divorcer. Mais les « avancées » sont , comme le dit Talleyrand en 1791 : E. Gaulier, p. 53. Au contraire, la Révolution signifie « l’exhérédation de la femme » : O. Bui-Xuan, Le Droit public français entre universalisme et différencialisme, Economia, 2004, 42)..

Colonisation Arthur Girault, dans son ouvrage Principes de colonisation et de législation coloniale (1894), écrit que l'assimilation . Son but .

Dans son article, Laënnec Hurbon met en évidence les hésitations de l'universalisme républicain lorsqu'il doit s'appliquer hors de la France métropolitaine :

Quotas et discrimination positive L'universalisme républicain s'oppose à la discrimination positive. Le Conseil constitutionnel censurera des quotas par sexe sur les listes électorales de 1982..

La discrimination positive doit se faire sur une base socio-économique et non sur une base raciale..

Critiques Cette conception est critiquée :

Les objections faites aux principes de l'universalisme républicain se déclinent selon plusieurs axes.

L'inégalité, existant de fait dans la société, remet en cause le principe même des lois et règlements uniformes envers les citoyens. Il serait nécessaire de prendre en compte la pluralité et la diversité de la société. Ainsi Esther Benbassa, dans L'Humanité du , écrit :

Benjamin Stora présente les contradictions de cette notion, notamment dans le cadre de la colonisation française en Algérie :

Gilles Manceron, rédacteur en chef de la revue de la Ligue des droits de l’Homme, Hommes et Libertés, cerne, dans Marianne et les coloniesMarianne et les colonies. Une introduction à l’histoire coloniale de la France, Gilles Manceron, La Découverte/Poche, 2003, 322 p., ce qui a conduit à l’invention d’un distinguant les hommes blancs civilisés des indigènes sauvages. Cette s’est poursuivie jusqu’au milieu du , avec une . Aujourd’hui encore, nous avons du mal à l'expliquer aux élèves des collèges et des lycées. Faute d’être débarrassé de cette , notre discours républicain continuera, affirme Manceron, d’être .

À l'étranger, le principe d'universalisme républicain est vu comme apparenté à une religion. L'expression « républicanisme transcendental » est même utilisée. Sa thèse centrale est que l'égalité supprime les discriminations : mais cette égalité suppose l'abandon des particularités. Ainsi le Süddeutsche ZeitungCitée dans Courrier international , mars 2007, sous le titre « La République comme objet de culte ». avance ce commentaire :

Evocation de contradictions supposées avec le droit international

Les mêmes principes de liberté et d'égalité sont contenus dans les diverses déclarations internationales des Nations-Unies, contre les discriminations ; ces déclarations ne se réfèrent jamais à l'universalisme républicain, mais sont ouvertes aux différences culturelles et linguistiques, à la protection des minorités.

Pour certains, la République française nierait l'existence des minorités en France, au nom même de l'universalisme républicain. En témoignent les réserves émises à ce sujet : à l'article 27 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques concernant les droits culturels des minorités. La France a émis une réserve et n'est donc pas légalement liée à cet article dont le texte affirme :

à l'article 30 de la Convention internationale des droits de l'enfant concernant les droits des enfants d'origine autochtone ou issus de minorités :

la Déclaration sur les droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiquesDéclaration des droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques adoptée par l'Assemblée générale dans sa résolution 47/135 du 18 décembre 1992, notammentDroits des minorités: Normes internationales et indications pour leur mise en œuvre :

Les États doivent protéger et promouvoir les droits des personnes appartenant à des minorités en prenant des mesures :

à l'article 2, paragraphe 2 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels :

Critiques sociologiques Selon les universitaires Annabelle Seoane, Cédric Passard et Chloé Gaboriaux, même en supposant que les règles abstraites propres à l’universalisme républicain seraient suffisantes pour assurer le lien social, ils échouent symétriquement à rendre compte de la labilité d’appartenances façonnées par l’approfondissement de l’individualisme et donc de penser la possibilité, au sein de la République, de groupes intermédiaires qui ne soient pas de simples carcans pour l’individu. Ils estiment qu'à l'instar de son modèle opposé, le modèle libéral, l'universalisme peine à envisager la persistance des groupes déjà constitués, notamment religieux, et leur intégration à la société politique.

Critique relativiste Selon Louis-Georges Tin, plus on descend dans la hiérarchie sociale, plus la propension à se réclamer de l’universalisme diminue. L’universalisme ne serait pas une spécificité française, mais une spécificité des élites françaises. Il estime que l'universalisme est le moyen par lequel un groupe social dominant tend à constituer son ethos en éthique, au détriment des intérêts et des aspirations des groupes minoritaires.

Tin décrit l'universalisme comme une coquille vide, dans laquelle on peut mettre tout et n'importe quoi : la justice, la liberté, le capitalisme (en tant que rêve d'un marché libre et ouvert à l'échelle universelle), la religion (en expliquant que le mot catholique provenant du mot catholicos signifie d'ailleurs « universel » en grec). Il explique que même les totalitarismes peuvent se réclamer de l'universelLouis-Georges Tin, « Êtes-vous communautaristes ? », Les Mots Sont Importants, 8 mai 2005..