Han Suyin (韩素音)En chinois, le prénom vient après le nom., à l'état civil Chou Kuanghu, connue aussi sous le nom de Rosalie Élisabeth Comber, née le à Xinyang, dans le Henan (Chine), et morte le à Lausanne (Suisse) Chinese-born writer Han Suyin dies in Switzerland, shanghaidaily.com, 3 novembre 2012., est une écrivaine, autobiographe, historienne, sinologue et analyste politique d'origine chinoise et belge, et docteur en médecine de formation.

Écrivant principalement en anglais, mais aussi en français et en chinois, elle est l'auteur de romans dont l'action se déroule en Asie (Destination Tchoungking, Multiple splendeur, Jusqu'au matin, Les Quatre Visages et La montagne est jeune, etc.), de récits autobiographiques (L'Arbre blessé, Une fleur mortelle, Un été sans oiseaux, Ma maison a deux portes et La Moisson du Phénix) et d'essais sociopolitiques et d'études historiques Encyclopedia of Asian-American Literature, Infobase Publishing, 2010, 397 p., pp. 101-102 : (comprendre « Le gros de son œuvre compte d'importants ouvrages romanesques, autobiographiques, historiques, et des essais sociopolitiques »). Encyclopedia of Post-Colonial Literatures in English (ss la dir. de Eugene Benson, L.W. Conolly), Routledge, 2004, 1730 pages, p. 1126 : . sur la Chine moderne (Le Déluge du matin : Mao Tsetoung et la révolution chinoise, 1893-1954, Le premier jour du monde : Mao Tsetoung et la révolution chinoise, 1949-1975 et Le siècle de Zhou Enlai : le mandarin révolutionnaire : 1898-1998). Ses ouvrages ont été traduits dans de nombreuses langues.

Son roman autobiographique, Multiple splendeur, paru en 1952, demeure le plus grand succès de sa carrière. Il est adapté au cinéma en 1955 par le réalisateur Henry King sous le titre La Colline de l'adieu, film hollywoodien qui devient un succès public et critique : le film est nommé pour huit Oscars et en remporte trois.

Dans les années 1960 et 1970, Han Suyin joue un rôle diplomatique discret, mais majeur comme « porte-parole » officieux de la Chine de Mao Zedong en Occident. Favorable au maoïsme, elle soutient dans un premier temps le Grand Bond en avant et la Révolution culturelle en Chine, ce qui lui vaut d'être critiquée. par des défenseurs des droits de l'homme, des sinologues occidentaux Suyin Han, Aamer Hussein, Tigers and Butterflies: Selected Writings on Politics, Culture and Society, Earthscan, 1990, : US-China Review, U.S.-China Peoples Friendship Association - 1987, Volume 11, : et par le gouvernement tibétain en exil et ses partisans.

Biographie Han Suyin, de son nom de baptême Kuanghu Matilda Rosalie Elizabeth Chou, est née le , d'un père chinois, d'ascendance Hakka, et d'une mère belge. La famille de son père avait quitté le nord de la Chine pour le comté de Meixian, dans la province du Guangdong, au , puis gagné le comté de Pi, dans la province du Sichuan, au .

Origines familiales Bénéficiaire d'une bourse, son père, Yentung Chou, avait quitté la province du Sichuan pour l'Europe en 1903 afin d'y étudier le génie ferroviaire. À l'université de Bruxelles (Belgique), il avait rencontré Marguerite Denis, qui, en 1908, allait devenir sa femme, malgré les préjugés de l'époque contre les mariages inter-raciaux. Après la naissance de leur premier enfant, en 1913, ils étaient partis s'installer en Chine : , où son père devait travailler comme ingénieur auprès de la société belgo-chinoise des chemins de fer..

Yentung et Marguerite eurent huit enfants, dont quatre survécurent. Le premier, un garçon, né en Belgique, y fut renvoyé pour qu'il y accomplisse sa scolarité. Un deuxième garçon, Gabriel, aussi appelé Orchidée-de-Mer, né en 1914 ou 1915, meurt dans des circonstances tragiques. Puis naît la première fille, Kuanghu RosalieSource : L'Arbre blessé, et suivantes, et suivantes.. La vie du couple Chou-Denis dans la Chine déchirée par la guerre est remplie d'épreuves, dont celle de voir leurs enfants méprisés en tant que métis eurasiens : . Alors que les enfants avaient droit à des soins de santé, leur père travaillant pour la société belgo-chinoise des chemins de fer, le médecin français refuse de les recevoir, car ils sont de sang mêlé.

Études Le couple s'installe à Pékin en 1921. Kuanghu Rosalie reçoit une éducation européenne et n'apprend le chinois qu'à l'âge de 15 ans. .

Elle fréquente l'école de filles du Sacré-Cœur, puis le collège de filles Bridgeman. Han Suyin se présentera plus tard comme Émission Le Sel de la semaine. Archives Radio Canada, 1968 : . À l'issue d'une scolarité brillante, elle est déterminée à devenir médecin. Comme sa mère ne veut plus payer ses études et préfèrerait la voir mariée, elle apprend la dactylographie et la sténographie et, en 1931, mentant sur son âge (elle n'a pas 15 ans), obtient un travail de dactylo au Peking Union Medical College, un hôpital chapeauté par des Américains. Elle se rend compte qu'il y a en Chine, à cette époque, trois échelles salariales : d'abord celle des « blancs », ensuite celle des Eurasiens et, enfin, celle des Chinois. En prenant de petits boulots en plus de son travail principal, elle améliore sa situation financière et celle de sa famille. C'est à cette époque également qu'elle se lance dans la lecture pour assouvir sa soif de connaissances et se préparer à des études universitaires.

En 1933, elle est admise à l'université de Yanjing (Yenching) à Pékin. En 1935, bénéficiant d'une bourse, elle part à Bruxelles faire des études de médecine (1933-1936). Pendant cette période belge, ses rapports avec sa famille maternelle Denis, ne sont pas des plus chaleureux, d'après ce qu'elle racontera plus tard dans Une fleur mortelle. Entre-temps, les Japonais ont envahi la Chine. En 1938, abandonnant ses études de médecine, elle embarque à Marseille sur le paquebot Jean-Laborde de la Compagnie des Messageries maritimes et retourne dans son pays pour y travailler dans un hôpital.

Mariage avec Tang Pao Huang À son retour, elle épouse Tang Pao-Huang, un ingénieur chinois qui avait été envoyé en formation à l'académie militaire de Sandhurst par le gouvernement chinois, et qu'elle a rencontré lors du voyage de retour sur le paquebot. Elle travaille à l'hôpital de Chungking tandis que son mari, qui est un des disciples de Sun Yat-sen, sert en tant qu'officier, puis général dans l'armée nationaliste. Tang, qui s'avèrera un mari brutal, à l'esprit féodal, est nommé attaché militaire à Londres en 1944. Rappelé en Chine, Tang est tué en combattant les communistes en 1947: . C'est pendant cette période que Kuanghu Rosalie adopte sa fille Yung Mei. Ces années passées avec Tang constitueront l'essentiel de son récit autobographique Un été sans oiseaux.

Encouragée et soutenue par une missionnaire américaine, Kuanghu Rosalie commence à écrire sous le nom de Han Suyin pendant la guerre sino-japonaise (1937-1945). Son premier livre, Destination Chungking (Destination Tchoungking en français), sort en Angleterre en 1942.

En 1944, elle est à Londres pour y poursuivre des études de médecine et elle obtient son diplôme de docteur en médecine en 1948.

Liaison avec Ian Morrison Avec sa fille, Han Suyin gagne Hong Kong en . Elle devient assistante au service d'obstétrique et de gynécologie de l'hôpital Queen Mary. Elle tombe amoureuse d’Ian Morrison, un correspondant de guerre britannique du London Times, marié, mais celui-ci trouve la mort en Corée en 1952 en couvrant un épisode de la guerre. Cette histoire d'amour entre une Eurasienne et un blanc fait scandale à l'époque, les liaisons interraciales étant mal considérées à Hong Kong comme dans le reste de la Chine. Cette aventure sera le sujet de son deuxième livre, A Many-Splendoured Thing (Multiple splendeur en français), qui paraît en 1952 et rencontre le succès tout en scandalisant la société néo-coloniale britannique. L'histoire est portée à l'écran en 1955, par Henry King, sous le titre Love is a Many-Splendoured Thing (en français La Colline de l'adieu), avec pour personnages principaux Jennifer Jones et William Holden : . Dans son ouvrage autobiographique My House has Two Doors (Ma maison a deux portes en français), Han Suyin, qui se désintéresse du film, explique qu'elle a vendu les droits cinématographiques du roman pour payer l'opération en Angleterre de sa fille adoptive qui souffrait de tuberculose A Many-Splendoured Thing, sur le site juggle.com : .

Remariage avec Leon Comber Han se remarie en 1952. Son nouveau mari, Leon Comber, est un Britannique qui travaille dans le service malaisien de contre-espionnage et de lutte contre la subversion. Elle le suit à Johor Bahru, ville de Malaisie qui fait face à Singapour, de l'autre côté du détroit de Johore. Tout en exerçant son métier de médecin, elle continue sa carrière littéraire et donne des conférences à l'étranger. De cette relation est issu, en 1957, le roman …And the Rain My Drink (en français …Et la pluie pour ma soif), où Han Suyin condamne l'état d'urgence et la répression instaurés par les Britanniques en Malaisie pour lutter contre l'insurrection communiste : .

Souhaitant voir par elle-même les bouleversements intervenus dans son pays d'origine depuis la proclamation de la victoire communiste en 1949, elle finit par obtenir un visa en 1956. Son retour sur le sol chinois en mai de cette année n'est pas sans retentissement en raison de sa renommée littéraire, mais aussi du fait de la rareté des personnes souhaitant se rendre en Chine à l'époque. Elle est reçue chaleureusement par Chen Yi et par Chou En-Lai en personne, et rend visite à son père et à d'autres membres de sa famille. À son retour à Singapour, elle ne tarit pas d'éloges sur le nouveau gouvernement chinois : .

En 1959, elle enseigne la littérature contemporaine à l'université de Nanyang de Singapour et entreprend d'initier ses étudiants, en majorité chinois, aux écrivains du tiers monde.

Remariage avec Vincent Ruthnaswany Pendant son séjour en Malaisie, Han Suyin divorce d'avec Comber (en 1958) et se met en ménage en 1960 avec Vincent Ruthnaswany, un ingénieur d'origine indienne, de confession catholique, habitant Katmandou. Cette rupture et son remariage sont racontés, sous une forme à peine voilée, dans The Mountain is Young (1958) (en français La montagne est jeune) : ., dont le cadre est un Katmandou idéalisé Donald A. Messerschmidt, Moran of Kathmandu, Bangkok, White Orchid Press, 1977, pp. 207-208..

Par la suite, dans My House Has Two Doors (1980), elle raconte que, pour être avec elle, Vincent Ruthnaswany avait abandonné sa carrière militaire.

Renonciation à la carrière de médecin En 1963, elle renonce à sa carrière de médecin pour se consacrer complètement à l'écriture. À partir de 1966, elle publie une série de livres autobiographiques : The Crippled Tree (1966) (L'Arbre blessé), A Mortal Flower (1966) (Une fleur mortelle), A Birdless Summer (1968) (Un été sans oiseaux), My House Has Two Doors (1980) (Ma maison a deux portes) et Phoenix Harvest (1983) (La Moisson du phénix).

Dans les années 1960, elle devient une sorte de porte-parole officieux de la Chine communiste, où elle se rend régulièrement et dont elle décrit l'évolution, non sans susciter des critiques en Occident : .

Dans les années 1970 et 1980, le couple vit à Hong Kong et à Lausanne en Suisse. Han continue à se rendre en Chine dans les années 1980 et à écrire sur son pays natal. Au nombre de ses ouvrages sur la Chine : Wind in the Tower: Mao Tsetung and the Chinese Revolution, 1949-1965 (1976) (Le Premier jour du monde), Lhasa, the Open City (1977) (Lhassa, étoile-fleur), The Morning Deluge: Mao Tsetung and the Chinese Revolution 1893-1954 (1963) et The Eldest Son: Zhou Enlai and the Making of Modern China, 1898-1976 (1995).

Création de la fondation Han Suyin