thumb|300px|right| Anatomie humaine, enluminure des Très Riches Heures du duc de Berry (début ). L’Astrologie a joué un rôle important dans la médecine médiévale; les médecins les plus savants connaissaient au moins les rudiments d'astrologie nécessaires à leur pratique.
La médecine médiévale dans l'Occident chrétien est une médecine de langue latine qui s'étend sur près d'un millénaire, de la fin de l'Antiquité jusqu'à la Renaissance.
Elle tire ses sources de traditions empiriques locales, et d'autres médecines savantes : gréco-romaine de l'Antiquité, traductions latines des textes médicaux de l'islam médiéval. Elle est structurée par la pensée théologique du christianisme, confrontée à la philosophie d'Aristote et à la médecine de Galien.
Vers l'an mil, la médecine savante n'occupe qu'une place restreinte, dans les monastères ou auprès des Grands. Puis elle participe à la fondation des premières universités européennes, c'est la médecine scolastique du au . Ce mouvement universitaire s'accompagne d'une émergence progressive de professionnels organisés en corporations, selon les besoins d'une croissance urbaine.
Vers 1500, les professionnels laïcs des institutions médicales interviennent de plus en plus dans la vie sociale, se dégageant très progressivement de la médecine scolastique et de la théologie, un processus de longue durée qui s'étend jusqu'au .
Limites et périodes La fin de l'Empire Romain se marque par la scission en deux empires : l'Empire romain d'occident bientôt démembré par les grandes invasions où la médecine doit se recréer et l'Empire romain d'Orient qui continue sans interruption la tradition médicale gréco-romaine.
Dans un sens large, la médecine de l'occident médiéval s'étend sur près de mille ans, du . De façon schématique, plusieurs phases culturelles successives sont distinguées :
Antiquité tardive et haut Moyen Âge, du , où l'héritage médical antique n'est conservé que par bribes, mais aussi marqué par la Renaissance carolingienne où s'opère une première synthèse du savoir connu et des structures chrétiennes de charité et d'assistance. C'est la médecine dite « médecine des moines », « conventuelle » ou « monastique ». Moyen Âge central et Renaissance du XIIe siècle, dont le savoir médical est enrichi et renouvelé par les contacts avec l'islam médiéval, avec l'essor des premières universités. C'est la médecine dite « scolastique ». Moyen Âge tardif, qui s'étend de 1350 à 1450, marqué par une décadence relative des universités, mais aussi par l'apparition progressive d'une nouvelle pensée scientifique et culturelle. C'est la médecine dans le cadre de l'humanisme de la Renaissance.
Les historiens sont partagés entre deux approches : celle qui met l'accent sur les continuités entre les périodes et celle qui met l'accent sur les différences, surtout en ce qui concerne le début et la fin de la médecine médiévale. . Dès lors les « Renaissances » (carolingienne, du , du ) ont eu relativement peu d'effets immédiats sur le savoir et les pratiques médicales, et le plus souvent les développements médicaux s'observent sur la longue durée.
Des historiens de la médecine font débuter la médecine médiévale d'occident à partir du (en incluant la médecine de l'antiquité tardive dans celle du haut Moyen Âge), d'autres au (en incluant la médecine du haut Moyen Âge dans celle de l'antiquité tardive).
Il en est de même pour la fin de la médecine médiévale placée le plus souvent au mais dont les savoirs et pratiques persistent à la Renaissance et au-delà.
Origines et influences Médecine antique Il n'y avait pas de réseau organisé de médecine. À défaut de structure adaptée, quelqu'un qui était victime d’une blessure ou d’une maladie pouvait se tourner vers des soignants empiriques, la prière, l’astrologie, la magie, le mysticisme ou vers un médecin, s'il y en avait un de disponible. Les frontières entre chaque profession étaient imprécises et mouvantes. En Europe occidentale, la médecine gréco-romaine que Galien avait portée à un très haut niveau à Rome, fut quasiment oubliée après les invasions barbares. Il n'en survécut que des bribes dans les monastères jusqu'au . vignette|Abside de l'abbaye de Nonantola. Cependant, cette thèse de la stagnation et du déclin serait à nuancer. En Occident, dès le , des textes médicaux grecs sont traduits en latin, dont cinq ou six traités d'Hippocrate et celui de thérapeutique de Galien (intitulé Méthode de traitement, à Glaucon) , notamment dans le monastère de Vivarium fondé par Cassiodore. De plus, la médecine de Galien, n'était pas la seule du monde gréco-romain constitué d'écoles médicales diverses parfois contradictoires : ainsi des médecins partisans de l'École méthodique restent influents dans le monde latin jusque sous l'antiquité tardive. Plusieurs de ces éléments, galéniques ou non, se retrouvent dans des encyclopédies comme celle d'Oribase, en étant attribués à Galien ou rendus compatibles avec lui, constituant ainsi un « galénisme ».
Ces premières traductions latines d'une partie du savoir grec s'effectuent en Italie du nord (comme l'abbaye de Nonantola) puis en Allemagne du sud (Abbaye de Reichenau), en Angleterre (avec Bède le vénérable), en France (école de Chartres). Ce savoir apporte les concepts de médecine rationnelle et de médecine empirique, l'importance du pronostic et de la diététique, une terminologie des symptômes et des maladies, des informations sur les plantes, et des théories sur la physiologie féminine.
Ce savoir médical est essentiellement pratique. Par exemple, l'importance de la diététique conduit Anthimus, au à rédiger un traité, sous forme de lettre, où la plupart des notices constituent des recettes de cuisine. L'encyclopédie d'Isidore de Séville, au , révèle la présence permanente de la médecine dans l'ensemble des savoirs connus, mais aussi la simplification ou la distorsion des idées médicales.
Les traductions anglo-saxonnes des œuvres classiques comme celle de Dioscoride sur Les Plantes des femmes ayant traversé le seuil du , montrent la persistance des éléments de la connaissance médicale classique. Des recueils comme le Leechbook de Bald (vers 900) comportent des citations provenant d'œuvres classiques, et transmettent des remèdes populaires enracinés dans les traditions locales.
Christianisme et médecine Oppositions et intégration La christianisation affecte le rapport antique entre la médecine savante et les pratiques religieuses de soins. En Occident latin, l'Église est confrontée avec une médecine populaire associant temples guérisseurs païens, magie, incantations… en association avec les herbes et les remèdes, à laquelle elle oppose d'autres lieux, tels que les monastères, et d'autres cultes, comme le culte des saints (celui des saints guérisseurs). Le remplacement des dieux et cultes de guérison païens s'est effectué selon un processus long et graduel, marqué par des guérisons miraculeuses impliquant les reliques de saints, ce qui validait la supériorité de la foi chrétienne.
La médecine païenne savante se présente non seulement comme une pratique de soins, mais aussi comme une source de savoirs et d'études, et les premières idées chrétiennes sur ce sujet sont ambiguës. Pour les chrétiens des premiers siècles, la maladie, et tout ce qui afflige le genre humain, sont la conséquence du péché originel (Saint Augustin). Cette croyance a conduit à recourir à des moyens de guérison tels que la pénitence et le pèlerinage. La guérison de l'âme est un préalable à la guérison du corps ; la maladie du corps étant soumise, elle, à des causes naturelles.
D'autre part, les chrétiens adoptent en général une attitude bienveillante envers la médecine. Au , l'évêque Némésios fonde une anthropologie chrétienne, dans son traité De la nature de l'Homme, où Galien est cité . Une idée de Galien est aisément identifiée au Dieu chrétien : la nature agit comme un artisan divin, produisant des plantes médicinales dans l'intérêt de l'humanité. La médecine de Galien et la médecine chrétienne apparaissent comme complémentaires : le médecin est le guérisseur du corps, et le Christ est le médecin de l'âme, ou alors en relative opposition, entre la Schola Salvatoris (qui vise le salut de l'âme) et la Schola Hippocratis (qui vise la santé terrestre).
Seule une minorité (représentée par exemple par Césaire d'Arles, Nicétas de Rémésiana, ou Bernard de Clairvaux) ne veut suivre que la médecine chrétienne en se méfiant de la médecine savante. C'est aussi le cas de communautés pratiquant l'ascèse ou l'érémitisme.
Charité et assistance
Toutefois, les ordres monastiques, en particulier les bénédictins, considéraient les soins aux malades comme une œuvre de miséricorde. Les deux notions centrales sont alors la caritas et l'infirmitas. vignette|Hôpital des pèlerins de Pons. Caritas est fondamentalement le lien d'amour réciproque qui relie Dieu et les hommes. L'innovation de la foi chrétienne par rapport à la foi mosaïque est que le lien entre le Créateur et la créature est universel (tous les hommes) et personnel (chaque homme). La caritas engendre des liens réciproques : aimer Dieu, c'est aimer les autres qui sont nos frères. La charité est la première vertu théologale sans laquelle les autres vertus ne servent à rien. Chemin vers la perfection, la charité efface le péché, la caritas s'accomplit par des œuvres de miséricorde.
Infirmitas est une notion large, mal définie. C'est un état social marqué négativement par la faiblesse, la dépendance, l'incapacité au travail, ou le manque de dignité. Cet état peut désigner les pauvres, les malades ou les pèlerins. Dans l'imaginaire collectif, linfirmitas n'est pas tant un état occasionnel ou momentané, que la condition naturelle de l'homme après le péché originel.
La maladie est donc ambivalente, le malade incarne le péché, mais sa maladie est aussi médecine, car le malade reproduit l'image du Christ souffrant et nécessiteux. La maladie du corps, par ses souffrances, peut apporter le salut de l'âme du malade (vertu de patientia), mais aussi de celle du bienfaiteur qui porte assistance. L'Église est le trait d'union entre le bienfaiteur et le grand nombre de nécessiteux. Ces notions évoluent, se modifient ou s'affinent à partir du .
Conséquences Le christianisme se structure par rapport à une série close de textes, définissant une orthodoxie de doctrine (Nouveau Testament). De la même manière, mais de façon plus lente et plus informelle, le savoir médical s'organise autour de livres spécifiques aboutissant à un galénisme « canonique », où les contradictions et alternatives disparaissent. Les grands textes signifiants s'accompagnent de résumés, ou de manuels pratiques, idéologiquement neutres. Ce processus ne fait que conforter la séparation croissante entre la théorie et la pratique médicale, déjà inscrite dans l'œuvre de Galien.
La médecine du haut Moyen Âge se caractérise par des « moines-médecins » en charge d'une infirmerie monastique centrée sur une fonction thérapeutique, mais les origines de l'hôpital chrétien sont à chercher dans l'Orient chrétien hellénophone (Méditerranée orientale), plutôt qu'en Occident latin. En Occident, l'hôpital est resté longtemps indifférencié, comme lieu général d'hospitalité et d'assistance où le malade n'est pas encore distingué du pauvre, de l'infirme, ou du pèlerin repentant (alors que l'hôpital byzantin était très spécialisé, distinguant celui pour malades, de ceux pour les pauvres, les pèlerins, les orphelins, les vieillards…).