La bataille de Passchendaele, aussi appelée troisième bataille d’Ypres (en allemand : Dritte Flandernschlacht), a eu lieu du au en Flandre occidentale, Belgique, pendant la Première Guerre mondiale. Avant l’offensive, le front occidental était marqué par une impasse après les batailles de la Somme et d’Arras, tandis que les sous-marins allemands menaçaient les liaisons maritimes alliées depuis les ports belges. Le commandement britannique, sous la direction du maréchal Douglas Haig, a planifié une série d’attaques dans la région d’Ypres pour repousser les Allemands des hauteurs et avancer vers la côte, afin de neutraliser les bases sous-marines allemandes. Des préparatifs d’artillerie massifs et des opérations secondaires, comme celle de Nieuport, ont précédé l’offensive principale.

L’assaut allié a débuté le dans des conditions difficiles, aggravées par de fortes pluies qui ont transformé le champ de bataille en un marécage. Les combats se sont déroulés en plusieurs phases, dont la bataille de la crête de Pilkem, la bataille de la crête de Messines, la bataille du bois du Polygone et celle de , avec la participation de troupes britanniques, australiennes, néo-zélandaises, canadiennes et françaises. L’armée allemande a opposé une défense solide, recourant à des contre-attaques et à un système défensif en profondeur. L’utilisation massive de l’artillerie, les conditions de vie difficiles et les pertes élevées ont marqué toute la campagne.

Après de longues semaines d’affrontements, les forces alliées ont capturé le village de Passchendaele début , mais sans obtenir les percées espérées vers la côte belge. Les pertes humaines ont été très lourdes pour les deux camps. La bataille a affaibli temporairement les capacités allemandes mais n’a pas permis de résoudre l’impasse sur le front occidental.

Contexte Après le succès obtenu en lors de la bataille de Messines par les troupes britanniques du général Herbert Plumer, Douglas Haig, le commandant en chef du BEF (British Expeditionary Force), estime qu'une percée est possible. Comme lors de la bataille de la Somme, Haigh avait deux objectifs : démoraliser l'ennemi et prendre la côte belge. Pour atteindre ces deux objectifs, il prévoyait trois phases : la prise de la crête de Passchendaele, l'avance sur Roulers et un débarquement amphibie combiné à une attaque le long de la côte de Nieuport. Haigh espérait ainsi éliminer la menace des sous-marins basés à Ostende et Zeebruges et forcer une percée dans les lignes allemandes, déjà affaiblies selon lui.

À peu près au même moment où les Britanniques finalisaient la préparation de leur attaque à Ypres, les Allemands ont lancé leur propre offensive à Nieuport en . Cette attaque inattendue a obligé les Britanniques à modifier leurs plans. L'offensive a perturbé les préparatifs, contraint les Britanniques à envoyer des renforts dans le secteur de Nieuport, et entraîné le report du débarquement amphibie prévu sur la côte belge au .

Prélude

Empire allemand Le début de la troisième bataille d'Ypres fut annoncé beaucoup plus clairement que toute autre offensive britannique ou française pendant la guerre. Depuis leurs points d'observation dominants, les Allemands avaient suivi de près les préparatifs prévus pendant près de deux mois. Ils avaient vu la construction rapide de routes, de tramways, de baraquements et de positions d'artillerie, ainsi que l'arrivée progressive de nouvelles divisions d'infanterie, de renforts d'artillerie massifs et de ravitaillement. Ces activités, confirmées par la reconnaissance aérienne, ne laissaient aucun doute quant aux intentions britanniques. Dès le , le prince héritier Rupprecht de Bavière, commandant du groupe nord des armées allemandes, décrivait une offensive britannique en Flandre comme «certaine»; son objectif, écrivait-il, serait de libérer la côte belge, et elle serait soutenue par un débarquement depuis la mer.

La défense contre une telle opération était rendue plus difficile en raison de l'étroitesse de la zone arrière dans ce coin nord-est de la Belgique entre le front et la frontière néerlandaise, et les communications étaient difficiles. L'état-major allemand comprit que le terrain était donc un facteur important et que tout gain de l'ennemi devait être payé au prix fort en hommes et en matériel. Tous les efforts devaient être faits pour tenir la côte belge, car l'effondrement de la Russie semblait imminent et les forces armées allemandes pourraient alors être transférées sur le front occidental pour une offensive majeure.

C'est ainsi que l'officier le plus expérimenté en matière de défense, l'Oberst Fritz von Lossberg, fut nommé Chef d'état-major général de la . Il avait désormais carte blanche pour mettre en place l'organisation défensive dans les Flandres. Grâce aux sept semaines qui s'écoulèrent entre Messines et le début de l'opération alliée, Lossberg eut suffisamment de temps pour se préparer. Les principes de base de son système étaient les suivants: une défense plus profonde, pas de tranchées profondes et une contre-attaque par des divisions de réserve spéciales (), qui devaient se trouver à proximité, «c'est-à-dire dans la zone de tir à longue portée de l'ennemi, afin qu'elles puissent, en cas de besoin, être immédiatement engagées». gauche|vignette|325x325px|Le système défensif allemand, conçu en Flandre par Fritz von Lossberg.

La ligne des Flandres, dont la construction avait commencé en , était l'une des cinq positions arrière éventuelles prévues pour le front occidental en . Elle s'étendait vers le nord depuis les défenses de Lille jusqu'à Wervicq sur la Lys, puis devant Bécelaere, Broodseinde, Passchendaele et Staden jusqu'à la côte belge, à mi-chemin entre Ostende et Middelkerke. Les nouvelles positions flamandes étaient désormais construites devant elle. L'ordre de la quatrième armée pour la bataille défensive qui devait être menée dans cette position fut donné le ; il cristallisa le changement radical qui s'était opéré dans les tactiques défensives allemandes.

La deuxième (Albrecht), la troisième (Wilhelm) et la ligne Flandres désignaient respectivement l'arrière des trois zones qui composaient la position, chacune d'une profondeur de 1,8 km à 2,7 km : une zone avant, une zone de combat et une zone arrière. La zone avant était à peine défendue afin d'éviter des pertes importantes lors du bombardement initial. Des contre-attaques locales utilisant les réserves et l'aide des bataillons de front qui la gardaient, ainsi que la ceinture de points d'appui et de localités fortifiées (Stützpunktlinie) à l'arrière, devaient briser cet assaut.

La deuxième ligne, qui était également la ligne de protection de l'artillerie, couvrant la masse des batteries de campagne, contenait les abris pour les réserves du régiment de front. Derrière elle se trouvaient à nouveau les réserves des divisions de front, prêtes à avancer à temps pour contre-attaquer au moment où l'assaut serait désorganisé et épuisé après avoir traversé la ceinture de points d'appui dans la zone avancée. Si ces réserves ne parvenaient pas à reprendre le terrain perdu, des formations de contre-attaque plus importantes, les , étaient prêtes à intervenir en échelon plus en retrait, dans la zone arrière.

L'une de ces se trouvait habituellement derrière chaque paire de divisions de front. Chacune avait un régiment avec son propre appui d'artillerie dans une zone de rassemblement avancée, contrôlée par le commandant de la division de front. Les deux autres régiments étaient dans des zones de rassemblement, situées deux à quatre mille mètres plus en arrière. Derrière ces divisions de contre-attaque, il y avait d'autres divisions de réserve du groupe d'armées. Elles étaient prêtes à remplacer une division de première ligne envoyée au combat.

Le principal affrontement devait se produire dans la zone de combat, entre les deuxième et troisième lignes. Début , Lossberg pensait avoir assez de forces et de munitions. Il le pensait surtout après avoir appris que le soutien français aux Britanniques serait limité. Les démonstrations britanniques sur d'autres parties du front et les inquiétudes concernant un débarquement en Hollande ont poussé les Allemands à garder des unités supplémentaires en alerte dans le nord de la Belgique.

Entente Les et , lors de conférences avec les commandants de corps, un plan pour la fut élaboré, étendant l'attaque du premier jour pour inclure non seulement un deuxième objectif, mais aussi un troisième, qui englobait la troisième ligne allemande. Le plan prévoyait une avancée continue vers un quatrième objectif situé sur la crête principale d'Ypres à Broodseinde, s'étendant vers le flanc gauche le long de l'éperon de Gravenstafel en direction de Gravenstafel et Langemark. L'avancée vers le quatrième objectif était laissée à la discrétion des commandants de division, mais il était crucial qu'une fois le troisième objectif sécurisé, les bataillons de renfort du premier objectif viennent renforcer les troupes au troisième. Compte tenu de la position avancée du quatrième objectif, qui n'était pas à portée effective de la plupart des batteries de campagne, toute l'artillerie lourde disponible devait se préparer à fournir un barrage de protection en cas d'appel de détresse provenant des postes avancés.

Le général Gough prévoyait une résistance importante de la part des réserves allemandes au quatrième objectif et estimait qu'une pause de deux à trois jours serait nécessaire pour repositionner le soutien de l'artillerie. Par conséquent, si l'avance rencontrait une résistance minimale, elle se poursuivrait cet après-midi-là, le visant Passchendaele, le avançant sur Goudberg et le se concentrant sur Poelcappelle. Gough insista sur sa stratégie consistant à ne pas limiter l'opération du premier jour à une avancée fixe et courte, préconisant plutôt de maximiser les avantages de l'assaut initial, qualifiant cet effort d'essentiel pour tirer parti des premiers succès. Cette approche démontrait une flexibilité tactique délibérée visant à obtenir des gains supplémentaires dans l'offensive contre des positions retranchées. La décision de Haig d'autoriser la à poursuivre ses opérations traduit sa volonté d'éviter de répéter l'erreur commise à Messines.

Il approuve un nouveau plan d'opération, mais hésite à rappeler le général Rawlinson, préférant maintenir le général Gough à la tête des opérations côtières, malgré certaines réserves quant aux objectifs ambitieux fixés pour le premier jour. Influencé par une conférence du Cabinet de guerre qui s'est tenue du au , Haig reçut à son retour, le , un mémorandum du brigadier-général J. H. Davidson qui critiquait le plan du général Gough. Le mémorandum suggérait d'adopter des objectifs limités conformes au plan initial du , recommandant que les assauts de l'infanterie se concentrent sur la conquête d'une profondeur d'environ deux kilomètres, une approche qui s'était avérée efficace pour les troupes fraîches bénéficiant d'un soutien d'artillerie adéquat, minimisant les pertes potentielles et la désorganisation générale pendant les opérations.