Léon Bronchart, né le à Bapaume (Pas-de-Calais) et mort le à Saint-Avertin (Indre-et-Loire), est un syndicaliste, socialiste et résistant français.

Cheminot, il est le seul conducteur connu de la SNCF ayant refusé de conduire un train de prisonniers pendant la Seconde Guerre mondiale. Déporté en 1943 au camp de concentration de Dora pour ses activités de résistance, il a reçu en 1994 le titre de Juste parmi les nations par le Mémorial de Yad Vashem.

Biographie Un jeune soldat de 1914-1918 Léon Louis Bronchart est né le à Bapaume, Pas-de-Calais. Son père, Louis Bronchart, est tailleur de pierres, sa mère, Flore Mérienne, dévideuse en soie. Dès l'âge de , il doit travailler comme ouvrier. Quand éclate la Première Guerre mondiale, il est volontaire pour se battre, et en 1914 il rejoint une compagnie du régiment d'infanterie. Il participe à une bataille près de Péronne après laquelle il est fait prisonnier. Après plusieurs tentatives infructueuses, il parvient à s'échapper et rentre en France en . Il rejoint alors la Légion étrangère. À l'issue de la guerre, ses faits d'armes lui valent la Médaille militaire, la Médaille des évadés et la Croix du combattant volontaire.

Cheminot Léon Bronchart intègre, en 1919, la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO). Sa carrière sera la suivante :

ouvrier en ; chauffeur de route, le ; élève mécanicien de route le ; mécanicien de route le ; autorisé conducteur électricien le ; chef de réserve traction le .

En 1920, il se marie à Châtellerault avec Madeleine Mitton. Ils auront trois enfants, deux garçons, nés en 1922 et 1926, et une fille, née en 1934. Très actif, Léon Bronchart participe à des associations d'anciens combattants, reste en contact avec plusieurs de ses anciens camarades d'armée, et milite à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO)Bronchart, Léon (1896-1986), sur le site du Collectif de recherche international et de débat sur la guerre de 1914-1918 et à la CGT. Ce qu'il explique en soulignant :

En 1923, il se porte volontaire lors de l'occupation de la Rhénanie dans l'ouest de l'Allemagne et y participe, comme conducteur de train. En , lorsque éclate la guerre du Rif au Maroc, il est à nouveau volontaire, toujours comme chauffeur.

Son autobiographie, Ouvrier et soldat, évoque les débats de cette époque dans le syndicalisme non communiste, où se croisent des influences chrétiennes de gauche et des influences « planistes », selon la trame d'amitiés nouées entre simples ouvriers et polytechniciens d'X-Crise dans les tranchées et les stalags de la Première Guerre mondiale : accepter ou pas de négocier des conventions collectives, des indemnisations pour incapacité professionnelle, etc. On y voit germer le rêve d'un « État social » à base syndicale, qui sera partiellement repris par le Conseil national de la Résistance.

La Seconde Guerre mondiale Au début de la Seconde Guerre mondiale, bien qu'il ne soit plus mobilisable, Léon Bronchart s'engage lorsque commence la drôle de guerre, et est affecté comme sergent-chef à la des chemins de fer de campagne, à Beauvais. L'avancée des armées allemandes et un ordre de repli l'amènent à une retraite qui le conduit ensuite à Bordeaux. Après l'armistice, il est envoyé à Brive, au « dépôt vapeur de service rapide ».

Il participe à la Résistance intérieure française, dans le mouvement Combat. Fin 1942, il fournit des faux papiers à ses voisins juifs et facilite le passage en zone d'occupation italienne d'un de leurs amis en lui fournissant un uniforme de la SNCF.

Refus d'obéissance Le , Léon Bronchart se trouve en service à Montauban :

Ce refus d'obéissance, unique parmi les cheminots françaisL’acheminement des Juifs de province vers Drancy et les déportations - Serge Klarsfeld, juin 2000, p. 4 Vichy, vérités et légendes de Claude Quétel, édition Perri, page 104, lui vaut l'admiration et les félicitations de ses collègues, et de nombreuses candidatures pour se joindre à des actions de résistance. Il lui vaut également une suspension. Il est entendu par ses supérieurs, mais son passé et ses décorations d'ancien combattant contribuent à leur clémence. Il reçoit néanmoins un avertissement et ses primes de fin d'année 1942 sont supprimées.

Arrestation et déportation Le réseau auquel participe Léon Bronchart mène de nombreuses opérations : sabotages, distributions clandestines de journaux et de tracts, attentats, etc. Le , il est arrêté à son domicile par les Allemands, ainsi que son fils aîné . Tous deux sont interrogés et battus, puis internés au camp de Royallieu à Compiègne. Ils sont ensuite déportés, toujours ensemble, passant à Oranienbourg. En , ils sont transférés à Falkensee, son fils reste là. Quant à Léon Bronchart, il part à Buchenwald et sera envoyé à Dora où il sera affecté au kommando des électriciens. Par ce travail, il ira aussi au kommando d'Ellrich. Ce n'est qu'après la guerre que Léon Bronchart apprendra que son fils a comme lui survécu. Début 1944, avec d'autres internés français, il parvient à effectuer des sabotages, après qu'ils ont compris que le camp fabrique des armes - il s'agissait des fusées V2.

En juillet 1944, les déportés sont évacués, d'étape en étape jusqu'à Bergen. Le 15 avril 1945, les troupes britanniques libèrent le camp. Le , Léon Bronchart est de retour chez lui. Il indique ainsi le nombre de survivants de Dora :

Pendant son absence, son épouse Charlotte n'a cessé de participer à la Résistance.

Après-guerre Il reprend le travail en , comme employé de bureau de la SNCF, son état de santé de grand invalide à la suite des privations et sévices subis ne lui permettant plus de conduire une locomotive. Après avoir passé avec succès le concours de chef de réserve, il demande deux ans plus tard sa mise à la retraite et achève son activité professionnelle en .

Léon Bronchart meurt le , à , à Saint-Avertin (Indre-et-Loire).

Distinctions En 1946, Léon Bronchart est nomméPar décret en date du 14 août 1946, publié au JO du 3 septembre 1946. chevalier de la Légion d'honneur, avec la citation suivante :

Par décret du , la médaille de la Résistance est décernée au capitaine Bronchart et remise par le général Kœnig.

En 1958, il est promu officier de la Légion d'honneur par décret en date du , publié au Journal officiel du 4 et . Léon Bronchart est décoré par Edmond Michelet.

En 1965, il est promu commandeur de la Légion d'honneur par décret en date du , inséré au Journal officiel le . Il est décoré par Adrien Cart.

Le titre de Juste parmi les nations lui est décerné en 1994. Selon le mémorial de Yad Vashem, il est le seul cheminot qui ait refusé de conduire un train de prisonniers.

Mémoire d'un Juste Pendant le colloque de l'Association pour l’histoire des chemins de fer en France (AHICF) de , sur le thème « Une entreprise publique dans la guerre : la SNCF, 1939-1945 », Serge Klarsfeld indiquaitL’acheminement des Juifs de province vers Drancy et les déportations - Serge Klarsfeld, juin 2000, :

En 2004, le livre de témoignages d'Alain Vincenot, La France résistante : Histoires de héros ordinairesAlain Vincenot, La France résistante : Histoires de héros ordinaires, éditions des Syrtes, 2004 , mentionne :

Hommages Un passage porte son nom depuis à Épinay-sur-Orge, près de la gare SNCF reliant cette gare et la station T12. Des rues portent le nom de Léon Bronchart à Saint-Avertin, à Saran, et une allée dans le 18e arrondissement de Paris. Son nom figure dans l'Allée des Justes qui borde le Mémorial de la Shoah à ParisLéon Bronchard - Liste des Justes du mémorial de la Shoah, avec une faute d'orthographe (un « d » au lieu du « t » à la fin) soit Léon « Bronchard ». Une plaque rappelant son refus de conduire le train de déportés a été dévoilée en à la Gare de Brive-la-Gaillarde« Une plaque à la mémoire du seul conducteur connu de la SNCF qui a refusé de conduire un train de déportés », lamontagne.fr, 23 mars 2016.. En , la voie CU/18, située dans le nouveau quartier Chapelle international ( arrondissement de Paris) prend le nom d'allée Léon-BronchartDénominations rue Eva Kotchever, allée Lydia Becker, allée Léon Bronchart, rue de la Concertation, rue du Fret et rue Mado Maurin ().

Œuvres Léon Bronchart, Ouvrier et soldat, imprimerie H. Meffre, Vaison-la-Romaine, 1969, autobiographie (en page intérieure, le titre complet est « Léon Bronchart ouvre ses cahiers et raconte sa vie d'ouvrier et soldat »)

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Les Justes de France, publié par le mémorial de la Shoah, 2006

Jean-Pierre Richardot, SNCF, héros et salauds pendant l'Occupation, Le Cherche-midi, 2012, 

Filmographie

Léon Bronchart apparaît dans une séquence d'un film réalisé par Igor Barrère pour la première émission d'À armes égales, en 1970. L'émission est disponible sur le site de l'INA.

Articles connexes Histoire de la SNCF Résistance intérieure française

Liens externes

Fondation pour la Mémoire de la Déportation : Commission Dora-ellrich Association pour la mémoire des camps de Dora, Ellrich et Kommandos « Léon Bronchart, juste, ouvrier et soldat » - Alain Lipietz,

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