La Marine soviétique (en , Voyenno-morskoy flot SSSR, littéralement « Forces militaires navales de l'URSS ») était la marine de guerre de l'Union soviétique. À son apogée, elle fut la deuxième flotte militaire maritime du globe ( de combat, amphibies et de soutien représentant de tonnage contre 523 navires de combat, amphibies et de soutien représentant de tonnage pour l'United States Navy au Flottes de combat 1986.) et une des branches les plus fortes de l'Armée rouge.

La garde côtière dépend des Troupes frontalières soviétiques sous contrôle de la police politique, le KGB depuis 1954. Elle dispose durant la guerre froide de dizaines de corvettes et de centaines de patrouilleurs.

Historique vignette|gauche|Le croiseur Aurore, l'un des symboles de la révolution de 1917.

La révolte d'une partie du personnel de la Marine impériale russe fut un des catalyseurs de la Révolution russe.

L'insurrection des et soldats de la base navale de Cronstadt située dans la baie de Pétrograd en en conjonction avec les révoltes paysannes enflammant le pays (Nestor Makhno et l'armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne)Voline, La Révolution inconnue. a notamment obligé Lénine à réviser sa politique économique pour ouvrir l’ère de la Nouvelle politique économique.

vignette|Marins soviétiques et américains en Alaska lors de l' de transfert de navires américains à l'URSS célébrant la reddition du Japon en 1945.

Après avoir été longtemps une flotte de défense côtière, elle a joué un rôle mineur dans la Grande Guerre patriotique, bien qu'en 1941 elle possédât la première force sous-marine du monde, celle-ci ayant particulièrement souffert durant ce conflit fournissant l'immense majorité des 137 navires soviétiques perdus durant cette périodeThe Soviet Navy.Allied War Losses.. Les principaux navires naufragés sont 1 cuirassé, 2 croiseurs, , et ..

Elle participa entre autres à la protection des convois de l'Arctique dans sa zone de responsabilité à hauteur de la Norvège, à l'invasion des Îles Kouriles en août 1945 et ses attaques causèrent quelques-uns des plus meurtriers naufrages de l'histoire comme ceux du navire de croisière et du General von Steuben début 1945.

Elle reçut pendant le conflit des navires des nations alliées en prêt-bail. Entre autres, le cuirassé le de la part du Royaume-Uni, tandis que l' qui se déroula à Cold Bay en Alaska voit entre le et le transfert des quatre derniers navires le , le détachement de l'US Navy formé quelque de la Marine soviétique — environ et — et transféré et embarcations sur un total de 344 allant de la frégate au dragueur (et un croiseur ancien).. Ces navires furent rendus ou mis à la ferraille après le conflit.

Flotte soviétique en 1941Navires de ligne 3 Croiseurs 9Destroyers78Sous-marins240Divers840

Les effectifs de la marine ne dépassèrent jamais 5,3 % des forces armées, avec un minimum à 3,3 % en avril 1943, et la moitié fut utilisée à terre en soutien d'arméeClaude Huan, La Marine soviétique en guerre, t. I, Arctique, Economica, 1991, , ..

La guerre froide a vu considérablement se développer la marine de guerre de l’Union soviétique qui se retrouva dès 1958 au deuxième rang mondial et donna des réelles frayeurs aux stratèges de l’OTAN sous l’impulsion de l’amiral Gorchkov qui présida à sa destinée pendant plusieurs décennies et la transforma en marine de haute mer.

La marine soviétique fut partie prenante de la crise des missiles de Cuba avec l'envoi de plusieurs sous-marins dans les eaux américaines lors de l'opération Kama.

La même année, un conflit peu médiatisé opposant l'Indonésie à son ancienne puissance coloniale, les Pays-Bas, au sujet du statut de la Nouvelle-Guinée néerlandaise faillit voir l'entrée en guerre de douze sous-marins soviétiques officiellement sous pavillon indonésien aux côtés de l'Indonésie le 5Alexandre Mozgovoï, Sous-marins soviétiques et US Navy, Marines éditions, 2003, , . ou le .. Cette région fut finalement transférée à l'Indonésie après l'accord de New York.

En 1970, le tonnage de la flotte atteint et sa flotte sous-marine compte plus de , ses plus grands bâtiments de surface sont deux croiseurs porte-hélicoptères de la ; son personnel comprend à cette date environ, dont , pour l'aviation navale, pour l'infanterie de marine, le personnel de la défense côtière et l'administration centrale.. Les manœuvres Océan-70 ont mis en œuvre simultanément, pendant un mois, environ 200 bâtiments de tous types appuyés par l'aviation navale russe dans l'Atlantique, l’Arctique, l'océan Pacifique et l'océan Indien. Jusqu'ici, seul l'US Navy pouvait organiser un tel déploiement de forces..

La marine soviétique définissait les bâtiments appartenant à la catégorie des « croiseurs » différemment de son homologue américain, considérant les bâtiments équivalents aux frégates américaines comme des « croiseurs ». En 1974, seuls six bâtiments de l'US Navy en service étaient classifiés en tant que croiseurs alors que les Soviétiques avaient en service et sept supplémentaires en cours de construction. Les croiseurs soviétiques, à l'exception de deux d'entre eux, étaient des bâtiments de taille relativement réduite, plus proche des frégates que des croiseurs américains (qui étaient bien plus grands). Cela conduisit à la reclassification des navires de l'United States Navy en 1975 pour éliminer le « déficit de croiseurs » perçu.

À la dissolution de l'URSS fin 1991, ce fut la marine russe qui reçut l'immense majorité des navires et aéronefs de la défunte marine soviétique.

Stratégie Compte tenu de sa position géographique (cf. infra) et de celle de son principal ennemi, les États-Unis, pendant la guerre froide, l'Union soviétique a adopté une doctrine stratégique navale de puissance terrestre. Ainsi, l'accent est mis sur la destruction des moyens navals ennemis plutôt que sur l'action vers la terre. Tout cela explique l'accent mis sur les sous-marins et le peu de développements de moyens de débarquement ou de porte-avions.

Organisation

Déploiement vignette|gauche|Déploiements et bases de la marine soviétique en 1984. vignette|Croiseur de classe Kresta en 1970. vignette|Frégate de classe Kashin au Maroc en 1970.

La marine soviétique est (comme encore actuellement la marine russe) divisée en quatre flottes et une flottille : La flotte du Nord : la plus importante lors de la guerre froide, stationnée dans la péninsule de Kola, au-delà du cercle polaire arctique, les bases de SNLE dans la région de Mourmansk, dont Zapadnaïa Litsa, faisaient de cette zone la plus nucléarisée de la planète. La majorité des grands bâtiments de surface et la moitié des sous-marins étaient affectés à cette flotte. La flotte du Pacifique : basée dans l’Extrême-Orient russe, principale base à Vladivostok, l’autre partie des SNLE et une partie des SNA et des navires de surfaces étaient affectés à cette flotte. La flotte de la Baltique : basée à Leningrad et à Kaliningrad, comprend des unités légères. La flotte de la mer Noire : basée principalement en Crimée à Sébastopol, comprend des unités lourdes et légères. La flottille de la mer Caspienne : basée principale à Astrakhan, comprend des unités légères.

Outre-mer, la flotte soviétique maintenait des escadres en permanence à partir des années 1970 : En Méditerranée, 35 à 40 navires en permanence, ports ouverts en Syrie, Libye et Malte. Dans l’océan Indien, 25 navires en permanence, base au Yémen et en Éthiopie. En mer de Chine méridionale, 15 navires en moyenne, base au Viêt Nam. En Afrique occidentale, 5 à 8 navires en moyenne, base en Angola. En mer des Antilles, 1 à 3 navires basé(s) à Cuba.

Missions Elle s’est vue investie d’une double mission. Tout d’abord, protéger les territoires des pays du pacte de Varsovie contre toute attaque éventuelle venue de la mer et ensuite, en cas d’offensive contre l’OTAN, neutraliser au plus vite les forces maritimes adverses et couper ses lignes de ravitaillement.

Cette stratégie a conduit à la constitution d’une redoutable flotte de guerre. Pour assurer sa vocation défensive, la marine soviétique s’est doté de nombreuses petites unités, déployées uniquement sur les eaux territoriales du bloc de l’Est. L’autre composante est au contraire susceptible d’intervenir partout dans les mers du globe : en Méditerranée, dans l’océan Indien, en mer de Chine méridionale et dans l’Atlantique Sud.

Composantes, forces et faiblesses vignette|Porte-hélicoptères classe Moskva.

Avec ses , ses plus de de tout type construit dans ses nombreux chantiers navals soit environ 3,5 millions de tonnage, ses , la flotte soviétique était dans les années 1980 véritablement imposante.

Cette course au tonnage aussi impressionnante soit-elle ne doit pas faire oublier les faiblesses de cette marine.

Les jours passés en mer sont inférieurs en nombre à ceux des principales autres marinesPhilippe Massan, Marine et Océans, Imprimerie Nationale, 1982, chapitre XV, . et l’entraînement et la formation des équipagesLa grande majorité des conscrits étaient originaires de centres urbains ou de régions à l'intérieur à terre et n'ayant pas de culture maritime. laissent à désirer.

La qualité des navires était en général inférieure à ceux de l’Ouest Les pages blanches de la Marine soviétique. ce qui avec un entraînement relativement faible conduisait (et conduit encore avec la marine russe) à de nombreux accidentsVoir entre autres la liste des accidents nucléaires..

La géographie même de l’URSS était un désavantage, ses bases navales étaient soit bloquées par la glace la majeure partie l’année comme celles dans la région de Mourmansk, soit dans des mers dont les détroits étaient sous contrôle étranger comme la mer Noire pour les installations de Crimée, la mer Baltique pour Leningrad et Kaliningrad ou sous étroite surveillance comme la mer du Japon pour les bases de Vladivostok.

Aéronautique navale

vignette|gauche|Le porte-aéronefs Kiev en 1985. Actuellement transformé en navire-musée en République populaire de Chine. vignette|Tu-142 Bear-F suivi par un F-14 de l'US Navy.

L’aviation navale soviétique était très développée mais l’immense majorité de cette flotte de dont était basée à terre. L’aviation embarquée (des Yakovlev Yak-38 Forger) à bord des de entré en service à partir de 1972 qui bien que déplaçant était inférieur en quantité et puissance de feu à celle d’un seul porte-avions américain. Un porte-aéronefs de , lAmiral Kouznetsov entra en service le peu de temps avant la chute de l’URSS. Il constitua un sérieux progrès par rapport au Kiev avec l’équivalent de la capacité du porte-avions . Un navire de la même classe fut mis en chantier mais fut vendu par l'Ukraine à la Chine en 2000 en l’état. Achevé à 70 %, reconstruit, il est en 2012, le premier porte-avions de la marine chinoise sous le nom de Liaoning (16). Un porte-avions nucléaire, l' est mis sur cale en , mais ne fut jamais terminé.

La principale force de l’aéronavale était constituée par les centaines de bombardiers et d’avions de lutte anti-sous-marine à long rayon d’action pouvant traquer l’ennemi jusqu’au milieu de l’Atlantique, celle-ci était composée de Tupolev Tu-16 Badger, Tupolev Tu-95 Bear et surtout à partir des années 1970 des Tupolev Tu-22M Backfire qui sont toujours au début du considérés comme une mortelle menace pour toute flotte qui aurait à les affronter.

Forces sous-marines vignette|K-219, un SNLE classe Yankee, trois jours après son accident.

Les sous-marins de tous types ont représenté une part majeure de la flotte avec plus de 55 % du tonnage globale dans les années 1980 ( en 1983, l’US Navy à la même époque : , soit 26 % du tonnage).