Adrienne Rich, née le à Baltimore dans l'État du Maryland et morte le à Santa Cruz dans l'État de Californie, est une poète, essayiste, critique littéraire, professeure d'université et théoricienne féministe américaine.
À partir des années 1970, une part importante de son œuvre est consacrée à son lesbianisme et à son engagement contre l'hégémonie de l'hétérosexualité comme seule norme sociale de la sexualité.
Biographie Jeunesse et formation Adrienne Cecile Rich est née le 1929, à Baltimore, dans le Maryland. Elle est la fille aînée du docteur Arnold Rich, un médecin légiste et professeur à la Johns Hopkins School of Medicine et de Helen Jones Rich, une pianiste et compositrice classique de formation. Arnold Rich est le fils d'un couple de Juifs ashkénazes, qui ont quitté l’Europe pour s'installer à Vicksburg dans le Mississippi. Helen Jones est issue d'une famille de "WASP" du Sud, qui, grâce à une bourse, a pu suivre des cours de piano et de composition à l'Institut Peabody, le conservatoire supérieur de musique rattaché à l'université Johns-Hopkins de Baltimore. C'est à Baltimore que le couple se rencontre, et ils se marient en 1925. Après leur mariage, Helen Jones Rich met fin à sa carrière artistique pour se consacrer à l'éducation de ses deux filles.
Son père, pétri de culture humaniste, traite Adrienne comme son fils, lui ouvre grand les rayons de sa bibliothèque et lui fait découvrir ses poètes préférés et plus particulièrement William Blake, Dante, Alfred Tennyson et John Keats. Adrienne Rich est encouragée par son père aussi bien pour ses lectures que pour ses premiers écrits. La relation d'Adrienne Rich avec son père sera déterminante pour son éducation et par la suite pour sa carrière littéraire.
Après ses études secondaires à la de Baltimore, elle est admise au Radcliffe College en 1947, où elle obtient son Bachelor of Arts (licence) en 1951.
La même année, elle publie son premier recueil de poèmes, A Change of World, qui est remarqué par l'écrivain et critique littéraire W. H. Auden, lui permettant d'être la lauréate du "Yale Series of Younger Poets Competition".
En 1953, elle reçoit une bourse de la fondation Guggenheim pour étudier à l'université d'Oxford au Royaume-Uni pendant un an. Après des vacances de Pâques passées à Florence elle décide de ne pas revenir à Oxford, pour continuer à découvrir la culture italienne et se vouer à l'écriture poétique. C'est pendant cette année que se déclareront les premiers symptômes de sa polyarthrite rhumatoïde.
Carrière Après la publication de The Diamond Cutters, and Other Poems, en 1953, elle traverse une crise personnelle qui dure huit ans. Pendant ce laps de temps, elle découvre Mary Wollstonecraft, James Baldwin et Simone de Beauvoir. En 1959, après son troisième accouchement, elle prend la décision de reprendre le contrôle de sa vie et de son corps.
En 1966, Adrienne Rich enseigne la poésie à l'université Columbia de New York, où elle rencontre les idées radicales qui inondent le campus, comme l'opposition à la guerre du Vietnam et celui de la libération des femmes. La même année, son mari est embauché au City College de New York. En 1968, elle obtient également un poste d'enseignant au City College dans le cadre du programme Seek qui vise à tendre la main aux étudiants défavorisés.
Dans son travail, l'engagement commence à faire surface dans son recueil de poésie Leaflets, paru en 1969, et de façon plus décisive dans ses articles qui commencent à apparaître dans des revues féministes. Son engagement politique crée une crise au sein du couple, qui entraîne leur séparation en 1970. Son mari se suicide la même année.
En 1971, elle édite son poème The Will to Change, marqué par son évolution personnelle, qu'elle étayera en 1973 avec la parution de Diving into the Wreck.
Avec Twenty-one Love Poems en 1976, elle révèle ses premières amours lesbiennes.
Elle commence sa vie de couple avec Michelle Cliff, poète et romancière d'origine jamaïcaine, en 1976. Avec sa compagne, elle devient la rédactrice en chef de la revue lesbienne Sinister Wisdom. En 1984, le couple emménage dans la ville de Santa Cruz dans l’État de Californie.
Dans la dernière partie de sa vie, les œuvres notables d'Adrienne Rich sont majoritairement des essais comme Compulsory Heterosexuality and Lesbian Existence ou On Lies, Secrets and Silence.
Ses articles abordent divers thèmes : le féminisme, la maternité, les droits civils, le pacifisme, la violence faite au femmes dans les prisons, la maltraitance envers les femmes, l’homosexualité.
Carrière universitaire 1966-68, professeur à l'université Columbia, 1968-72, professeur au City College de New York, 1972-73, professeur à l'université Brandeis 1983-84, professeur au de l'université d'État de San José, 1984-1993, professeur à l'université Stanford
Vie privée Fin 1953, de retour au Massachusetts, elle épouse un économiste, . Le couple donne naissance à trois enfants : David, né en 1955 ; Pablo, né en 1957 et Jacob, né en 1959. Ils se séparent en 1970, et Alfred H. Conrad se donne la mort quelques mois plus tard, en .
À partir de 1976, et jusqu'à son décès en 2012, à cause de sa polyarthrite rhumatoïde, elle partage sa vie avec la poète Michelle Cliff dans la ville de Santa Cruz.
Regards sur l'œuvre
Féminisme ou libération des femmes ? Adrienne Rich se méfie du terme de et de son utilisation, elle préfère utiliser le terme . Pour elle, ce dernier terme est plus susceptible de transmettre les enjeux de la lutte des femmes pour leur émancipation à la génération suivante. D'autre part, en utilisant le terme de cela signifie que les femmes sont dans des processus de libération des facteurs sociaux, économiques, culturels qui peuvent être considérés comme oppressifs envers à leurs droits.
Elle dit dans Of Woman Born: Motherhood as Experience and Institution que
Adrienne Rich parle aussi de la nécessité pour les femmes de s'unir dans son livre On Lies, Secrets, and Silence. Dans ce livre, elle a écrit :
Avec du recul sur la condition des femmes dans les années 1950 à 1970, les œuvres d'Adrienne Rich sur le féminisme apparaissent comme avant-gardistes. La manière dont elle lie la lutte pour l'égalité des droits à une nécessité pour les femmes de maximiser leur potentiel et de développer leur automatisation est une pensée novatrice pour l'époque. Elle considère en effet que la société dans son ensemble est fondée sur le patriarcat : c'est lui qu'il faut remettre en question pour atteindre de vraies avancées des droits des femmes.
La « contrainte à l'hétérosexualité » et le « continuum lesbien » L'un de ses essais les plus célèbres, Compulsory Heterosexuality and Lesbian Existencerepris dans Blood, Bread and Poetry: Selected Prose, 1979-1985, Norton, 1986 ; en français : « La contrainte à l’hétérosexualité et l’existence lesbienne », Nouvelles Questions Féministes, , , traduit par Emmanuèle de Lesseps et Christine Delphy (1980), expose sa théorie du « continuum lesbien » contre l'hétérosexisme, essai qui a eu un fort retentissement social et théorique au sein de la pensée féministe. Dans cet essai, souvent comparé à La Pensée Straight de Monique Wittig, Adrienne Rich entend problématiser l'hétérosexualité pour la dénaturaliser ; ce n'est plus l'homosexualité qui est un problème mais le modèle hégémonique de l'hétérosexualité. D'après elle, les femmes vivant sous les injonctions du régime hétérosexuel parviennent toujours à tisser des liens intimes et sentimentaux entre elles, en évoluant dans ce qu'elle nomme un « continuum lesbien » où s'exprime « un large registre d’expériences (…) impliquant une identification aux femmes ». Cette notion de continuum lesbien permet de penser les liens entre féminisme et lesbianisme, tout en explorant les diverses formes de solidarités féminines élaborées au sein des sociétés patriarcales.
Réception de son œuvre
En France Selon Charlotte Blanchard, auteure d'une thèse soutenue à l'université Bordeaux-Montaigne en 2019, l’œuvre d'Adrienne Rich est relativement peu connue par le lectorat français. Elle indique dans le texte présentant sa thèse : .
Œuvres Traductions francophones
. . Plonger dans l'épave / Diving into the Wreck. Poèmes 1971-1972 (trad. Chantal Ringuet), Montréal, Éditions du Noroît, , 130 p. ]. Le Rêve d'un langage commun / The Dream of a Common Language. Poèmes 1974-1977 (trad. Shira Abramovich et Lénaïg Cariou), Montreuil, L'Arche Éditeur, , 176 p. Recueils de poésie
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, , , , , , Prose et essais
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Articles (sélection)
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Prix et distinctions (sélection) 1950 : lauréate du prix décerné par les Yale University Press pour son recueil A Change of World, 1952 : obtention d'une bourse de recherche décernée par la Fondation John-Simon-Guggenheim, 1959 : obtention d'une bourse de recherche décernée par la Fondation John-Simon-Guggenheim, 1960 : lauréate du décerné par l'American Academy of Arts and Letters, 1961 : obtention de la créée par les exécuteurs testamentaire de la poète Amy Lowell, 1971 : lauréate du Shelley Memorial Award décerné par la Poetry Society of America, pour son recueil de poèmes The Will to Change, 1974 : lauréate du , catégorie poésie, pour son recueil de poèmes Diving Into the Wreck, prix qu'elle partage avec Alice Walker et Audre Lorde au nom de toutes les femmes, 1981 : lauréate du décerné par le National LGBTQ Task Force, 1986 : lauréate du premier , décerné par la Poetry Foundation, 1989 : obtention de la bourse Marjorie Kovler Research Fellowship décernée par la John F. Kennedy Presidential Library and Museum, 1990 : élue membre de l'Académie américaine des arts et des lettres, 1991 : élue membre de l'Académie américaine des arts et des sciences, 1992 : lauréate du Frost Award décerné par la Poetry Society of America, 1994 : obtention d'une Bourse MacArthur décernée par la Fondation MacArthur, 1996 : élection à la charge de chancelière de l'Academy of American Poets, charge qu'elle exercera jusqu'en 2001. 1996 : lauréate du Wallace Stevens Award décerné par l'Academy of American Poets, 1997 : récipiendaire de la National Medal of Arts décernée par le National Endowment for the Arts (NEA) qu'elle refuse en signe de protestation contre une démocratie américaine qu'elle juge en déclin et trop centralisée, 1999 : lauréate du Lannan Lifetime Achievement Award, décerné par la Lannan Foundation pour l'ensemble de son œuvre, 2003 : lauréate du décerné par la Fondation Bollingen de la bibliothèque du Congrès, 2004 : lauréate du National Book Critics Circle Award décerné par le , 2006 : récipiendaire de la Medal for Distinguished Contribution to American Letters (médaille pour son apport remarquable à la littérature américaine) décernée par la , 2010 : lauréate du Lifetime Recognition Award décerné par le Griffin Trust en hommage à l'ensemble de son œuvre, 2019 : cérémonie de son inscription sur le créé par la National LGBTQ Task Force, Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Articles dans des encyclopédies et manuels de référence , , , , , , , , ,
Essais Francophones ,
Anglophones , , , , , , , , ,
Articles Francophones , , , , ,
Anglophones , , , , , , , , , , , , , , , Too Much Will to Change, par Jill M. Neziri pour la revue Jacket2, 2008, , , , , , , ,
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