La tourbière de (du) Longéroux ou Longeyroux est une tourbière située sur le plateau de Millevaches, dans le département de la Corrèze et la région Nouvelle-Aquitaine. C'est une zone protégée de 255 hectares, située entre 870 et 900 mètres d'altitude, traversée par la Vézère qui prend sa source au sud-est de la tourbière. Elle se répartit sur les communes de Meymac, Saint-Merd-les-Oussines, Chavanac et Saint-Sulpice-les-Bois.

Situation géographique La tourbière est accessible depuis la route départementale 109 qui relie Meymac à Saint-Merd-les-Oussines. Un parking permet de se garer aisément en bord de route, autant pour accéder au site lui-même que pour en admirer une des plus belles vues panoramiques.

Protection de la nature Le site est soumis à arrêté préfectoral de protection de biotope le . Il est site inscrit depuis le , et est compris dans le périmètre de la zone Natura 2000 Landes et zones humides de la Haute-Vézère.

Patrimoine naturel La tourbière est une zone humide structurée par la présence de sphaignes, des mousses qui s'accumulent pour former la tourbe. Celle du Longeyroux s'est formée par le comblement d'un étang, situé dans une alvéole granitique. Le site est principalement couvert de lande tourbeuse.

Datation de la sédimentation Un carottage de la tourbière du Longéroux a été réalisé en 1980 par une équipe de chercheurs qui s’est attachée à faire des analyses polliniques et des datations au carbone 14 (14C). Le sondage a permis de traverser de tourbe (profondeur jugée moyenne) qui, outre les variations de la flore au cours des âges, date le plus ancien de la sédimentation tourbeuse autour de ans. Cette étude ne dit pas si des corrections de calibrages, aujourd’hui couramment admises dans ce genre de datation au 14C, ont été appliquées. Dans tous les cas, il semble que la datation de la tourbière à ans, souvent lue ou rencontrée (par exemple sur les panneaux pédagogiques présents sur le site), puisse être légèrement exagérée. La publication de cette étude s’est faite sous forme d’une note, remise le dans les Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences., mais aussi la même année, dans le Bulletin de l’Association française pour l’étude du quaternaire.. Résumée sur trois (petites) pages et usant d’un vocabulaire plus accessible au grand public, on trouve encore sa trace, neuf ans plus tard, dans une petite plaquette aujourd’hui disponible en ligne ..

Mosaïque de milieux Les 255 hectares du Longéroux en font la plus grande tourbière du Limousin ; cependant le milieu naturel n'est pas homogène sur toute son étendue. La grande majorité des surfaces (environ ) sont recouvertes par de la lande tourbeuse. Celle-ci est complétée par des buttes de lande sèche à bruyère et de nombreux habitats d'intérêt patrimonial : tourbière haute active : le qualificatif de « haute » indique l'épaisseur importante de tourbe, le sol est couvert de mousses, avec quelques drosera rotundifolia (plante carnivore) qui apparaissent par endroit ; tourbière de transition (tremblant) : formée de radeau de sphaigne lié par les systèmes racinaires de trèfle d'eau ou de potentille des marais ; Sur les zones plus sèches, notamment les versants, on trouve lande sèche à callune ; cette formation abrite plus anecdotiquement le Genêt Genista pilosa , la Myrtille, la potentille Tormentille, la Gentiane jaune et Arnica montana. pelouses majoritairement composées de Festuca rubra, Agrostis capillaris ou Deschampsia flexuosa ; elles sont plus rarement dominées par le « Nard » (Nardus stricta), c'est alors un habitat d'intérêt pour la biodiversité.

Faune La faune y est représentée par : Le lézard vivipare. La vipère péliade. Le pipit farlouse. Le circaète Jean-le-Blanc (Circaetus Galicus) : un rapace diurne de la famille des Accipitridés dont le régime alimentaire est spécialisé dans la consommation de serpents Sa silhouette ressemble à celle d'une grosse buse. Ses ailes et sa queue sont larges et son ventre est clair tandis que sa poitrine et sa tête sont plus sombres. Il se nourrit presque exclusivement de serpents. Si le site du Longéroux peut sembler à priori, assez inhospitalier à une espèce comme la Loutre, la tourbière est aussi parcourue par de l’eau courante, tant en provenance de la Vézère que de tous les petits cours d’eau alentour qui forment un réseau hydrographique dense et complexe. Aussi discrète que puisse être l’espèce par nature, il est donc assez courant de pouvoir constater ses traces ou ses épreintes. La pureté des eaux, ici particulièrement notoire, permet encore aux truites fario de se reproduire et, en conséquence, aux loutres de s’en nourrir.

Tourisme La zone humide peut être explorée en empruntant :

Le sentier dit « des Linaigrettes », parcours aisé d'un kilomètre (balisé de flèches blanches), traversé en une heure de marche sur caillebotis et ponctué de bornes pédagogiques. Les stations marquées sont : Lecture du paysage. Processus de formation de la tourbe. Flore adaptée au bas marais acide. Feu follet et farfadets. Livre ouvert sur les archives biologiques. Le tourbage familial. Paysage traditionnel et landes à callune.

thumb|left|150px|Balisage du Sentier des Bruyères.Le « sentier des Bruyères », promenade de neuf kilomètres, d’une durée de quatre heures environ, traversant par deux fois la Vézère naissante sur deux petits ponts de bois et disposé de neuf stations d’interprétation. Le balisage est assuré par de gros blocs de pierre où se trouvent gravées une fleur de bruyère et une flèche de direction mauve. Pour être notoirement plus important, le dénivelé de ce circuit rend le trajet moins accessible que le précédent.

La portion de départementale 109 passant devant le parking de stationnement automobile fait aussi office de chemin de petite randonnées (balisé en bleu) d’un circuit commençant et finissant à Saint-Merd-les-Oussines et égrenant le site des ruines gallo-romaines des Cars, les villages des Maisons, des Rioux et de Celle. Il est donc possible, à cet endroit-là, de compléter le parcours par une digression de choix, illustrant particulièrement la préservation et l’exemplarité écologique du lieu.

Histoire locale, légendes, et patrimoine disparu Dans la perception qu’en ont les personnalités locales, historiques ou actuelles, le Longéroux est suffisamment étendu pour se subdiviser en plusieurs (petits) « territoires », toujours anthropologiquement répertoriés. La carte IGN garde encore la trace des emplacements nommés « La chapelle » ou « Les cent pierres ». Dans cette zone de 255 hectares, ces emplacements ne sont, bien entendu, pas nommés au hasard mais correspondent à des toponymes influencés très naturellement, ou par l’histoire, ou par la géologie du lieu.

La chapelle thumb|right|Carte de Cassini en Haute-Corrèze (plateau de Millevaches). L’évocation la plus ancienne de cette chapelle se trouve dans le pouillé historique du diocèse de Limoges qui, bien que de façon très évasive, nous instruit qu’une certaine Agnez de Separel, veuve de Gérald de Lorbane, « fut unie à ce prieuré, dont le revenu était très modique, par bulle du 1er septembre 1463 »On suppose évidemment qu’il s’agit là d’une bulle épiscopale (et non pontificale), en l’occurrence de Jean de Barton, évêque de Limoges à cette époque.

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Autant la carte de Cassini que le cadastre ancien de 1825Consultable sur le site des archives départementales de la Corrèze, commune de Meymac, section B2 : « du Longeyrou » font référence à une chapelle sise en pleine tourbière du Longéroux. La carte du diocèse de Limoges, établie par Jean-Baptiste Nolin à la fin du ou au début du , la représente aussi comme une « Chapelle de Devotion »Marquée « Longeyrou » dans l'Archipretré de St Exuperi. Coordonnées sur la carte elle-même (basées sur le méridien de l'île de Fer) :  Est ;  Nord.. Sur place, il ne reste actuellement (2025) que très peu de traces, tout au plus devine-t-on un tas de pierres qui ne permet plus de se faire une idée des délimitations de la moindre élévation. Or le toponyme-même du village le plus proche, Celle, laisse penser que le lieu (ou ses environs immédiats) fut dévoué, ou à un prieuré, ou à un lieu de prière, sans doute dès les premiers siècles de notre èreIn , page 46 :.

Dans tous le courant du , le village de Celle subira une sorte de campagne de reconstruction, où les nouveaux bâtiments seront souvent datés explicitement. Dans ce contexte, comme il est encore extrêmement courant à l’époque, beaucoup de pierres du prieuré du Longéroux voisin seront récupérées, faisant fi de tous les usages religieux auxquels elles étaient précédemment dédiées. L’autel de la chapelle fait donc encore aujourd’hui office de pied-droit de cheminée (cantou) d’une des maisons du village et les jambages de sa porte d’entrée () furent récupérés à l’usage d’une porte d’étable. La cloche de la chapelle, datée du , est placée sur un portique au centre du village depuis 1972La cloche de Celle.

Les traditions locales reportent la présence d’une statue, en bois, représentant sainte Madeleine et provenant du prieuré du Longéroux, pourvue de son attribut habituel par le pot de parfum qu’elle tenait. Elle était exposée à l’extérieur, dans une niche d’une des maisons du village de Celle, aujourd’hui détruite. La statue fut volée à la fin des années 1960. La chapelle du Longéroux était donc bien dédiée à Madeleine, comme le confirme la carte de CassiniNoté « Ste Magdelaine » sur la carte, au nord-est du village noté « La Celle »., encore évoquée par Joseph Treich-Laplène dans son texte sur « Meymac et son abbaye »Joseph Treich-Laplène, Meymac et son abbaye. Études historiques, dans Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, 1886, tome VIII, , , , , 1887, tome IX, , , Brive, Marcel Roche, imprimeur-éditeur. : Le musée d’archéologie et du patrimoine de Meymac possède enfin, dans ses réserves (non exposé), un trio sculpté d’une Vierge à l’Enfant avec un ange, trouvé par un particulier en labourant un champ à l’endroit-même de la chapelle du LongérouxLes drapés laissent penser que la sculpture date du et les têtes des trois sujets sont toutes absentes (décapitées), ce qui engage encore à supposer, sans que ce soit pleinement acquis, que la mise en terre de ce trio date de période de la Révolution française..

Les cent pierres La place est propice aux légendes tant les pierres qui affleurent du marais ont une taille humainement démesurée et sont éparpillées dans un chaos qui ne peut que laisser libre cours à l’imagination fertile. Une des hypothèses qui explique cette formation laisse croire à l’échappée de morceaux granitiques des puys voisins durant les périodes glaciaires. Si cette hypothèse reste à devoir être étayée, il est acquis que c’est dans ce type de blocs de granite que fut taillé, au , le fameux « bac des Cars » voisin (moins de à vol d’oiseau).

Dans un article consacré aux rochers à cupulesRochers à Cupules sur le Plateau de Millevaches (Corrèze), Marius Vazeilles, Bulletin de la Société préhistorique française, 1948, tome 45, (Persée)., Marius Vazeilles évoque la légende des « Cents Pierres », sans donner beaucoup de détails, particulièrement sur sa source :

Avec plus de générosité littéraire, Joseph Treich-Laplène raconte une tout autre histoire, beaucoup plus savoureuse, et prenant sans doute sa source à des racines plus anciennes :

La font bulidière Encore largement présente dans les mémoires locales, La font bulidière est aussi évoquée par Marius Vazeilles :

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Plateau de Millevaches Parc naturel régional de Millevaches en Limousin Conservatoire d'espaces naturels du Limousin Tourbière de la Mazure Ruines gallo-romaines des Cars

Liens externes La tourbière sur le site du CREN Le plateau de Millevaches sur le site lacorreze.com . .

Longéroux Tourbière de Longéroux Catégorie:Hydrologie en Corrèze