Colombey est un ancien village ainsi qu'une ancienne seigneurie et paroisse du Pays messin. Commune éphémère du département de la Moselle, elle est annexée en 1812 à la commune de Coincy.
Le village a disparu entièrement. Les caves et fondations du château de Colombey, brulé en 1870, subsistent dans le parc à bestiaux de l’exploitation agricole reconstruite au . Les ruines de l’église Saint-Nabor, ancienne chapelle castrale, se trouvent en bordure de forêt en allant vers Coincy. Il reste également quelques-unes des essences rares plantées là par la famille de Tschudi. En remontant vers le quartier de Borny, l’allée des morts, jonchée de monuments commémoratifs, rappelle le théâtre de la bataille de Borny-Colombey du .
Géographie Le village de Colombey se situe à l’est de Metz, entre le quartier Borny et Coincy.
Toponymie
Le nom du village a varié au fil du temps, on trouve dans les archives : 940 : Colombarium (das Reichsland Elsass-Lothringen, t. III, Ortsbeschreibung, 189) 1276 : Colombiers (observations séculaires par Paul Ferry I, 265) 1285 : Collambiers (Wichmann, t. IV, 227) 1307 : Columbiers (archives de l’hôtel de ville de Metz AA, app. au St siège) 1330 : Collenbey (cartulaire de la cathédrale Saint-Étienne de Metz) 1404 : Collenbey (liste des villes) : Coulembey (manuscrit de Jean AubrionPaul de Mardigny, Dénombrement des villages et gagnages des environs de Metz au commencement du , dans les Mémoires de l’Académie impériale de Metz, vol. XXXVI, 1855, 487) 1544 : Colembei, Colombey, Columbeyo, Colombeyio (pouillé de Metz) 1552 : Colombé (chronique en vers sous le nom de Jean le Chatelain ancien) 1610 : Colombe (Nova territorii Metensis, Abraham Fabert Fabert, également sur une autre carte de 1617Gallica — Abraham Fabert, Description du Pays Messin et ses confins…, 1617 et sur une carte du pays messin de N. Tassin et N. Berey de 1648) 1635 : Collombé (Journal de Jean Bauchez, greffier de justice de l’abbaye Saint-Symphorien) 1656 : Colombey (carte du diocèse de Metz de Nicolas SansonGallica — Nicolas Sanson, Mediomatrici. Archidiaconés de Metz…, 1656.) 1766 : Colombé (carte de France par CassiniCésar-François Cassini de Thury, Carte générale de la France – 141. Metz. Consulté le 30 mai 2015.) 1779 : Colombey-aux-Belles-Femmes (Descr. de la Lorr.).. Colombey dérive du substantif latin , qui désigne soit un pigeonnier, soit un tombeau ou caveau funéraire. Il est difficile de trancher. C’est le mot columbarium, « pigeonnier », qui a fourni malgré tout le plus de toponymes.
A l'époque Mérovingienne, il aurait existé une gynécée, surnommé colombarium, qui serait à l’origine de l’appellation du village. Cet établissement abritait des femmes esclaves, les « colombes ». Vers 950, la biographie de Glossinde par Jean, l’abbé de Saint-Arnould, nous dit que la « dame » () qui possédait la « villa aux colombes » (en latin ) était venue à Metz se faire guérir de ses hallucinations en priant le tombeau de sainte Glossinde. Le propriétaire était certainement un noble personnage puisqu’alors seuls les seigneurs avaient le droit de posséder un colombier.
Au milieu du siècle, Colombey est du ressort du bailliage de Vézelise. Le village est alors appelé « Colombey-aux-Belles-Femmes » sans que l’on sache pourquoi. Le village aurait demandé à écourter son nom au pour ne plus s'attirer les quolibets des militaires de passage..
Histoire Origine du village On suppose que le village existait avant l’époque romaine. On a en effet retrouvé à Colombey un ensemble de mardelles qui devaient probablement supporter des huttes sur pilotis.
En tout cas, il est certain que Colombey existait à l’époque romaine et on peut s’imaginer un colombier monumental (en latin ) comme les Romains avaient l’habitude d’en construire : de vastes édifices à la campagne qui servaient à élever plusieurs milliers de pigeons ou de colombes. Ils avaient beaucoup plus d’importance que nos pigeonniers modernes.
Colombey étant situé sur la voie romaine de Metz à Mayence (à l’époque de Divodurum à Moguntiacum), il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un majestueux colombier, dépendant d’une villa romaine, s’éleva là. On pouvait voir en 1993, au moment du chantier des travaux de rectification du tracé de la route de Sarrebruck, juste derrière Colombey, une portion de cette voie romaine dégagée par les bulldozers. Colombey devait former un ensemble de cabanes au milieu desquelles s’élevait une grande tour surmontée d’un pigeon en métal.
Vers 756, Chrodegang, évêque de Metz, rapporta des reliques de saint Nabor qu’il avait rapportées de Rome. Il les déposa au monastère d’Hilariacum ou Nova Cella, qui devint de ce fait Saint-Nabor qui forma l’agglomération que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Saint-Avold. L’évêque Angilram (768-791), ancien profès de saint Nabor et enterré dans ce monastère, entretint cette dévotion. On peut admettre qu’à cette époque déjà, un oratoire a été édifié à Colombey ou qu’il existait une relation avec le monastère de Saint-Avold lorsque fut bâtie l’église Saint-Nabor de Colombey.
Terres de l’abbaye de Senones upright 1|thumb|Église Saint-Nabor de Colombey. D’après Dom Calmet, abbé de Senones au , l’abbé de Senones, au diocèse de Toul, était collateur de la cure, patron et décimateur de Colombey d’après des titres des années 1111, 1123 et 1152Dom Calmet, Notice de la Lorraine, Colombei et Coincy. Au Pays messin., 1756, seconde édition 1840, 213-214..
En 1111, l’empereur Henri V, se trouvant à Strasbourg, délivra aux religieux de l’abbaye de Senones, une charte confirmant la propriété de la terre de Colombey : « »L’église Saint-Hilaire qui est adossée au pont Rhinmont depuis Sainte-Barbe fut renversée par le duc de Guise en 1552, lors de sa défense de Metz contre Charles Quint. - Actum Argentinoo VIII Kalindas Octobri. ».
Une bulle du pape Calixte II datée du IV des nones d’avril 1123 confirme à l’abbé Antoine de Pavie les biens et privilèges de Senones et cite « » L’église de Colombey, avec deux maisons…. De même dans une bulle du pape Honorius II du VII des ides d’avril 1125, ainsi que dans une bulle du pape Eugène III en 1146 et dans une autre du pape Alexandre III, le . Toutes ces bulles papales vinrent renforcer la bulle impériale de 1111 en y ajoutant deux fermes d’une douzaine d’arpents chacune.
En 1124, Jean d’Apremont, évêque de Metz, en donna la dîme et l’église à l’abbé de Senones du consentement du prince, du doyen et de tout le chapitre de l’église de MetzAugustin Calmet, « Histoire de l’abbaye de Senones » dans le Bulletin de la Société philomatique vosgienne, L. Humbert (Saint-Dié), 1877-1881, 69-70.. En novembre 1224, une charte de Jean, primicier du chapitre de Saint-Paul de la cathédrale de Metz, dit : « » ; le Princier, le Doien et tout le chapitre de la cathédrale donnent leur consentement à la donation faites par l’évêque de la cure de Colombey à l’abbaye de SenonesAugustin Calmet, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k103489d Histoire de l’abbaye de Senones ([Reprod.]) / manuscrit inédit de Dom Calmet dans le Bulletin de la Société philomatique vosgienne, L. Humbert (Saint-Dié), 1877-1881, 109...
Le clocher de l’église, subsistant parmi les ruines, est daté du . Dès lors, la cure de Colombey dessert les villages de Colombey, Coincy et Aubigny et est le siège pendant tout le Moyen Âge d’une importante paroisse de l’archiprêtré de Noisseville.
Au début du , c’est un sire de Craincourt qui est le voué de Colombey et en 1246, Isabelle, dame de Craincourt, et son fils Thierri vendirent tout ce qu’ils possédaient à l’abbaye de Senones.
En 1276, le chapitre de Saint-Arnould vend à la léproserie de Vallières « tout l’héritage que le Chiese deu Sainct Arnvald possédait aux fins de Colombier ».
1279 : vente ou admodiation des biens de Colombey pour 25 ansAugustin Calmet, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k103489d Histoire de l’abbaye de Senones ([Reprod.]) / manuscrit inédit de Dom Calmet dans le Bulletin de la Société philomatique vosgienne, L. Humbert (Saint-Dié), 1877-1881, 431..
En 1293, Baudoüin (ou Beaudouin), abbé de Senones, se sépare des terres de la seigneurie de Colombey et de certains bans à l’est de Metz (Montoy, Aubigny, Borny, Ars et Coincy). Il vend à deux Messins, Stévenin fils de Pierson Billerois (Billeron) de Chatel, toutes les terres qu’il possédait à Colombey et à Coincy, se réservant le droit de patronage, la grange aux dimes, située au milieu du village, et le droit de percevoir la dîme — grosse et menüe — comme décimateur de l’église paroissialeAugustin Calmet, [https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k103489d Histoire de l’abbaye de Senones ([Reprod.]) / manuscrit inédit de Dom Calmet dans le Bulletin de la Société philomatique vosgienne, L. Humbert (Saint-Dié), 1877-1881, 162., droit qu’ils devaient conserver jusqu’à la Révolution. Les curés de la paroisse de Colombey ont d’ailleurs tous été nommés par l’abbé de Senones jusqu’en 1789.
En 1296, les bénédictins de Senones assuraient pour subsister au curé de Colombey, « au sacerdos comme beuverot », un champ situé au Sablon près de la fontaine de Saint-Goëris.
Saccages, pillages et incendies de 1400 à 1870 Le , à la fin de la « guerre de la hotté de pommes », Colombey ainsi que plusieurs villages alentour sont incendiés par deux corps d’armée de Badois et de Bavarois alliés au duc Charles II de Lorraine en guerre contre les seigneurs lorrains et qui désirait s’emparer de MetzSociété lorraine des études locales, Textes d’histoire lorraine – Du à nos jours, deuxième éd., Nancy, 1933, 43.. Un dénombrement est fait et le lieu appartient depuis 1404 à Jehan Renguillon, maître-échevin de Metz en 1392, 1404 et 1416. L’endroit compte alors 9 feux, 25 chevaux et 53 bêtes cornuesPaul de Mardigny, Dénombrement des villages et gagnages des environs de Metz au commencement du , dans les Mémoires de l’Académie Impériale de Metz, 1855, 430-523..
En 1461, le village appartient aux bénédictins de Saint-VincentJean Louis Claude Emmery, Villes et villages du Pays messin dans Catalogue des manuscrits et documents originaux relatifs à l’histoire de la ville de Metz et du pays messin depuis le jusqu’au , 17..
Le hameau renaissait à peine de ses cendres quand les bandes allemandes de Franz von Sickingen le ravagèrent durant le siège de Metz de 1518.
En novembre 1552, ce ne sont plus seulement les Brandebourgeois mais les troupes de tout l’empire que Charles Quint et le duc d’Albe Ferdinand Alvare de Tolède, assiégeant Metz, amassaient aux environs de la cité. Sous les ordres du duc d’Albe, ils pillèrent et brûlèrent outre Colombey, la Grange-aux-Bois, Mercy-le-Haut, Véry, Frontigny, Pouilly et Fleury, dans le Saulnois et le Haut Chemin.
La guerre de Trente Ans (1618-1648) ne devait pas épargner Colombey ni aucun des villages du plateau : en 1635, les Impériaux, conduits par le général Gallas, se ruèrent sur les plaines du Haut Chemin pensant entrer dans Metz sans coup férir mais furent arrêtés à Flanville par les troupes que le duc Bernard de Saxe-Weimar, allié de la France, avait installées dans les forêts de Colombey. « Des corps de gardes avancées dudit Gallas estoient aupprès de Flanville et celui des Francoys à Collombé » Journal de Jean Bauchez, griffier au ..
De nouveaux désastres attendaient Colombey et tout le Haut Chemin : le , la ville de Metz étant dégarnie de troupes, un « corps de soudards hongrois et de pandours bohème » commandé par Gröwenstein (Gravestein) tenta de surprendre Metz. Mais, selon l’expression du temps, « Metz n’était pas un morceau à avaler d’un coup ». Il se retira en pillant et brûlant tout ce qui lui tombait sous la main. Aubigny eut six maisons brûlées, Borny six, Coincy six également ; Colombey en eut trois et ce fut de même dans tous les villages du Haut Chemin.
Le , deux régiments prussiens et des cosaques russes, avant-garde de la première invasion, occupent et pillent Borny, Colombey et Grigy.