Guy Latraverse, né le à Chicoutimi (Québec) et mort le , est une figure immense de l’industrie de la musique, du spectacle, du disque et de la télévision au Québec, industrie qu’il a grandement aidé à bâtir.
Agent d'artistes, producteur et/ou concepteur de spectacles et d’émissions de télévision, il est surtout connu pour ses activités dans la chanson, l'humour et les spectacles de variétés. Il a produit plusieurs chanteurs québécois qu’il a propulsés au sommet et son nom est souvent associé à ceux, entre autres, d’Yvon Deschamps, de Robert Charlebois, de Diane Dufresne, de Jean-Pierre Ferland, de Jean Lapointe, de Daniel Lemire et de Claude Dubois.
Tôt dans les années 1960, il crée un réseau de salles pour les tournées d’artiste au Québec et dès 1964, il fait venir d’Europe des artistes au sommet de leur gloire dont Charles Aznavour, Mireille Mathieu, Michel Fugain, Petula Clark, Léo Ferré, Dalida. Il est à la base de grands événements culturels dont le spectacle J'ai vu le loup, le renard, le lion sur les plaines d’Abraham, le concert 1 fois 5 sur le mont Royal et Magie rose au Stade olympique de Montréal.
Diagnostiqué de trouble bipolaire (maniaco-dépression) au milieu des années 1980, il s’investit, depuis plus de 40 ans, dans la démystification de la maladie mentale en produisant des documentaires et des émissions d’humour sur le sujet. En télévision, il a produit au-delà de 1 000 émissions.
Surnommé le « père du show-business », Guy Latraverse est décrit par la parolière et scénariste Mouffe (Claudine Monfette) : « … il exerce le métier de producteur, mais avec la sensibilité et la créativité d’un artiste».
Il est le frère de la comédienne Louise Latraverse.
Biographie Guy Latraverse naît à Arvida. Il est l’aîné de la famille de quatre enfants. Ses parents sont Roger Latraverse (1914-1979) et Fernande Gagnon (1916-1998). Son père est un cadre de l’aluminerie d’Arvida et la famille vit dans le quartier anglophone d’Arvida.
Il fait son primaire au Collège Saint-Joseph, établissement tenu par les Frères de l’instruction chrétienne. Il commence son cours classique au Collège de Lévis, puis revient à Arvida pour finalement, en , entrer comme pensionnaire au Collège Saint-Laurent. Il devient rapidement connu dans cet établissement : il participe à la chorale, joue dans certaines pièces de théâtre et il devient « l’organisateur principal du collège, tant pour les sports que pour les activités culturelles ».
Faisant preuve de grande qualité de leadership, il est élu président de l’Association des étudiants du collège en 1958. Après que ses parents aient fait faillite et aient déménagé à Chomedey (Laval), il retourne vivre avec eux et devient un étudiant externe au collège.
Années 1960 Guy Latraverse obtient son baccalauréat ès arts en 1961 et s’inscrit à l'École des hautes études commerciales. Il se dirige vers une carrière en droit international. Mais il abandonne ses études après un semestre « … pour supporter sa mère, son frère, ses deux sœurs, parce que le père de la famille, « gravement malade d’alcoolisme », n’y parvenait plus ».
À l’hiver 1962, il effectue des travaux de dactylographie et de comptabilité au bureau de relations publiques de François Zalloni. Mais sa vie va être complètement modifiée lorsqu’il fait la rencontre de l’auteur-compositeur-interprète Claude Léveillée qui fréquente sa sœur Louise Latraverse. Léveillée lui demande de s’occuper de l’administration de ses affaires. Guy accepte et rapidement d’autres artistes lui font la même demande. Puis, en , Guy Latraverse devient « officiellement » agent artistique quand il négocie le contrat de Claude Léveillée avec l’Auditorium du Plateau (Montréal). Plus qu’un agent, il conseille aussi l’artiste sur ses contrats de scène et de disque.
L’année suivante, il se marie avec Michelle Dionne et il crée Les Productions Guy Latraverse. C’est la période où il agrandit son réseau d’artistes et il s’occupe aussi de Pierre Calvé, Pauline Julien, Claude Gauthier entre autres. Il « commence à produire lui-même des spectacles » et il organise la première tournée de Jean-Pierre Ferland qui aura lieu à travers le Québec en 1964 : il trouve des salles pour les spectacles et ce système servira de base au réseau actuel. Guy Latraverse voit grand pour Claude Léveillée et il réussit à le convaincre de faire la « Grande salle » (aujourd’hui nommée salle Wilfrid-Pelletier) avec ses 3000 places à la Place des Arts. Le chanteur accepte et, en , il donne son récital sur cette scène. Ce faisant, Guy Latraverse établit trois grandes premières dans l’industrie de la musique: la première fois qu’un artiste québécois donne un spectacle solo à la Place des Arts, la première fois qu’un spectacle est enregistré pour la télévision à la Place des Arts et enfin, la première fois qu’un album de musique est enregistré en direct pendant une performance au Québec. Et c’est la maison de disques Columbia qui fait cet enregistrement qui donne l’album Claude Léveillée à la Place des Arts (en haute fidélité garantie).
Un mois plus tard, il produit le Gala de l’Indépendance au Forum de Montréal pour le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) dont il partage les idées politiques. Claude Léveillée, Joël Denis, Monique Leyrac, Pierre Létourneau et Gilles Vigneault comptent parmi la trentaine d’artistes. Toujours la même année, Guy Latraverse organise la tournée de deux mois du chanteur français Guy Béart au Québec. En 1965, il fait sa première faillite. Puis, il reprend les affaires en créant les Productions Spex. C’est la fin de son mariage avec Michelle Dionne. Cette année-là il supervise l’artistique du deuxième gala du Rassemblement pour l’indépendance nationale avec, comme artistes, Claude Léveillée, Pauline Julien, Renée Claude, Jean-Guy Moreau, Monique Leyrac, les Cyniques, Claude Gauthier, etc. Profitant de l’Exposition universelle de 1967 à Montréal, il produit plusieurs spectacles dont celui de Mireille Mathieu à l’Expo-Théâtre et la revue Prestige de Paris au Jardin des étoiles où se mêlent chanteurs, acrobates et danseuses.
Yvon Deschamps — qu’il connaît grâce à sa sœur Louise Latraverse — joue dans L’Osstidcho au Théâtre de Quat'Sous et il convainc Guy Latraverse de produire le spectacle qui vient de prendre fin. Après avoir joué à la Comédie-Canadienne, L’Osstidcho King Size part en tournée à travers le Québec en 1968 et se termine à la Place des Arts en . Ce spectacle, reconnu par tous comme celui qui a révolutionné la chanson québécoise, fait connaître Robert Charlebois, Yvon Deschamps, Mouffe (Claudine Monfette), Louise Forestier et le Quatuor de jazz libre du Québec. Dès l’année suivante, Guy Latraverse devient l’agent de Robert Charlebois (1969-1977) et d’Yvon Deschamps (1969-1994).
Années 1970 Guy Latraverse fait sa deuxième faillite en 1970 avec les Productions Spex. Se relevant de cette faillite, il crée Kébec Spec compagnie qui produit et diffuse les spectacles d’artistes tels Jean Lapointe, Diane Dufresne, Claude Dubois. Il se marie avec Catherine Haller en 1972 et sa première fille, Zoé Latraverse, naît.
Dans les années qui suivent, il présente plusieurs grands spectacles à la Place des Nations de l’île Sainte-Hélène (Montréal) : en 1974, Frank Zappa & The Mothers of Invention, Joni Mitchell, Jose Feliciano entre autres en plus de présenter plusieurs artistes québécois dont Diane Dufresne, Harmonium, Claude Dubois et Beau Dommage et, en 1975, Peter Frampton, Chick Corea, James Taylor, Johnny Hallyday et Sylvie Vartan.
Les années 1970 sont une décennie très importante pour Guy Latraverse qui va produire d’énormes événements : J’ai vu le Loup, le Renard, le Lion (1974) (gala d’ouverture de la Superfrancofête) avec Robert Charlebois, Gilles Vigneault et Félix Leclerc sur les plaines d’Abraham devant ; Michel Fugain et le Big Bazar pendant 21 soirs à guichets fermés à la Place des Arts (1974) ; le spectacle 1 fois 5 (1976) avec Claude Léveillée, Gilles Vigneault, Yvon Deschamps, Jean-Pierre Ferland et Robert Charlebois, présenté d’abord au parc du Bois-de-Coulonge devant environ puis au lac aux Castors sur le mont Royal devant . Vers la fin de cette décennie, il fonde — avec d’autres personnes de l’industrie de la musique — l’Association québécoise de l’industrie du disque, du disque et de la vidéo (ADISQ) et il agit comme producteur délégué pendant 8 ans pour les galas annuels diffusés à la Société Radio-Canada. En , son père décède. La même année, il est honoré au premier gala de l’ADISQ, comme producteur de spectacles de l’année.
Années 1980 Guy Latraverse quitte sa femme Catherine Haller et continue son travail de producteur de grands événements en présentant au Forum de Montréal le spectacle J’me mets sur mon 36 de Diane Dufresne (qui devient la première chanteuse québécoise à se produire solo à cet endroit) et celui de Claude Dubois qui descend du toit au bout d’un fil de fer vêtu d’un peignoir et des gants de boxe pour atterrir sur la scène en forme de ring. En 1983, c’est la faillite de Kébec Spec. Il crée alors Artistes et associés ajoutant à ses activités la production de spectacles de télévision. En 1984, au Stade olympique de Montréal, il produit l’immense spectacle de Diane Dufresne Magie rose où la majorité des sont habillées en rose pour l’occasion.
En 1985, il fait la rencontre de Monique Dufresne. La même année, après une tentative de suicide, il est hospitalisé pendant six semaines dans la section psychiatrique de l’Hôtel-Dieu de Montréal. Il est diagnostiqué de trouble bipolaire (psychose maniaque dépressive) et on lui prescrit du lithium qui lui redonne une vie normale. À sa sortie d’hôpital, il retourne chez SogeStalt 2001 et se concentre sur la production d’émissions spéciales de télévision seulement. En 1988, il reçoit deux belles nouvelles : la naissance de son fils Simon et le Félix hommage à l’ADISQ. L’année suivante, avec Alain Simard et Jean-Louis Foulquier, il crée les FrancoFolies de Montréal qui ont lieu chaque année au mois d’août. « En 25 ans, j’ai produit pour les FrancoFolies 130 émissions de télévision, également divisées entre captations et conceptions/productions… ». Il produit la même année l’émouvante émission mi-documentaire mi-variétés Rendez-vous doux avec Gerry Boulet qui est dans les derniers mois de sa vie. Toujours la même année, il produit le spectacle de clôture des FrancoFolies de Montréal Bonjour la visite ! : ce gala de la Communauté des télévisions francophones, présenté le au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, est retransmis sur 7 chaînes de télévision dans la plupart des pays membres de la Communauté, en Europe comme en Afrique. Animé par Michel Rivard, les artistes sont Robert Charlebois, Véronique Sanson, Maurane, Martine St-Clair, Patricia Kaas, Mitsou, Elsa Lunghini, Chantal Gallia, Philippe Lafontaine et les groupes Malavoi et Loketo. Et Guy Latraverse dit de ce spectacle : « Je n’ai jamais rien produit de si gros » au Québec.
Années 1990 En 1990, aussi pour la Communauté des télévisions francophones, Guy Latraverse travaille sur la monumentale émission Mission Apollo à Harlem, New York où il dit de lui-même qu’il n’est qu’un exécutant. Pourtant, il a la responsabilité d’amener des artistes de la France, de la Belgique, de la Suisse, des Antilles, de la Guinée française et du Québec à New York. Parmi ceux-là, il y a Vanessa Paradis, Philippe Lafontaine, Stephan Eicher, le groupe Kassav, Mory Kanté, Kashtin et Roch Voisine.