Le Culpeau ou Culpeo (Lycalopex culpaeus), également connu sous le nom de Loup, Chacal ou Renard de Magellan ou des Andes, est une espèce de mammifères carnivore de la famille des canidés. Bien qu’il soit désigné sous le nom de « renard » en raison de son apparence particulière, due à un processus de convergence évolutive de par une écologie comparable, il fait partie d’un genre bien plus proche de celui des loups et des chacals (Canini) : Lycalopex, qu’il partage avec d’autres espèces de canidés d’Amérique du Sud.
Le régime alimentaire du culpeau est principalement composé de rongeurs, lapins, oiseaux et lézards. Il consomme également des végétaux et des charognes. Il lui arrive parfois de s’en prendre à des flamants des Andes ou à de jeunes vigognes. Le culpeau s’attaque parfois à des moutons, ce qui lui vaut d’être chassé ou empoisonné dans certaines régions. Bien que l'espèce ait disparu localement dans certaines zones de son aire de répartition, elle n’est pas considérée comme globalement menacée d’extinction.
Cette espèce est d’autant plus remarquable qu’elle a fait l’objet d’une domestication analogue à celle du chien, par le peuple Selknam de la Terre de Feu, ce qui a donné naissance au chien des Fuégiens, une forme domestique qui a disparu probablement à la fin du ou au début du .
Dénominations Nom scientifique valide : Lycalopex culpaeus (Molina, 1782) ; Nom vernaculaire normalisé espagnol : Zorro culpeo ; Nom normalisé anglais : Culpeo, Andan fox ; Noms typiques en français : Culpeau (UICN), Renard de Magellan (RLRQ)L’appellation « renard de Magellan » est la plus utilisée en français. Cependant, elle n’est censée désigner que la sous-espèce L. c. megellanicus. , Renard colfeo (CITES) ; Noms vulgaires : Renard Culpeo, Renard des Andes, Renard andinMurray Wrobel (éd.), Elsevier’s Dictionary of Mammals: in Latin, English, German, French and Italian, Elsevier Science, 18 novembre 2006, 868 p. — index des noms français, nom vernaculaire en français « Culpeau ». ISBN 978‑0444518774., Loup de Magellan, Chien de Magellan, Chacal de Magellan (Vieilli) ; Noms vernaculaires : Culpeo, Colpeo, Culpeu (Vieilli).
Taxonomie vignette|gauche|Illustration du « Canis Magellanicus » dans la Zoologie du Voyage du H.M.S. Beagle en 1839.
La première description du culpeau dans la littérature scientifique figure dans l'ouvrage du prêtre jésuite Juan Ignacio Molina publié en 1782, où il était désigné sous le nom de Canis culpaeus .
Selon Molina, le nom « Culpeau » dérive du mot culpem, signifiant « fou », en raison du comportement singulier de l’animal consistant à venir se tenir très près de l’Homme, d’un air curieux ou inconscient, avant de s'approcher davantage ou bien de fuir. En effet, Molina rapporte que lorsqu'il aperçoit un homme, le culpeau, au lieu de prendre la fuite, s'arrête à une distance de cinq ou six pas pour le contempler longuement, une habitude qui l'expose inutilement aux chasseurs.
Classification La classification du culpeau a fait l'objet de débats, en raison notamment de sa forte variabilité phénotypique et du manque d’études approfondies. Dans le dernier tiers du , il a successivement été classé dans les genres Dusicyon (Clutton-Brock et al., 1976 ; Wozencraft, 1989), Canis (Langguth, 1975 ; Van Gelder, 1978), Pseudalopex (Berta, 1987 ; Wozencraft, 1993 ; Tedford et al., 1995) et finalement Lycalopex (Zunino, 1995 ; Wozencraft, 2005).
Ce canidé, comme d’autres « renards » sud-américains, est encore parfois classé dans le genre PseudalopexM. Lucherini, « ».. Puisque les genres Pseudalopex et Lycalopex sont aujourd’hui largement considérés comme synonymes, les deux classifications sont acceptables, même si l’usage actuel privilégie le nom LycalopexWozencraft, W. C. (2005). « Order Carnivora », in Wilson, D. E. & Reeder, D. M. (dir.), Mammal Species of the World: A Taxonomic and Geographic Reference (3e éd.), Johns Hopkins University Press, p. 579–581, ..
Évolution Une analyse des séquences des régions HV1 et HV2 de l’’ADN mitochondrial des espèces de Lycalopex a révélé que le renard de Magellan est étroitement apparenté au renard gris d’Argentine (Lycalopex griseus), dont il se serait séparé il y a environ 600 000 à 350 000 ans, au cours du Pléistocène moyen à supérieur. Ces deux espèces seraient ainsi les plus récentes parmi les Lycalopex L. Tchaicka et al. (2016). « Molecular assessment of the phylogeny and biogeography of a recently diversified endemic group of South American canids (Mammalia: Carnivora: Canidae) », Genetics and Molecular Biology, vol. 39, no 3, p. 442–451..
L'espèce compte 74 chromosomes.
L’arbre phylogénétique ci-dessous repose sur une phylogénie proposée en 2005, fondée sur le génome mitochondrial des espèces actuelles Lindblad-Toh, K. et al. (2005). « Genome sequence, comparative analysis and haplotype structure of the domestic dog », Nature, vol. 438, no 7069, p. 803–819. DOI:10.1038/nature04338., mais modifiée par la suite pour intégrer des découvertes ultérieures Slater, G. J. et al. (2009). « Evolutionary history of the Falklands wolf », Current Biology, vol. 19, no 20, p. R937–R938. DOI:10.1016/j.cub.2009.09.018. :
Sous-espèces Nom et auteur Description Localisation SynonymeLycalopex culpaeus andinus (Thomas, 1914)100px|centréIl est plus petit et plus clair que la sous-espèce méridionale, semblable à L. c. reisii, avec un pelage dorsal plus nettement chamois et les oreilles, le sommet de la tête et les membres d'une vive couleur rouille.Bolivie, Chili, Argentine azarae (Tschudi, 1844)
culpaeolus (Thomas, 1914)
inca (Thomas, 1914)
magellanicus (Waterhouse, 1838)
reissii (Osgood, 1914)
smithersi (Kraglievich, 1930)Lycalopex culpaeus culpaeus (Molina, 1782)100px|centréC'est une sous-espèce de taille intermédiaire, avec un pelage gris chiné sur le dos et les oreilles, le cou, les pattes, les flancs et le sommet de la tête de couleur brun fauve à brun rougeâtre. Chili, Argentine albigula (Philippi, 1903)
amblyodon (Philippi, 1903)
chilensis (Kerr, 1792)
ferrugineus (Huber, 1925)
magellanicus (Gray, 1847)Lycalopex culpaeus lycoides (Philippi, 1896)100px|centréC'est la plus grande sous-espèce, possédant la fourrure la plus épaisse et la plus fournie de couleur grisâtre et la gorge et la poitrine grises, et le museau le plus long.Terre de feu, ChiliLycalopex culpaeus magellanicus (Gray, 1837)100px|centréIl est plus grand et sa fourrure est plus grisâtre que les autres sous-espèces septentrionales, mais reste d’une teinte plus roussâtre que L. c. lycoides.Patagonie du Sud montanus (Prichard, 1902)
prichardi (Trouessart, 1904)
typicus (Trouessart, 1910) Lycalopex culpaeus reissii (Hilzheimer, 1906)100px|centréC'est la plus petite des sous-espèces, caractérisée par un pelage plus clair et un museau plus court que chez les populations méridionales, avec une fourrure soyeuse et laineuse chinée d’un gris clair. Colombie, Équateur riveti (Trouessart, 1906) Lycalopex culpaeus smithersi (Thomas, 1914)Cette petite sous-espèce présente un pelage de couleur rouille intense aux tons moins grisâtres que les autres, avec une queue dont l'extrémité et la tache noire sont très contrastées.Centre de l’Argentine
Description
Dimensions Le culpeau est un canidé de taille intermédiaire entre le renard roux et le coyote. Il s’agit de la plus grande espèce du genre Lycalopex et du deuxième plus grand canidé d’Amérique du SudCastelló2018-2020,p.62, après le loup à crinière.
D’une manière générale, la plupart des sous-espèces mesurent entre 63 et 88 cm de longueur pour le corps, pour une longueur totale qui varie de . Cependant, des différences notables existent entre les sous-espèces : le mâle de la Terre de Feu étant la plus grande sous-espèce, peut atteindre une longueur de , tandis que les femelles mesurent environ Castelló2018-2020,p.72. La sous-espèce de Patagonie a une longueur tête-corps moyenne de pour les mâles et pour les femellesCastelló2018-2020,p.70. La queue est très longue et touffue : sa longueur varie généralement de , mais pour les sous-espèces plus grandes comme celles de Patagonie et de la Terre de Feu, elle peut atteindre 44,5 à 53 cm. La hauteur au garrot est comprise entre , avec des valeurs spécifiques de pour L. c. reissiiCastelló2018-2020,p.64et pour L. c. magellanicus et L. c. lycoides.
La longueur du crâne se situe entre pour les différentes sous-espèces, variant de 8,5 cm à 9,1 cm. Le museau étant plus court chez L. c. reissii. La formule dentaire de l'espèce possède 42 dents.
L’espèce présente une variabilité de poids allant de , mais cela varie significativement selon la sous-espèce et le sexe : les mâles sont en moyenne 1,5 fois plus grands que les femelles. Le poids moyen des mâles est de , tandis que celui des femelles est de . Les mâles communs vivant en Argentine peuvent peser jusqu'à 11,4 kg, tandis que leurs femelles pèsent . Les culpeaux du Nord (L. c. reissii) et d'Achala (L. c. smithersi) sont plus petits et pèsent entre 6,7 et 8,1 kg. Les mâles de Patagonie (L. c. magellanicus) pèsent environ et les femelles . Ceux de la Terre de Feu (L. c. lycoides) sont décrits comme la sous-espèce la plus lourde. Les mâles pèsent de tandis que les femelles pèsent .
Pelage gauche|vignette|211x211px|Fourrure de culpeau. Le culpeau est caractérisé par un pelage plus ou moins grisâtre sur la partie dorsale, mais le reste du corps, notamment le cou, les flancs ainsi que les extrémités des membres sont d’une teinte brunâtre à roussâtre, lui donnant une teinte fauve plus ou moins rubigineuse, surtout au bout des pattesAndrés J. Novaro, « ».. Une tache brunâtre peu visible est présente sur l'arrière des cuisses. La partie inférieure du corps, notamment la partie ventrale jusqu’au menton, est faite de poils plus clair, fauves, grisâtres ou blanchâtres. La queue est très longue et touffue : elle est grise sur le dessus et fauve terne dessous et présente une extrémité foncée, souvent noire, ainsi qu'une tache plus sombre sur le dessus, proche de sa base.
Cette teinte peut varier selon les sous-espèces : L. c. reisii et L. c. andinus ont un pelage plus clairCastelló2018-2020,p.66, tandis que la teinte du pelage de L. c. smithersi montrent un teinte rouille plus prononcéeCastelló2018-2020,p.68.
En hiver, la fourrure devient plus longue et plus dense, en particulier au niveau de la queue. C’est particulièrement vrai chez la sous-espèce L. c. lycoides adaptée aux climats très froids de la Terre de Feu.
Répartition et habitat vignette| Répartition des six sous-espèces de Culpeau :
|232x232pxLe culpeau est une espèce endémique d’Amérique du Sud. Son aire de répartition s’étend principalement le long de la cordillère des Andes, du sud de la Colombie jusqu'au sud de la Patagonie et à la Terre de Feu en passant par l’Équateur, le Pérou, la Bolivie, le Chili. On le trouve également dans la chaîne de montagnes des Sierras Grandes dans la province de Córdoba, en Argentine. Le Chili et l’Argentine sont les pays où le plus de sous-espèces sont représentées : puisqu’on y trouve à la fois, L. c. culpaeus, L. c. andinus, L. c. magellanicus et L. c. lycoides, quoique cette dernière est considérée comme relativement rare en Argentine.
On trouve également une population de cette espèce sur les îles Malouines, où elle a été introduite par l’homme.
Au sein de cette vaste aire de répartition, le culpeau occupe une grande variété d’habitats, allant de terrains escarpés et montagneux (jusqu’à la limite des arbres), à des vallées profondes, des déserts ouverts, des cerrados, des pampas, des forêts tempérées, des prairies ouvertes et des forêts équatoriales.
L’espèce a été observée jusqu’à 4 500 voire d'altitude.
Écologie
Alimentation thumb|Un culpeau se nourrissant de la carcasse d’une vigogne à El Tatio (San Pedro de Atacama, région d’Antofagasta)|gauche