vignette|Tan Xinpei dans le premier film chinois La Montagne Dingjun (1905) Le cinéma de Chine continentale (), souvent simplement appelé cinéma chinoisLe terme prête à confusion puisqu'il est parfois employé pour désigner tout le cinéma sinophone, incluant le cinéma taïwanais, singapourien, malaisien et hongkongais, voire même les productions issues de la diaspora chinoise. Néanmoins, sur wikipédia, la :Catégorie:Cinéma chinois et le Portail:Cinéma chinois concernent uniquement la Chine continentale., désigne l'art cinématographique pratiqué en Chine continentale, dans la fin de la Chine impériale entre 1896 et 1912, puis dans l'État de la république de Chine (1912-1949) puis dans celui de la république populaire de Chine depuis 1949. Il fait partie du cinéma sinophone à l'instar du cinéma hongkongais, du cinéma malaisien, du cinéma taïwanais ou du cinéma singapourien.
Le cinéma est introduit en Chine en 1896 et le premier film chinois, La Montagne Dingjun, est réalisé en 1905, l'industrie cinématographique se concentrant sur Shanghai au cours des premières décennies. Le premier film sonore, La Chanteuse Pivoine rouge, utilisant la technologie du son sur disque, est produit en 1931. Les années 1930, considérées comme le premier « âge d'or » du cinéma chinois, ont vu l'essor du mouvement cinématographique de gauche et les conflits entre nationalistes et communistes se sont reflétés dans les films produits à cette époque. Pendant l'invasion japonaise de la Chine et l'occupation de Shanghai, l'art cinématographique de la ville a été sévèrement réduit et les cinéastes ont massivement émigré. La Princesse à l'éventail de fer (1941), premier film d'animation chinois, est réalisé à cette période. La ville est restée sous contrôle japonais jusqu'à la fin de la guerre en 1945.
Dans l'après-guerre, un deuxième âge d'or commence, la production reprend dans la ville de Shanghai, avec des films comme Printemps dans une petite ville (1948). Après la révolution communiste de 1949, les films antérieurs et les films étrangers sont interdits, bien que le nombre de films produits augmentent fortement dès 1951. La république populaire de Chine (RPC) met en place un système de production et de distribution de films par des sociétés d'État, avec l'organisation d'unités de cinéma mobiles pour rendre l'accès aux films abordables jusque dans les campagnes les plus reculées. Jusqu'à l'époque de la révolution culturelle en 1966, le contenu du cinéma chinois continental s'inscrivait principalement dans une perspective politique. Au cours des années 1960, le climat politique se tend, la censure devient plus sévère et les cinéastes sont réprimés au cours de diverses campagnes politiques, si bien que le cinéma national entre dans une longue période de stagnation. L'industrie prospère de nouveau après la fin de la révolution en 1976, portant les stigmates de cette période jusque dans les années 1980, avec des films tels que La Légende des monts Tianyun (1980) et La Ville des hibiscus (1986), qui dépeignent les traumatismes émotionnels laissés par la révolution culturelle. À partir du milieu des années 1980, avec des films comme Un et Huit (1983) et La Terre jaune (1984), la cinquième génération de cinéastes apporte une plus grande popularité au cinéma chinois à l'étranger, en particulier auprès du public occidental des salles d'art et d'essai, avec des films comme Le Sorgho rouge (1987), Qiu Ju, une femme chinoise (1992) et Adieu ma concubine (1993) qui remportent d'importantes récompenses internationales. Ce mouvement s'est partiellement ralenti après les manifestations de la place Tiananmen en 1989. La période postérieure à 1990 voit l'émergence de la sixième et de la post-sixième génération, qui produisent toutes deux des films en dehors du système cinématographique chinois traditionnel et joue un rôle important dans le circuit des festivals internationaux.
Au tournant du , l'industrie cinématographique chinoise gagne progressivement en popularité, également grâce à de nombreuses coproductions avec Taïwan et Hong Kong comme Tigre et Dragon (2000), Hero (2002) ou Le Secret des poignards volants (2004). En 2017, le film d'action Wolf Warrior 2 bat tous les records avec 160 millions d'entrées générant 5,7 milliards de yuans de recettes.. Selon l'Administration nationale du cinéma, les recettes annuelles du marché cinématographique de la Chine continentale en 2022 s'élèvent à , avec 712 millions de spectateurs dans .. En 2020, le marché chinois du cinéma dépasse le marché américain pour devenir le plus grand marché du secteur au monde.
Histoire Le cinéma en Chine impériale (1896-1912) La première projection d'un film en Chine date de 1896, soit un an seulement après celle des frères Lumière. Le cinéma est introduit en Chine impériale par l'intermédiaire d'exploitants de salles de cinéma étrangers dans des ports ouverts tels que Shanghai et Hong Kong.
La Chine a été l'un des premiers pays à découvrir le cinéma, Louis Lumière ayant envoyé son chef opérateur à Shanghai un an après avoir inventé le cinématographe.. La première projection enregistrée d'un film en Chine a lieu à Shanghai le en tant que « numéro » d'un spectacle de variétés Berry, Chris. « China Before 1949 », dans The Oxford History of World Cinema, édité par Geoffrey Nowell-Smith (1997). Oxford : Oxford University Press, p. 409.. Le premier film chinois, un enregistrement de l'opéra de Pékin autour du chanteur Tan Xinpei, La Montagne Dingjun, est réalisé en à Pékin.. Pendant la décennie suivante, les sociétés de production étaient principalement détenues par des étrangers et l'industrie cinématographique nationale était centrée sur Shanghai, un port prospère et la plus grande ville d'Extrême-Orient.
Le cinéma shanghaïen (1912-1937) vignette|redresse|L'affiche du film Meng Jiangnü (1926), avec Hu Die. Les courts métrages chinois de mélodrame et de comédie font leur apparition en 1913. En 1913, le premier scénario chinois indépendant, Difficultés matrimoniales, est porté à l'écran à Shanghai par Zheng Zhengqiu et Zhang Shichuan., puis Zhang Shichuan crée la première société de production cinématographique appartenant à des Chinois en 1916. Le premier long métrage est (閻瑞生) sorti en 1921, un docudrame sur l'assassinat d'une courtisane de Shanghai.
La production cinématographique chinoise se développe considérablement dans les années 1920. Au cours des années 1920, des techniciens cinématographiques américains forment des techniciens chinois à Shanghai, et l'influence américaine continue de se faire sentir pendant les deux décennies suivantes. Comme le cinéma en est encore à ses premiers stades de développement, la plupart des films muets chinois de cette époque ne sont que des sketches comiques ou des courts métrages d'opéra, et la formation est minimale sur le plan technique car il s'agit d'une période de cinéma expérimental. Des metteurs en scène d'opéra adaptent au cinéma leurs propres productions, comme Pu Shunqing, première femme scénariste en Chine et son mari Hou Yao. Tout au long des années 1920 et 1930, la production cinématographique chinoise est largement assurée par les studios de cinéma et il y a relativement peu de films à petit budget.
Les cinémas haut de gamme en Chine avaient des contrats qui les obligeaient à projeter exclusivement des films hollywoodiens. Ainsi, à partir de la fin des années 1920, les films hollywoodiens représentaient 90 % du temps d'écran dans les cinémas chinois.
Après plusieurs tentatives infructueuses, la Chine renoue avec ses propres valeurs traditionnelles et commence à produire des films de cape et d'épée, le premier étant L'Incendie du monastère du Lotus rouge (1928). Ce film connaît un tel succès que la production Mingxing va en tourner 18 suites, marquant ainsi le début des Wu xia pian, un terme généralement traduit par « film de chevalier errant » ou « film de sabre chinois ». De nombreux films de wa xia pan vont suivre, dont L'Héroïne rouge (1929) produit par le studio U. Lien Film Co. (Youlian yingpian gongsi, 友聯影片公司), qui existe toujours.. C'est à cette époque que certaines des sociétés de production les plus importantes ont vu le jour, notamment Mingxing et Tianyi des frères Shaw. Mingxing, fondée par Zheng Zhengqiu et Zhang Shichuan en 1922, se concentre d'abord sur des courts métrages burlesques, dont le plus ancien film chinois complet encore existant, (1922).. Berry, Chris. « China Before 1949 », dans The Oxford History of World Cinema, édité par Geoffrey Nowell-Smith (1997). Oxford : Oxford University Press, pp. 409-410., mais se tourne bientôt vers les longs métrages et les drames familiaux, dont (1923). Entre-temps, Tianyi réoriente son modèle vers les mélodrames traditionnels et se lance également sur les marchés étrangers ; son film La Légende du serpent blanc (1926) est un exemple typique de son succès dans les communautés chinoises d'Asie du Sud-Est. En 1931, le premier film sonore chinois La Chanteuse Pivoine rouge est réalisé, fruit d'une coopération entre la production d'images de la société Mingxing et la technologie du son de Pathé Frères. Cependant, le son était enregistré sur disque, puis diffusé dans la salle de cinéma en synchronisation avec l'action à l'écran. Le premier film parlant sonorisé réalisé en Chine est soit Plaisirs de la scène de danse (歌場春色) de Tianyi, ou La Paix après la tempête du studio Jinan.. Les films musicaux, tels que Le Chant de minuit (1937).. et Les Anges du boulevard (1937).., avec Zhou Xuan., deviennent l'un des genres cinématographiques les plus populaires en Chine..
Les films d'actualité gagnent en importance à la suite du raid aérien japonais sur Shanghai en 1932. Les bombardements détruisent également une grande partie de l'industrie cinématographique chinoise et entraînent la perte de nombreux films pionniers du cinéma chinois.
Premier âge d'or : Le cinéma de gauche des années 1930 vignette|gauche|Ruan Lingyu, 20 ans, une vedette de l'époque du muet, dans Amour et Devoir (1931). Les premiers films chinois vraiment importants sont produits à partir des années 1930 avec l'avènement du mouvement « de gauche », comme Les Vers à soie du printemps (1933) de , La Divine de Wu Yonggang (1934) et La Route de Sun Yu (1934). Pour les besoins de ce dernier film, le compositeur Nie Er s'est immergé dans le quotidien des ouvriers que le film met en scène pour composer les chansons, tandis que le réalisateur Su Yun analyse rétrospectivement en 1979 que « même s'il a fait de son mieux pour rendre justice à l’esprit de résistance et de révolution exalté par ces héros, son observation et sa caractérisation des ouvriers restait largement superficielle ». Ces films se distinguent par l'importance qu'ils accordent à la lutte des classes et à l'anticolonialisme en référence au mouvement du 4 Mai (visant surtout les prétentions japonaises sur la Chine, mais aussi les puissances occidentales qui soumettent le pays à des traités inégaux.), ainsi que par le fait qu'ils mettent l'accent sur les gens ordinaires, comme une famille de cultivateurs de soie dans Les Vers à soie du printemps et une prostituée dans La Divine. En partie en raison du succès de ce type de films, cette période postérieure à 1930 est souvent considérée comme le premier « âge d'or » du cinéma chinois.. Pour l'autrice Anne Kerlan, « formellement, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, le cinéma chinois de gauche resta sous l'influence du cinéma américain ». Le mouvement cinématographique de gauche tourne souvent autour de Shanghai, où les cinéastes dépeignent la lutte des classes inférieures d'une ville surpeuplée Laikwan Pang, Building a New China in Cinema (Rowman and Littlefield Productions, Oxford, 2002)..