Le Parti progressiste démocratique guadeloupéen (PPDG) est un parti politique guadeloupéen de gauche proche du PS, mais qui revendique une autonomie guadeloupéenne.
Il a été constitué en 1991 par des anciens militants du Parti communiste guadeloupéen (PCG).
Histoire
Tension au sein du PCG
Au sein du PCG deux tendances s'affrontent depuis le début des années 1980. La première regroupe la plupart des élus (député, sénateur, maires et conseillers généraux et municipaux), plutôt âgés et qui dépendent des élections, et la seconde des militants de base plus jeunes.
Le premier groupe, qui gère des collectivités seul (mairie de Pointe-à-Pitre, Basse-Terre, Sainte-Anne, Capesterre-Belle-Eau, …) ou en alliance avec les socialistes (Conseil régional ou Conseil général), souhaite entretenir de bonnes relations avec l'administration pour obtenir plus de financement, être intégré dans les échanges politiques et se poser en intermédiaire fiable. Il veut garder l'idée d'une autonomie guadeloupéenne, avec une assemblée disposant de réel pouvoir législatif, mais ne pas aller vers l'indépendance (ou alors comme objectif de très long terme).
Le second groupe, plus jeune, plus influencé par les luttes décoloniales, les indépendances des anciennes îles britanniques des Caraïbes et le mouvement nationaliste guadeloupéen (UPLG, …) veut aller vers une indépendance socialiste dans un avenir proche.
Les tensions s'accentuent fortement suite à la disparition de l'URSS, qui servait de boussole et de soutien international et affaiblit le mouvement communiste en général. La direction du parti opte alors pour un mot d'ordre d'indépendance nationale, pour changer d'optique et retrouver de l'allant.
Cette résolution bloque les éléments modérés (le premier groupe) et surtout sa plus grande section (la moitié du millier de militants du PCG), celle de Pointe-à-Pitre, dirigée par le sénateur-maire Henri Bangou, mais également le député et nouveau maire de Saint-François Ernest Moutoussamy qui entretient des relations difficiles avec la direction depuis des années.
En , la section communiste de Pointe-à-Pitre s'est prononcée, par 459 voix, lors d'une assemblée réunie malgré l'opposition de la direction du parti, contre le mot d'ordre d'indépendance et pour " un statut spécifique accordant une large autonomie à la collectivité guadeloupéenne, dans le cadre de la République française ".
La perspective des élections régionales et cantonales de 1992 pousse la direction et ses oppositions à maintenir l'unité au moins jusque là.
Mais le soutien des orthodoxes au président de région Félix Proto, et celui des dissidents à Dominique Larifla pour les prochaines élections bloque les négociations et la scission semble inévitable.
Création
Le samedi , les militants de la section de Pointe-à-Pitre sont réunis à l'appel d'Henri Bangou et son adjoint Daniel Géniès, pour saborder la section du PCG. Par 575 voix contre 1, la section rompt avec ce dernier, et crée directement un nouveau parti, le "Parti progressiste démocratique guadeloupéen (PPDG)". Le nom du parti ne contient plus de référence explicite au marxisme, volonté de se détacher du PCG indépendantiste..
Jérôme Cléry, le maire de Basse-Terre rejoint le mouvement, qui a démissionné la veille du parti, expliquant sa décision par "la crispation de la direction du parti sur des conceptions condamnées par l'histoire et les masses populaires".
Ernest Moutoussamy lui ne rejoint pas directement le parti., même s'il démissionne le du PCG. Il crée un groupe de réflexion intitulé "Unité, action, libération", qui rassemble des communistes en rupture de parti et des citoyens de sensibilité de gauche. Il reste cependant apparenté au groupe communiste de l'Assemblée nationale. Il ne rejoindra le PPDG qu'au mois de , dans la perspective des régionales.
Élus début 1992 Député : Ernest Moutoussamy Sénateur : Henri Bangou Conseillers régionaux : Jérôme Cléry, Ernest Moutoussamy, Jean Girard, Marcellin Lubeth. Conseillers départementaux : Lucien Parize, Daniel Geniès, Alain Sémiramoth, Jérôme Cléry, Jean Girard, Ernest Moutoussamy, Marcellin Lubeth Maires : Pointe-à-Pitre (Henri Bangou), Basse-Terre (Jérôme Cléry), Saint-François (Ernest Moutoussamy), Sainte-Anne (Marcellin Lubeth), Port-Louis (Charles Edwige).
Vie du parti
Après des débuts corrects, le parti ne réussit pas à retrouver la place prépondérante occupée par le PCG dans les années 1980. Ses alliances avec le GUSR ou Lucette Michaux-Chevry brouillent son message pour l'électorat de gauche. Dès la fin des années 1990, il ne ressemble plus qu'à une force d'appoint pour les deux principales factions socialisantes de la Guadeloupe (FGPS et GUSR).
C'est un parti fondé par des élus -député, sénateur, conseillers généraux et maires- ayant pour but d'être réélus sous leurs noms et non par idéologie. Le parti n'existe d'ailleurs pas en dehors des bastions de ses dirigeants que sont Pointe-à-Pitre, Sainte-Anne et Saint-François. Seul Marcellin Chingan au Moule se présente à divers scrutins. Il s'agit in fine plus d'un groupement de machines électorales de notables, qui disparaît quasiment à la suite de la perte de la municipalité. Les sections de Grand-Bourg, Basse-Terre, Port-Louis, qui ont eu des maires PPDG, se sont évanouies à la suite de la défaite ou au retrait de l'édile.
Résultats électoraux Années 1990 1992 Le parti se présente pour la première fois en 1992 sous son nom, pour les élections régionales et cantonales.
Des 10 élus de 1986, 5 sont restés au PCG et 5 ont rejoint le PPDG. Les orthodoxes soutiennent le président sortant Félix Proto, appuyé par la fédération socialiste officielle et Frédéric Jalton, quand le nouveau PPDG va dans le sens de Dominique Larifla et de ses critiques envers la majorité sortante. La liste est menée par Ernest Moutoussamy, qui vient juste de rejoindre le parti.
Elle obtient (10,78 %) et 5 élus, réussissant dans cette élection à faire émerger cette nouvelle formation. Le PCG avec Mona Cadoce décline par contre à (5,84 %) et sauve de justesse trois sièges. Le total des deux listes dépasse le nombre de voix du PCG de 1986 de voix, mais la très forte augmentation des inscrits ( et de la participation ( font fortement régresser le pourcentage de l'ex PCG de 23,78% à 16,61%. La scission n'a pas permis d'élargir la base électorale des anciens camarades.
Les 5 élus du parti ne soutiennent d'abord à la présidence ni Félix Proto ni Lucette Michaux-Chevry, mais après l'élection de cette dernière, ils rejoignent le bureau et la nouvelle majorité. Celle ci est composée des 15 élus la droite RPR de Lucette Michaux-Chevry, des 7 dissidents socialistes du FRUI-G de Dominique Larifla et donc des 5 ex communistes du PPDG.
Cette élection est annulée pour des problèmes de déclaration en retard de plusieurs comptes de campagnes.
1993
En janvier, lors des régionales partielles, Ernest Moutoussamy est inéligible pour les retards de dépôts de comptes de campagnes, il laisse la tête de liste à Marcellin Lubeth.
La liste perd voix, 2 points (de 10,78% à 8,90%) et un siège (de 5 à 4 sur 41). Son soutien et sa participation à la majorité de Lucette Michaux-Chevry ne lui a pas porté bonheur. La liste de cette dernière, qui a groupé sur elle les voix de ceux en soutien à la majorité sortante, a vampirisé les listes PPDG et surtout FRUI-G de D. Larifla. Elle obtient à elle seule la majorité et n'a plus besoin d'alliés.
En mars pour les législatives, Ernest Moutoussamy, député sortant depuis 1981, élu sous l'étiquette PCG en 1988, mais désormais candidat de cette nouvelle formation, bat au deuxième tour des législatives son ancienne camarade au PCG Mona Cadoce dans la deuxième circonscription. Elle l'accuse, juste après le premier tour, de «trahison».
De son côté, Jean Girard met en ballottage Frédéric Jalton dans la première, mais est nettement battu au deuxième tour.
Jérôme Cléry est sèchement battu par Lucette Michaux-Chevry, qui obtient 80 % des suffrages dès le premier tour, dans la quatrième, une circonscription «taillée sur mesure» d'après Le Monde.
1994 Lors des cantonales, le parti perd le siège de Jean Girard (qui ne se représentait pas), sa candidate Jocelyne Coquin étant largement battue dès le premier tour par Patrice Tirolien, voix (73,00%) contre 792 (27,00%). Tous les sortants sont réélus, mais le parti ne conquiert aucun siège, et ses scores là où il n'est pas sortant sont anecdotiques.
Pour les Élections européennes, Ernest Moutoussamy conduit une liste de « Rassemblement de l'outre-mer et des minorités », avec le PPM, le PSG et le PCR. Elle n'obtient aucun représentant au Parlement de Strasbourg, la liste obtenant (0,19 %) sur toute la France, mais est largement en tête en Guadeloupe, avec voix (37,29%), avec une participation famélique de 14,64%. De façon générale, l'abstention est considérable au sein de l'électorat des DOM-TOM, pour ces élections européennes
1995 C'est le début du rétrécissement du parti, Henri Bangou perdant son siège de sénateur au profit de son allié Dominique Larifla (GUSR). La division du PPDG lui coûta ce siège, Henri Bangou recueillant , Marcelin Lubeth 127 sur 831. Mais ils durent se retirer pour le deuxième tour au profit de Dominique Larifla arrivé devant eux avec .
Lors des élections municipales, Jérôme Cléry est battu par Lucette Michaux-Chevry à Basse-Terre, tout comme Charles Edwige à Port-Louis, lui battu par un indépendantiste UPLG Jean Barfleur. Réélection tout de même de Henri Bangou à Pointe-à-Pitre, de Marcellin Lubeth à Sainte-Anne et de Ernest Moutoussamy à Saint-François.
1997 Lors des élections législatives, Ernest Moutoussamy est réélu contre la maire du Moule, Gabrielle Louis-Carabin dans la deuxième circonscription.
Henri Bangou est battu au deuxième tour par Daniel Marsin dans la première.
1998 Pour les élections régionales le parti se présente en alliance avec la FGPS et le GUSR, avec pour tête de liste Jacques Gillot (GUSR). Cette union ne fait pas le poids face à la liste de RPR de Lucette Michaux-Chevry qui obtient le double de voix ( soit 48,03 %) contre (24,49 %). L'alliance obtient tout de même .
Le parti conserve les 3 cantons de Pointe-à-Pitre avec Lucien Parize, Daniel Géniès et Alain Sémiramoth, gardant 6 élus au Conseil général.
Marcellin Lubeth, maire et conseiller général de Sainte-Anne est élu président du Conseil général avec le soutien du Dominique Larifla, le parti atteint ici son maximum d'influence, même s'il ne cherche plus à conquérir de nouvelles positions, juste à conserver ses élus en place et à chercher à les placer le plus haut possible.
Années 2000
2001 Cantonales : Le renouvellement de renverse complètement la situation, Marcellin Lubeth, nouveau président depuis 1998 seulement est battu dans son canton de Sainte-Anne-1 d'où il est élu depuis 1976, par la RPR Marlène Captant. Jérôme Cléry, élu depuis 1970 est battu dès le premier tour par Brigitte Rodes (DVD à Basse-Terre-1. Albert Élatré, élu depuis 1994 où il a succédé à Ernest Moutoussamy dans le canton de Saint-François, est également battu par Laurent Bernier (DVD), le petit-fils de Lucien Bernier.
Le parti perd donc tous ses sortants et ne conserve que les trois cantons de Pointe-à-Pitre renouvelables en 2004.
Municipales : Le parti conserve largement Pointe-à-Pitre, et de justesse Saint-François (50,5%), mais en même temps que la perte du canton, Marcellin Lubeth est battu à Sainte-Anne par Marlène Captant.
2002
Présidentielle : Le parti soutient le candidat socialiste Lionel Jospin.. Il obtient 23,12% et se classe second derrière Christiane Taubira.
Législatives : Le parti perd son dernier poste national et important avec la défaite d'Ernest Moutoussamy dans la deuxième circonscription face à la maire du Moule Gabrielle Louis-Carabin (UMP).