Bernard Courtois, né le à Dijon et mort le à Paris est un salpêtrier et un chimiste français connu pour ses découvertes de la morphine, et surtout de l'iode, qui eurent des conséquences considérables en médecine et dans le développement de la photographie.
Fils du chimiste Jean-Baptiste Courtois, il entre en 1798 à l'École polytechnique nouvellement créée, avant d'être incorporé dans le service de santé des Armées de la Première République française. De retour à la vie civile en 1801, il découvre la morphine en l'extrayant de l'opium. Devenu producteur de salpêtre, il découvre l'iode en 1811 au cours de recherches dans sa salpêtrière artificielleArticle de Nicole Richet - La société d'histoire de pharmacie. Souvent considéré avec condescendance comme un industriel par ses pairs, qui contestent parfois la paternité de ses découvertes, il ne bénéficie que d'une notoriété limitée de son vivant et tire peu de bénéfices de ses recherches. La fin des guerres napoléoniennes précipite sa faillite. Il termine ruiné, malgré le prix de l'Académie des sciences qui lui est attribué en 1831 pour sa découverte de l'iode.
Parenté et enfance
thumb|left|upright=1.3|Artilleur utilisant la poudre à canon au
Bernard Courtois naît le à DijonArchives départementales de Côte-d'Or Table des naissances de la Paroisse Saint-Philibert, vue 83 / 352 et grandit rue du Pont-Arnauld dans une maison sise en face de l'Académie des sciences, arts et belles-lettresLivre de L.-G. Toraude - Ou encore le Bulletin des sciences pharmacologiques - 1922 - Article évoquant l'enfance de Bernard Courtois et citant le livre de L.-G. Toraude Livre numérisé par Google. Il est fils de Marie Blé et de Jean-Baptiste Courtois, salpêtrier. Sa mère est la fille d'un ouvrier et son père le fils de cordonniers. Ils se marient en 1771 et ont six enfants : Catherine puis Pierre, Bernard, Jean-Baptiste et, en 1780, les jumeaux Anne-Marie (décédée en 1854Mariée à Dijon le 1er nivôse an XI avec Denis Henri Semeladis, elle meurt à Paris rue des Tournelles le 15 avril 1854 et est inhumée au cimetière du Père-Lachaise le surlendemain ; voir Archives départementales de la Côte-d'Or et Archives de Paris) et Pierre (le deuxième à porter ce prénom)Patricia Swain, .
Jean-Baptiste Courtois est préparateur du cours de chimie que Louis-Bernard Guyton de Morveau professe à DijonLivre de L.-G. Toraude - Ou encore Répertoire de pharmacie - 1921 - Article évoquant le père de Bernard Courtois et citant le livre de L.-G. Toraude Livre numérisé par Google. Il habite le quartier de l'Académie, où son père travaille, non seulement pour Guyton, mais aussi pour la pharmacie de l'Académie ; c'est pourquoi sa famille l'appelle le « pharmacien de l'Académie ».
thumb|right|Salpêtre ou nitrate de potassium
Jean-Baptiste Courtois fait également des découvertes. On lui doit l'emploi du carbonate de zinc pour remplacer le carbonate de plomb ou céruse, longtemps le seul pigment blanc couvrant connu en peinture. À partir de 1845, le carbonate de zinc sera considéré par les chimistes d'alors comme une découverte importante à double titre, d'une part pour les avantages de son emploi en peinture, et d'autre part d'un point de vue hygiéniqueJournal de Pharmacie et de Chimie - Société de pharmacie de Paris - Troisième série, Tome vingt-neuvième - 1856 - et Lien pages 69 et 70 du livre numérisé par Google.
Lorsque Bernard a douze ans, sa famille déménage à la nitrière expérimentale de Magny-Saint-Médard que Jean-Baptiste Courtois a achetée à Guyton et à son partenaire. Il a été l’un des premiers à créer une nitrière artificielle, c'est-à-dire un lieu de production de nitrate de potassium ou salpêtre (du latin sal, sel, et petrae, de pierre) utilisé notamment pour la fabrication de la poudre à canon, mélange déflagrant de salpêtre, de soufre et de charbon de bois. Jean-Baptiste exploite cette nitrière durant de longues années avant de la revendre, car il est propriétaire d'une autre salpêtrière à Paris, au 39, rue Sainte-Marguerite. Vers 1805, sa société fait faillite et il est emprisonné pour dettes à la prison de Sainte-Pélagie, de à . Bernard Courtois s'occupe de sa famille, et de la salpêtrière parisienne jusqu'à ce qu'elle soit vendue par le représentant légal de son père, le . Peu de détails sont disponibles sur ce qu'il advient de Jean-Baptiste Courtois après sa libérationPatricia Swain, .
Il épouse Madeleine Eulalie Morand à Paris le ; il demeure alors au 9, rue Saint-AmbroiseSite Filae, mariage religieux à la Paroisse Saint-Paul
Débuts Bernard fait des études pharmaceutiques. À l'âge de dix-huit ans, il est placé à Auxerre dans la pharmacie de M. Frémy, le futur grand-père d'Edmond Frémy. Son apprentissage terminé, Bernard Courtois vient à Paris où, sur la recommandation de Louis-Bernard Guyton-Morveau, il entre dans le laboratoire d'Antoine-François Fourcroy, à l’École polytechnique en 1798. Il est ensuite incorporé dans le service de santé des armées de la Première République française. En 1799, il est pharmacien dans des hôpitaux militaires. De retour à la vie civile, en 1801, il retourne à l'École Polytechnique pour travailler dans son laboratoire avec Louis-Jacques ThénardPatricia Swain, .
Découverte de la morphine
thumb|left|Molécule de morphine thumb|Friedrich Wilhelm Adam Sertürner, pharmacien allemand
Il se voit offrir un emploi chez le chimiste Armand Seguin et devient chercheur chimiste. Il y est chargé d’étudier l’opium. Bernard Courtois entrevoit un de ses alcaloïdes, la morphine, mais il ne pousse pas ses travaux plus avant. Les Français revendiqueront plus tard, en 1816, la découverte de la morphine, notamment lorsque Louis-Nicolas Vauquelin évoquera le travail de Seguin plutôt que celui de Friedrich Wilhelm Sertürner. Comme le nom de Bernard Courtois n'est pas mentionné dans le mémoire de Seguin, c'est grâce à la source bibliographique de Paul-Antoine Cap que la paternité de la découverte de la morphine fut attribuée par la suite à Bernard CourtoisPatricia Swain, .
Découverte de l'iode Découverte d'un nouveau corps thumb|Iode sous forme de cristaux thumb|upright|Livre sur Bernard Courtois et la découverte de l'iode de Léon-Gabriel Toraude — L'une des principales sources sur la vie de Bernard CourtoisL.-G. Toraude - Bernard Courtois (1777-1838) et la découverte de l'iode (1811) Paris, Vigot, 1921. In-8, VIII, 164 pages, 1pl. broché 1 planche et plusieurs illustrations in texte en noir Il quitte le laboratoire Seguin en 1804 et se consacre essentiellement à l'industrie. Cette même année, il s'endette avec son père de près de afin de reprendre à ParisDes documents non publiés permettent de décrire l'installation de Bernard Courtois à Paris comme salpêtrier, où il fait la découverte de l'iode au . Descriptif des documents une salpêtrière artificielle (fabrique de salpêtre). Il reprend cette activité à Paris au moment où les guerres napoléoniennes réclament le salpêtre nécessaire à la fabrication de la poudre à canon. Des procédés nouveaux sont inventés. En tant que responsable de la régie des poudres, Antoine Lavoisier donne à cette activité une nouvelle rationalité. Le salpêtre est élaboré dans des « salpêtrières » où le développement des bactéries nitrifiantes sur des mélanges terreux appropriés est favorisé. Les terres enrichies en salpêtre doivent alors être lessivées. Les eaux-mères obtenues sont ensuite traitées par des cendres de bois riches en potasse afin d’obtenir la cristallisation du salpêtre. Bernard Courtois utilise ces nouveaux procédés qu'il améliorera par la suite. Il est enregistré comme un industriel parisien en , en tant que salpêtrier au 39, rue Sainte-Marguerite, adresse de la nitrière de son père, vendue en mai de la même année. Il ouvre sa propre nitrière au 9 rue Saint-Ambroise à Paris. En 1808, il se marie avec Madeleine Morand, la fille d'un coiffeur parisien.
Il ne se doute pas, qu’en passant de la recherche pure à l’industrie, il va découvrir un nouveau corps qui se révélera si utile en médecine : l’iode.
thumb|left|Varech sur sable thumb|left|upright=1.2|Récolte de varech - Nord de la France Tout commence avec la poudre à canon. Pour fabriquer cette poudre, on lessive des terres contenant du salpêtre. Puis, sur les eaux ainsi obtenues, on fait agir des cendres de bois riches en potasse, ce qui provoque la cristallisation du salpêtre.
Après filtration et évaporation, le salpêtre cristallise. Ce procédé est peu efficace, car une bonne part du potassium présent dans les cendres réagit avec d'autres cendres calciquesPaul Depovere - La classification périodique des éléments - 1996 - . Par ailleurs, les cendres de bois sont à cette époque de guerres napoléoniennes, peu disponibles notamment à cause du blocus commercialLe 6 septembre 1807, le Royaume-Uni bombarde Copenhague, les pays scandinaves adhèrent au blocus continental à l'exception de la Suède. Et ce n'est que le 6 janvier 1810 que le Traité de paix est signé avec la Suède qui adhère au blocus continental. Il s'agit donc plus ici d'un blocus commercial lié aux relations conflictuelles entre la France et la Suède jusqu'à cette date, que du Blocus continental ne regardant lui que les relations de la France et ses pays alliés contre le Royaume-Uni. organisé autour de la France rendant difficile l’approvisionnement en cendres potassiques dont la Suède est le principal fournisseur. Elles sont donc beaucoup plus chères que le varech (algues marines) et ses cendresArticle Gérard Borvon - Dossier sur les algues - 2007. Pour ces deux raisons d'amélioration du procédé chimique et d'économies de bois, Bernard Courtois utilise les cendres de varech, abondant sur les côtes de BretagneArticle de Jean-Pierre Clochon - L'usine d'iode du Conquet. Sa découverte en 1812 de l'iode est l'objet de plusieurs versions.. Selon les uns, c'est en ajoutant accidentellement une trop grande quantité d'acide chlorhydrique à la solution d'extraction de cendre d'algues servant à préparer la potasse nécessaire à l'isolement du salpètre, qu'il provoque un nuage de vapeur violette qui se condense en cristaux d'iodePatricia Swain, . Selon une autre version, c'est le fait que l'iode des algues corrode ses récipients qui aurait attiré son attention sur cette substance. En effet, il aurait remarqué que les chaudières servant à la préparation du nitrate de soude étaient rapidement perforées. Il en étudie les causes et trouve que le cuivre se combine avec une substance inconnue. Il poursuit ses recherches et obtient un corps simple : l'iodeCette version est racontée par Paul-Antoine Cap : « C'est là qu'en préparant en grand le nitrate de soude, qu'il obtenait en décomposant le nitrate de chaux par les soudes de varec, il remarqua que les chaudières qui servaient à cette opération étaient assez promptement perforées. Il étudia les causes de cette altération du métal et reconnut que le cuivre se combinait avec une substance dont la nature lui était inconnue. Pour isoler cette substance, il s'attacha à traiter les eaux mères des soudes, et finit par en retirer le nouveau corps dans un grand état de pureté. » in L'histoire des sciences - Études biographiques pour servir à l'histoire des sciences - 1857 - Lien page 296 du livre numérisé par Google.
Il commence à étudier les propriétés de ce nouveau corps par des combinaisons avec d'autres. Dès 1812, Bernard Courtois se penche sur les applications de l'iode à la photographieDanièle et Jean-Claude Clermontel, Lien page 165 du livre numérisé par Google. Cependant par manque de temps ou d'argent, il en laisse ensuite l'étude à deux chimistes de sa connaissance et d'origine dijonnaise comme lui : Charles-Bernard Desormes et Nicolas Clément, qui publient leurs recherches en 1813. Trop occupé par l’exploitation de sa nitrière, Bernard Courtois cesse ses travaux sur l’iode.