La bataille de la Lys est la plus importante bataille de l’armée belge en 1940 pendant la campagne des 18 jours. Elle avait pour enjeu d'interdire le franchissement de la Lys par l'armée allemande et dura du 23 au , alors que les troupes britanniques abandonnaient à la droite de l'armée belge pour rembarquer à Dunkerque sans que rien soit prévu pour sauver une partie des troupes belges. L'issue fatale de la bataille fut la reddition belge du .
Présentation générale
Le , au tout début de ce qui sera la bataille de France, l'Allemagne envahit la Belgique au mépris des traités. Son but principal est de percer rapidement le front français en franchissant la Meuse à Sedan et plus au nord à Dinant, Houx, Yvoir. Dès les premiers combats de diversion menés plus au nord, le long du Canal Albert, les forces spéciales allemandes s'emparèrent du fort d'Ében-Émael, réputé imprenable. Cette défaite et la percée sur la Meuse (les 13 et : mais le des éléments allemands ont percé les défenses françaises à Houx) amenèrent l'armée belge à se replier sans pouvoir opposer à l'envahisseur une résistance décisive pour se conformer à la stratégie de replis successifs du général Gamelin, qui cherchait le moyen de reformer un front allié continu censé mettre fin aux percées allemandes répétées (malgré les coups d'arrêt français à Hannut, Gembloux et Flavion).
C'est d'abord sur la ligne K-W Anvers-Wavre que l'armée belge put combattre pour se stabiliser éphémèrement aux côtés des soldats du Corps expéditionnaire britannique installés autour de Louvain mais non sans se heurter à l'état-major britannique, qui voulait évincer les soldats belges de la défense de la ville. Les percées allemandes rendant toute stabilisation alliée impossible, un nouveau recul amena les Belges à combattre sur l'Escaut avant d'aboutir à la Lys.
Derrière cette rivière et son prolongement par le canal sud-ouest de liaison entre Gand et la mer, coupure pourtant peu propice à une bataille d'arrêt, l'armée belge tenta de stopper l'armée allemande dans une bataille qui aurait pu être décisive si ce n'était le repli des Britanniques. Ceux-ci abandonnèrent, sur ordre de Londres, leur position à la droite de l'armée belge, comme le confirmera l'officier de liaison britannique auprès du roi.
En quelques jours périrent trois mille soldats belges et un nombre imparfaitement connu d'Allemands (de à plus de ). Le combat de Vinkt fit, à lui seul, plus de 150 morts et chez les Allemands le en plus des pertes qu'ils encoururent dans les autres secteurs. Même si au bout du troisième jour, les Belges n'avaient reculé que sur quelques kilomètres, cela suffisait pour que le maintien de la ligne de front apparaisse définitivement compromis en l'absence d'une réserve belge ou alliée. C'est alors que le roi Léopold III décida de capituler au vu de l'absence de soutien de l'armée britannique, qui abandonnait l'aile droite belge pour faire retraite vers Dunkerque sans que rien soit prévu pour embarquer au moins une partie des forces belges. Le roi prévint les Britanniques de sa décision contrainte par l'intermédiaire de l'officier de liaison Lord Keyes, et les Français par des messages radios captés par leurs services d'écoute. .
Déroulement de la bataille Les soldats belges occupaient la rive ouest de la Lys de Menin à Deinze (près de Gand), et se tenaient aussi au sud d'un canal dit « de dérivation » de Deinze à la mer, parallèlement à la frontière belgo-néerlandaiseVoir notamment . , puis les autres auteurs cités ci-dessous.
Sur la Lys, en amont de Courtrai et en aval jusqu’à l’est de Wielsbeke C’est à cet endroit du front belge que les combats furent au départ les plus violents et le plus d’hommes engagés. Les troupes allemandes entrent en contact avec l’armée belge le (premiers bombardements d’artillerie). En amont de Courtrai se tiennent la de ligne (d’active) et la (d’active aussi). En aval de Courtrai se tient la DI () et la de chasseurs ardennais (). Contre ces quatre divisions les Allemands lancent huit divisions. Une division compte en principe , soit 3 régiments (un régiment compte ), 1 régiment d'artillerie ( également) et 1 bataillon () du génie.
La de l'armée belge est submergée le 24 et la doit se retirer le 24 au soir. Un monument à Kuurne, non loin de Courtrai, célèbre cette unité et, en particulier, le de ligne dont un des officiers supérieurs est Francis Walder, futur prix Goncourt, qui en relatera les péripéties. Les historiens flamands se sont attachés, eux aussi, à narrer les hauts faits de la bataille, dont celui de Kuurne: hadden onze soldaten geweten dat ze, met twee povere divisies, de mokerslagen van vijf zegeroes verkerende Wehrmacht divisionen zouden moeten opvangen dan was de moed hen zeker in de schoenen gezonken. (tr.fr. Si nos soldats avaient su qu'avec deux pauvres divisions, ils allaient recevoir le coup de massue de cinq divisions de la Wehrmacht marchant enivrées par la victoire, leur courage se serait enfoncé dans leurs chaussures.Marie-Christine Martens, Mei 1940, de zware beproeving in Leie Sprokkels, Jaarboek 1991, Juliaan Claerhout-Kring, Wielsbeke, 1991, : les deux divisions dont elle parle sont la Division et la Division, sa vision locale ne concernant que les combats proches de Wielsbeke et ne concernant pas le front tenu par les chasseurs ardennais ( DI) entre Zulte et Deinze Soixante ans plus tard, l'héroïsme de ces régiments est encore célébré : De Waalse regimenten die hier aan de Leie dapper vochten spreken dan ook vaak en terecht over "La Lys Sanglante"] (tr. fr. Les régiments wallons qui se battirent ici, à la Lys, avec vaillance, parlent souvent et à juste titre de la « Lys sanglante »Un soldat wallon à la bataille de la Lys in Toudi, , octobre 2005, , cite un site flamand disparu qui était intitulé Pandora/Historia.).
Une attaque lancée par les Allemands contre la échoue le . . Le lendemain les divisions allemandes attaquent en force la DI qui recule de quelques centaines de mètres à partir de la rive ouest de la Lys. Au soir du une contre-attaque du major Leclercq, avec des éléments épars de la DI repousse les Allemands sur la rive droite du Canal de Roulers-CourtraiPhilippe Destatte, Ceux-ci se sont battus vaillamment, in Les combattants de 40, Hommage de la Wallonie aux prisonniers de guerre, IJD, Namur, 1995, . . Mais ces troupes (de la ) sont arrivées à la limite de leurs possibilités de résistance. Le major Leclercq est tué et la contre-attaque repoussée.
Les trois divisions malmenées (, et ), sont relevées par la () commandée par le général Pire. Le futur chef de l’armée secrète belge tient la ligne Ledegem-Izegem (un peu en retrait de la Lys). . À la DI s’ajoute également la DI (), la de cavalerie venue de la frontière avec la HollandeL'effort principal de la Armée allemande est marqué dans la région de Kortrijk [Courtrai] et la situation y devient critique. En conséquence, c'est toute la DC qui reçoit l'ordre de se porter du Nord vers la limite Sud de l'Armée Belge dès le 24 au soir… , la (division de deuxième réserve mais dont la combativité sera efficace), des éléments de la DI (d’active), soit, selon Henri Bernard ‘’le tiers de l’armée belge’’ encore à même de combattre. La et la se tiennent à partir du sur la rive droite du canal de Roulers à la Lys (qui rejoint la Lys un peu au-dessous de Wielsbeke).
De Wielsbeke à Deinze et Nevele La résistance de la de Chasseurs ardennais () à gauche des positions de la DI est efficace dans un premier temps : le d’infanterie allemand notamment est repoussé. Plus au nord, la de chasseurs ardennais (d’active et entièrement motorisée), contre-attaque le à la suite de l’effondrement de la DI postée au nord de Deinze (cette fois non sur la Lys mais sur le canal de dérivation qui joint le cours de la Lys à la mer du Nord, canal qui est aussi, à partir de Deinze, la ligne de front belge presque jusqu'au littoral). Les Allemands passent sur la rive ouest du canal : une poche est créée. Les et le de cette DI de chasseurs ardennais contiennent les régiments allemands et contre-attaquent à plusieurs reprises à Vinkt, rendant impossible la percée du front. Il y a des centaines de morts dans les rangs allemands. Les troupes allemandes, particulièrement celles du d’infanterie, régiment hambourgeois, en proie à la psychose du franc-tireur, fusillent une centaine d’habitants de ce petit village flamand le . C’est dans la direction de Deinze à Tielt que s’effectue la percée allemande qui amène la capitulation de l’armée belge le .
De Nevele à Eeklo C’est cette partie du dispositif belge qui est le moins sous pression, du moins au départ. Sur cette partie du canal de dérivation, prennent position du sud au nord : la DI (d'active), la DI (d’active), la DI, la DI (divisions de ), la DI (d’active) et la DI (). Ici, la pression allemande se fait sentir moins fort au départ. D’ailleurs plusieurs unités de la DI font mouvement vers le sud du front belge en direction de Courtrai en vue d’y épauler la résistance efficace des , , DI renforcées par la cavalerie. Le , les Allemands parviennent à franchir le canal de dérivation et établissent une tête de pont à Ronsele, sur la rive ouest de cette coupure. Une contre-attaque est menée par des éléments de cette DI, notamment son bataillon-cycliste divisionnaire : les Allemands sont repoussés le 25 sur la rive est. Mais le 26 et le 27 la DI disparaît du combat. Le , d’autres unités comme le de carabiniers, le de chasseurs à cheval font 100 prisonniers sur le canal de dérivation à Knesselare, dans le secteur que tenait la DI.
La bataille du canal Ypres-Comines Le commandement belge a commencé à recourir à l'inondation des canaux pour contenir les Allemands. A midi, l'armée belge informe le chef de mission français, le général Pierre Champon, que . A 18h00, le général français Georges Blanchard informe le roi Léopold III que les britanniques se retirent sur la ligne Lille-Ypres, le long du canal Comines-Ypres. La 5e division d'infanterie se positionne afin de couvrir le retrait vers Dunkerque. Le Roi Léopold envisage de faire déplacer son quartier général à Middelkerke. La Bataille du Canal Ypres-Comines débutera le , et atteindra son intensité les 27 et .
La reddition
Le front dans sa totalité à la veille de la défaite Le chef d’état-major de l’armée belge estime que le au matin, il existe toujours un front continu face aux AllemandsMichiels Dix-huit jours de guerre en Belgique, Berger-Levrault, Paris, 1947, . Mais constate ensuite que ce front est percé à peu près au milieu dans la direction Deinze-Tielt, et à la fin de l’après-midi : une brèche de s’est ouverte qu’il semble impossible de colmater. Et cela, d'autant plus que l'armée britannique se retire précipitamment sans que l'état-major belge soit prévenu. C’est ce qui amène le roi Léopold III à envoyer un plénipotentiaire au général Von Reichenau. Il reviendra dans la soirée porteur des exigences allemandes d’une capitulation sans condition de l’armée avec nécessité de livrer passage aux armées allemandes vers la mer. Pour le roi, il s'agit d'une reddition des seules forces au combat à ce moment-là, ce qui n'implique aucune entente politique avec l'Allemagne, au contraire d'un armistice.