Le Romarin , Salvia rosmarinus, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Lamiacées (ou Labiées). C’est un arbrisseau poussant à l’état sauvage sur le pourtour méditerranéen, en particulier dans les garrigues arides et rocailleuses, sur terrains calcairesJean-Claude Rameau et al., Flore forestière française: Région méditerranéenne, 2008.
Aussi connu sous le nom de Rosmarinus officinalis, ce nom est devenu synonyme quand l'espèce a été reclassée, en 2017, dans le genre Salvia.
Fraîche ou séchée, cette herbe condimentaire fait partie de la cuisine méditerranéenne, et une variété se cultive dans les jardins. C'est une plante mellifère ; le miel de romarin, ou « miel de Narbonne » est réputé. C'est également un produit fréquemment utilisé en parfumerie. Enfin, diverses vertus phytothérapeutiques ont été étudiées.
Le nom « romarin » viendrait du latin « ros marinus » (rosée de mer), ou bien du grec « rhops myrinos » (buisson aromatique)Helmut Genaust, Etymologisches Wörterbuch der botanischen Pflanzennamen, 1996, ou encore du latin « rhus marinus » (sumac de mer). On l'appelle également « herbe-aux-couronnes », et en provençal, « encensier »Huguette Max, La route des épices, 2008.
Le romarin est une des plantes recommandées dans les domaines royaux par Charlemagne dans le capitulaire De Villis (fin du ou début du ).
Caractéristiques vignette|gauche|Vue d'ensemble de la plante. vignette|gauche|Romarin en fleur. vignette|Salvia Rosmarinus au Muséum de Toulouse.
Description Le romarin peut atteindre jusqu'à de hauteur, voire jusqu'à en culture. Il est reconnaissable en toute saison à ses feuilles persistantes sans pétiole, coriaces, beaucoup plus longues que larges, aux bords légèrement enroulés, vert sombre luisant sur le dessus, blanchâtres en dessous. Leur odeur, très camphrée, évoque aussi l'encens d'où il doit son nom « encensier » en provençal.
La floraison commence dès le mois de février, parfois en janvier, et se poursuit jusqu'en avril-mai. Certaines variétés peuvent fleurir une deuxième fois en début d’automneJekka McVicar, Le grand livre des Herbes, 2006. La couleur des fleurs, qui se présentent en grappes assez semblables à des épis, varie du bleu pâle au violet. On trouve également, mais plus rarement, la variété à fleurs blanches R. officinalis albiflorus. Leur calice est velu, à dents bordées de blanc. Elles portent deux étamines ayant une petite dent vers leur base. La lèvre inférieure de la corolle est profondément divisée, faisant penser au labelle de certaines orchidées. Comme pour la plupart des Lamiacées, le fruit est un tétrakène. Ce dernier est de couleur brune.
Répartition et habitat Le romarin est originaire du bassin méditerranéen.
On le trouve principalement dans les terrains arides et ensoleillés, comme les garrigues, les maquis et les rocailles. Il n'apprécie pas une sécheresse trop importante mais se contente de l'humidité du littoral, d'où il pourrait tenir son nom (« rosée de mer » en latin).
Il est répandu entre le niveau de la mer et 650 mètres, parfois jusqu'à mètres d'altitude.
Statuts de protection L'espèce n'est pas considérée comme étant menacée en France. Elle est classée Espèce de préoccupation mineure (LC) par l'UICN.
Culture Le romarin se cultive dans un endroit ensoleillé, dans un sol calcaire et bien drainéJean-Marie Polese, La culture des plantes aromatiques, 2006. Bien que ce soit une plante aimant les climats chauds, il supporte les gelées si le sol ne conserve pas l'humidité. Idéalement, ce dernier doit avoir un pH compris entre 7 et 7,5.
Une légère taille au printemps après sa floraison peut contribuer à lui conserver une forme harmonieuse. Son feuillage persistant et sa tenue rendent propice l'utilisation de certaines variétés touffues à une utilisation en topiaire.
Il se multiplie facilement au printemps ou à l'automne par bouturage ou marcottage ; plus difficilement en été par semis car sa germination est lente.
Le romarin est assez résistant aux nuisibles : il craint toutefois le rhizoctone brun en cas d'humidité trop importante.
Sa zone de rusticité se situe entre 8 et 10..
Production mondiale vignette|250px|Rosmarinus officinalis prostratus (Romarin "Prostratus").|alt= Le romarin est cultivé à large échelle en Espagne, en Tunisie, au Maroc, en Italie, en France, en Algérie et au Portugal, principalement pour en extraire de l'huile essentielleH. Panda, Aromatic Plants Cultivation, Processing And Uses, 2009. La production mondiale d'huile essentielle de romarin atteint 200 à 300 tonnes en 2005Azhar Ali Farooqi et al., Cultivation of Spice Crops, 2005.
En Inde, la CIMAP (Central Institute of Medicinal and Aromatic Plants) a introduit la production de romarin à la fin des années 80, qui s'est développée au cours des années 90. Cette production est concentrée dans le sud, dans les Nîlgîri et autour de Bangalore.
Utilisations vignette|gauche
Gastronomie Les branches feuillues de romarin s'utilisent de préférence fraîches, mais peuvent également se conserver séchées. Les fleurs ont une saveur plus douce et se consomment crues, saupoudrées pour parfumer un plat ou un dessert.
Les branches s'emploient généralement comme aromate par infusion dans les ragoûts, les civets, les soupes et les sauces.
Le romarin est également utilisé pour parfumer les grillades. Quelques branches sont alors utilisées dans la confection d'une marinade ou une branche comme pinceau pour enduire la pièce à griller de marinade. Il est également possible de fumer la viande ou le poisson en déposant quelques branches sur les charbons, ou en petite quantité dans un fumoirCamille Knockaërt, Le fumage du poisson (), 2002. On peut enfin se servir de branches pour embrocher des légumes avant leur cuisson.
Le romarin est parfois utilisé en infusion pour parfumer des desserts comme les flans, les crèmes ou certaines confitures.
Parfumerie L'utilisation du romarin en parfumerie est très ancienne. Le premier parfum alcoolique dont on connaisse l'existence est l'eau de Hongrie, alcoolat fréquemment utilisé au et qui pourrait dater du , dont le romarin était l'un des principaux composantsLa Belgique horticole: Annales de botanique et d’horticulture. Vol. 12. 1862.
L’essence est obtenue par la distillation des branches, de préférence en n’utilisant que les sommités fleuries. Elle contient notamment du bornéolRevue suisse de viticulture, arboriculture, horticulture. 2001, du 1,8 cinéolSouâd Akroum, Étude des propriétés biochimiques des polyphénols et tannins issus de Rosmarinus officinalis et Vicia faba L., 2006 (ou eucalyptol), du camphèneRao et al., Rosemary (Rosmarinus officinalis L.): Impact of drying on its flavor quality, 1998 et du pinène. Le romarin entre dans la composition de parfums surtout masculins, hespéridés aromatiques (eaux de Cologne), boisés et fougères aromatiques.
Médecine et phytothérapie
Agents actifs
La plante contient plusieurs agents actifs parmi lesquels : Huiles essentielles : 1,8 cinéole, alpha-pinène, camphre de romarin, bornéolE. Ibanez et al., Supercritical fluid extraction and fractionation of different preprocessed rosemary plants, 1999, camphène. Flavonoïdes : lutéolineSouâd Akroum, Inhibition de quelques bactéries pathogènes par les extraits éthanoliques de rosmarinus officinalis, Sept. 2008, apigénine, quercétine, diosmineH. Serra et al., Prediction of intestinal absorption and metabolism of pharmacologically active flavones and flavanones, 2008. Diterpènes : acide carnosique, rosmadial. Triterpènes et stéroïdes : acide oléanolique, acide ursolique. TaninsY. H. Hui et al., Handbook of Fruit and Vegetable Flavors, 2010 Lipides : n-alcanes , isolalcanes , alcènes. Rosmaricine Acide rosmarinique
Effets Le romarin fut longtemps utilisé empiriquement en phytothérapie. Le miel de romarin, aussi appelé « Miel de Narbonne » était un des multiples constituants de la thériaque de la pharmacopée maritime occidentale au D’après Maistral, in Yannick Romieux, De la hune au mortier, Éditions ACL, Nantes, 1986.
Des études modernes montrent les effets du romarin : cholérétique et hépatoprotecteur - le romarin a longtemps été utilisé empiriquement comme agent hépatoprotecteur et cholérétique. Ces effets ont été montrés expérimentalementJoyeux M, Rolland A, Fleurentin J, Mortier F & Dorfman P, Planta Med, 56 (1990) 171. Le romarin permet donc d'activer les fonctions digestives, en particulier le travail de la vésicule biliaire ; antimycosiqueSteinmetz M D, Moulin-Traffort J & Regli P, Mycoses, 31 (1988) 40.Durakovic Z & Durakovic S, J Indian Med Assoc, 72 (1979) 175. et antibactérien - les substances du romarin limitent le développement de certains agents pathogènes ; effets sur le système nerveux - l'administration d'huile de romarin, à la fois par inhalation et par voie orale, stimule l'activité du système nerveux central, respiratoire et locomotrice chez la sourisKovar K A, Gropper B, Friess D & Ammon H P T, Planta Med, 53 (1987) 315.. L'extrait alcoolique de R. officinalis a montré une activité antidépressive sur la nage forcée et les tests d'immobilité de la sourisMatsunaga K, Lu X-C, Yasuda H et al, Nat Med, 5 (1997) 63.. Le romarin serait donc recommandé pour traiter les divers cas d’asthénie ; effets sur la circulation sanguine - l'utilisation d'huile de romarin dans un bain stimule la circulation dermique et améliore l'hémodynamique pour les problèmes d'occlusion artérielleRulffs W, Munch Med Wochensch, 126 (1984) 207. ; effets sur les muscles lisses - l'huile ou l'extrait aqueux de feuilles permettent d’inhiber certaines contractions induites chez les lapins et les cochons d’IndeAqel M B, J Ethnopharmacol, 33 (1991) 57.Al-Sereiti M R & Said S A, First Medical Conference of Libya, 1992, 2.. Le romarin aurait donc des effets antispasmodiques ; antitumorigénique et antioxydant - de nombreuses études indiquent que le romarin permettrait de prévenir et de limiter la progression de certains types de cancersM R Al-Sereitia et al., « Pharmacology of rosemary (Rosmarinus officinalis Linn.) and its therapeutic potentials », Indian Journal of Experimental Biology, Vol. 37, February 1999, p. 124-131. ; antibactérienne - l'huile essentielle de romarin à cinéole permet de lutter contre le rhume, bronchites et sinusites ; anticoagulante- les extraits de la plante ont des activités anticoagulantes qui peuvent diminuer le risque de la formation de caillots dans les vaisseaux sanguins..
Risques L'huile essentielle de romarin peut avoir des effets neurotoxiques, déclencher convulsions et crises d’épilepsie. Par voie orale, et à part l'utilisation en cuisine, il est déconseillé aux femmes enceintes ou allaitantes..
Variétés On dénombre plus de 150 variétés de romarin.. Elles se différencient par leur taille maximale (d'une dizaine de centimètres à deux mètres), leur tenue (vertical ou rampant), la couleur de leurs fleurs (violettes, bleues, blanches, roses) et de leurs feuilles, leur rusticité...