Robert Fico (prononcé ), né le à Topoľčany, est un homme d'État slovaque. Dirigeant de SMER – social-démocratie (SMER-SD), il est président du gouvernement de 2006 à 2010, de 2012 à 2018 et depuis 2023.

Fondateur de SMER-SD en 1999, il parvient progressivement à fédérer l'ensemble des partis de gauche slovaque. Il s'impose lors des élections législatives en 2006 en faisant campagne sur les laissés-pour-compte des politiques libérales menées depuis huit ans par la coalition gouvernementale de centre droit, et accède au pouvoir grâce à une alliance avec les nationalistes (SNS) et les populistes (ĽS-HZDS), ce qui lui vaut d'être suspendu du Parti socialiste européen (PSE).

Son mandat à la tête du gouvernement est marqué par une politique sociale plus généreuse, sans remise en cause des principales réformes et politiques de son prédécesseur. En 2010, il remporte de nouveau les législatives mais le centre droit gagne la majorité absolue des députés au Conseil national, conduisant à son remplacement par la libérale-conservatrice Iveta Radičová.

Il revient au pouvoir en 2012, SMER-SD ayant remporté la majorité absolue à des élections législatives anticipées. Reconduit en 2016 après que son parti a obtenu une majorité relative, il démissionne en 2018, à la suite de la crise générée par l'assassinat du journaliste Ján Kuciak.

Vainqueur des élections générales de 2023, il revient une nouvelle fois à la tête du gouvernement, ayant depuis plusieurs années réorienté le SMER sur une ligne nationale-populiste, russophile et xénophobe. En , il est grièvement blessé par balles lors d'une tentative d'assassinat.

Origines, formation et vie privée Robert Fico est issu d'une famille plutôt modeste et a un frère, Ladislav, et une sœur, Lucia.

Après avoir étudié le droit à l'université Comenius de Bratislava, de 1982 à 1986, et décroché une maîtrise, il accomplit pendant un an son service militaire. En 1988, il obtient son diplôme juridique d'État. Il intègre dans la foulée l'institut d'État et de droit de l'Académie slovaque des sciences, où il passe avec succès un doctorat de droit pénal en 1992.

Marié à Svetlana Ficová et père d'un enfant, il parle anglais et russe, outre le slovaque.

Carrière professionnelle Robert Fico commence à travailler en 1986 au sein de l'Institut du droit du ministère de la Justice, et en devient directeur adjoint en 1992 pour trois ans. En 1994, il est choisi pour représenter le gouvernement de Slovaquie à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), à Strasbourg, et à la Commission européenne des droits de l'homme, un poste qu'il occupe durant six ans.

Il est membre depuis 2000 de l'association slovaque du barreau, où il a représenté les victimes de crimes.

Parcours politique

1987 - 1994 : débuts Robert Fico rejoint le Parti communiste tchécoslovaque en 1987, puis adhère au Parti de la gauche démocratique (SDĽ) lors de sa fondation par des anciens membres du Parti Communiste, en 1990.

Il est élu pour la première fois député au Conseil national de la République slovaque en 1992, et intègre la commission des Affaires constitutionnelles.

1994 - 2006 : ascension Robert Fico prend en 1994 la présidence du groupe du Parti de la gauche démocratique et . En 1995, il est porté à la tête de la sous-commission des Prisons de la commission des Affaires constitutionnelles et il la conserve jusqu'en 2003.

Il est choisi en 1996 comme vice-président du SDĽ, qu'il quitte en 1999 pour fonder Direction - Social-démocratie, dont il est désigné président.

À la suite des élections législatives de 2002, il obtient un poste de membre de la commission parlementaire des droits de l'homme, des Minorités nationales et des Droits des femmes, et un siège d'observateur au Parlement européen, qu'il quitte en 2004.

En 2003, il a suivi une formation d'avocat de la défense auprès de la Cour pénale internationale (CPI). Au cours de la campagne pour les élections anticipées du , il promet de maintenir la politique de rigueur budgétaire, nécessaire pour une adoption rapide de l'euro, tout en assurant vouloir augmenter les dépenses publiques, en particulier dans les secteurs de la santé et des retraites. Son discours se fonde sur la dénonciation des réformes économiques libérales entreprises par le centre droit au cours des huit années précédentes, qualifiées de « parcours sans faute » par l'OCDE, et promet de mettre fin à la corruption et de donner un coup d'arrêt aux privatisations. Le jour du scrutin, SMER-SD s'impose avec 50 sièges sur 150, deux fois plus que lors des précédentes élections.

2006 - 2010 : premier mandat de président du gouvernement Ayant réussi à former une coalition gouvernementale comptant 85 députés, Robert Fico est investi président du gouvernement le à la tête d'une alliance unissant son parti au Parti national slovaque (SNS, nationaliste) et au Parti populaire - Mouvement pour une Slovaquie démocratique (ĽS-HZDS, populiste). Le choix de ses partenaires entraîne la suspension de l'appartenance de SMER-SD au Parti socialiste européen (PSE), qui sera finalement levée. Âgé de 41 ans au moment de sa prise de fonction, il est alors le plus jeune à occuper ce poste.

Au cours de son mandat, il s'est bien gardé de remettre en cause les fondements de la politique économique de son prédécesseur, et a obtenu en 2007 la croissance record de 10,4 % du produit intérieur brut (PIB). Il a toutefois mis en œuvre une réforme du marché du travail pour le rendre moins favorable aux employeurs et réduit la taxe sur la valeur ajoutée sur les médicaments et les livres, soit beaucoup moins de produits que promis. Il a également aboli le « ticket modérateur », autrement dit les frais que les patients devaient payer lors de leur visite chez le médecin ou de leur passage à l'hôpital. Il a en outre essayé d'instaurer des péages routiers en 2010 mais a dû renoncer sous la pression des chauffeurs routiers.

Au niveau international, ses relations diplomatiques ont été compliquées du fait de ses deux partenaires de coalition. De ce fait, il a surtout renforcé ses liens avec la Serbie et la Russie. En 2007, il prend ainsi des positions en faveur de Vladimir Poutine lors du différend sur le bouclier anti-missile européen Le Premier ministre slovaque Robert Fico se rallie à la Russie, Eurotopics. Il a également joué sur la division ethnique du pays, en prenant régulièrement à partie la minorité magyare. À cet égard, la décision de l'Assemblée nationale de Hongrie d'accorder un passeport à tous les Magyars de souche l'a conduit à modifier la loi sur la nationalité slovaque, qui interdit désormais toute double nationalité. Il a de plus fait savoir qu'il était opposé à la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo. C'est par ailleurs sous son mandat que la Slovaquie a rejoint la zone euro à partir du , étant alors le premier pays de l'ex-bloc soviétique à adopter la monnaie unique européenne.

Entre le et le , il est ministre de la Justice par intérim.

2010 - 2012 : dans l'opposition au gouvernement Radičová Candidat à un second mandat lors des élections du 12 juin 2010, Robert Fico a fait campagne sur son bilan, notamment en matière de politique sociale, et sur le ressentiment anti-magyar, alimenté par la victoire de la Fidesz-Union civique hongroise aux élections législatives hongroises. Sa stratégie semble avoir été payante puisque le parti SMER-SD a décroché 62 sièges et 34 % des voix, en nette progression par rapport au précédent scrutin. Toutefois, le centre droit pris dans son ensemble réunit 79 élus sur 150, soit trois de plus que la majorité absolue.

Il est chargé le , par le président Ivan Gašparovič, de former le nouveau gouvernement Slovaquie : Robert Fico chargé de former un gouvernement, Le Nouvel Observateur, le , mais ne peut que constater son échec dix jours plus tard, ce qui le conduit à renoncer et annoncer sa démission de la direction du gouvernement après l'ouverture de la nouvelle session parlementaire, le La droite slovaque conclut un accord de coalition, L'Express, le . Remplacé par la libérale conservatrice Iveta Radičová, il est désigné le même jour par son parti pour devenir vice-président du Conseil national de la République slovaque Fico deviendra vice-président du Parlement, The Slovak Spectator, le .

2012 - 2018 : deuxième passage à la tête du gouvernement Deuxième mandat thumb|redresse=1.4|Robert Fico avec les dirigeants du groupe de Visegrád et de la Corée du Sud, en 2015. Après le renversement du gouvernement d'Iveta Radičová, et sa démission le , des élections législatives anticipées sont organisées le . Le parti SMER-SD obtient la majorité absolue au Conseil nationalLégislatives en Slovaquie: la gauche a la majorité absolue , AFP, 11-03-2012 avec 44,4 % des voix et 83 députés, ouvrant ainsi la voie à un nouveau gouvernement de Robert Fico. Pour la première fois depuis l'indépendance de la Slovaquie en 1993, la majorité absolue sera détenue par un seul parti. Le , il est chargé, par le président Ivan Gašparovič, de constituer le nouveau gouvernement« Slovaquie: le leader de la gauche Robert Fico désigné Premier ministre », Le Parisien, le .

Il est officiellement nommé président du gouvernement le et présente aussitôt son gouvernement, où siègent quatre indépendants. Reconnaissant que son équipe devrait travailler dans la limite des mauvaises réalités économiques, il a réaffirmé son objectif d'une plus grande solidarité entre les riches et les pauvres « Fico's new cabinet takes the reins », The Slovak Spectator, le .

Il fait voter, le , par le Conseil national, une loi abolissant la flat tax. La réforme fiscale crée un taux d'impôt sur les sociétés de 23 %, en hausse de quatre points, et une seconde tranche d'impôt sur le revenu à 25 % pour ceux gagnant plus de euros par mois. Une surtaxe de 5 % est créée au sujet des ministres, des parlementaires et du président de la République « MPs vote to abolish Slovakia’s flat tax », The Slovak Spectator, le .

Robert Fico est candidat à l'élection du président de la République de mars 2014 pour le parti Direction - Social-démocratie. Au premier tour, il obtient 28 % des suffrages contre 24 % à l'indépendant Andrej Kiska et 21,2 % à l'indépendant Radoslav Procházka. Bien qu'il vire en tête, son avance est nettement moins importante qu'anticipée par les sondages. Avec 40,6 % des voix au second tour deux semaines plus tard, il est battu par Kiska.

En , réagissant à la crise des migrants et aux quotas de migrants proposés par la Commission européenne pour chaque pays, il déclare que la Slovaquie n'a pas à « se prosterner » devant l'Allemagne ou la France pour suivre leurs avis et ne pas vouloir « cesser de parler des risques associés à la migration »Migrations: La Slovaquie ne doit pas "se prosterner" devant l'Allemagne ou la France (Fico), leparisien.fr, 9 septembre 2015. Il déclare également que l'islam n'a pas « vocation à s’implanter en Europe car il ne peut s’y intégrer » et affirme souhaiter « surveiller chaque musulman du pays »Blaise Gauquelin, « En Slovaquie, le Premier ministre veut "surveiller chaque musulman" », liberation.fr, 3 janvier 2016.https://www.valeursactuelles.com/robert-fico-lautre-cauchemar-de-bruxelles-62932. Lors de sa campagne législative de 2016, il déclare : .. Sa rhétorique anti-migrants lui vaut le qualificatif d’« Orbán de gauche ». Via Cairn.info..

Troisième mandat Ayant perdu sa majorité absolue avec 28,3 % des suffrages exprimés et 49 députés à l'issue des élections législatives du 5 mars 2016, Robert Fico forme une coalition majoritaire hétéroclite rassemblant le Parti national slovaque (SNS) d'extrême droite, et Most-Híd et SIEŤ de centre-droit « Smer, SNS, Most-Híd and Sieť agree on priorities », The Slovak Spectator, le .