Bertrand Clauzel, né le à Mirepoix (Ariège) et mort le à Cintegabelle (Haute-Garonne), est un général français de la Révolution et de l'Empire, anobli par Napoléon et fait maréchal de France par Louis-Philippe.
Il s'illustre lors des guerres napoléoniennes puis lors de la conquête de l'Algérie.
Biographie upright|vignette|gauche|Général Bertrand Clauzel (1772-1842), comte d'Empire, alors capitaine Clauzel du de ligne en 1792 (Georges Rouget).
Origines familiales et jeunesse Issu d'une famille de chaudronniers du Cantal (Saint-Cernin et Saint-Chamant), il est le neveu de Jean-Baptiste Clauzel, député à la Convention.
La Révolution Premières campagnes Bertrand Clauzel choisit la carrière des armes, et le , il est sous-lieutenant au régiment de Royal-Vaisseaux, devenu le de ligne. La déchéance de Louis XVI, prononcée par l'Assemblée législative, le pousse toutefois à démissionner le . Il reprend du service le , dans un bataillon de volontaires de la légion des Pyrénées, avec le grade de capitaine dans les chasseurs à cheval. Nommé adjudant-général chef de bataillon à l'état-major de l'armée des Pyrénées orientales le , il passe adjudant-général chef de brigade le . Chargé de porter à Paris enlevés aux Espagnols et aux Portugais, il les présente à la Convention nationale le .
Après le traité de Bâle conclu avec l'Espagne le , il accompagne le général Pérignon, envoyé en ambassade à Madrid en . Il rentre en France lors du remplacement de cet ambassadeur par l'amiral Truguet, en . Il sert ensuite à l'armée d'Angleterre en qualité de chef d'état-major du général Grouchy en , qu'il suit quelques mois plus tard à l'armée d'Italie.
Campagnes d'Italie À cette époque, le général Joubert a en face de lui les Russes et les Autrichiens marchant sur l'Adige, et sur ses arrières les troupes du roi de Sardaigne, quoique ce prince ait pris l'engagement de fournir à l'armée française un contingent de . Joubert ordonne au général Grouchy, le 7 frimaire (), de prendre le commandement de la citadelle de Turin, et dans la lettre qu'il lui fait écrire le 11 par Suchet, son chef d'état-major, il ajoute : Le général Grouchy obéit et entame l'affaire, puis il charge Clauzel, son chef d'état-major, de suivre sous son influence la négociation commencée. Clauzel poursuit donc ostensiblement auprès de Charles-Emmanuel la remise de toutes les places fortes et le commandement de toutes les troupes piémontaises, et moins ouvertement l'abdication du roi. Le 17 frimaire (), la famille royale au complet part pour Parme, puis Florence. Le général Grouchy écrit alors à Joubert :
upright|vignette|gauche|La Femme hydropique, peinture de Gérard Dou, 1663.
Et le même général termine ainsi sa lettre du 9 nivôse (), adressée au Directoire : . Le roi de Sardaigne lui fait parvenir un des meilleurs tableaux de sa galerie, La Femme hydropique, de Gérard Dou, dont Catherine II et Paul ont successivement offert un million. Clauzel fait hommage de ce tableau au Directoire (lettre du ), qui s'empresse d'en enrichir le musée du Louvre. Nommé général de brigade le , il a plusieurs fois l'honneur d'être mentionné dans les rapports des généraux en chef, notamment à la bataille de Novi où il se distingue en dégageant l'aile gauche de l'armée fortement menacée. Après le coup d'État du 18 Brumaire, le gouvernement consulaire le met en disponibilité le , et il quitte l'Italie.
Le Consulat et l'Empire L'expédition de Saint-Domingue
Attaché le 11 brumaire an X () à l'expédition de Saint-Domingue, chargée de rétablir l'autorité de la métropole après la révolte des esclaves, le Leclerc nomme Clauzel le 2 vendémiaire an XI () général de division, promotion confirmée le par Rochambeau, commandant en chef depuis la mort de Leclerc le . Clauzel s'empare sur ses ordres du Port-de-Paix et du fort Dauphin ; chargé du commandement de la ville du Cap-Français, il la met dans le meilleur état de défense possible. Il participe aussi pleinement à l'organisation de la politique de torture, exactions et exécutions sommaires.
L'armée de Dalmatie L'Empereur se décide enfin à lui donner de l'activité à l'armée du Nord le , à l'armée de Hollande le . Mis à nouveau en disponibilité en 1806, il passe à l'armée d'Italie sous les ordres d'Eugène de Beauharnais, qui le charge du commandement de tous les dépôts de l'armée de Naples. Il rejoint le , l'armée de Dalmatie, et reçoit le titre de baron de l'Empire le suivant - les lettres patentes lui parviennent le . C'est à cette époque qu'il est appelé aux fonctions de gouverneur de Raguse. En , l'armée de Dalmatie forme le de la Grande Armée. Après la paix qui suit la bataille de Wagram, Clauzel commande ce corps avec lequel il est chargé de prendre possession des provinces illyriennes.
L'armée de Portugal et la campagne d'Espagne Nommé grand officier de la Légion d'honneur le , il est envoyé en Espagne auprès du général Junot et du maréchal Masséna. Il devient, le suivant, chef de la du de l'armée d'Espagne, qui fait partie de celle de Portugal. Pendant le siège d'Astorga, il bat et repousse jusque sur la Galice le corps espagnol en position à Villafranca. Après s'être battu vaillamment à Sobral, où il résiste à un ennemi très supérieur en nombre, il assiège Ciudad Rodrigo. Quand l'armée de Portugal entre en Espagne au mois de , après une mémorable retraite menée par Clauzel à celle de Russie, elle passe sous les ordres du maréchal Marmont, Nord. Mais le , pendant la bataille des Arapiles, Marmont et son commandant en second, le général Bonet, sont blessés par un shrapnel dans les premières minutes de l'engagement. Clauzel reprend le commandement :
Ce jour-là, il sauve l'armée et change une déroute imminente en une savante retraite. Cependant, blessé d'un coup de feu au pied droit, il remet le le commandement au général Souham et demande un congé. et grand-croix de l'ordre de la Réunion en janvier et , il participe à la bataille de Vitoria, qui commence le , et après la déroute fait retraite en France par Jaca et Oloron sans avoir eu aucun combat à livrer. Le , il reçoit le commandement de l'aile gauche de l'armée d'Espagne (comprenant l'armée du Nord) et, de cette date jusqu'au , jour où Marmont livre la bataille de Toulouse, Clauzel a à faire face à une longue suite de combats qui s'achèvera avec la bataille d'Orthez le . Lorsque Wellington communique à l'armée française l'abdication de l'Empereur, Clauzel opine le premier, dans une réunion de généraux, pour que l'on n'ait aucun égard à cette notification tant qu'elle ne serait pas faite par l'Empereur lui-même ou par l'intermédiaire de son major-général. Il est un des derniers à mettre bas les armes en 1814.
La Restauration La Première Restauration et les Cent-Jours Fait chevalier de Saint-Louis le , il est désigné le pour remplir les fonctions d'inspecteur-général d'infanterie, et obtient le , la grand-croix de la Légion d'honneur, qu'il a demandée le précédent. Son titre de comte, conféré par Napoléon en 1813 sans que les lettres patentes en aient jamais été publiées, lui est également confirmé.
Faisant partie des premiers à s'être déclarés en faveur de Napoléon à son retour de l'île d'Elbe, il prend le commandement de Bordeaux et y étouffe le mouvement insurrectionnel insufflé par la duchesse d'Angoulême, avant de forcer cette dernière à quitter la ville. Nommé tout d'abord gouverneur provisoire de la militaire, puis commandant en chef du corps d'observation des Pyrénées-Orientales, il devient le gouverneur permanent des et militaires, et est élevé à la dignité de pair de France le . Il oppose, à la tête de l'armée du Midi, une énergique résistance aux ennemis qui envahissent les départements du Midi. Après la bataille de Waterloo, il s'oppose à ce que le drapeau blanc soit arboré à Bordeaux, ordonne au de ligne, placé en ordre de bataille sur la place, de faire feu contre les attroupements royalistes, et crée une commission militaire. Le , ayant perdu tout espoir de voir Napoléon se réunir aux troupes sous son commandement, ainsi qu'on le lui a fait espérer, il ordonne à la garnison d'évacuer la ville et laisse arborer le drapeau de la Restauration.
L'exil Compris dans l'article de l'ordonnance du 24 juillet 1815, qui ordonne l'arrestation et la traduction devant un conseil de guerre , le général Clauzel, qui se rend à l'armée de la Loire, doit se soustraire aux poursuites dirigées contre lui et parvient à s'embarquer pour les États-Unis dans le courant du mois de novembre, avec le concours du roi Christophe et du président Pétion qui déclarent offrir une récompense au capitaine qui sauverait Clauzel. Le , le de guerre de la militaire le condamne à la peine de mort par contumace. Cette ordonnance est contraire à la convention militaire signée trois semaines plus tôt, le à Saint-Cloud, par les plénipotentiaires de Louis XVIII, et dont l'article XII stipule clairement : .
Il devient l'un des actionnaires de la Société coloniale de la vigne et de l'olivier, lancée en 1817 sur le vaste territoire de l'ex-Louisiane française par des centaines de planteurs français de Saint-Domingue et d'anciens généraux de l'Empire, tels Charles Lefebvre-Desnouettes et François Antoine Lallemand. De retour en Europe en 1820, dans sa terre de Secourrieu près de Toulouse, il sollicite la révision du jugement rendu contre lui, lorsqu'une ordonnance du le déclare compris dans l'amnistie et le rétablit dans tous ses droits, titres, grades et honneurs.
L'élection à la Chambre des députés (1829) Le , à l'instigation d'un ancien sous-officier de l'armée d'Espagne, à qui il a sauvé la vie à la bataille des Arapiles, et qui est devenu un électeur influent de l'arrondissement de Rethel, le général Clauzel est éluPar sur et . député par le collège électoral du département des Ardennes, contre le comte de Jaubert53 voix. Il siège sur les bancs de l'opposition, parmi les 221, et est rééluPar sur et ., le , dans le des Ardennes (Rethel), contre le même comte de Jaubert58 voix.
La monarchie de Juillet et la conquête de l'Algérie
Se trouvant sur ses terres au moment des Trois Glorieuses, à la fin , Clauzel vient rapidement offrir ses services au nouveau roi, qui, le , le nomme commandant en chef de l'armée d'Afrique. Cette nomination l'oblige à se représenter devant ses électeurs, qui lui renouvellent son mandat le Par sur et .
upright|vignette|droite|Le maréchal Clauzel, gravure de Ruhière d'après Champmartin.
Premier séjour en Algérie (fin 1830-début 1831)
Arrivé à Alger comme général en chef des troupes d'Algérie, il fait adopter les nouvelles couleurs tricolores par l'armée, fonde sur la côte d'Afrique et tente le premier de lancer un mouvement de colonisation.
Sur le plan militaire, il occupe Blida où, sous ses ordres, les troupes françaises perpétuent un massacre de huit cent habitants non armés, en représailles à la mort de vingt et un soldats français tués au combat. Il prend ensuite Médéa avec les troupes du colonel Schauenburg, expédition à la suite de laquelle le drapeau tricolore flotte au sommet de l'Atlas. Devant céder les provinces de Constantine et d'Oran à des princes tunisiens, il est écarté pour ce motif et remplacé en octobre par le général Berthezène.