Anna Stepanovna Politkovskaïa (en ), née Mazepa () le à New York (États-Unis), et morte assassinée le à Moscou (Russie), est une journaliste russo-américaine et une militante des droits de l'homme connue pour son opposition à la politique du président russe Vladimir Poutine, sa couverture du conflit tchétchène et ses critiques virulentes envers les autorités prorusses de Tchétchénie, notamment son chef Ramzan Kadyrov.
Biographie Née à New York, elle est fille de diplomates. Son père, Stepan Mazepa, travaillait à la mission de la république socialiste soviétique d'Ukraine auprès de l'ONU. Après des études de journalisme à la faculté de journalisme de l'université d'État de Moscou qu'elle termine en 1980. Elle commence sa carrière au journal Izvestia, à Transport aérien ainsi qu'au collectif Eskart et au magazine Megapolis express.. Elle a pour elle la liberté d'expression apportée par la perestroïka et traite les sujets les plus divers. À partir de juin 1999, elle écrit des articles pour le journal en ligne Novaïa Gazeta.
Février 2001, Anna Politkovskaïa est arrêtée dans le district de Vedeno en Tchétchénie (région de Chatoï) et elle est accusé d'être entrée sans accréditation. Elle passe trois jours sans nourriture ni eau dans une fosse, tandis qu'un officier militaire menace de lui tirer dessus.. Elle dit avoir été menacée de viol et de mort, et qu’on s’en prendra à ses enfants, fait remarquer la Fondation internationale des femmes œuvrant dans les médias l'International Women's Media Foundation (IWMF).. Sept mois plus tard, des menaces de mort lui parviennent de la part d'un militaire accusé de crimes contre des civils. Elle fuit en Autriche après que celui-ci ait envoyé un courrier électronique à Novaïa Gazeta. Les messages affirment que cet officier, Sergueï Lapine, qu'elle a accusé de commettre des atrocités contre des civils, a l'intention de se venger. Sergueï Lapine avait été interpellé en 2002 à propos de ces accusations, mais les charges contre lui avaient été abandonnées l'année suivante. Celles-ci sont reprises en 2005 et Sergueï Lapine est condamné à une peine de onze années d'emprisonnement.
Elle reçoit le 16 octobre 2002 le prix Courage en journalisme de l’IWMF. Elle s'engage dans de nombreuses affaires, notamment en défendant les victimes de la guerre en Tchétchénie.
Elle participe aux négociations lors de la prise d'otages du théâtre Doubrovka en 2002 à Moscou. Lors de la prise d'otages de l'école de Beslan en 2004, Anna Politkovskaïa est empoisonnée Journalist reportedly poisoned en route to hostage negotiations, another journalist detained at Moscow airport, IFEX, 2 septembre 2004, probablement en buvant un thé, dans l'avion qui l'amène à Rostov-sur-le-Don, sur la route de Beslan pour participer aux négociations avec les preneurs d'otages. Elle tombe gravement malade et ne participe donc pas à ces négociations. La nature du poison n'a jamais été déterminée, les analyses de sang ayant été détruites « par mégarde » dans « Poisoned by Putin. Anna Politkovskaya » dans The Guardian du 9 septembre 2004 (consulté le 11 mai 2026) . La journaliste considère avoir été victime des services spéciaux, qui voulaient à tout prix l'empêcher de se rendre à Beslan.
Son dernier ouvrage Douloureuse Russie, est paru en septembre 2006 aux éditions Buchet-Chastel. Dans ce livre, véritable réquisitoire contre la politique de Vladimir Poutine en Russie aujourd'hui, la journaliste prédit que si une révolution éclate en Russie, elle ne sera ni orange, ni de velours, mais rouge comme le sang.
Elle a été plusieurs fois primée pour ses enquêtes, notamment en 2002 par le Pen Club International, et en 2003 au Danemark, où elle a reçu le prix du journalisme et de la démocratie, décerné par l'OSCE« La journaliste Politkovskaïa tuée pour "son travail" », Le Monde (Amnesty International) AFP 7 octobre.06. En 2004, Anna Politkovskaïa avait reçu le prix Olof-Palme pour les droits de l'Homme« Lauréats du prix Olof-Palme 2004 » et en Espagne le prix international de journalisme Manuel-Vázquez-Montalbán. Elle avait partagé ce prix avec ses compatriotes Lioudmila Alexeïeva et Sergueï Kovalev. Le prix Olof-Palme, doté de , avait récompensé par le passé Amnesty International.
Anna Politkovskaïa est connue pour sa couverture critique des campagnes du pouvoir russe en Tchétchénie. Le elle donne une interview où elle déclare que Ramzan Kadyrov (dont c'est l'anniversaire et qui atteint 30 annés, l'âge légal pour devenir président) : « ... est une marionnette, rien ne dépend de lui (...) C'est un froussard qui vit entouré de ses gardes (...) »Radio Free Europe « Anna Politkovskaya's Last Interview (texte de l'interview » Anna Politkovskaïa est assassinée le , le jour de l'anniversaire de Vladimir Poutine (né le )Lumni enseignants / L'assassinat d'Anna Politkovskaïa (INA 7 octobre 2006).
Des manifestations restreintes ont lieu devant son domicile. et quelques jours après sa mort, son dernier article sur les tortures en Tchétchénie, inachevé, est publié par son journal à un million d’exemplaires..
Pour marquer le quinzième anniversaire de la disparition la journaliste et également l'anniversaire de Poutine, Reporters sans frontières organise un lâcher de 1.000 ballons noirs floqués du hashtag #UnhappyBirthdayMrPutin (“#TristeAnniversaire M.Poutine”) devant les ambassades de Russie à Paris, à Berlin et à Londres ainsi que devant la rédaction de Novaïa Gazeta à Moscou le 7 octobre 2021..
Née à New York de parents diplomates soviétiques, Anna Politkovskaïa possédait également la nationalité américaine.
Assassinat Anna Politkovskaïa est assassinée le à Moscou, le jour de l'anniversaire de Vladimir Poutine.. Son corps a été découvert dans la cage d'escalier, devant l'ascenseur de son immeuble, dans le centre de Moscou, rue Lesnaïa, a expliqué à l'Associated Press l'officier de permanence au commissariat central de la capitale russe. Un pistolet Makarov et quatre douilles sont retrouvés à ses côtés.. Ces informations sont relevées par Interfax., Associated Press, Reuters, puis AFP« La journaliste Politkovskaïa tuée pour "son travail" » dépêche AFP in La Libre Belgique, 7 octobre 2006.
Anna Politkovskaïa, mère de deux enfants (une fille, Vera, et un garçon, Ilia), avait dénoncé à plusieurs reprises les violations des droits de l'Homme par les forces fédérales en Tchétchénie, ainsi que la milice de Ramzan Kadyrov. Elle dénonçait également la dégradation des libertés publiques et la corruption dans l’ensemble de la Russiehttp://www.rsf.org/IMG/pdf/rapport_fr_europe.pdf.
Selon l'agence de presse Interfax« Une journaliste d'opposition abattue à Moscou », c'est une voisine qui a découvert son corps dans l'ascenseur de son immeuble le samedi à . Le tueur avait le code de la porte d'entrée et connaissait les habitudes de la journaliste qui était écoutée et suivie par le FSB. Depuis plusieurs jours, il la suivait avec des complices. Ils ont été filmés par deux caméras de surveillance.
Anna Politkovskaïa repose au cimetière Troïekourovskoïe de Moscou.
À la date de sa mort, Anna Politkovskaïa est la journaliste assassinée en Russie depuis l'élection de Vladimir Poutine en 2000, selon Reporters sans frontièresReporters Sans Frontières Russie - Rapport annuel 2007 .
Réactions à l'assassinat article détaillé : Réactions du Kremlin Vladimir Poutine ne réagit que le à l'occasion d'un voyage officiel en Allemagne, il déclare que .. Par ailleurs, il estime que cet assassinat est plus préjudiciable aux autorités établies à Moscou et en Tchétchénie que les publications de Politkovskaïa, car leur influence sur l'opinion russe est selon lui « insignifiante »Emmanuel Carrère, Limonov, éditions P.O.L, 2011, page 13.
En visite à Helsinki le , Vladimir Poutine appelle à conjuguer les efforts dans la lutte contre les meurtres commandités, au lieu de les politiser.
Sergueï Iastrjembski, représentant spécial du président russe, qualifie de les décès d'opposants au régime russe en place avec la tenue de forums internationaux où le président de la fédération de Russie participe. Il déclare notamment : .
Sergueï Iastrjembski, conseiller du président Vladimir Poutine, dit ne pas être partisan de ce qu'il appelle la théorie des complots. Il ajoute : http://fr.rian.ru/world/20061124/55970675.html.
Autres réactions officielles Sean McCormack, porte-parole du département d'État des États-Unis : « Les États-Unis sont choqués et profondément attristés par la nouvelle du meurtre brutal de la journaliste russe indépendante, Anna Politkovskaïa, une journaliste d'investigation, infatigable et hautement respectée, ayant travaillé sous la pression constante de menaces de mort. Les États-Unis demandent de toute urgence au gouvernement russe de mener une enquête immédiate et exhaustive afin de retrouver, poursuivre et juger tous les responsables de ce meurtre haineux. » (Déclaration, ) Alou Alkhanov, le président tchétchène : « Bien que notre approche sur les événements en Tchétchénie fût complètement différente, Anna Politkovskaïa n'était pas indifférente au sort du peuple tchétchène. Mes collègues et moi regrettons sincèrement ce qui est arrivé et transmettons nos condoléances à sa famille et ses amis. Une enquête doit être ouverte et tous ceux qui sont derrière doivent être punis. On ne doit pas tuer les journalistes.. » Thomas Hammarberg, commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe : « Ce meurtre est le signal d'une crise majeure concernant la liberté d'expression et la sécurité des journalistes en Russie.. » Les autorités russes ne sont jamais parvenues à enquêter sur des « tentatives de meurtre » visant Anna Politkovskaïa et des « menaces » d'attenter à sa vie, regrette le commissaire. « Maintenant, elles n'ont plus d'excuses pour enquêter en profondeur sur les circonstances de sa mort et de punir ceux qui ont commis ce crime déplorable. » Se déclarant « triste et en colère », il salue en Anna Politkovskaïa « un des plus importants défenseurs des droits de l'homme dans la Russie d'aujourd'hui ». « Si tout le monde ne partageait pas ses analyses, personne ne remettait en cause son professionnalisme, son courage et son engagement personnel pour faire la vérité sur des questions politiques controversées. Sa mort est une grande perte pour la Russie et pour la cause des droits de l'homme.. » (Communiqué, ). Terry Davis, secrétaire général du Conseil de l'Europe : « Je suis très inquiet quant aux circonstances dans lesquelles cette journaliste d'un courage et d'une détermination exceptionnels a perdu la vie ». « Ses reportages ont permis à la population russe, mais aussi au monde entier d'avoir un regard indépendant sur le sort des gens ordinaires piégés dans le conflit en Tchétchénie » et « nous perdons une voix forte, de celles qui sont nécessaires dans toute démocratie authentique. » Terry Davis considère comme étant « essentiel que les circonstances de son décès soient rapidement éclaircies et de façon convaincante. (Communiqué, ). » En France, le ministre des affaires étrangères Philippe Douste-Blazy a fait part de sa « vive émotion » et de sa « profonde tristesse ». « La brutalité même de ce crime horrible bouleverse tous ceux qui sont attachés à la liberté de la presse », souligne le ministre dans un communiqué. « Nous souhaitons que les autorités russes mettent en œuvre au plus vite tous les moyens nécessaires pour faire la lumière sur cet assassinat et identifier les coupables », a ajouté le ministre des Affaires étrangères pour qui « ce crime ne peut rester impuni. ». Lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, Dominique de Villepin a fait part de sa « très profonde émotion », en rendant hommage à « une femme remarquable, une grande journaliste ». « Le combat qu'elle menait pour cette liberté d'informer était un combat essentiel », a-t-il souligné.