thumb|La Liseuse de Fragonard, vers 1770, conservée à la National Gallery of Art, Washington D.C.

Le roman est un genre littéraire caractérisé essentiellement par une narration fictionnelle. Initialement écrit en vers qui jouent sur les assonances, il est écrit en prose dès le et se distingue du conte ou de l'épopée par sa vocation à être lu individuellement et non écouté.

Dynamique au , le roman devient le genre littéraire dominant à partir du et présente aujourd'hui un grand nombre de sous-genres.

Contrairement à l'idée répandue qui le fait apparaître tardivement dans l'histoire littéraire, on retrouve ce genre dès le Ier siècle, le Satyricon de Pétrone étant considéré comme le premier roman de la littérature mondiale à nous être parvenu.

Nature du texte romanesque

Le romancier Milan Kundera, dans son essai L'art du roman (Gallimard, 1986), explique le succès du roman par ses « vertus cardinales » comme « la multiplicité des points de vue qui, seule, peut faire écho à la complexité du réel et aiguiser la compréhension des actions humaines ; l’art de la composition, qui permet d’entrelacer à la narration les thèmes existentiels qui animent les personnages, sans oublier les "ego expérimentaux" que sont ces derniers et qui permettent au romancier d’examiner d’autant mieux l’existence qu’il occulte sa propre biographie. »

Origine du terme « Roman » est un terme qui sert originellement à désigner une langue utilisée au Moyen Âge, la langue romane (de romanus (latin) signifiant ), issue de la langue utilisée dans le Nord de la France, la langue d'oïl. Cette langue, née de l'évolution progressive du latin, supplante ce dernier dans le nord de la France.

Au Moyen Âge, l'usage du latin se cantonne aux textes écrits tandis que les communications orales se font en langue romane. Le latin n'étant connu que d'une minorité de la population, constituée essentiellement de religieux et de lettrés, il est alors nécessaire de transcrire ou d'écrire directement en langue romane certains textes afin de les rendre accessibles à un public plus large. Le terme « roman » est donc appliqué à tous les textes écrits en langue romane, qu'ils soient en prose ou en vers, et narratifs ou non, en opposition notamment aux textes officiels et sacrés. L'expression « mettre en roman », apparue vers 1150, signifie donc .

Pour désigner les textes qui appartiennent au genre narratif, les termes estoire (qui a donné le mot « histoire ») et conte sont le plus souvent utilisés. Ainsi, Chrétien de Troyes écrit-il : . Toutefois, le roman est vite utilisé par la littérature narrative et le terme se met à désigner progressivement un genre littéraire à part entière. Ainsi, dans Lancelot ou le Chevalier de la charrette, Chrétien de Troyes écrit-il : . Le terme commence alors à se rapprocher de son sens moderne, celui de récit fictif à épisodes centré autour d'un ou de plusieurs personnages.

Genre littéraire Origines antiques

Les origines premières du roman peuvent remonter aux genres littéraires pratiqués dès l'AntiquitéSuzanne Saïd, Monique Trédé, Alain Le Boulluec, Histoire de la littérature grecque, PUF, 1997, chapitre 20 ()., comme l'épopée (l’Iliade, l’Odyssée d'Homère, l’Énéide de Virgile), les ouvrages historiques (d'Hérodote et de Thucydide), la tragédie et la comédie nouvelle (Ménandre, Térence) et même la poésie pastorale.

Naissance du roman moderne À la Renaissance, avant qu’il se constitue en genre autonome, le roman est perçu comme un de l’épopée ; .

Au

C'est au que le roman prend sa forme et sa place modernes, au sens où l’on peut l'entendre depuis. Il se développe en Grande-Bretagne et s'exporte vers la France puis la Prusse. S'il reste en quête de légitimation et de définition, comme le montrent les nombreuses réflexions qu'il suscite à l'époque, il connaît en même temps un essor considérable et ses sujets se diversifient. Le roman épistolaire, le roman-mémoires, le roman libertin et le roman utopique rencontrent particulièrement le goût du temps.

Entre 1700 et 1800, il se crée et se publie en France romans.

Essor en Grande-Bretagne

thumb|left|upright=1.0|Page de titre de Robinson Crusoé, édition de 1719.

+ Légende Genre Représentants Héritiers roman de mœurs Samuel Richardson, Henry Fielding, Jane AustenLes romans de Jane Austen sont parus anonymement entre 1811 et 1818. Dans son cas, c'est plutôt elle qui serait héritière de Marivaux, comme le suggèrent Gide ou Hélène Seyrès. abbé Prévost et Marivaux roman d'aventure et historique Walter Scott, Daniel Defoe Robinson Crusoé roman comique Laurence Sterne, Tobias Smollett Diderot, Jean Paul roman gothique Horace Walpole, Matthew Gregory Lewis, Ann Radcliffe, William Thomas Beckford romantisme, fantastique, marquis de Sade, Jean Potocki

Roman épistolaire

ou le roman roi

Réalisme et naturalisme Le roman réaliste se caractérise par la vraisemblance des intrigues, souvent inspirées de faits réels, ainsi que par la richesse des descriptions et de la psychologie des personnages. On y rencontre des personnages appartenant à toutes les classes de la société et à plusieurs générations successives dans une perspective souvent critique. Considéré comme le , Honoré de Balzac a conçu, dans La Comédie humaine, un monde romanesque à la fois cohérent et complet, avec quelques milliers de personnages, dont plusieurs centaines reparaissent dans divers romans. Ce cycle romanesque aura une influence considérable sur l'histoire du roman. Outre Balzac, on associe généralement à l'école réaliste française Flaubert, Maupassant, Mérimée et George Sand. Toutefois, ces auteurs ne se sont pas cantonnés au réalisme. Balzac a produit des récits d'inspiration fantastique et romantique, et à force de pousser la description des détails jusqu'à l'hyperbole, son réalisme débouche souvent sur une vision hallucinée. De même, Maupassant et Mérimée ont produit des nouvelles fantastiques et Flaubert a écrit un roman historique avec Salammbô. À la fin du , le réalisme évolue d'une part vers le naturalisme objectif d'un Zola et d'autre part vers le roman psychologique.

Le roman et les femmes Isabelle Matamoros montre comment les femmes, malgré les préjugés et les restrictions sociales du XIXe siècle (par exemple l'idée que les lectrices ne s'appropriaient pas correctement les livres et que leur accès au savoir mettrait en péril l'équilibre entre les sexes)ont progressivement conquis la culture écrite et se sont émancipées par la lecture. Son travail s'appuie sur des sources variées (lettres, journaux intimes, publications) pour restituer le quotidien et les pratiques réelles des lectrices, en proposant une histoire genrée de la lecture, centrée sur les femmes elle-mêmes plutôt que sur les discours masculins à leur sujet. Isabelle Matamores défend la thèse selon laquelle la lecture a été un vecteur d'émancipation pour les femmes au XIXe siècle, leur permettant de s'approprier le savoir et de contester les normes sociales qui les excluaient de la culture écrite.

Univers

Ère du soupçon

Roman lettriste

Dans son optique de bouleversement culturel, Isidore Isou, le fondateur du lettrisme, propose en 1950 de rénover le roman comme il a eu l'ambition de le faire avec la poésie et la musique. Pour lui, le renouveau romanesque va de pair avec le renouveau des arts plastiques. En effet, il considère qu'après l'anéantissement de la représentation figurative perpétré par le dadaïsme et l'art abstrait, ainsi que l'épuisement de la prose par le roman Finnegans Wake de James Joyce, la seule façon d'apporter de l'inédit dans ces deux arts est de partir sur une nouvelle structure formelle : l'hypergraphie (d'abord nommé ), qui se fonde sur l'agencement de l'intégralité des signes de la communication visuelleIsidore Isou, Les Journaux des Dieux, précédé de Essai sur la définition, l'évolution et le bouleversement total de prose et du roman, éd. Aux Escaliers de Lausanne, 1950.

Le « roman hypergraphique » devait également s'enrichir de la graphologie, de la calligraphie, de tous les genres d'énigmes visuels et des rébus, comme il devait s'annexer, en 1952, avec Amos ou introduction à la métagraphologie, la photographie, les différentes possibilités de l'impression superposée, la reproduction sonore, le cinéma, l'architecture, pour intégrer l'ensemble des matières symboliques de la vie, toutes les philosophies et sciences du signe, depuis la linguistique et la grammaire, jusqu'aux techniques d'imprimerie, en passant par les mathématiques. Isou proposera, dans la phase destructive du roman « hypergraphique », le « roman blanc » avec La loi des purs (1963), un roman uniquement constitué de pages blanches (précédé toutefois d'un manifeste qui explique les raisons de cet ultime anéantissement). Le roman « hypergraphique » est « dépassé », en 1956, par le « roman infinitésimal », constitué de n'importe quel support servant de tremplin mental au lecteur, invité à imaginer des infinités de narrations inexistantes ou inconcevablesIsidore isou, Introduction à l'Esthétique imaginaire, in Front de la Jeunesse , mai 1956, réed. Les Cahiers de l'externité, 1999. Par la suite, en 1960, le « roman super-temporel » proposait des cadres vides ouverts à la participation active et infinie des lecteurs qui pouvaient remplir, à leur guise, quantités de supports vierges, comme autant d'éléments constitutifs d'une prose perpétuellement changeante et interactiveIsidore Isou, L'Art supertemporel, suivi de Le polyautomatisme dans la méca-esthétique, éd. Aux Escaliers de Lausanne, 1960.

, notamment Maurice Lemaître et Gabriel Pomerand qui publient respectivement, en 1950, Canailles, Saint-Ghetto-des-Prêts, Alain Satié avec son Écrit en prose ou l’œuvre hypergraphique en 1971, trois exemples de proses hypergraphiques, Roland Sabatier qui publie, en 1963, Manipulitude, défini comme un roman hypergraphique super-temporel, ou encore Anne-Catherine Caron qui publie en 1978 Roman à Equarrir, un roman hypergraphique épuré et hermétique que l'on peut qualifier d'anti-roman tant la trame narrative est absente et les codes romanesques remis en question ou tournés en dérisionMirella Bandini, Anne-Catherine Caron, La traversée de l'infini des carrés, éd. Archives du Lettrisme et du Créatisme, 2003.

Nouveau roman

Temps modernes

Avenir

Types d'écriture

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Ouvrages généraux Mikhaïl Bakhtine, Esthétique et théorie du roman, Moscou, 1975 ; traduit du russe par Daria Olivier, Gallimard, 1978. Philippe Chardin, Le roman de la conscience malheureuse, Genève, Droz, 1982. Pierre Chartier, Introduction aux grandes théories du roman Docteur Serge-René Fuchet, Le Genre romanesque moderne, Fréjus, Éditions collections de mémoire, 2018. René Girard, Mensonge romantique et Vérité romanesque, Grasset, 1961. Milan Kundera, L'Art du roman, Les testaments trahis Jacques Laurent, Roman du roman, Gallimard, 1980. Vincent Message, Romanciers pluralistes, Seuil, 2013. Chef Jean-Luc Moreau, La Nouvelle Fiction, Paris, Criterion, 1997. Michel Raimond, Le Roman, Armand Colin, 2002. Marthe Robert, Roman des origines, origine du roman Alain Robbe-Grillet, Pour un Nouveau Roman, 1963. Nathalie Sarraute, L'Ère du soupçon, 1956. Frédérick Tristan, Fiction, ma liberté, Paris, Rocher, 1999. Pierre Vinclair, De l'épopée et du roman, Presses Universitaires de Rennes, 2015.

Ouvrages spécialisés Frédéric Acquaviva, Isidore Isou, Hypergraphic Novels 1950-1984 (english langage), Romanian Cultural Institute, Stockholm, 2012

Emmanuelle Baumgartner, Histoire de la littérature française : Moyen Âge (1050-1486), Paris, Bordas, 1987. Anne-Catherine Caron, « Narration et prose dans le lettrisme », in Lettrisme, vue d'ensemble sur quelques dépassements précis, Toulon, éd. Villa Tamaris/La Nerthe, 2010.

Collectif, « Roman en prose » (domaine germanique), dans : . . . . . . . . . . . . . . . . .