Selon l’étymologie du terme, la muséologie désigne ou la .

Elle doit être distinguée de la muséographie qui consiste à définir, décrire et analyser la conception d'une exposition, sa structure et son fonctionnement et de la scénographie qui regroupe les aspects formels, matériels et techniques de l'aménagement de l'espace d'exposition.

Terminologie À partir des années 1950, le terme de muséologie est de plus en plus employé à travers le monde.

On en distingue cinq acceptionsAndré Desvallées et François Mairesse (sous la direction de), « Muséologie », Dictionnaire encyclopédique de muséologie, Armand Colin, 2011, . : dans les pays anglophones et latino-américains, les termes muséologie et muséologique désignent « tout ce qui touche au musée » ; dans les milieux universitaires occidentaux, la muséologie désigne plus particulièrement la « science appliquée au musée » ; dans les pays de l’Est, à partir des années 1900, la muséologie d’inspiration germanique s’affirme comme discipline à perspective historique, scientifique et géonomique () puis, à partir des années 1950 avec l’avènement des systèmes communistes, comme discipline militante visant à éduquer les masses à une (qui l’émancipe des superstitions et des mythes) ; dans les années 1980, la nouvelle muséologie met l’accent sur la vocation sociale du musée et sur son caractère interdisciplinaire ; de façon générale, la muséologie désigne l’ensemble des réflexions et des théories relatives à ce qu’on appelle le champ muséal.

Les principaux équivalents du terme « muséologie » sont : museology, museum studies (en anglais) ; museologia (en espagnol, portugais, italien et polonais) ; Museologie, Museumswissenschaft, Museumskunde (en allemand) ; museieivedenie, ovtchei museieivedenie (en russe).

Historique Fondements Les pionniers allemands D’abord confondu avec la muséographie, le terme de muséologie, entendu comme la théorie du musée, s’est construit petit à petit au cours des , parallèlement au développement du collectionnisme et des cabinets de curiositéAndré Desvallées et François Mairesse, « Sur la muséologie », Culture & Musées, vol. 6, 2005, ..

Dans cette genèse, les collectionneurs et érudits allemands ont joué un rôle pionnier. Ainsi, le plus ancien traité sur les musées, considéré comme l’incunable de la muséologie, a été rédigé en 1565 par Samuel Quiccheberg (1529-1567), médecin d’origine anversoise établi en Allemagne. L’ouvrage porte le titre écourté d’InscriptionesSamuel Quiccheberg, Inscriptiones vel Tituli Theatri Amplissimi, Complectentis Rerum Universitatis Singulas Materias et Imagines Eximias, ut idem Recte quoque dici possit, Munich, 1565.. Conçu non seulement comme un catalogue des diverses choses composant l’univers ainsi que des lieux (les cabinets de curiosité) où ces dernières sont rassemblées, l’ouvrage propose également une méthode de classement destiné à organiser les collections de ces cabinets.

Avec Quiccheberg, s’affirme progressivement l’idée que la culture et le rapport aux objets qu’elle suppose ne résident pas seulement dans l’art de la mémoire et la lecture des livres, mais passent aussi et principalement par l’observation directe d’objets tangibles et leur manipulation matérielle, donnant ainsi naissance au lien entre musée et objet.

Le principe du classement et de l’organisation, affirmé dans les Inscriptiones, est au cœur du projet muséal et se retrouve dans différents ouvrages, tels que celui publié en 1674 par Daniel Johan MajorDaniel Johan Major, Unvorgreiffliches Bedencken von Kunst-und Naturalien-Kammern insgemein, 1674., médecin natif de Kiel.

Ainsi, se développe progressivement une notion du musée lié à l’étude et au recensement des collections. Néanmoins, on ne parle pas encore de muséologie.

Le premier terme à être employé est celui de muséographie, qui apparaît pour la première fois dans l’ouvrage publié en 1727 par le marchand hambourgeois Caspard Friedrich NeickelCaspard Friedrich Neickel, Museographia oder Anleitung zum rechten Begriff und nützlicher Anlegung der Museorum, oder Raritäten-Kammern, Leipzig, 1727.. L’auteur y livre essentiellement une description méthodique des principaux cabinets, musées et bibliothèques connus à cette époque, en même temps qu’il dispense des conseils pour la collecte, la conservation et le classement des objets.

Le terme sera traduit en français en 1829 par Jacques-Nicolas Paillot de Montabert, dans la traduction partielle qu’il propose de l’ouvrage de Neickel, Muséographie, ou de l’utilité des musées et des collectionsJacques-Nicolas Paillot de Montabert, Traité complet de la peinture, Paris, Bossange, 1829..

De son côté, la première occurrence du terme muséologie apparaît en 1839 dans l’ouvrage de Georg Rathgeber intitulé Aufbau der niederländischen Kunstgeschichte une Museologie (Reconstitution de l’histoire de l’art et de la muséologie néerlandaise) et publié à Weissensee. Rathgeber y propose une méthode de classification des collections.

À cette époque, la distinction entre les termes de muséologie et de muséographie demeure indéterminée, même s’il apparaît que la notion de muséologie renvoie davantage à une logique de classement tandis que celle de muséographie renvoie à la description des musées.

Développement des musées et émergence des premières réflexions théoriques Le développement de la muséologie est à mettre en lien avec celui des musées, qui connaissent un essor considérable dans la deuxième moitié du et durant la période de l’entre-deux guerres.

Dans ce contexte de professionnalisation croissante du monde des musées, la première association de musées est fondée en Grande-Bretagne en 1889 : la Museums Association..

Dès 1890, les actes de cette association (les Report proceedings) sont publiés annuellement. Ils constituent la première publication entièrement consacrée à la théorie et à la pratique du musée, constituant progressivement un véritable savoir sur les musées. À partir de 1902, l’association publie une revue intitulée Museums Journal.

Puis, d’autres revues paraissent, aussi bien en Allemagne (Museumskunde à partir de 1905) qu’aux États-Unis, où l’American Association of Museums fait paraître en 1919 le premier numéro de Museum Work.

Bien qu’aucune de ces revues ne reprennent explicitement les termes de muséologie et de muséographie, c’est à travers elles que sont diffusés les premiers traités sur ce qu’il est convenu d’appeler la « science du musée »André Desvallées et François Mairesse (sous la direction de), « Muséologie », Dictionnaire encyclopédique de muséologie, Armand Colin, 2011, .

Parmi ces publications il faut citer The Principles of Museum Administration de George Brown Goode, publiés en 1896, les écrits de Benjamin Ives Gilman (Museum Ideals of Purpose and Method, 1918), mais également les ouvrages rédigés par John Cotton Dana (The New Museum, 1917 ; Museums and Industries, 1919 ; A Plan for a New Museum, 1920) et par Laurence Vail Coleman (Manual for small museums, 1927).

Ces ouvrages font figurent de véritables références en matière de réflexion sur le musée, son organisation, son architecture, son rôle dans la société, etc. et vont nourrir en écho les réflexions d’un certain nombre de muséologues européens (Henri Focillon, Louis Réau).

Avec la création de l’Office international des Musées (OIM) en 1926 et de la revue Mouseion publiée à partir de 1927, ce mouvement acquiert une dimension véritablement internationale.

Toutefois, à cette époque, les termes de muséologie et de muséographie sont encore rarement employés et il reste difficile de les différencier clairement.

Affirmation et diversité de la muséologie La muséologie comme science du musée Réunissant les professionnels des musées d'art, l'Office International des Musées (OIM) (ancêtre de l'ICOM) va constituer un cadre privilégié pour le développement des premiers projets de coopération internationale.. En effet, par le biais de ce rassemblement, la muséologie (appelée alors muséographie) s’organise, débat et se diffuse. Cette émulation débouchera, en 1934, sur la conférence de Madrid intitulée Muséographie, Architecture et Aménagement des musées d’art. Une idée domine alors le débat : assurer la conservation rationnelle des œuvres et leur présentation. A la même époque, du côté anglo-saxon on constate un intérêt marqué pour le rôle didactique du musée ainsi que l'étude des publics.

Avec la muséographie, c’est bien la vision technique et mécanique du musée qui se met en place, comme le prouvera, à l’issue de cette conférence, la publication de Louis-Eugène-Georges Hautecoeur sur le programme architectural du musée conçu comme une forme de mécanique idéale de l’expositionLouis Hautecoeur, Architecture et aménagement des musées, Paris, Réunion des Musées Nationaux, 1993 (première édition 1934).. Cette théorisation du musée aboutit à concevoir la muséographie comme la science et la technique de l’exposition. La muséologie, encore nommée muséographie, se résume à un mode d’emploi pour l’exposition.

Dans ce contexte, l’Exposition Internationale, organisée en 1937, accueillit une exposition spécifiquement consacrée à la muséographie. Georges-Henri Rivière et René Huyghe y participaient et avaient contribué à la présentation d’une « sorte de salon des musées portant sur les techniques de présentation, les vitrines, l’éclairage, etc., que complétaient des exemples pratiques »Nina Gorgus, Le magicien des vitrines : le muséologue Georges-Henri Rivière, Paris, Maison des Sciences de l'Homme, 2003, ..

De son côté, Georges-Henri Rivière présenta, lors de cette exposition de 1937, une exposition sur la maison rurale. Attaché à la discipline de l’ethnographie, il y brossait le portrait d’une certaine ruralité au travers de l’exposition de maquettes, de panneaux et d’objets mis en scène au moyen de techniques innovantes relevant de ce qui est nommé alors la muséographie moderne.

Cette muséographie, pédagogique et didactique, synthétise et prend comme modèles le Musée de l’Homme, installé depuis 1937 au Palais de Chaillot, le musée allemand (à caractère didactique) et le musée soviétique (à caractère pédagogique). Certaines critiques se feront entendre quant à l’aspect trop pédagogique d’une telle muséographie, orientant peu à peu le débat au-delà des simples techniques de l’exposition et du musée pour le diriger vers une réflexion davantage centrée sur le sens et la finalité de l’exposition et du musée, en somme vers la muséologie.

À la sortie de la guerre, la réflexion muséographique comme simple apport technique se voit donc abandonnée et une synthèse des conceptions est élaborée à « la lumière de l’expérience des régimes totalitaires ». Il faut dorénavant penser au rôle des musées, autrement dit au-delà de la muséographie. Alma S. WittlinAlma S. Wittlin, Museums : In search of a Usable Future, Cambridge, MIT Press, 1970. se lance alors en 1949 dans une véritable « profession de foi en faveur de l’éducation, dirigée contre les inerties des musées européens ». Pour la chercheuse, les musées russes sont des exemples de propagande qu'il faut développer et adapter au cadre des régimes démocratiques. À travers ce mouvement d’après-guerre, une véritable croisade « éducative » des musées se met en place, soutenue par la revue Muséum International, créée en 1948 par l’UNESCO.

Par ailleurs, dès 1948, des conférences scientifiques et professionnelles se mettent en place au sein de l'ICOM, qui réunit dorénavant tous les types de musées (musées d'art et musées de science). Les publications et les ouvrages de muséologie se multiplient et l’on pense alors le musée et sa pratique au-delà de la simple technicité de l’exposition et de la conservation.