Siegbert Tarrasch (né le dans la Silésie prussienne à Breslau et mort le à Munich) était l'un des meilleurs joueurs d'échecs de la fin du et du début du .
Surnommé le Praeceptor Germaniae (« professeur de l'Allemagne »), Tarrasch, qui était juif, se convertit au luthéranisme en 1909 Tarrasch's religion sur Chess Notes le site de l'historien des échecs Edward Winter. Cependant, bien qu'il fût un patriote allemand et qu'il perdît un fils durant la Première Guerre mondiale, il eut à souffrir de l'antisémitisme des nazis.
Carrière échiquéenne Années de formation vignette|droite|upright=1.1|Tarrasch (à gauche) face à Mikhaïl Tchigorine lors du match de 1893.
Tarrasch termine ses études secondaires entreprises au lycée Sainte-Élisabeth de Breslau en 1880, puis il étudie la médecine à l'université de Breslau et exerce en tant que médecin. Il remporte son premier tournoi d'échecs en 1883 à Nuremberg. Il remporte par la suite quatre grands tournois les uns après les autres : les congrès allemands de Breslau en 1889, Dresde en 1892 et Leipzig en 1894, ainsi que le congrès britannique de Manchester en 1890. Au début des années 1890, il devient l'un des meilleurs joueurs mondiaux.
En 1893, Tarrasch fait match nul contre son challenger Mikhaïl Tchigorine dans une rencontre difficile (+9 -9 =4 ; 9 victoires, 9 défaites et 4 parties nulles).
Victoires dans les tournois internationaux (1898–1907) En 1893, Tarrasch ne peut profiter d'une proposition de jouer pour le titre mondial contre un Wilhelm Steinitz vieillissant, en raison des exigences de sa pratique médicale. De 1895 à 1898, il remporte trois victoires contre Steinitz lors des tournois internationaux, mais manque sa chance de disputer un championnat du monde. Un an plus tard, en 1894, une fois Emanuel Lasker devenu champion du monde d'échecs, Tarrasch ne peut l'affronter .
En 1895, Tarrasch termine quatrième du tournoi d'Hastings, remporté par Pillsbury. L'année suivante, il ne participe pas au tournoi de Saint-Pétersbourg 1896, qui réunissait les meilleurs joueurs du monde : Lasker, Pillsbury, Steinitz et Tchigorine. En 1898, Tarrasch remporte le tournoi de Vienne après un match de départage contre Pillsbury déjà malade. En 1903, il gagne à Monte-Carlo et en 1907 à Ostende. Cependant, le champion du monde Emanuel Lasker était absent de ces tournois. Le maître américain Fred Reinfeld écrit : .
Championnat du monde contre Lasker (1908)
En 1908, lorsque Emanuel Lasker accepte enfin de mettre en jeu son titre de champion du monde, il vainc nettement Tarrasch avec 5 points d'avance (+8 -3 =5). Néanmoins, Tarrasch restera très fort sous le règne de Lasker, battant Frank James Marshall lors d'un match en 1905 (+8 -1 =8), et devenant l'un des cinq finalistes du très fort tournoi de Saint-Pétersbourg 1914. Ce fut probablement son chant du cygne, car sa carrière échiquéenne ne fut plus très brillante après cela, bien qu'il ait continué à jouer des parties très appréciées.
Enseignements aux échecs
Publications Siegbert Tarrasch a écrit quelques livres, dont Die moderne Schachpartie et Dreihundert Schachpartien, mais il semble que jusqu'à présent seul son Das Schachspiel (1931) ait été traduit en français bien que ses idées soient devenues célèbres.
Le Traité fut son dernier livre et un grand succès.. Dans l'avant-propos de cet ouvrage, Tarrasch déclare : . Cette méthodologie régit l'ensemble du livre.
Écrits théoriques Siegbert Tarrasch est connu pour ses écrits théoriques concernant les échecs ; il était d’ailleurs surnommé le Praeceptor Germaniae (le « professeur de l'Allemagne », surnom du théologien protestant Melanchthon). Ses conceptions du jeu étaient somme toute dogmatiques (ce qui, selon Raymond Keene., a fait de lui un grand pédagogue) ; il affirma ainsi : Citation reprise dans l'ouvrage de Nicolas Giffard et Alain Biénabe, Le Nouveau Guide des échecs : Traité complet, Robert Laffont, coll. « Bouquins », octobre 2009, 1701 p. .
Tarrasch a notamment développé les idées de Wilhelm Steinitz (contrôle du centre, paire de fous, avantage spatial) à un très haut degré de raffinement. Il attachait beaucoup plus d'importance à la mobilité des pièces que Steinitz, et détestait les positions fermées, affirmant qu'elles . Tarrasch énonce ce qui est maintenant appelé la , suivant laquelle les tours doivent être placées derrière les pions passés — les siens propres ou ceux de son adversaire. Andrew Soltis cite Tarrasch qui déclare : (Soltis 1997:129).
Désaccords avec l’École hypermoderne Tarrasch fut une cible importante de l'École hypermoderne menée par Richard Réti, Aaron Nimzowitsch et Xavier Tartakover, qui considérait ses idées comme dogmatiques. Cependant, de nombreux maîtres modernes ne trouvent pas le jeu de Tarrasch si dogmatique.. Par exemple, Tarrasch a commenté sa victoire dans la partie qui suit :
Paulsen — Tarrasch, Nuremberg 1888 Défense française, variante d'avance La partie sur Chesgames.com (consulté le 7 février 2020). : 1. e4 e6 2. d4 d5 3. e5 c5 4. c3 Cc6 5. Cf3 Db6 6. Fd3 (Tarrasch donne ici un point d'exclamation à son prochain coup 6. ...cxd4, et souligne que 6. ...Fd7 permet 7. dxc5 avec une bonne situation. Malgré cela, on a attribué à Nimzowitsch une grande inventivité, à la fois anti-dogmatique et hypermoderne, lorsqu'il a joué ce coup contre Henryk Salwe, quasiment un quart de siècle plus tard à Karlovy Vary en 1911) 6. ...cxd4 7. cxd4 Fd7 8. Fe2 Cge7 9. b3 Cf5 10. Fb2 Fb4+ 11. Rf1 Fe7 12. g3 a5 13. a4 Tc8 14. Fb5 Cb4 15. Fxd7+ Rxd7 16. Cc3 Cc6 17. Cb5 Ca7 18. Cxa7 Dxa7 19. Dd3 Da6 20. Dxa6 bxa6 21. Rg2 Tc2 22. Fc1 Tb8 23. Tb1 Tc3 24. Fd2 Tcxb3 25. Txb3 Txb3 26. Fxa5 Tb2 27. Fd2 Fb4 28. Ff4 h6 29. g4 Ce7 30. Ta1 Cc6 31. Fc1 Tc2 32. Fa3 Tc4 33. Fb2 Fc3 34. Fxc3 Txc3 35. Tb1 Rc7 36. g5 Tc4 37. gxh6 gxh6 38. a5 Ta4 39. Rg3 Txa5 40. Rg4 Ta3 41. Td1 Tb3 42. h4 Ce7 43. Ce1 Cf5 44. Cd3 a5 45. Cc5 Tc3 46. Tb1 Cxd4 47. Ca6+ Rd8 48. Tb8+ Tc8 49. Tb7 Re8 50. Cc7+ Rf8 51. Cb5 Cxb5 52. Txb5 Ta8 53. f4 a4 54. Tb1 a3 55. f5 a2 56. Ta1 Ta4+ 57. Rh5 Rg7 58. fxe6 fxe6 59. Tg1+ Rh8 60. Ta1 Rh7 61. Tg1 a1=D 62. Tg7+ Rh8 0-1
Contribution à la théorie des ouvertures Nombre d'ouvertures d'échecs sont associées à Siegbert Tarrasch, dont les principales sont : La défense Tarrasch, variante favorite de Tarrasch contre le Gambit Dame : 1. d4 d5 2. c4 e6 3. Cc3 c5. La variante Tarrasch de la défense française (3. Cd2), que Tarrasch considérait réfutée par 3...c5Frits van Seters, Les échecs, pp. 134-136. Ces deux ouvertures peuvent conduire à un pion d isolé pour les NoirsJohn Watson, Maîtriser les ouvertures volume 4, Olibris, 2010, , page 374., ce que ne réprouvait pas Tarrasch, bien au contraire.
Palmarès Sources : Fred Reinfeld, Tarrasch's best games of chess, 1947, Éd. Dover, 1960, p. xxi-xxii fiche de Tarrasch sur le site edochessTarrasch sur edochess.
1881-1898 De 1887 à 1892, Tarrasch remporta des matchs contre Kurschner à Nuremberg : 7-0 en 1887, 11-0 en 1889, 4-0 en 1891, 3-0 en 1892. En 1889, il remporta un match contre Eckhart à Nuremberg sur le score de 6-0. Année Vainqueur ou ex æquo Deuxième à huitième 1881Berlin (tournoi libre) : 6 / 7 (+6 –1 =0) (ex æquo avec Bertold Lasker)Match de départage contre Bertold Lasker : 1-1 (+1 -1 =0)Berlin () : 1 / 3 (+1 –2 =0) (victoire de Curt von Bardeleben devant Bertold Lasker) (groupe IV des non-maîtres du congrès allemand)1883Nuremberg ( congrès allemand) : 3,5 / 5 (+3 -1 =1) (finale du tournoi des non-maîtres)Nuremberg ( après Riccardo-Rocamora) : 5 / 7 (+5 -2 =0)( allemand, groupe C des non-maîtres)1885Hambourg (- derrière Gunsberg) : 11,5 / 17 (+11 -5 =1) ( congrès allemand, tournoi des maîtres) (ex æquo avec Blackburne, Weiss, Mason et Englisch)1887Francfort (-) : 12 / 20 (+11 -7 =2) ( allemand)(victoire de Mackenzie devant Blackburne et Weiss)1888Nuremberg ( bavarois) : 6 / 10 (+5 -3 =2)(devant von Gottschall, Mieses, Harmonist et Paulsen)Leipzig () : 2 / 7 (+2 -5 =0) (tournoi national)(victoire de Bardeleben et Riemann devant Mieses)1889Breslau ( allemand) : 13 / 17 (+9 =8)(devant Burn et Mieses)1890Manchester ( congrès britannique) : 15,5 / 19 (+12 =7)(devant Blackburne, Bird, Mackenzie, Gunsberg et Mason)1891(Nuremberg) Matchs contre Harmonist : 2–0et contre Taubenhaus : 6,5–1,5 (+6 -1 =1)1892Dresde ( allemand) : 12 / 16 (+9 -1 =6)1893 (Saint-Pétersbourg) Match contre Tchigorine : 11-11 (+9 -9 =4)1894Leipzig ( allemand) : 13,5 / 17 (+13 -3 =1)(Nuremberg) Match contre Walbrodt : 7,5-0,5 (+7 -0 =1)1895Hastings () : 14 / 21 (+12 -5 =4)(tournoi remporté par Pillsbury devant Tchigorine et Lasker)1896Nuremberg (-) : 12 / 18 (+9 -3 =6)(tournoi remporté par Lasker devant Maroczy et Pillsbury)Budapest () : 6 / 12 (+4 -4 =4)(victoire de Tchigorine au départage devant Charousek)1898Vienne : 27,5 / 36 (+21 -2 =13) (ex æquo avec Pillsbury)Match de départage contre Pillsbury : 2,5-1,5 (+2 -1 =1)
1902-1916 : prétendant au championnat du monde Tarrasch est absent des très forts tournois de Saint-Pétersbourg 1895-1896, Londres 1899, Paris 1900, Cambridge Springs 1904 et Saint-Pétersbourg 1909, auxquels participait le champion du monde Emanuel Lasker. Année Vainqueur ou ex æquo Deuxième à dixième 1902Monte-Carlo (-) : 12 / 19Les parties nulles étaient rejouées, et lorsque la deuxième partie était nulle, le joueur dominant recevait 0,75 points. (15 / 24, +11 -5 =8)(tournoi remporté par Maroczy : 14,75 / 19, devant Pillsbury et Janowski)1903Monte Carlo : 20 / 26 (+17 -3 =6)1905(Nuremberg) Match contre Marshall : 12-5 (+8 -1 =8)Ostende (-) : 18 / 26 (+14 -4 =8)(tournoi remporté par Maroczy devant Janowski)1906Nuremberg () : 7,5 / 16 (+3 -4 =9) ( allemand)(tournoi remporté par Marshall devant Duras, Forgacs et Schlechter)1907Ostende : 12,5 / 20 (+8 -3 =9)1908Championnat du monde contre Emanuel Lasker(Düsseldorf et Munich) : 5,5-10,5 (+3 -8 =5)1910Hambourg () : 8 / 16 (+5 -5 =6) ( allemand)(tournoi remporté par Schlechter devant Duras, Nimzowitsch et Marshall)1911(Cologne) Match contre Schlechter : 8-8 (+3 -3 =10)Saint-Sébastien (-) : 7 / 14 (+3 -3 =8)(tournoi remporté par Capablanca devant Rubinstein et Vidmar)1912Saint-Sébastien () : 8,5 / 18 (+5 -6 =7)(tournoi remporté par Rubinstein devant Nimzowitsch et Spielmann)Breslau (-) : 11,5 / 17 (+9 -4 =4) ( allemand)(tournoi remporté par Duras et Rubinstein devant Teichmann)1914Saint-Pétersbourg () : 8,5 / 18 (+5 -6 =7) (tournoi remporté par Lasker)Premier tour (-) : 6,5 / 10 (+4 -1 =5) ; finale (-) : 2 / 8 (+1 -5 =2)(tournoi préliminaire remporté par Capablanca devant Lasker)Manheim (-) : 5,5 / 11 (+4 -4 =3) ( allemand)(tournoi interrompu par la guerre, alors que Alekhine menait : 9,5 / 11)1916(Berlin) Match contre Mieses : 9-4 (+7 -2 =4)(Berlin) Match contre Lasker : 0,5-5,5 (+0 -5 =1)
1918-1928 : fin de carrière