thumb|Collégiale Saint-Barthélemy de Liège thumb|right|Triptyque de Stavelot, Morgan Library, New York

L’art mosan est un art roman d'influence carolingienne et ottonienne de la vallée de la Meuse, actif du . La région mosane correspond aux frontières de l'ancien diocèse de Liège qui s'étendait principalement dans le territoire de l'actuelle Belgique, mais également sur une partie de la France, des Pays-Bas et de l'Allemagne.

Contexte historique

thumb|L'Empire vers l'an mil En 843, le traité de Verdun divise l'empire carolingien en trois royaumes dirigés par les petits-fils de Charlemagne. Enjeu de luttes entre les royaumes de Francie occidentale et de Francie orientale, la Lotharingie est rattachée au Saint-Empire en 925 et devient un duché au début du . En 923, Henri Ier de Germanie traverse le Rhin et s'empare de la Lotharingie. En 925, les Lotharingiens l'élisent comme roi, grâce à l'appui de Gislebert. La vallée de l'Escaut fixe définitivement la frontière entre France et Germanie. Le couronnement d'Otton comme empereur le est retenu comme la date de fondation du Saint-Empire romain. Le Saint-Empire obtient une légitimation temporelle, mais aussi sacrée en tant que nouvel . L'art ottonien participe à une renaissance et la volonté des empereurs de la nouvelle dynastie ottonienne de restaurer le Saint-Empire romain germanique. Elle s'étend de la Mer du Nord et de la Baltique aux régions alpines et de la Saône au-delà de l'Elbe et de Magdebourg. En 980, l'empereur germanique Otton II accorde des pouvoirs séculiers à l'évêque Notger qui devient le premier prince-évêque. Ce domaine va progressivement s'accroître, s'émanciper de l’Empire et devenir un État indépendant, la Principauté de Liège, État qui ne recouvrira jamais, en son maximum d’extension, qu’un tiers environ du diocèse. Au , Liège, surnommée l'Athènes du Nord, devient la capitale d'une puissante principauté épiscopale, grâce à l'action des évêques Éracle, Notger et Wazon. La ville devient un des principaux centres intellectuels d'Europe occidentale. Ses écoles sont célèbres jusqu'au , de nombreux étudiants brillants, originaires de diverses contrées, y sont formés^Rayonnement international. Sept collégiales s'élèvent alors dans la ville, en plus de la cathédrale, où est enterré saint Lambert. Deux abbayes bénédictines s'y ajoutent : Saint-Jacques et Saint-Laurent. Tous ces bâtiments religieux forment comme une couronne d'églises autour de la cathédrale, épicentre religieux et politique du diocèse, cœur de la cité de saint Lambert. En 1096, départ en croisade de Godefroid de Bouillon, duc de Basse Lotharingie. Du , épanouissement de l’Art mosan, art roman d'influence carolingienne et ottonienne, dans l'ancien diocèse de Liège qui avait de solides liens politiques avec les empereurs du Saint-Empire romain germanique et les évêques de CologneL'Art mosan. Liège et son pays à l'époque romane du , collectif sous la direction de Benoît Van den Bossche (avec la collaboration de Jacques Barlet), Éditions du Perron, Liège, 2007, .. Développement des abbayes mosanes : Saint-Laurent de Liège, Stavelot, Nivelles, Aulne, Floreffe, Florennes, Flône, Celles, Gembloux et Lobbes. Individualisation de la langue wallonne dans la partie romane du diocèse de Liège.

Développement et aire géographique thumb|200px|right|Cette carte représente l'ancien Diocèse de Liège (en jaune). Les provinces modernes de Liège et du Limbourg sont également indiquées. L'orange représente les frontières régionale (Flandre et Wallonie) ou nationales modernes. La vallée de la Meuse réside dans le cœur de l'Empire carolingien et donc le style mosan s'inspire largement de la tradition de l'art carolingien. Ainsi, il contient des éléments classiques forts, qui le sépare de l'art roman international, vu ailleurs au cours de la période, par exemple en France, en Allemagne, en Angleterre et en Italie. Toutefois, il partage certains éléments de l'art roman, tels que le traitement de l'espace. Bien que l'iconographie mosane du s'inspire largement de thèmes bibliques, certains chapiteaux richement sculptés dans les deux principales églises de Maastricht représentent des scènes de la vie quotidienne.

La région mosane a été formée en grande partie par les limites de l'évêché de Liège, qui avait de solides liens politiques avec les empereurs du Saint-Empire romain germanique et les évêques de Cologne. Les principaux centres artistiques de la région ont été les villes de Liège, Huy, Dinant, Namur, Tongres, Maastricht, Roermond et Aix-la-Chapelle, ainsi qu'un certain nombre de monastères importants : Saint-Trond, Aldeneik, Herkenrode, Averbode, Munsterbilzen, Susteren, Sint-Odiliënberg, Rolduc, Burtscheid, Kornelimünster, Stavelot, Nivelles, Aulne, Floreffe, Flône, Celles, Gembloux, Florennes, et Lobbes. À son apogée, l'art mosan a eu une forte influence sur les régions limitrophes, notamment en Rhénanie (Cologne, Bonn), jusque Tournai et l'Autriche.

Historiographie Le chanoine Lemaire est le premier à définir deux écoles - une scaldienne et une mosane - d'art roman en Belgique, en 1906André Courtens et Jean Roubier, Belgique romane : architecture, art monumental, Bruxelles, M. Vokaer, 1969, .

Félix Rousseau écrit à propos de l'art mosan :

Selon Albert Lemeunier, ancien conservateur du musée d'art religieux et d'Art mosan, cet art essentiellement religieux « témoigne de l'apport essentiellement wallon à l'art et à la spiritualité non seulement de la Wallonie, mais aussi du monde occidental. Il tient son universalité de ce qu'il fut capable de donner autant que de recevoir »Albert Lemeunier, L'Art mosan, reflet de la pensée chrétienne en Wallonie, tome II, .

Selon Philippe George, conservateur du trésor de la cathédrale de Liège, « La Meuse et tous ses affluents irriguent une région dont la culture et la religion font l'unité et l'identité : le pays mosan. À l'ouest et au sud, le diocèse de Liège ne recouvre pas toute la Wallonie, mais il la dépasse très largement vers le nord »Philippe George, « Les arts au Moyen Âge », dans Histoire de la Wallonie de la préhistoire au (sous la direction de Bruno Demoulin et Jean-Louis Kupper), Privat Toulouse, 2004, .

Architecture mosane

thumb|Volume reconstitué de la cathédrale ottonienne de Liège au

Les basiliques à transept bas L'école mosane dont certains caractères l'unisse à la région de Cologne, s'affirme dans le premier quart du en Wallonie, dans l'ancien diocèse de Liège, en remontant la Meuse parfois jusqu'en Lorraine. Les exemples proches de l'an mil, presque définitifs sont repris dans la période romane. Elle est caractérisée par des édifices bas avec des chœurs triples, des absidioles attenantes à l'abside principale, la nef est massive, avec des piliers rectangulaires. La façade Ouest est mise en valeur par un clocher unique et un décor mural de grandes arcades aveugles. Nivelle en est la plus belle expression. Les édifices à transept bas participent au renouvellement des formes pré-romanes. La nef se poursuit indivise jusqu'à l'entrée de l'abside, les deux croisillons sont séparés d'elle par des murs avec des ouvertures plus ou moins larges. Les deux bras du transept sont plus bas et souvent plus étroits que la nef principale. Il n'y a pas de croisée du transept par l'absence d'arcs d'encadrement Est et Ouest. Dans la composition spatiale de la nef, l'architecture ottonienne ignore la travée. Les murailles des églises autour de l'an mil sont inarticulées et les grandes arcades découpées à l'emporte-pièce dans des parois unies. Elles peuvent être groupées avec une certaine variété grâce aux supports alternés mais souvent les tribunes au-dessus des arcades n'en reprennent pas le rythme.

Le massif occidental Ce refus de la travée entraîne une grande variété de supports. Les supports cruciformes n'apparaissent qu'à la jonction des arcs de la croisée du transept ou à la retombée des arcs diaphragmes qui partagent en deux la longueur de la nef comme à la Collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles. Le massif occidental ottonien a pour origine le westwerk carolingien à plan central qui est une plateforme élevée sur une crypte de plain-pied avec le sol de l'église et qui sert de passage vers l'Ouest. Le Westbau se trouvait principalement dans les monastères impériaux dans lesquels résidaient des rois ou des empereurs itinérants. Réservé à eux et à leur entourage, le Westbau sera surtout utilisé à des fins laïques jusqu'à la réforme clunisienne, par exemple en tant que chancellerie ou tribunal. D'une galerie s'ouvrant à l'église, le souverain pouvait prendre part au service depuis une position élevée. La structure traditionnelle de l'église avait deux significations : l'église proprement dite à l'est, réservée aux saints, et un ouvrage en forme de rempart, place du souverain en tant que protecteur de l'église. La signification symbolique du Westbau était celle d'une forteresse. Alors que l'est (lever du soleil) était la direction du Christ et de l'abside qui abritait l'autel, les pouvoirs du mal et de la mort étaient assignés à l'ouest (coucher du soleil) et n'étaient pas autorisés à accéder à l'église.

Zone de diffusion La zone de diffusion de l'art mosan qui compte des villes telles Maastricht et Aix-la-Chapelle, subit l'influence de l'art carolingien dont elle est en quelque sorte le prolongementBelgique Luxembourg, Le Guide vert, Michelin, 2008, .. La région la plus riche est celle de la Wallonie et des pays de la Meuse avec l'abbatiale de Celles-les-Dinant, le prieuré de Hastière-par-Delà de 1033-1035, la collégiale Saint-Denis de Liège dont il reste des murs des environs de l'an mil, Wessem près de Roermond aussi de l'an mil et Aubechies. Le chef-d'œuvre de cette architecture est la collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles dont le massif occidental du remplace un autre chœur carolingien ou ottonien. On peut dater les débuts de construction vers l'an mil avec une consécration en 1046, le transept vers 1050 et le chœur oriental peu après. L'abatiale de Morienval dans son état du peut aussi être rattachée à ce même courant architectural.

Cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert de Liège Collégiale Saint-Barthélemy à Liège Collégiale Saint-Jean à Liège Ancienne collégiale Notre-Dame de Huy Ancienne collégiale Notre-Dame à Dinant Ancienne collégiale Saint-Servais à Maastricht Ancienne collégiale Notre-Dame à Maastricht Collégiale Saint-Ursmer, à Lobbes Ancienne collégiale Saint-Félix à Sclayn Collégiale Saint-Feuillen, à Fosses-la-Ville Collégiale Saint-Hadelin à Celles Ancienne Collégiale Saint-Georges et Sainte-Ode à Amay Église Saint-Étienne de Waha Collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles Ancienne abbatiale de Villers-la-Ville Ancienne abbatiale Saint-Pierre et Saint-Remacle de Stavelot Ancienne abbatiale d'Aldeneik Église abbatiale, à Rolduc Ancienne abbatiale à Susteren Ancienne abbatiale à Sint-Odiliënberg Église paroissiale Saint-Martin à Tourinnes-la-Grosse Église paroissiale Notre-Dame à Wierde Église Saint-Remacle d'Ocquier Église Saint-Pierre de Xhignesse Église paroissiale Saint-Martin, à Orp-le-Grand Église Saint-Médard de Jodoigne Chapelle Sainte-Marguerite, Ollomont (Houffalize)

Les autres domaines de l'art mosan Orfèvrerie