La cathédrale Notre-Dame d'Évreux est une cathédrale de style gothique, située à Évreux dans l'Eure, qui est le siège du diocèse correspondant à ce département.
Introduction La cathédrale Notre-Dame d'Évreux est l'un des bâtiments les plus remarquables de la ville. Dès 912, l'archevêque Francon de Rouen la présente au duc Rollon comme l'une des plus vénérables églises de Normandie. L'édifice actuel est une synthèse de styles successifs : l'architecture gothique rayonnante puis flamboyante et l'architecture de la Seconde Renaissance française. Elle est classée au titre des monuments historiques depuis 1862..
Elle est célèbre pour conserver une série de verrières au jaune d'argent du , dont l'équivalent ne se trouve qu'en l'église Saint-Ouen de Rouen..
Historique Les origines Le diocèse d'Évreux est érigé au . Selon la légende écrite par Déodat, moine du dans la Vita Sancti Taurini, saint Taurin aurait christianisé un ancien temple païen pour devenir la première église. Des bases de colonnes gallo-romaines et un chapiteau corinthien ont été découverts lors de l'installation d'un calorifère sous le croisillon sud du transept>.alt=page d'un manuscrit représentant une lettre ornée|vignette|Extrait de l'Évangéliaire de la cathédrale d'Évreux (). Archives départementales de l'Eure, cote BIBSLE 2602.|gaucheAu cours de travaux dans la cour de l'évêché en 1857, une pierre sculptée datée du a été découverte, percée au centre d'une ouverture circulaire. Il s'agirait d'une fenestella confessionnis, dalle percée pour présenter les reliques aux fidèles.
Une vasque gallo-romaine en pierre a été trouvée sur le côté sud de la nef, près du transept, à l'emplacement habituel pour un baptistère dans un groupe épiscopal. Elle aurait servi, selon D. Cliquet, de cuve baptismale. Si ces éléments attestent de la présence de la cathédrale à l'intérieur des remparts de la ville, en l'absence de fouilles, le plan et les proportions de cette cathédrale nous sont inconnus.
La cathédrale romane Rollon, au moment de son baptême (912), fait des donations aux nombreuses églises qu'il avait dévastées. Le troisième jour vit la dotation de la cathédrale d'Évreux.. C'est la première mention dans les textes de la cathédrale. Cette donation, mentionnée par Dudon de Saint-Quentin, n'est attestée par aucun autre texte, même si ce n'est pas surprenant, les archives de la cathédrale ne conservant aucun diplôme ducal antérieur à .
Guillaume Flaitel, évêque d'Évreux (1046-1066), commence les travaux de reconstruction de la cathédrale. Baudouin poursuit les travaux. Elle est terminée sous l'évêque Gilbert II de la Grue (1070-1113) et consacrée à la Vierge en 1077 par l'archevêque de Rouen, Jean d'Ivry.. Quelques vestiges de cet édifice ont été mis au jour en 1892 lors de la réfection du pavage et l'abaissement du niveau du sanctuaire. Il s'agit d'un mur en hémicycle et d'une absidiole axiale.
Une nouvelle cathédrale refaite En 1119, la ville et la cathédrale sont incendiées. Le roi d’Angleterre et duc de Normandie , qui assiège la cité pour la reprendre à Amaury de Montfort, vassal du roi de France, a demandé et reçu l’accord de l'évêque d'Évreux, son chapelain et conseiller Audin, pour y mettre le feu.. Évreux redevient normande et le pape , au concile de Reims, oblige le roi d'Angleterre à reconstruire la cathédrale avec ses deniers, sous peine d'excommunication.
Le pape confirme en 1126 les donations du roi et de l'évêque et les absout. La reconstruction commence la même année, mais n'est pas terminée à la mort d'Audin en 1139. Son achèvement aurait eu lieu vers 1160, en s'appuyant sur une charte de faisant référence à des donations pour la couverture. Robert de Torigni estime que la cathédrale reconstruite « surpassait en beauté presque toutes les églises de la Neustrie ». En 1180, le comte de Meulan, (-1204) fait un don à la cathédrale pour l'entretien d'une lampe sur la tombe de son oncle Simon comte d'Évreux..
D'après les fouilles réalisées en 1838 par Théodose BonninThéodose Bonnin, archéologue et historien local, inspecteur des monuments historiques de l'Eure, directeur de la Société des Antiquaires de Normandie puis en 1895, le chœur était constitué d'une travée droite de plan carré et d'une abside percée de cinq ouvertures. La base des piliers à l'entrée de l'abside présente un , ce qui permet d'affirmer la présence d'une voûte d'ogives. Le plan au sol du transept a été conservé. La partie basse des murs a juste été rhabillée.
La nef, quant à elle, a en partie été conservée. Il nous reste aujourd'hui les grandes arcades et une travée d'arcades aveugles entrecroisées et décorées. Cette travée aveugle, qui n'est pas un triforium, se trouve sous les tours occidentales. Les fenêtres hautes ont, pour leur part, complètement disparu.
La cathédrale gothique À la suite du massacre de trois cents chevaliers français en 1195 à Évreux par Jean sans Terre, Philippe Auguste assiège la ville et la brûle. Reprise par Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste la brûle à nouveau en 1198. Le , Évreux est rattachée au domaine du roi de France. L'absence de voies de communication et le peu de finance dont dispose le chapitre de la cathédrale empêchent un relèvement rapide. Pour favoriser la reconstruction de l'édifice, le pape accorde une indulgence à l'évêque Robert de Roye (1201-1203). Toutefois, les travaux de restauration ne commencent qu'à partir de 1220.
Les grandes arcades de la nef, épargnées par le feu, sont conservées. Des travaux sur le triforium ont lieu vers 1225-1230, dans un style gothique rayonnant. Gautier de Varinfroy est attesté comme maître-d'œuvre de la cathédrale d'Évreux dans son acte d'engagement par le chapitre de la cathédrale de Meaux en . Il a vraisemblablement participé à l'achèvement de la nef (triforium et fenêtres hautes) et joué un rôle décisif dans la reconstruction du chevet, en définissant le projet architectural d'un chevet à déambulatoire et chapelles rayonnantes, en plan et en élévation.
Les travaux sont toujours en cours lors de la consécration de Raoul de Grosparmy le dans l'abbatiale Saint-Taurin. Il fonde en 1264 « la chapelle Notre-Dame derrière le chœur de la cathédrale ». Le chœur paraît achevé avant la mort de Mathieu des Essarts en 1310, puisqu'il réalise des vitraux dans la deuxième chapelle nord du chœur, au-dessus de son tombeau déjà préparé. Les chapelles des bas-côtés, cinq de chaque côté, sont ajoutées entre les culées des arcs-boutants à la fin du .
À la suite de l'incendie de la cathédrale, causé par le roi Jean le Bon, pendant la guerre de Cent Ans, Nicolle Le Féron se charge des réparations à partir de . Après un nouvel incendie de la ville en 1378 par , il faut attendre 1441 pour commencer les travaux de reconstruction. Jéhan Le Roy dirige les travaux de 1442 à 1455, soutenu par l'évêque Guillaume de Flocques, fils du bailli et libérateur de la ville.
Par lettres patentes, le roi confirme à nouveau sa protection royale en 1482Lettres patentes de , Mehun-sur-Loire, août 1482, ..
La façade flamboyante du transept nord, conçue par Jehan Cossart, conclut magistralement, au , l'édification de ce volume transversal. La Renaissance, tardivement introduite, nous a légué le portail de la façade occidentale, logé sous la grande rosace. La manière française triomphe sur les tours dissemblables qui l'encadrent.
Menés par François Galopin, les travaux scellent, au début du , l'achèvement de l'église. À l'habillage classique relevant le côté sud, succède, au nord, une superposition de supports bagués, dans l'esprit de Philibert Delorme.
vignette|Vue de la cathédrale dansLa Normandie par Jules Janin.|alt=
De la Révolution à nos jours Promise à la vente pour être démolie, la cathédrale subit des destructions pendant la Révolution française : le décor du tympan disparaîtDRAC de Normandie, "L'histoire de la cathédrale d’Évreux" in Les Essentiels de l'Eure, janvier 2016, consultable en ligne ; les du qui surmontent le portail nord sont cassées et servent de fondation à un pontArchives nationales, rapport sur l'état du portail, 1844; dossier de travaux de la cathédrale d’Évreux, cote F/19/766..
La cathédrale fortement restaurée au par Denis Darcy, architecte diocésain, sous la direction de Viollet-le-Duc, a souffert des bombardements d'Évreux le .
Des travaux de réfection, achevés en 1973, ont redonné à l'édifice son lustre d'antan et son vigoureux « clocher d'argent », haute flèche coiffant la tour-lanterne du transept qui le domine depuis le Moyen Âge.
Protection La cathédrale est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1862. L'ancien évêché et ses dépendances, actuel musée d'Évreux, sont classés par arrêté du ..
Dimensions Longueur totale hors œuvre Longueur de la nef Largeur de la nef (d'axe en axe des piliers) Largeur des bas-côtés Hauteur sous voûte de la nef Longueur du transept Largeur du transept Hauteur sous voûte du transept Hauteur sous la lanterne Hauteur de la flèche Longueur du chœur Largeur du chœur Largeur des bas-côtés du chœur Hauteur sous voûte du chœur
Matériaux de construction La cathédrale est entièrement construite en craie, une roche calcaire blanche, tendre et au grain très fin, très caractéristique des terrains du Crétacé de la région. Deux types de craies ont été utilisées : une craie issue des carrières locales et datant du Santonien (-85 Ma), et une craie de meilleure qualité datant du Coniacien (-88 Ma) issue des carrières du val de Seine dans les environs de Vernon (connue sous le nom de « pierre de Vernon »)Guide de la géologie en France, éditions Belin, 2008, , page 536..
Description
Les tours La tour nord La tour nord est dotée d'un beffroi légèrement en retrait. Il abrite les cloches.
La tour sud La tour sud était dotée d'un clocher octogonal avec une charpente en bois. Il ne fut pas reconstruit après l'incendie de .
La tour-lanterne
Les cloches Les cinq cloches de la cathédrale se situent dans la tour nord. Elles ont été fondues en 1967 par la fonderie Cornille-Havard de Villedieu-les-Poêles,
Le Bourdon a été inauguré le par le préfet Roger Richardot. La sonnerie est composée de :
+ Cloches de la cathédrale depuis 1967. Nom Masse Diamètre à la base Note Parrains et Marraines Dédicace Tour Année Fondeur Illustration Marie(bourdon)204,1 cmsol 2Roger Richardot « EN 1386 BAPTISEE / MARIE / POUR LES RELIGIEUX DU PARC D'HARCOURT / JE VINS ICI EN L'ANNEE 1791 / MEURTRIE EN 1940 / MON AME A NOUVEAU ENTIERE CHANTA EN 1967 / POUR LA GLOIRE DE LA MERE DE DIEU / ET LA RESURRECTION DE LA CITE Nord1967Fonderie Cornille-Havard80px Pierre(bourdon)3 450 kg181 cm la 2 Nord1967Fonderie Cornille-Havard80px Taurin2 120 kg 150 cmdo 3TAURIN/ JE SUIS DU NOM DU SAINTNord1967Fonderie Cornille-Havard80px Marie-Madeleine(cloche du Pardon)1 520 kg 140 cmré 3MARIE-MADELEINE/JE SUIS DE PAR LE SOUHAIT DE MES PARRAINS ET MARRAINE/ARTHUR MARIE ET MADELEINE VIGNYNord1967Fonderie Cornille-Havard80px Gabriel(cloche de l'Angélus)1 005 kg 120,6 cmmi 3JE SUIS GABRIEL/ MESSAGER DE LA BONNE NOUVELLENord1967Fonderie Cornille-Havard80px Total Masse : 14,095 tonnes
La nef thumb|La chaire.vignette|L'orgue moderne.|alt=|alt= La nef, rehaussée sur ses grandes arcades romanes par Gauthier de Varinfoy, contraste avec le chœur gothique rayonnant, accolé à partir de 1260. De remarquables vitraux rehaussent l'espace.
La chaire, installée en 1811, provient de l'abbaye du Bec Hellouin. Elle a été sculptée en 1675 par Guillaume de La Tremblaye.
L'orgue Historique Un premier orgue, don de l'évêque Gabriel Le Veneur de Tillières, fut installé dans la cathédrale en 1549.
Au , une réfection complète est assurée par le célèbre facteur Jean-Baptiste Nicolas Lefebvre.
Le , un incendie consécutif aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale détruit complètement ce qui restait de l'instrument, partiellement démantelé en 1874.